‹ Journal inédit, 1718-1784Chapitre 55 sur 59 · DU DUC DE GROY · texte numérisé non relu

DU DUC DE GROY

DU 23 JUIN 1718 AU 24 dkcembre 1740

Ma naissance et mes premières années. — Arrivée à Paris avec ina mère; notre installation rue Guénégaud, puis rue de Grenelle. — Mon éducation commencée chez les Jésuites, continuée au domicile maternel. — Mes maîtres ; M. Bottée. — L'académie de la Guérinière. — Voyage à Condé, à Dunkerque, au Quesnoy. — J'entre dans les .Mousquetaires. — Mes premières courses à cheval et mes premières chasses. — Gardes, manœuvres et revues. — Quelques événements des années 1737 et 173S. — Je deviens colonel du régiment de Royal Roussillon (cavalerie). — Mes voyages ù Condé et à Fontainebleau (août-octobre 1738) ; mon retour à Paris (19 novembre). — Entrée du prince de Lichtenstein, ambassadeur de l'Empereur. — Ruine de mes projets de mariage avec mademoiselle de la .Mothe-Houdancourt. — Ma mère loue une maison de campagne à Champigny. — Villégiatures. — Chasses à Fontainebleau, à Versailles, à Saint-Germain. — Mon premier souper dans les cabinets duRui. — Le Roi me donne le bougeoir. — Rigueur de l'hiver de 1740. — Bals et fêtes du Carnaval. — L'Opéra. — Emeute causée par la cherté du pain. — Inondations générales en France.

Je suis né au château de Condé (1) le 23 juin 1718, à une

■ (1) Condé-sur-Escaut (Nord).

Le château de Condé. qui existe encore, et a conservé son caractère ancien,

heure moins dix minutes du matin, dans la chambre appelée du Roi.

J'ai été ondoyé, le même jour, dans la chapelle de l'hôtel et baptisé à l'église six semaines après, ayant eu pour parrain (mon père tenant sa place) le comte de Solre (l) qui était alors à Paris, où il mourut le 22 décembre de la même année (ainsi, il ne m'a point vu), et pour marraine madame la marquise du Quesnoy (2) en personne.

J'ai été fort bien nourri par une bonne paysanne du Petit- Quesno3%

J'ai eu, depuis ma naissance jusqu'à l'âge de sept ans, qu'on me les a ôtées, deux gouvernantes nommées Decré et Lemoine.

Mon père me fit venir de Francfort un nommé Rhindorf, tant pour m'élever que pour m'apprendre l'allemand : je l'ai eu avec moi depuis l'âge de quatre ans, jusqu'à la fin de 1730.

Le 6 décembre 1722 se fit, à Condé, le mariage du marquis de Leyde (3).

fut bâti, en 1411, par Jelian de Hamaide. Cédé, ainsi que la terre y attenant, par Louis !=' de Bourbon, prince de Condé, à la famille de Lalaing, il vint, en 160S, s'ajouter aux domaines de la famille de Croy par le mariage de Jean lY de Croy, avec Jeanne, fille d'Emmanuel de Lalaing et d'Anne de Croy.

(1) Philippe-Emmanuel-Kerdinand-François de Croy, né en 1611, comte et prince de Solre et de Buren, baron de Molembais et de Beaufort, seigneur de Condé, etc., grand veneur héréditaire du Ilainaut, avait levé, en 1688, un régiment wallon sous le nom do résiuient de Solre. Sa brillante conduite à la guerre lui valut, en 1693, le gouvernement de Péronne, Roye et Montdidier. Promu lieutenant-général en n02, il mourut à Paris le 2i décembre ni8.Il avait épousé, en 16T-2, Anne-Marie-Krançoise de Bournonville.

(2) Marguerite-Elisabeth de I>ongueval, morte en ni\, fille de Charles- Albert de Longueval, comte de Bucquoy, chevalier de la Toison d'Or, général de la cavalerie de S. M. C. aux Pays-Bas, grand bailli du Ilainaut — et de Marie-Philippe de Croy — avait épousé, le l juillet IfitlS. Guillaume de Mailly, marquis du Quesnoy, veuf d'Isabelle-Margueritc-Caroline de Cro.v, morte en 1662.

Du premier lit de celui-ci était née Isabelle-Philippine-Thérèse de Mailly, femme de Louis-Hermann, comte de Milendonck, dont la fille fut la mère de l'auteur de notre Journal.

Donc, la mar(|uise du Quesnoy était la belle-mère de la grand'mère maternelle du duc de Croy.

(3) Anne-Marie, fille de Pliilippc-l'"rancois de Croy et de Marie-Eugénie do la Tramerie, avait épousé Jean-Erani;ois de Beth, marquis de Leydc, chevalier de la Toison d'Or, mort le 11 juin ITJj.

L'année de ma naissance, mon père, étant encore en bonne santé, alla faire un voyage pour nos prétentions en Hollande, avec M. Dinchy. 11 en revint très changé, et ne fit que languir depuis. Cependant, il faisait encore des voyages à Paris, et régulièrement dans ses terres, où il entendait ses comptes chaque année ; mais, devenant de plus en plus infirme, il mourut le 1"' novembre 1723, à une heure du matin. J'avais alors cinq ans, quatre mois et sept Jours. Je n'ai idée de l'avoir vu que deux fois : une dans son fauteuil, au coin de la grande cheminée de son appartement ; l'autre (confuse) que l'on le portait dans un fauteuil, dans la cour ou au jardin.

Comme on le voyait dépérir, on me mena à l'Hermitage (i) huit jours avant sa mort.

Mon père étant souvent absent, et fort infirme, c'est ma mère (2) qui eut le plus de soin de mon éducation, qu'elle continua toujours avec la plus grande tendresse.

Elle était sœur de Gaëtan-Joseph-Alexandre, duc de Croy, comte de Rœulx et Je Ilainaut, prince d'Empire, Grand d'Espagne, chevalier de la Toison d'Or, chef de la Maison de Croy, mort le 19 avril 1767. C'est après sa mort que l'auteur de ce Journal prit le titre de duc, dont il héritait, avec la grandesse d'Espagne, comme aiué de sa Maison.

(1) Situé à 4 kilomètres de Condé, le château de l'Hermitage était, comme celui de Condé, entré dans les biens de la famille de Croy par le mariage de Jean IV de Croy avec Jeanne de Lalaing (12 juillet 1608).

Il avait appartenu aux sires de la Ilamaide et aux barons de Roggendorf qui en avaient fait un simple rendez-vous de chasse, au cœur de la forêt de Condé. Rebâti et accru par les de Lalaing, l'Hermitage vit son parc agrandi et entouré de murs, en 1718, par le prince Alexandre-Emmanuel de Croy- Solre. Le château fut démoli et réédiûé sur un nouveau plan par son (ils, en 1749-1750. En réalité, les travaux durèrent jusqu'en 1773 : l'ancien rendezvous de chasse était alors devenu une magnifique résidence seigneuriale. Cependant, après la mort du maréchal, en 178.5, son fils, jugeant encore cette demeure insuffisante, la fit raser pour en construire une plus importante, dont les travaux furent terminés en 1789. C'est l'Hermitage d'aujourd'hui.

[2) Marie-Marguerite-Louise, comtesse de Mulendonck (ou Milendonck'», marquise du Quesnoy, baronne de Pesch, mariée, le 10 juillet 1716, à Philippe- Emmanuel-.Vlexandre, prince de Croy-Soire, était fille Je Louis- Hermann-François, comte de Mulendonck, baron de Pesch, etc., et d'Isabelle- Philippine-Thérèse de Mailly, lille de Guillaume, marquis du Quesnoy, et d'Isabelle de Croy-Solre.

Elle mourut le 2.3 août 1768, à l'âge de 77 ans.

