XLVIII INTRODUCTION
ques jours après, il le voit « tenir ses filles longtemps embrassées et les couver des yeux avec un air de tendresse charmante ». Il se trouve mal de joie en apprenant la naissance du duc de Bourgogne, entre résolument dans la chambre du Dauphin quand celui-ci est atteint de la petite vérole, se montre « le meilleur papa du monde » avec ses petits-enfants, et prend autant de plaisir à les regarder jouer, dans leur bas âge, qu'à les marier dans leur adolescence.
Avec cela un air de grandeur qui impose, un regard noble et des yeux dont il est malaisé de soutenir l'éclat, une belle figure qui, jointe à la majesté de l'attitude, fait de lui, même à soixante ans, « le plus bel homme de la Cour ». Gai, poli, doux, aimable dans les Cabinets, assez familier avec les courtisans qu'il voit tous les jours (car, homme à habitudes, il ne parle guère qu'à ceux-là), il leur témoigne son amitié en les « poussant », en « badinant des mains » avec eux, et son indulgence en les envoyant quérir par un valet, quand ils sont en retard pour souper; mais, même dans ses moments d'abandon, son maintien conserve de la dignité, et l'on n'oublie jamais « qu'on est avec son maître », quand on est avec lui!
Il a l'élocution facile, juste et spirituelle. Sa mémoire est prodigieuse ; elle étonne ses généraux, auxquels il nomme, sans se tromper, tous les officiers supérieurs qui ont commandé ses armées, et toutes les villes par où, en temps de guerre, celles-ci ont passé. Il est instruit: Cassini raconte à M. de Groy que, lorsqu'il parle astronomie avec Louis XV, le Roi lui fait « les observations les plus profondes et les plus justes ».
De tout-e la Cour, il est seul à comprendre la gravité de la maladie dont son fils va mourir, et quand il est, lui-même, atteint d'un mal incurable, il conserve son bon sens jusqu'à sa dernière heure. Généralement enjoué, il se plait, néanmoins, aux entretiens tristes, par exemple aux détails de l'autopsie du Dauphin, aux conversations sur les prières des