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Moins porté, par ses inclinations naturelles, vers les Beaux-Arts que vers les Sciences, il aimait, cependant^ les collections de tableaux, et, quoique ne fréquentant plus les théâtres depuis la mort de sa femme, s'y rendait, néanmoins, « en philosophe », dans les grandes occasions, soit pour apprécier le mérite d'une pièce à succès comme Le Siège de Calais, soit pour applaudir sa compatriote Mlle Clairon. Et son Jou?'naZ prouve qu'il savait juger non seulement les œuvres dramatiques ou lyriques, mais encore leurs interprètes ! Mais ce qui atteste le mieux, peut-être, son sens artistique, c'est sa description des grandes fêtes publiques, qu'il s'agisse du cortège royal se rendant à Notre-Dame po;ir un Te Deum, delà décoration de la cathédrale de Reims pour le sacre de Louis XVI, ou de celle des salons et jardins de Versailles pour le mariage de Marie-Antoinette. Les spectacles de la nature ne le laissent pas, non plus, indifférent, et, quand il en parle, il y a du poète dans sa prose, ainsi que le démontre son croquis de Paris vu, au lever du soleil, du haut de son observatoire de Châtillon.
On devine qu'avec de pareils goûts, M. de Croy préférait la société des hommes instruits à celle des petits-maîtres et des femmes élégantes, « entendant mieux, dit-il, leur langage, que celui de ce qu'on appelle beau monde. » Aussi les dîners auxquels il donnait la préférence étaient-ils ceux de M. de Chaulnes, astronome comme lui, de M. Trudaine, de M. de Bertier de Sauvigny, intendant de Paris, et des ambassadeurs étrangers, chez lesquels il était sûr de rencontrer des hommes distingués qui, de leur côté, trouvaient en lui un causeur digne d'eux.
En 1765, les astronomes Lemonnier et Cassini l'avaient engagé à poser sa candidature à l'Académie des Sciences, comme membre honoraire, en remplacement de M. de Montmirail, décédé. Malheureusement M. de Courtenvaux, beaupère de celui-ci, se mit sur les rangs, et ce fut lui que, par
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riafluence de M. Saint-Florentin, l'Académie élut. M. de Croy n'en présenta pas moins plusieurs mémoires à cette compagnie, aux sulTrages de laquelle il ne s'était olTert que pour être agréable à ses amis, car il la trouvait « un peu pétaudière », et reprochait à ses membres de paraître moins préoccupés des intérêts de la Science que de leurs intérêts personnels. En revanche, l'Académie de Marine de Brest, dont faisaient partie nombre d'esprits d'élite, l'admit spontanément dans son sein, en 1774.
La bonté d'àme, l'exquise urbanité de M. de Croy le rendaient sympathique à tous. Il se plaisait à faire le bien, a aider le mérite. On le voit présenter à la Cour des inventeurs dont il apprécie le talent, et, comme l'ingratitude n'est point son fait, s'employer activement, quand il en a l'occasion, en faveur des personnes qui ont cherché à lui être utiles. C'est ainsi que, le premier Commis de la Guerre Dubois, dont il a eu fort à se louer, ayant été mis à la Bastille, il plaide sa cause auprès de ses chefs, et secourt sa femme, en attendant sa réintégration dans la place qu'il n'aurait pas dû perdre. 11 assure une bonne pension de retraite à M. de Plotot, lieutenant de Roi à Condé. Il ne se contente point de demander de l'avancement pour les officiers dont il est satisfait, il prend la peine de s'assurer, dans les bureaux de la Guerre, que ses propositions ne dorment point dans les cartons. Son cocher est-il blessé par accident ? H aide à le panser, et ne le quitte que l'opération terminée. Il rend pubhc, a Ivry, son « banc delà vigne » dont l'installation lui a donné beaucoup de mal, et d'où la vue est superbe, parce qu'il aime, dit-il « que tout le monde jouisse de ses ouvrages ». D'uu caractère conciliant, il déclare à la duchesse de Gramont « qu'il se sent plus propre à accommoder les tracasseries
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qu'à en faire ! » Gela est si vrai, qu'il renonce à un procès dont le gain est sur, alin de ne pas ruiner des adversaires qu'il estime, et n'hésite pas, après l'alïaire Daraiens, à offrir à la Cour de profiter de ses rapports avec les magistrats les plus influents, pour tenter un rapprochement avec le Parlement ; mais sa proposition n'ayant point trouvé d'écho, il est contraint de renoncer à ce généreux projet.
Incapable de compter, dès qu'il s'agit de faire honneur à son souverain, il reçoit avec magnilicence le Roi de Danemark, lors de son passage à Calais, en 1768, et prend tous les frais de la visite à son compte, alin d'en éviter la charge à la Ville, qu'il sait obérée. Mais où son désintéressement éclate surtout, c'est après la mort de sa mère, quand non seulement il exécute, mais encore il approuve toutes les dispositions de son testament, cependant fâcheux pour lui, puisqu'il lui fait perdre annuellement 12.000 livres ! Il est vrai que si la princesse de Croy, personne charitable à l'excès, a laissé de nombreuses dettes, ce sont les pauvres qui en sont cause. Aussi a-t-il, pour l'excuser, un mot touchant : « Il fallait, dit-il, tout son ordre, pour qu'il n'y en
■eût pas plus ! »
Honnête homme, il détourne le ministre Bertin du projet de construire un canal de Saint-Ghislain à Tourna}^, parce qu'il le juge désavantageux à l'Etat. Il sait fort bien qu'une hausse énorme sur les charbons, et, partant, un gain considérable pour lui, en serait la conséquence, mais, dit-il, « son devoir est de l'empêcher comme seigneur et gouverneur ». Une autre fois, il offre de restituer des appointements auxquels il n'est point sur d'avoir droit, et désap-
. prouve la faveur qu'on a faite à son gendre, le duc d'Havre, d'envoyer son régiment dans une garnison meilleure, « n'ayant jamais aimé, déclare-t-il, à changer le sort des
' régiments, parce que cela peut avoir de grandes suites! » Avant le départ de M. de Kerguélen, il demande avec