Deux ans avant la mort de mon père, le régiment de La Fère étant en (garnison à Gondé, il fît connaissance avec M. Bottée (1), capitaine qui avait été fameux, aide-major de ce régiment. Ayant reconnu tout son mérite, il le destina pour avoir soin de mon éducation, et il lui fit promettre que, quand je serais en âge, il quitterait le service pour s'attacher tout à fait à moi.

jMon père étant encore, mon oncle le comte de Beaufort(2), qui avait passé, en 1723, au servies d'Espagne, fut fait mon tuteur. Ma mère, qui y avait renoncé par son contrat de mariage, en remplit les fonctions par procuration à sa place, et s'y donna tout entière, ainsi qu'à mon éducation. Elle accommoda plusieurs procès, et régla bien mes affaires.

En 1720, ma mère engagea M. Bottée à quitter tout à fait le service, et, depuis ce temps, il resta à la maison sur le pied d'ami, n'ayant jamais voulu prendre celui de gouverneur, et il commença à me voir do temps en temps, mais c'était toujours Rhindorf qui ne me quittait pas, et M. Bottée ne fut tout à fait assidu à moi, que quand je sortis du collège.

Dans mes premières années, je ne sortis de Condé que pour aller à une lieue de là, à l'Ilermitage, en été. Après les six semaines de la mort de mon père, on me mena pour la première fois à Lille, chez la marquise du Quesnoy. Environ trois semaines après, on me ramena à Condé.

L'été d'ensuite, 1724, on me ramena au Petit-Quesnoy (3), près Lille. Madame la marquise du Quesnoy m'y donna d'excellents principes, marchant encore, mais elle mourut comme nous y étions.

(1) Claude Bottée, écuyer, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine au régiment de La Kère, épousa Catlierine-Ilgace de Saint-Cliristoplie.

Ses œuvres, qui comprennent une dizaine de volumes manuscrits, appartiennent, ainsi que ses papiers, à la bibliothèque de X'alenciennes.

(2) Alexandre-.Ican-Fran(;ois de Croy, comte de Beaufort, colonel du régiment de Solre depuis la mort du clievalier de Croy, son frère, était l'oncle [laterncl du futur maréchal, et son parrain.

Après avoir pris part aux campagnes de Flandre, il passa au service d'Rspagne, se signala en Afrique et, plus tard, à la bataille de Vellctri, où il fut tué le H août 1144.

'3; Village de la conmume de Quesnoy-surDeulo (Nord).

En 1725, 26 et 27, j'allai, avec mu mère, les étés, environ deux mois au Petit-Quesnoy que j'aimais fort, tant pour les personnes qui y habitaient, que pour le lieu, et la vie que l'on y menait. Ce fut le tenaps le plus agréable de ma jeunesse.

A la fin de 1725, le comte de Beaufort revint d'Espagne, tant pour son opération que pour mes all'aires et celles de la marquise de Leyde qui, venant de perdre son mari, vint en même temps à Condé, avec son fils.

En 1726, l'été, je fus à Valenciennes, à une grande fêteopéra et feu d'artifice — chez M. de Vatan, intendant.

En 1727, au printemps, ma mère me mena au château d'Enghien (1), pendant environ trois semaines : j'y vis Rousseau. J'y tombai très malade d'une indigestion de pain. Ce fut dans ce temps-là que l'on fit, à Paris, l'opération du comte de Beaufort, à l'hôtel de Noailles.

D'ailleurs, je fus toujours élevé, comme j'ai dit, à Condé, par ma mère, avec Rhindorf.

Quant aux alTaires de la maison, Mahy, qui les avait très bien faites avec M. le comte de Solre, était mort que je n'avais qu'un an. Ensuite, il n'y eut point d'intendant général pendant cinq ou six ans, mon père faisant les affaires par lui-même- Après sa mort, ma mère, allant quelquefois dans les terres avec MM. Bouviers, entendit les comptes à la place du comte de Beaufort, et ce ne fut que quand il revint d'Espagne, à la fin de 1725, qu'il lit Vallerand intendant général, auquel a succédé, en 1731, M. Cordier (2).

L'été de 1727, nous fûmes, à l'ordinaire, au Petit-Quesnoy. De là, étant revenu à Condé, j'en partis pour mon premier voyage de Paris, et avec ma mère, dans sa berline, le 22 septembre. Nous passâmes par Mouchy, où nous restâmes deux jours. Je logeai avec ma mère dans le couvent. Je vis le château, et, le 2'J septembre 1727, jour de la Saint-Michel, vers 4heuresderaprès-dinée, nous arrivâmes pour la première

(1) Kiighion, ville du ll.iinaut > Belsitiue;, à 13 kil. Je Soignies.

(2) Ma mère, moi, Mlle Caron, Rhindorf (Note de l'auteur.)

Ce Cordier fut nommé bailli de Condé, en 1749, par M. de Croy, qiii n'en continua pas moins à lui confier l'intendance générale de ses biens.

fois à Paris. M. de Stetiii vint au-devant, et nous mena descendre dans la rue Guénégaud, à riiôtel d'Espagne, où le comte de Beaufort nous attendait. J'y ai demeuré quinze jours, pendant lesquels on me mena aux spectacles, voir un peu Paris, et faire des visites.

Le 14 octobre 1727, je suis entré au collège des Jésuites de la rue Saint-Jacques, en huitième, sous le père Seguin. J'y eus préfet le père Desjanest, le père Dudoié, et le père Corette.

Je fus extrêmement délicat et maladif dans toute mon enfance et jeunesse, ayant eu souvent la fièvre à Condé, et toujours des maux de tête. Je fus aussi souvent malade au •collège, ce qui relardait mon instruction.

Ma mère ne fut que quelques mois dans la rue Guénégaud ; ensuite elle loua, dans la rue Pot-de-Fer, la maison du Fera-cheval, vis-à-vis les petits Jésuites et, au commencement de 1728, elle loua la maison de la rue Cassette, au coin delà rue Vaugirard.

Dans l'été 1728, ma mère alla en Filandre, avec le comte de Beaufort, pour régler mes affaires, et elle y demeura jusqu'au Carême 1729, qu'elle vint s'établir dans la rue Cassette.

Au printemps 1729, je pris le lait de chèvre à la jolie maison d'Issy que Mme la maréchale de la Mothe(l) avait prêtée à ma mère, qui y avait déjà fait un voyage.

En septembre 1730, j'eus, à l'hôtel de la rue Cassette, la petite vérole très forte. Ce fut après cette maladie, le 8 décembre, que Rhindorf me quitta, et retourna en Allemagne. Bertol fut, alors, mon valet de chambre. Au collège, j'avais mes préfets, et M. Bottée demeurait toujours à la maison, mais il ne me voyait que rarement.

Je fis bien — y ayant été très bien préparé — ma première

(1) Louis-Cliarles, comte de la Mullie-lloudancourt (liJ87-noi)\ lieulenanl génôral en 1734, maréchal de France en 1747, avait épousé, le 4 juillet 1714, Estelle-Thérèse de Courhon, dont il eut une ûlle, Jeanne-Gabrielle, mariée, en 1741), à Charles-Elisabeth, marquis de Froulay.

Il était Grand d'Espagne, et la terre du Fayel, près Compiègnc, appartenait à sa famille (Y. page 8.)

communion au collège, à Pâques, le 25 mars 1731, et, le 27, ayant été mené au Concert spirituel, j'y fus saisi, en sortant, du froid, et je tombai malade au collège, le 29 mars 1731; j'y fus à toute extrémité d'une pleurésie, où je fus saigné sept fois.

Ce fut à la fin de cette grande maladie, qu'à cause de la délicatesse de ma santé, on me fit sortir du collège le 29 avril 1731 : ainsi, je n'y ai été que trois ans, six mois et seize jours.

