INTRODUCTION XXXIX
instance que chaque membre de l'expédition soit averti des dangers qu'il va courir. Il veille, en outre, à ce que l'argent du Roi ne soit point gaspillé. Aussi les ministres lui témoignent-ils une confiance sans bornes, et Bertin, entre autres, la pousse-t-il au point de lui révéler les chiffres secrets des dépenses publiques.
Dépourvu de la morgue qui était le défaut d'un trop grand nombre de ses contemporains, M. de Croy blâme lafamille royale de n'être point descendue dans les jardins de Versailles splendidement illuminés pour les fêtes du mariage de Marie- Antoinette, et qu'à peine avait-on daigné regarder par les fenêtres : « Si c'est là de la grandeur, dit-il, elle est . bien mal entendue, et elle n'encourage guère ceux qui se donnent tant de peine pour leur plaire! » Bien que zélé serviteur du Roi, il ne peut s'empêcher de reconnaître que le Parlement a raison contre lui, et d'admirer la fermeté de son attitude (1753). Toutefois, en bon catholique, il déplore que l'origine de sa révolte ait été une querelle avec l'Archevêché. Très franc, il n'hésite pas à mettre en garde M. de Saint-Germain, lors de son élévation au ministère, contre « son impatience et son inconstance », et de lui faire part des inquiétudes que ces défauts ont fait naître à son endroit. Il est vrai que, lui ayant rendu des services signalés à la o-uerre, il lui parle librement. Son patriotisme est éveillé par les représentations du Siège de Calais et de Gaston et Bayard, pièces qu'il regarde comme « faites pour élever les cœurs français et leur rendre ce nerf patriotique dont une dose un peu plus forte ne leur messiéraitpas », et l'on voit, un jour, M. de Verge unes s'écrier, dans son salon, en le désignant à ses hôtes : « Voilà, je vous assure, un bon et véritable patriote ! »
Avec son caractère, M. de Croy ne pouvait manquer de se faire de nombreux amis : adoré dans les pays soumis à son autorité, son arrivée mettait en fête leurs habitants. On l'avait