XX INTRODUCTION
teur à la Cour, où il peut, désormais, se considérer comme tout à fait « tiré de la foule » .
Autre circonstance non moins heureuse: M. de Chaulnes est appelé à l'armée. Son éloignement constitue M. de Croy commandant en chef, par intérim, des provinces cirdessus désignées, et met plus de 20.000 hommes sous ses ordres, véritable bonne fortune pour un maréchal de camp ! Enfin il est, quelque temps après, reçu chevalier du Saint-Esprit.
Un pareil bonheur ne pouvait durer : M. de Croy s'en aperçoit en apprenant qu'un de ses cadets, M. de Castries, vient d'être promu lieutenant général. Il entre, aussitôt, dans une telle colère, que « la tête lui en tourne presque! » Il va, dans son trouble, jusqu'à « ruminer les plus terribles voies de vengeance que le point d'honneur indique ! » Mais, la réflexion étant venue, il se borne à « crier », certain que ce moyen est encore le meilleur pour se faire entendre.
Reconnaissons que la nomination de M. de Castries n'offrait rien d'injuste, étant la récompense d'une action d'éclat.
Mais ce n'est pas tout : pour comble de malheur, M. de Beauvau, capitaine des Gardes, aussi son cadet, mais n'ayant, lui, aucun fait d'armes à son actif, lui « passe sur le corps » à son tour, c'est-à-dire obtient un avancement dont la Cour entière flétrit le scandale et plaint la victime! Celle-ci jette feu et flamme, au point que M. de Choiseul, ému, la mande en ses bureaux : « Monsieur, s'écrie Croy en l'abordant, vous m'avez tué ! — Ne vous regardez pas comme tué ! » répond le ministre qui cherche à l'apaiser, mais voyant l'inutilité de ses efforts, l'emmène chez lui pour le « dissiper ». Là il lui offre des compensations : le gouvernement de l'Aunis, ou celui de la Bretagne. Mais, chose curieuse et qui prouve la liberté dont jouissaient, à cette époque, les seigneurs d'une Cour où le Roi n'était pas toujours aussi maître qu'on le pourrait supposer — non seulement il refuse, mais il pose des conditions pour mettre bas