Dans Tété 1731, ma mère alla enFlandre avec le comte de Beaufort. C'est le dernier voyage qu'il y a fait. Ils en sont revenus à la fin de décembre de la même année. Pendant ce voyage, je restai à la maison avec M. Bottée qui commença, alors, à être attaché tout à fait à moi, mais n'était pas absolument assidu, et comme ami. Ce fut pendant ce temps que, pour me faire passer le goût des spectacles, on m'y menait en fiacre ou à pied, l'été, trois fois la semaine, et que j'allais tous les jours dîner et passer la journée chez la marquise de Leyde, sur le quai Malaquais, avec son fils. On me donna, alors, des maîtres de toute espèce : M. de Menillory pour les mathématiques, que M. Bottée venait de lui montrer; l'abbé Molières (1), fameux phj'sicien, pour me continuer le latin; Blondy pour la danse ; et cela a duré quelques années de même.

Quelques jours après Pâques, qui vint le 13 avril 1732, le comte de Beaufort partit pour l'Espagne, et nous ne l'avons pas revu depuis. Mme de Leyde le suivit peu après.

Dans les étés de 1732 et 1733, j'ai été, avec ma mère, à Doue, chez M. de Trainel (2), où je m'amusai fort. Je passai le reste de l'année et les hivers dans la maison de la rue Cassette, avec mes maîtres, ma mère et M. Bottée, et à me promener aux environs, et beaucoup au Luxembourg, où je m'ins-

(1) L'abbé Joseph Privât de Molières (1677-n42), physicien, professeur de philosophie au Collège Royal, membre de l'.\cadémie des Sciences de Paris et de celle de Londres.

(2) Claude-Esprit-Jouvenel de Ilarville des Ursins, marquis de Trainel, né en 1723, brigadier des armées en 1748, maréchal de camp en 1756, avait épousé' en 1744, Marie-.\ntoinette de Goyon de Matignon. Le village de Doue, où M. de Groy le fut voir, est site à 9 kil. de Coulommiers.

truisis utilement, en causant avec yi. Bottée, ou en y lisant.

En 1733, ma mère fut faire un tour en Flandre. J'allai, en septembre, aux fiançailles de Mlle d'Havre (1) mariée à Turin.

Au mois d'août 1734, je retournai, pour la première fois, depuis que j'en étais sorti, avec ma mère à Condé, elle dans sa chaise à deux, et moi dans la mienne, sur un strapontin, avec M. Bottée.

Ce fut de ce voyage que nous fîmes d'abord au Petit-Quesnoy, d'où on m'envoj'a avec M. Bottée faire un tour de(|uatre jours, par Ypres, à Dunkerque où je vis, avec grand plaisir, la mer pour la première fois. De là, nous revînmes au Quesnoy, et delà, à Condé, où je fus émancipé. Ensuite, le 4 décembre, nous fûmes à Lille, d'où nous revînmes, moi seul dans ma chaise, à la fin de décembre, à Paris.

Je suis entré à l'académie de la Guérinière ('2), rue de Tournon,le 12 mars 1735, et commençai alors mes exercices, et, pour la première fois, à monter à cheval.

Eu 1735, en été, ma mère me mena chez la comtesse de la Mothe, au Fayel, où je chassai et m'amusai bien. De là, nous fûmes, par la traverse, à Wailly, chez la duchesse d'Havre (3), où je restai environ un mois avec les deux MM, d'Havre (4) qui étaient plus forts que moi. Je m'y trou-

(1) Marie-Louise-Josfcphe. fille de JcanBnptisle-François-Joscph de Croy, duc d'Havre et de Croy, née le 22 lévrier 171 i, mariée, le 22 septembre 1133, à Turin, avec Charles Frédéric, niartiuis de Tana.

(2; François Itobichon do la Guérinicre, écuyer de Louis XV, mailre dims l'art de dresser et de soigner les chevaux, mort en nsi. 11 est l'auteur de L'École de cavalerie, contenant la connaissance, l'instruction et la conserra- L'ion du cheval. Paris, 1733, gr. in-fol. avec figures

(3) Marie-Anne-Césarine, princesse de Lanti de la Rovère, morte le 16 avril 1763, veuve de Jean-liaptiste-François-Joseph de Croy. duc d'Havre, mort en 1727. Lne de leurs terres était celle de Wailly, en Picardie. Le château de Wailly, dans l'arrondissement d'Amiens, était enlré, en 1668, dans la famille de Croy, par lo mariage de Marie-Josèplie Barbe de Halluin, (ille d'Alexandre Tiiiioléon de Halluin, et de Marie-Yulande Barbe de liassompierre, avec Ferdinand-Joseph-François de Croy, iluc d'Havre et de Croy.

(4) Ces "deux messieurs d'Havre » étaient Louis-FerdinandJoseph île Croy, duc d'Havre, né le 11 juin 171.'1, maréclial de camp en n4o, lieulenant général en niS, gouverneur de Schclestadl en 17.'i3, marié, en 1736, avec Marie- Louise Cunégonde de Montmorcucy-I.uxcmbourg-Tingry (1716-1761), tué ti la

.JOURNAL DU DUC DE CROY y

vai incommodé d'un accident. Nous revînmes, de là, par la même route, au Fayel, et, à la fin de septembre, à Paris, où de Lancre et Lusignan entrèrent chez moi en arrivant, et on renvoya Dablin que le comte de Beaufort m'avait donné en 1730.

Le 6 avril 1736, je suis entré aux Mousquetaires gris, et je fus fort exercé, alors, ayant, en même temps, l'Académie, les armes, la voltige, et l'exercice, aux Mousquetaires, où je montais assez souvent la garde à l'Hùtel. Et je passai à cela mon année, et avec mes maîtres.

Cet été, le Roi allant à Compiègne, je courus, un des quatre Mousquetaires, devant son carrosse, de Saint-Denis à Écouen. Je fis le voyage de Compiègne, où le cardinal de Fleury me procura de dîner en public avec le Roi, quoique Mousquetaire, chose extraordinaire. Je fus, de )à, au Fayel.

Pendant tout ce temps, je fus toujours fort délicat et souffrant, surtout presque continuellement de grands maux de tête et migraine, de mauvaise digestion, ce qui a fait que j'ai passé une enfance et jeunesse fort dure, la moindre chose m'incommodant. Cela était cause que je ne pouvais guère me divertir, et que j'étais assez sérieux et aimant les choses sérieuses. Ces maux de tète et migraines me durèrent jusqu'en 1742.

Je prolitai très peu dans l'étude des langues, mais j'aimais et m'appliquais aux mathématiques, surtout à la géométrie, dont je pris un peu l'esprit, qui était celui de M. Bottée. Il ne sortait guère avec moi et n'était pas fort assidu, mais, surtout les soirs, j'avais de longues et excellentes conversations avec lui, où il me donnait les meilleurs principes, en étant bien capable, et c'est dont j'ai tiré ce qui est en moi de meilleur.

Nous étions, alors, dans la rue Grenelle, entre l'hôtel de Villars (1) et les Carmélites, étant venus dans cette maison

bataille de Filiinghausen en nul, et son frère Jean-Just-Ferdinand-Joseph, né le 27 mai 1716, devenu par son mariage avec Maiie-Bethléem-Ferdinande de Lanti, sa cousine, en 1712, Grand d'Espagne et comte de Priego. Aide de camp de l'Infant don Philippe, il fut promu lieutenant général en 17jS.

(1) L'hôtel de Villars est, aujourd'hui, la mairie du VU» arrondissement, lie, rue de Grenelle.

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d'où j'ai fait mes exercices à la Saint-Jean 1733. Il y avait là un très beau jardin et une orangerie au fond ; c'étaient là mes ébats : j'y jouais avec mes petits amis, savoir MM. de Besenval (1), Monaco (2), etc. Nous y tirions au blanc. J'aimais avec passion la chasse à tirer, et c'était mon plus grand plaisir à la campagne. J'y marchais beaucoup, mais cela m'incommodait.

En 1735, étant à l'académie, j'y achetai 1.800 livres, d'un Anglais, un berlingot gris et deux chevaux; ce fut mon premier écjuipage, et le temps où je commençai à aller seul et à entrer dans le monde. En 1736, j'achetai, du duc de Boufflers (3), un joli petit cheval barbe. Ce fut mon premier, avec lequel je commençai à monter à cheval dehors Paris, avec un vieux M. Dumauselqui m'accompagna quelque temps. Mais je sortais seul et j'allais chercher à me divertir chez mes petits amis et au spectacle. Ce fut depuis ce temps, courant les bals jusqu'à mon mariage, que je fus le plus gaillard, mais ma mauvaise santé et les bons principes que j'avais bien enracinés me retenaient.

Le 28 septembre 1736, je partis de Paris dans ma chaise, suivant ma mère dans la sienne. Nous passâmes par Fontainebleau et Bourron, et nous arrivâmes à Beaumont en Thiérache, chez le maréchal de Montmorency (4), très beau lieu où je m'amusai bien, surtout à chasser dans les vignes et champs de safrans dont c'est le pays, ce qui est beau à voir en llours.

(1) Pierre-Victor-Joseph do Hesenval, nu à, Soleiii'c en n.'l, enseigne de la compagnie des Gardes suisses en il'Mi, son lieutenant-colonel en 116", était lieutenant général des armées depuis 1701. 11 est mort en 11!!!.

C'est l'auteur des il/c'moi/'es publiés, en ISOfi, par M. de Ségur.

(•2) IIonoré-Camille-Léonor (joyon de Grimaldi, prince de Monaco, né en niO, brigadier en 1745, maréchal de camp en HiS, lieutenant général au gou" vornement du Havre en l"ol, pair de Krance en fio.'!.

(3) Josepli-Marie, duc de Boul'llcrs (llOO-nnj, maréchal de camp en lliO, lieutenant général en nil, avait épousé, en 1121, Madeleine-.\ngélique de Ncufville, (iUe puinée du duc de Villeroy.

(i) Gui-Claudc-Uolland, comte de Laval-Montmorency iKill-n;;!), gouverneur de liéthune, commandant en Lorraine, maréchal de France en l't'ù, avait épousé, en 1722, Marie-Élisabeth de Rouvroy-Saint-Simon.

Ayant été environ un mois à Beaumont, nous en partîmes pour Doue, passant par Fontainebleau, Melun, et tirant vers Coulommiers. La nuit nous prit en chemin; nous nous perdîmes dans des fonds, par une nuit très noire. Ce fut une de mes premières aventures, et nous eûmes grand'peine à arriver vers minuit, à Coulommiers, où nous couchâmes tels quels et, le lendemain matin, nous arrivâmes à Doue. Je m'y amusais beaucoup, chassant souvent avec le marquis de Trainel, et le lieu, et la vie que l'on y menait étant très agréables : c'est où j'ai été le plus l'été, en ma jeunesse, et où je me suis le plus amusé.

Nous en revînmes l'automne à Paris.

Le 15 novembre 1736, je cessai de monter à cheval, étant incommodé, jusqu'au 17 mai 1737, que je recommençai. Cela faisait qu'au lieu d'aller à l'ordre à Versailles, pendant ce temps, je montais, à la place, des gardes dans l'écurie de l'hôtel des Mousquetaires.

Vers juin 1736, je passai en revue, et fis l'exercice pour la première fois dans la coui- de Versailles, avec la compagnie, devant le Roi. M. d'Avejan (1) nous commandait. Nous allions aussi, quelquefois (ce que j'aimais beaucoup), escadronner dans les sables de Grenelle.

C'est du 1'='' février 1737 que j'ai commencé à écrire mes Mémoires, marquant de suite seulement en abrégé les dates et les faits principaux.

Le 31 mai 1738, je partis pour la première fois pour le régiment, et je commençai alors à écrire en détail, et en 1741, en commençant la guerre, je commençai à faire mes Mé- ■moires fort étendus (2).

Ici commencent mes Mémoires. Comme je les ai écrits, naturellement, dans le temps même, je les laisse tels qu'ils sont et dans leur mauvaise diction, n'ayant jamais eu que le

(I) Louis de Bannes, chevalier, puis comte d'Avejan, capitaine lieutenant de la première compagnie des Moustjuetaires, maréclial de camp en 1734, lieutenant général en 1738, mort en llïS, avait épousé, en n09, Marie-Angélique du Four de Xogent.

(2; Nota : tout ce qui est ci-dessus a été écrit après coup, à la fin de 1747, {Xole de l'auteur.)

but d'écrire tout ce ijui m'arrivait et que je remarquais, comme les choses me frappaient dans le moment, pour me ressouvenir de tout ce qui m'arrivait et de la manière dont les choses m'affectaient plus ou moins, et voir mon progrès.

Le !'"■ février 1737, monté la garde. Le 12, été à Versailles.

Le 20 février, on demanda les sceaux à M. de Chauvelin. Il fut exilé à Grosbois.

Le 21, les sceaux furent rendus, dès la veille, à M. d'Aguesseau, chancelier, et la place de secrétaire d'Etat des Affaires étrangères de M. Chauvelin donnée à M. Amelot de Chaillou, dont la place d'intendant des Finances fut donnée, le même jour, à M. de Fulvy.

Le 22, j'allai à l'opéra de Persée (1).

Le 23, je vis le cabinet d'histoire naturelle de Gersin, au pont Notre-Dame.

Le 26, 27 et 28, été au bal.

Le 1"=' mars, j'allai à l'Observatoire voir une éclipse de soleil de huit doigts (trente minutes), et une comète.

Le 3, 4 et 5, mardi gras, j'allai au bal.

Le 8, monté la garde.

Le 5 avril, été à Versailles trois jours.

Le 8, recommencé l'exercice aux Tuileries.

Le 25, été dans les caves de l'Observatoire.

Le 28 — dimanche de la Quasimodo — fait mes paquets.

Le 1'" niai, été à une grande fêle, chez l'ambassadeur d'Espagne, M. de la Mina.

Le 8, nous allâmes voir Villiers-Adam (2).

Le 17 mai, recommencé à monter à cheval.

Le 16 juin, j'allai voir l'entrée de l'ambassadeur de Venise.

Le 22, nous escadronnàmos dans la plaine. Ma mère y vint.

Le 26, passé en revue comme mousquetaire à pied et à cheval, devant le Roi, en la cour de Versailles.

(i) l'ersifc, tragcJif lyrii|uc en cimi actes, avec un prologue, parole^ de Qiiinault, musique de l.ulli, représentée à l'Académie de musique le il avril 1C82.

(2j Village de ran-ondis.seiucnt de l'uiiluisf, (■.uiliui do l'Isle-Adaui.

Le 2 juillet, passé en revue à cheval devant le Roi, avec toute sa maison, au champ de Mars à INIarly (mon cheval gris s'y rendit); je revins en chaise avec M. Ijottée. Les restes d'une grande halte que j'y avais donnée, ainsi qu'aux autres revues, nous causèrent une histoire avec les commis, en revenant.

Le 6, été à Versailles jusqu'au 7.

Le 8, été à Orsay jusqu'au 18. Je m'y amusai bien, chassant avec mon cher d'Orsay (1), qui était mon meilleur ami.

Le 15 juillet, la reine est accouchée d'une fille.

Le 19, nous avons quitté la maison de la rue Grenelle, et nous sommes entrés dans C(3lle des Petits-Augustins.

Le 23, parti pour Versailles.

Le 2.5, parti pour Rambouillet. C'était Mme de Trainel qui m'y présenta. J'y commençai une grande liaison, et à faire ma cour au jeune duc de Pentbièvre. l^e comte de Toulouse, qui chassait encore, me parut bien aimable, etc.

Le 1°'' d'août, à minuit, le feu prit à l'Hôtel-Dieu, et dura deux jours.

Le 2, je revins à Versailles.

Le 5, je revins à Paris.

Les 26 et 27 novembi'e, été à Versailles. C'était du temps du cardinal de Fleury, qui me traitait assez bien ; il m'appelait son fils. J'y dînais souvent, et je manquais peu de ses couchers où il racontait si agréablement. Ce fut vers ce temps qu'il m'engagea à demander uu régiment de cavalerie de cent mille francs.

Le 4 décembre, j'allai à la chasse à Cormeille, à la compagnie de M. de Besenval. Nous y finies une halte sous une tente, sur une montagne très agréable, et nous en revînmes en jeunes gens.

(1) C'était, très probablement, uu membre de la famille Boucber d'Orsay ; on verra, ci-dessous, qu'il mourut en 1741.

(2) Le 3 août 1737, le prince de Croj' entreprend un voyage en Flandre et en Hainaut. II est de retour à Paris le 17 novembre.

Le 11, j'allai et revins de Versailles.

Le 23, j'allai pour la première fois à la chasse dans de bons quartiers de la plaine Saint-Denis. Le 28 décembre, à la chasse : tué un lièvre.

Le 1" janvier 1738, été à Versailles et revenu par un verglas et un chemin si ferré que je mis cinq heures à revenir.

Le 8, j'allai à Versailles, et revenu le 10.

Le 10, mourut Mme de Moras, de douleur de l'enlèvement de sa fille par M. de Gourbon (1).

Le 17, été et revenu de Versailles.

Le 19, été à Versailles avec mes chevaux de chaise pour la première fois, et revenu le 20.

Depuis le 20 janvier, douze voyages à Versailles, jusqu'au 16 avril, jour de la nomination des régiments. Eté à dix-neuf bals pendant le Carnaval.

Le 22 février, première chasse avec le prince de Pons (2), aux lévriers.

Le 23, j'allai voir une machine qui jouait de la flûte.

Le 24 février, parut la promotion de 36 lieutenants et de 55 maréchaux de camp.

Le 24 mars, première chasse avec le comte de Lassay (3), au lévrier.

Le 16 avril, étant chez ma nièce, à Paris, à onze heures du soir, j'appris que le Roi m'avait accordé le régiment de Royal Roussillon cavalerie (4\ par la promotion dudit jour,

(1) Il s'agit d'Anne-Marie Peirenc de Moras, alors âgée de II ans, fille du conseiller aux Requêtes du Palais, plus lard ministre et président du Grand conseil. Charles-Angélique, comte de Courbon-Blénae, né en 1099, capitaine de cavalerie au régiment de Glermont, fut arrêté et condamné, en mars fiSO, pour crime de rapt, à avoir la tète tranchée, ce qui fut exécuté en effigie. (V. sur cette iill'aire le Journal de Barbier. T. III et IV.)

(2) Cliarles-Louis de Lorraine, prince de Mortagnc, t^ire de Pons, maréchal de camp en n;i8, lieutenant général en l'ii, mort en 175"i, à l'âge de CO ans, avait épousé, en 1714, Elisabctli de Ito(iuclaurc.

(3) Léon de MadaiUan de Lesparre, comte de Lassay, syndic d'bonneur de la compagnie des Indes, avec le duc do liétbunc, mourut en HiiO. 11 avait épousé, en 1711, Heine de MadaiUan de Lesparre, sa tante.

(i) Régiment à trois escadrons, levé, en I6G7, par M. de Montelard, son premier mestre de cam[) lieutenant. Les suivants furent le comte de .Muut-

et j'en reçus la commission datée du 16 avril, jour de la promotion, le 26 avril.

J'ai eu mon congé des Mousquetaires le !•"■ moi, daté du jour de la promotion.

Le 2 mai, j'allai à la revue des Gardes françaises et suisses faite par le Roi.

Le 8, j'allai voirie jardin d'un fameux curieux en tulipes, au fond du faubourg Saint-Marceau.

Le 30, il y eut un furieux orage.

Le 31, parti pour le régiment étant à Guise. Je couchai à Soissons où je vis de belles églises, entre autres la cathédrale de Saint-Jean-des-Vignes.

Le i"'' juin, je dînai à Laon, qui est sur une montagne fort élevée d'où l'on découvre une parfaitement belle vue. M. de Beauvau, inspecteur (1), et M. de Gesvres (2) m'y retinrent jusqu'à quatre heures que je partis, et j'arrivai à Guise à dix heures du soir, à cause des mauvais chemins.

Je fus reçu mestre de camp du régiment Royal Roussillon par le chevalier d'Ailly (3), lieutenant-colonel, à la tête de trois escadrons, le 3 juin, sur la place de Guise, et tout de

fort, le marquis de Praslin, plus tard maréchal de France, le marquis de Bonnelles, M. de Ghemereuil, M. de Sommery, le marquis de Courtenvaux, et enfin le prince de Croy.

Uniforme : habit et manteau de drap bleu de roi; doublure, parements et retroussis rouges, boutons de métal blanc, buffle et culotte de peau à agrafes, chapeau bordé d'argent, aiguillette rouge ; l'équipage bleu bordé de rouge.

Ce régiment était alors en garnison à Guise.

(1) Louis-Charles-Antoine, marquis de Beauvau, né en nio, inspecteur de cavalerie en nsi, brigadier l'année suivante, maréchal de camp en 1143, fut tué au siège d'Ypres en 1744.

(2) Le te.xte original porte « Gerrss », mais comme le passage n'est pas tracé de la main du prince de Cro}', il est supposable qu'il avait écrit « Gesvres ». Le frère du duc de Gesvres, gouverneur de Paris, était, en elîet, gouverneur de Laon. 11 s'appelait Louis-Léon Potier de Gesvres, marquis de Gandelu, duc de Tresmes (1690-1174). Brigadier en 1734, maréchal de camp en 1740, lieutenant général en 174.j, gouverneur de l'Ile-de-France à la mort de son frère aine, il avait épousé, en 1729, Eléonore-Marie de Montmorency- Luxembourg.

(3) Philippe, chevalier d'Ailly d'Annery, d'abord sous-lieutenant au régiment du Roi (1704), puis cornette dans les carabiniers (1706), et capitaine

suite le régiment passa en revue devant M. de Beauvau, notre inspecteur.

Le 9, j'allai diner à Morfontaine chez Mme de Genlis (l), à quatre ou cinq lieues de Guise.

Le 10, j'allai diner à Proizy chez la marquise de Montier, à deux ou trois lieues de Guise.

Le 22, j'allai — le tout à cheval — à La Fère, avec cinq ou six des officiers du régiment.

Le 23, nous allâmes voir couler et souffler les glaces à la manufacture de Saint-Gobain, à deux lieues de La Fère, chose bien curieuse, et, de là, nous revînmes pour l'école d'artillerie qui se tint ce soir même : elle consiste en dix-huit pièces de canon, dont douze en batterie et six à barbette, qui tirent contre un but distant de 300 toises. Ce fut M. de Yandeuil (2), capitaine de cavalerie de mon régiment, qui pointa une pièce de 24 et qui emporta le prix par hasard.

Le 24, nous vîmes la ville de La Fère, les arsenaux et le moulin à poudre, et le 25, après avoir vu, pour la deuxième fois, l'école d'artillerie, à 6 heures du matin, nous revînmes à Guise.

Le 11 juillet, j'ai vu, pour la première fois, escadronner trois compagnies du régiment.

Le 14, encore escadronner.

Le 17, dîné à Proizy.

Le 18, j'ai été à Vervins, à sejit lieues de Guise, quartier de deux compagnies du régiment, pour y tenir un conseil de guerre où l'on condamna un déserteur à mort par contumace.

flans Roj-al Roussillon la munie année, devint lieutenant-colonel en 1728, fut promu brigadier en 1744, marcclial de camp en 1748, lieutenant général en 1739 et mourut en 17G6.

(1) Louise-Cliarlottc-Françoiso de Il.Ulcncuurt de Dromesnil, morte en 1712, avait épousé, en 1720', Cliarles Brulart, (?omte, puis mariiuis de Genlis en Picardie, mort le lu mai 17o3, àl âge de 4(i ans.

Son second fils Charles -Alexis devait épouser, en 1763, Stéphanie-Félicité Ducrestde Saint-Aubin — la célèbre Mme de Genlis.

(2) ,\ntoine-François de Yandeuil, mousquetaire en 1728, capitaine au Uoyal IloussiUiin en 1734, démissionnaire en 17io, marié à Marie-.Vnnc- Geneviève de Vandcuil de Marotel, sa cousine.

Le 19, nous allâmes voir et dinar au val Saint-Pierre, grande chartreuse fort belle, où l'église et les dortoirs sont très beaux, et il y a un beau réservoir couvert.

Le 20, je revins à Guise.

Le 23 juillet, nous retournâmes à La Fère, où M. d'Angervilliers ;1) arriva le 21. Il y fut reçu avec les plus grands honneurs delà guerre.

Le 25 au matin, l'on commença par jeter un pont de pontons sur la rivière, dont ceux qui étaient chai'gés de le défendre en retranchèrent la tète avec des baquets. Le pont fut attaqué et pris ensuite, sur quoi un renfort étant venu au secours de ceux qui avaient été repoussés, ils reprirent le pont et les baquets avec un grand feu de part et d'autre. Ensuite de cette image de la guerre, on fit l'école du canon et des mortiers; après quoi on fit sauter une mine considérable et, après le diner, on alla à l'ouverture de la tranchée contre le polygone dont le gouverneur fit plusieurs sorties qui furent repoussées, et l'on continua un très grand feu jusqu'à la nuit.

Le 25, je revins à Guise, dont je repartis, le lendemain, pour aller, avec le chevalier d'Ailly, à Compiègne, pour tâcher de faire réparer l'injustice que j'appris à La Fère, qu'on lui avait faite, en faisant de ses cadets brigadiers. J'y restai jusqu'au 30, sans avoir pu réussir, et, de là, nous allâmes ensemble au Fayel, jusqu'au 5 août, que nous revînmes toute la nuit à Guise.

Le 9 août, je partis de Guise à cheval, avec six ou sept officiers du régiment, pour Gondé. Nous couchâmes au Quesnoy. Le lendemain, nous vîmes une partie de ses fortifications. Nous allâmes entendre la messe à Valenciennes, et vînmes diner à Gondé. J'y restai jusqu'au 23 à chasser presque continuellement, que je partis, et allai coucher à Roye, et, le lendemain, au Fayel, où je restai jusqu'au 26, que je revins à Paris.

Je partis de Paris pour Doue le 22 septembre. J'y restai

(1) Prosper-Xicolas Bauyn, seigneui- d'Angervilliers, ministre de la Guerre (lb';o-n4U.)

jusqu'au 27 octobre. J'y chassai beaucoup. Entre autres, nous en fîmes deux fort belles : l'une de loup forcé, qui dura sept heures ; et l'autre de sangliers où l'on en tua cinq.

Le 27 octobre, je partis pour Fontainebleau, où j'arrivai à la nuit, les chemins de Doue jusqu'au-dessus de Maupertuis étant très mauvais, et le reste fort beau.

Le 31, j'allai à cheval, par Puiseaux, à Beaumont, où je restai jusqu'au 17 novembre que je revins à Fontainebleau, à vue de clocher, par une assez forte gelée.

Le 19 novembre, je revins à Paris.

Le 21 décembre, j'allai voir à la place Royale l'entrée du prince de Lichtenstein (1) qui, de mémoire d'homme, était la plus belle que l'on eût encore vue, et, le 23, j'allai la revoir à Versailles.

Le 2 janvier 1739, je vis le Roi aller en traîneau dont les chevaux et les harnais étaient très magnifiques.

Le 23 janvier, je vis, pour la première fois, le Roi à l'Opéra. Il y était venu huit jours auparavant, avant quoi il y avait très longtemps qu'il n'y fût venu. Depuis que je vins à Paris, je fis différentes chasses avec MM. le comte de Lassay et Chapiseau (2), au lévrier, au chien courant, dans toutes les différentes capitaineries, et dans le bois coupé de Vincennes.

Le 20 janvier, j'allai à un grand bal paré que le Roi donna dans le grand salon de Versailles et, la nuit, au bal masque qui se donna dans tout le grand appartement. La fête fut superbe, et il y avait 30 ans qu'il n'y en avait eu une pareille.

Le 22 février, le Roi publia le mariage de Madame première avec l'Infant dEspagne (3), et accepta, le môme jour, la Toison d'or pour lui et pour M. le Dauphin.

Ce fut en mars de cet hiver qu'il fut fort question de mon

(1) .loscph Wenceslas, prince de Lichtenstein (1696-m2i, ambassadeur de l'Erapereui- en France, de 1138 à 1741.

(2) M. de Cliniiiscau, officier au régimoni du Uoi. plusieurs Tois cité dans le Journal de Luynes. (T; 1, Il et IV.)

(3) Le mariage eut lieu le iTaoût: Louise Elisabeth (1724-1159), fille ainée de Louis XV, épousa, à Versailles, l'Infant don Philippe, duc de Panne et de Plaisance, fils de Pliilippe V.

mariage avec Mlle de la Mothe (1) : pendant nos voyages au Fayel, on avait entamé cette affaire qui, sur de simples propos, se trouva si avancée, que M. le comte delà Mothe obtint pour moi du Roi, par l'entremise du cardinal de Fleury et de Mme de Ventadour, les honneurs anticipés de la grandesse d'Espagne. Tout à coup, nous trouvâmes l'affaire comme conclue, sans y avoir presque songé, et cela alla si loin que M. l'abbé de Ghistelle (2) fut prié de faire la cérémonie et le jour désigné.

Les choses avançant plus que nous ne voulions, nous fîmes venir vite, de Condé, M. Cordier, pour régler ce qui regardait l'intérêt, qui ne se trouvait point du tout suivant notre compte. Nous résolûmes de rompre {malgré les honneurs accordés et rhnportaiice dont ils étaient pour moi) et cela pour deux raisons : l'une, que ce mariage pouvait trop déranger mes affaires ; l'autre, le risque que Mme de la Mothe, qui était de mauvaise santé, mourant, M. le comte de la Mothe se remariât, et, ayant un garçon, me fit perdre la grandesse sur laquelle on comptait (les honneurs auraient pu me rester, mais peut-être pas à mes enfants).

Enfin, sur ces deux raisons, M. Cordier eut ordre d'aller tout rompre, ce qu'il fit, et ce qui fit beaucoup de bruit.

Je ne laissai pas que d'être gaillard et de me divertir assez bien, cet hiver.

Ma mère loua la terre de Champigny, près Saint-Maur, ce printemps, et y alla.

Le 29 avril, je partis de Paris pour Lille où était le régiment, et où j'arrivai le 30, avec bien de la peine, ayant été obligé de courir sur mes fesses pour la première fois, les chemins étant détestables. M. Bottée fut, les deux premières années, avec moi au régiment, c'est-à-dire à Guise et à Lille, et faisait ma dépense, mais, depuis, il resta à la maison à Paris, et je dirigeai seul mon ménage et mes affaires.

(1) Mlle de la Mothe-IIoudancourt. (V. la note de la page G.) (■2) Louis-Emmanuel-François de Ghistelle, chanoine tréfoncier de la cathédrale de Saint-Lambert, à Liège, abbé commondataire de Saint-Valery, en 1743, mort le 24 juillet 1147. 11 avait été aumônier du Roi.

20 JOURNAL DU Dl C DE CROY

Le 14 septemhre, j'arrivai à Paris; le 15 à Cliampignj', à une heure après minuit, me pressant parce que ma mère y était fort malade, et elle le fut longtemps. J'y restai à tenir compagnie à ma mère, un peu chasser et promener, et menant une vie douce pour me reposer de toutes mes courses.

Depuis le 15 septembre, demeuré à Champigny (que ma mère avait loué ce printemps), hors un voyage à Versailles, et un à Paris, d'un jour chacun, jusqu'au 13 octobre, que toute la maison est revenue à Paris.

Le 15 octobre, parti de Paris pour le Mesnil-Broglio 2).

Le 18, parti du Mesnil et arrivé de nuit par la traverse, en chaise, à Fontainebleau. Pendant ce premier voyage de Fontainebleau, chassé pour la première fois avec les équipages du prince Charles (H) pour le lièvre ; du duc de Chevreuse (4) pour le sanglier, et du duc de Gramont [5) pour le chevreuil, avec mes chevaux.

Le 20 octobre, chassé pour la première fois avec le prince Charles à Fontainebleau, le lièvre.

(1) M. (le C.roy profite de son séjour ti Lille pour faire des « voyages de plaisir n dans le nord de la France et en Belgique. II revient, le 14 septemhre, à Paris.

(2 Chàleau situé près de Lardy, à 14 kilomètres d'Etampcs (Scine-el-Oise). Ce ihâteau, après avoir appartenu à la maison de Carnazet, passa, aiidix-seplièmo siècle, dans la maison de Cornuel, et devint le Mesnil-Coriiucl. Il s'appela le Mesnil -Voisin quand, en 1702, il fui la proi)riélé du conseiller d'ICIal de ce nom, enfin le iMesnil-Uroglie, quand il devienl l'apanage de la famille de Broglie.

(3) Charles de Lorraine, comte d'Armagnac (l(iS4-njl , dit leprhiceCliarlcs, Grand Ecuyer de l'Yance, épousa, en nn, Françoise-.Vdélaïde de Noaillcs, fille ilu duc de Noailles, pair de l'rance.

(4) Miu-ie-Cliarles-Louis d'Albert de I.uynes, duc de Clievrcuse (nn-llSP, brigadier des armées du lloi en n.'iC, maréchal de camp en 1743, lieutenant général en HiS, marié en secondes noces avec Henriette-Nicole d'Egmont Pignatelli.

(5) Louis-.\ntoine-Armand, duc de Gramont, colonel durégiment des Gardes françaises (16S8-i*il), marié, cnlTlO, à Louise-Françoise d'.Vumont de Crevant d'ilumiércs.

Le 3 novembre, revenu de Fontainebleau à Paris, à cause de la maladie de ma mère.

Le 9 novembre, donné à M. de la Guérinière mon beau cheval barbe nommé le Tigre. C'est le premier cheval que j'ai monté hors l'académie : il venait du Roi de Pologne.

Le 11 novembre, je revins à Fontainebleau.

Le 14 novembre, je chassai pour la première fois avec le Roi, et je montai pour la première fois trois chevaux que j'avais achetés, le 4 novembre, 1.330 livres les trois, à l'inventaire du duc d'Ancenis (1). M le prince Charles me mena. Le cardinal d'Auvergne (2) me ramena. L'on chassa à la Boissière, et l'on prit deux gros cerfs en trois heures.

Le 16 novembre, je montai, pour la première fois, dans les gondoles (3) de suite du Roi, et l'on prit deux cerfs.

Le 18, j'allai à la chasse avec le Roi, et je courus, pour la première fois, avec trois chevaux de la grande écurie nommés le Brutalin, le Mirliton, et l'Indolent. L'on prit un cerf et on manqua l'autre.

Le 20, je chassai avec le Roi, avec mes chevaux. L'on ne prit qu'un cerf, et je fus revenu à temps pour dîner chez M. de Chalmazel (4).

Le 21, le Roi alla à la chasse dans sa voiture à six places, et me fit la grâce de m'y faire monter, en allant et revenant, sur ses genoux. C'était la première fois que j'eus cet honneur, et la première fois que je chassai le sanglier avec le Roi. L'on en tua quatre. Le soir, il me fit encore la grâce de me nommer pour souper dans ses cabinets. C'était la première fois, hors en 1736 que j'avais eu cet honneur en public, à Compiègne, étant mousquetaire : nous étions quinze hommes.

Le 23 novembre, je fis la dernière chasse avec le Roi, à

(1) François-Joseph de Béthune, marquis, puis duc d'Ancenis (l'ii'-i'Ti), capitaine d'une compagnie des Gardes du Corps, épousa, en 1739, Marthe- Elisabeth de la Rochefoucauld de Roye.

(■}' Henry Oswald de la Tour d'Auvergne, né en 1679, archevêque de Vienne en Dauphiné en 1722. cardinal en 1737, mort en 1747.

(3) Les gondoles, grandes voitures dans lesquelles on suivait les chasses.

(4) César-Marie, marquis de Talaru Chalmazel, né en 172o, premier maître dhotel de la Reine, brigadier en 174S, maréchal de camp en 1761.

22 JOURNAL DU DUC DE CROt

Fontainebleau : nous prîmes deux cerfs, dont le premier boiteux, et, le soir, le Roi me fit la grâce de me nommer pour souper dans ses cabinets. Je fus à la petite table avec sept autres jeunes gens, et il y avait quinze personnes à la grande dont était Mademoiselle (1), Mme de Mailly et quatre autres dames. Après le souper, le Roi me nomma pour jouer au cavagnole (2), et il me donna à tirer lui-même.

Le 24, j'assistai au départ du Roi, que je vis monter en voiture à dix heures et demie, pour son premier voyage à Choisy (3), et je partis ensuite en chaise de poste, et j'arrivai à Paris. La gelée commença et dura cinq jours.

Le 10 décembre, je chassai pour la première fois avec le Roi, à Versailles. On lança le premier cerf à Verrières, et on le prit au moulin de Javel, et le second ne fit que tourner dans la garenne de Sèvres. Il pensa me renverser en traversant.

Le 10 décembre (sic), l'on chassa à l'Hôtel-Dieu (4). L'on ne prit qu'un cerf dans l'eau, au commencement de la chasse. Un cheval à moi, nommé le Cerf, me jeta par terre. Le soir, le Roi me donna, pour la première fois, le Bougeoir (5).

Le 17 décembre, La Croix entra à mon service, et je commençai alors à entrer dans les détails et à bien régler mon équipage.

Le 31 décembre, dernier de l'an 1739, je chassai pour la première fois avec le Roi à Saint-Germain, et je portai, pour la première fois, un des habits d'équipage du cerf : c'était le

(1) Louise-Anne de Bourbon-Condé, dite Mademoiselle ou Mlle de Gliarokiis (1698-1758), fille de Louis III, duc de Bourbo;i, prince du sang, et de Louise-FiMnçoiso de Bourbon, fille de Louis XIV et de Mme de Montespan.

(2) Le Cavagnole, jeu de hasard à tableaux et à boules.

(3) Louis XV avait acheté, en 1739, au prix de cent mille écus, le cliâteau de Choisy, qui, après les ar. angeuieuts de rarchilccle Gabriel, devint sa résidence pr> férée. Les voyages à Clioisy devenant fréquents, on fit, enni9, une route pour s'y rendre de Versailles. Ces séjours n'empêchèrent point le Uoi d'aller il lianibouillet, à Fontainebleau, ,à la Meute (aujounl liui, par corruption, la jWi(ef(f), jolie maison qu'il rebâtit à l'entrée du Bois de Boulogne.

(4) Ferme à 1 kilomètres de Versailles, près de Vélizy, sur la roule do Versailles à Choisy.

(8; « Le lioi faisait tenir, tous les soirs, à son coucher, le bougeoir par un courtisan ipiil voulait distinguer » [Saint-Simon).

petit. Il faisait du verglas. L'on prit, cependant, dans l'eau, un cerf vis-à-vis Conflans. En revenant à Saint-Germain, nous entrâmes tous, avec le Roi, à la surintendance, pour voir Mme la comtesse de Toulouse (1).

Le 5 janvier 1740, veille des Rois, la gelée prit fort ; après plusieurs jours de petite gelée et de grand brouillard, la gelée alla en augmentant, jusqu'à la nuit du 10 au 11, que les thermomètres selon M. de Réaumur descendirent de 9 degrés et demi au-dessous du ternie de la glace, et de 4 degrés et demi au-dessus de l'hiver de 1709.

Cette nuit, la rivière prit entièrement au milieu de Paris , qu'il neigea un peu, et la gelée alla en diminuant jusqu'au 13, qu'il dégela tout à fait.

Le 15, la gelée reprit tout doucement, mais, depuis la nuit que la rivière prit, elle resta prise du Pont-Neuf au Pont- Royal, et le 17, l'on imagina de casser, avec des crochets et des pieux, des grands morceaux de glace et de les pousser avec des leviers et, de cette sorte, on fit un large canal au milieu de la rivière, qui fut achevé le 18, entre ces deux ponts.

Le 21 janvier, il dégela tant soit peu.

Depuis le 21, il continua de dégeler le jour et de geler la nuit jusqu'au 25, que la gelée reprit de 3 degrés. Elle alla jusqu'à 4 degrés.

Le 27 janvier, M. le Duc mourut à Chantilly, à midi (2).

Le 3 février, j'allai au bal, en masque, chez Mesdames de France. La nuit, il neigea beaucoup, et il continua toujours de geler de 2, 3 à 4 degrés.

Le 12 et 13, la rivière charria beaucoup, et l'on fit déloger • les personnes qui logeaient sur les ponts pour la seconde fois, au pont de Saiut-Cloud.

(1) Marie-Victoire-Sophie de Noailles (1688-1766), fille d'Anne-Jules, duc de Noailles, pair et maréchal de France, et de Marie-Françoise de Bournonville, mariée en secondes noces, le ii février n23, à Louis-Alexandre de Bourbon, duc de Pentliièvre, comte de Toulouse, légitimé de France.

(2) Louis-Henri, duc de Bourbon, prince de Condé '1692-I7i0), grand maitre de la Jlaison du Roi, ne laissait qu'un fils, Louis-Joseph, huitième prince de Condé, qui resta sous la tutelle de Charlotte de Hesse Rheinfels(ni'i-n41),sa mère, et du comte de Charolais, son oncle.

M. d'.Vngervilliers, ministre et secrétaire d'Etat de la Guerre, mourut la nuit du 1.") au 11) février, et, le 17, il fut remplacé par M. le marquis do lîi'etfui! (! . Je lui en lis mon compliment, des premiers, ;i ^Nlarly.

Les 18 et 19, il gela de 5 degrés, et la riviiTe charria, pour la troisième fois, et elle pensa reprendre. Ensuite, il continua de geler tantôt plus, tantôt moins.

Le 17, j'allai, pour la première fois, à Marly, ayant demandé àêtre polisson (2). Le salon fut fort beau. .J'en revins à la suite du Roi.

Le 20, à Versailles. Il y lit un froid terrible, et la rivière charria.

Le 25 février, j'allai à une fête dansante que donna le prince de Lichtenstein, qui fut la plus superbe que j'aie encore vue. IS'ous étions à souper, en différentes tables, cent cinq personnes. Le lundi d'après, il en donna encore une petite où j'allai.

Dans ce carnaval, il y eut plusieurs bals parés et masqués chez M. le Dauphin et chez Mesdames, où j'allai.

Le 28 février, il commença à dégeler un peu.

Il continua ensuite de geler un peu les nuits, et la terre ne dégela pas encore.

Le 4 mars, il recommença à geler.

La nuit du 8 mars, il dégela pour la jiremière nuit, depuis près de trois mois, mais exactement depuis la veille des Rois, et, le D, il plut et dégela tout à fait, la gelée ayant duré trois mois et demi, en quatre mois, et doux mois et cinq jours de suite.

Le 1'' avril, j'entendis Mlle Le Maure ii l'Opéra (3). Elle y était rentrée depuis iiuit jours, et il y avait cinq ou six ans qu'elle avait quitté.

Le 5 avril, j'allai à la Grand'Clianibro, au jugement du

(1) l'rançois Victur Le Toniiclicr. m irijiiU ilc liroleiiil, nt' en 1086, secrétaire d Etat pour le di'iiarlciiionl île la Guerre le \1 fevrirr niO, mort le " janvier n4.î.

(2) « l'olisso;) », invité ne logeant pas au cliàteau.

(:t) Catlierinc-Nicole Leinaurc, lélèhre cantatrice (1701-1*83 .

procès de Mme de Pléneuf coatre M. de Prie (1). Mme de Pléneuf gagna.

Toute la Semaine sainte, il fit un temps admirable de printemps. Ensuite il fit assez beau tout le mois d'avril, mais que deux jours un peu chauds, et le reste froid.

Le 24 avril, je montai sur les tours de Notre-Dame.

Le 26, j'allai au mariage de M. de Baye, à Saint-Roch, avec Mlle de Gurzay (2), et à celui de M. de Vertillac (3) à Saint-Paul.

Du 20 jusqu'au 1" mai 1740, il n'y a rien eu de remarquable et je m'amusais assez bien, mais ma santé était toujours bien délicate.

J'arrivai à Paris le 29 août, comptant aller à Versailles,.

(Ij Agnès Rioult Douilly de Gurzay '1681-1758', seconde femme d'Etienne Berthelof , seigneur de Pléneuf, de Baye et de Villevenard, directeur général de rartillerie de France, était la mère d'Agnes Bertlie!ot (1098-1127, mariée enlTll, au marquis de Prie.

(2; François Berthelot, seigneur de Baye, né en 170:!, enseigne dans le régiment de Bretagne (infanterie) en 1718, lieutenant réformé dans Meslre de camp dragons en 1719, capitaine au régiment de lioyal Uoussillon cavalerie en 172o. maréchal des logis général de l'armée du Bol en 1740. inestre de camp par commission la même année, brigadier en 1747, maréchal île camp en 17;J8, lieutenant général en 1762, épousa, le 26 avril 1740, Cécile- Elisabeth Itioult Douilly de Curzaj', sa cousine germnino.

(3) Xous ne voyons point de membre de la famille Thibault de la Brousse, comtes de 'Verleillac (et non VerliUac, comme il est écrit ci-dessus , qui ait pu se marier à cette date. Mais, dans l'étade de leur notaire 'aujourd'hui étude de M« Ploeque;, nous avons trouvé un contrat de mariage à l'église Saint-Paul. liasse, le 26 avril 1740, entre Louis-Joachim Jchanncit, marquis de Bartillal, baron d'FricI et de Saint-Marcel, seigneur de Laage et autres lieux, capitaine châtelain de la ville et du château de Montluçon, capitaine au régiment lie Condé, et Jeanne-Françoise Pouyvet de In Blinière. fille d'un conseiller au Grand Conseil.

Il faut donc, â notre avis, lire non Vertillac, mais Bartillal. D'ailleurs, ce ]iassage de noire Journal n'est pas tracé de la main du prince de Croy, mais de celle d'un copiste qui a dû faire une erreur de ti'nnscriptiou.

(4) Le prince de Croy part, le 9 mai, pour Gray, où se trouve son régiment de Royal Uoussillon, quM passe, le 21, en revue, en attendant celle du comte de 'Vaudrey, lieutenant général, le 30. 11 fait, ensuite, un voyage en Suisse, et revient le 28 juillet à Gray. Un mois après, il est à Paris.

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