DIS
Trois bancs pour MM. les conseillers d' Estât d'ëpée. — H y «volt quantité de chevaliers de l'ordre.
Bancs des députez de la Noblesse,
etc., etc.
etc.
Bancs des députez du Tiers-État.
— 11 V avoit séparation d'environ trois pieds entre leurs bancs et ceux du Qergé.
M. DE l.yçoN (1), pour le Clergé, M. DE SÉNECEY, pour la Noblesse, M. Myrow , pour le TiefS-Etat,
etc.
Bancs des députez du Tiers-État.
— 11 y avoit séparation d*ei»vtron 8 pieds entre lesdits bancs et ceux de la Noblesse.
S après avoir harangué, chacun d'eux, suivy de son greO'^»", alloit trouver le Roy, et là, prenant le caycr des maios du grefhcr, le présentoit h S. M .
(1) Vov la harangue de l'évéque de Luçon, Armand-Jean du Plessis. depuis Cardinal-duc de Richelieu (ïetltot J- s.; t. XI, p. îOl). Elle fut Imprimée avec celle de Miron che^ Cramoisi, après la clôture des ÈtaU.
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Monsieur le Prince va trouver la Heyne à Saint- «''^riter m% Victor. De là, il l'accompagne au Louvre. Luy dit qu'il la venoit supplier de luy accorder la grâce de Rochefort ; que c'estoit un gentilhomme à qui il avolt de l'obligation pour ce qu'il l'avoit toujours très^fidèlemept servy. La Reyne luy répondit que c'estoit au Roy qu'il se faloit addresser. Il luy répondit : Madame, je supplie vostre Majesté que je luy aye cette obligation, car je crains que le Roy me la refusast. Elle luy répondit : Non, non, allez à luy, je m'asseure qu'il vous fera bonne réponce. Sur cela. Monsieur le Prince ayant esté trouver le Roy , sa Majesté luy répondit : Monsieur le Prince, je donne grâce à Rochefort pour Tamour de vous, etc.
1. Le Roy donne à M. de Luyries l'ai^né le Mars, gouvernement d'Amboise qui estoit demandé par MM. de la Curée *, la Chastaigneraye^, le Renouart et Descures*. On dit que le Roy en pria M. le maréchal d'Ancre. — En fit des remerciemens extrêmes à la Reyne, mena luy-mesme M. de Luynes remercier la Reyne qui répondit : C'est le Roy qu'il faut remercier ; et le Roy disoit : Au contraire, c'est vous
* Gilbert Filhet, seigneur de la Curée et de la Roche Turpin, né vers 1555, conseiller d'Etat, capitaine- lieutenant des chevaux-legers de )a Garde, maréchal de camp, mort en 1633,
^ Commandant des gardes de la Heine.
3 M. d'Escures, qui avait acheté le gouvernem^ptd'AIBt>oi$^,av^tété obligé de le céflpi à Monsieur le Prince (FoBtenijy-llareqiJ, U l, p. 24^).
Biars 1616. Madame, qu'il faut qu'il remercie. On dit que M. de Vendosme ayda fort à cette affaire *.
2. Messieurs du Parlement résolurent d'assembler les chambres, le vendredy en suivant, sur le fait de la paulette , et menacèrent fort le Mayne , sur ce qu'on leur avoit rapporté qu'il vouloit faire un party de 1500 mil livres de toutes les partyes casuelles. Depuis, le Mayne fut faire une protestation au Parlement que cela n'estoit point. Et sur ce qui fut le jeudy rapporté au Parlement, de la part de la Reyne, (je ne say quoy), les chambres ne s'assemblèrent point le vendredy.
9. Mèssieuns du Parlement des chambres des Enquestes députent deux de chaque chambre à la Grand Chambre, vers Monsieur le Premier Président, pour demander qu'on assemble les chambres. Monsieur le Premier Président répond qu'il avoit receu commandement de la Reyne de ne point assembler les chambres. Sur cela, ils firent grande rumeur et parlèrent fort rudement à Monsieur le Premier Président, et demeurèrent trois heures sur cette contestation, et peu à peu, en délibérant si on s'assembleroit, ils s'assemblèrent. On dit que M. Gilot dit qu'il avoit autrefois ouy dire à M. le président de Thou que le feu roy Charles luy ayant dit qu'il vouloit faire quelques-uns du Parlement conseillers d'Estat,
> C'est par erreur que Richelieu dans ses Mémoires place cette donation dans raiinée 1614. Pontcbartrain, Mém., t. xvii, p. 75, et le P. Anselme, Généalogie du duc de Luy nés, sont d'accord sur ce point avec Amauld d'Andilly. {Vay, Fontenay-Mareuil, t. l, p. 270.)
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il lui répondit : Sire, ne faites pas cela, vous gasterez Ma» tm. tout et ruinerez le Parlement.
On dit que M. le président le Jay dit que , s'il ne sçavoit faire le Premier Pré^dent , il y en auroit d'autres qui le feroyent bien.
10. Messieurs du Parlement assemblent les chambres ; commencèrent à opiner.
M. de Saint-Géran* alla dire à Monsieur le Prince que le Roy et la Reyne le prioient de ne se point trouver au Palais, afin de ne fortifier point par sa présence les résolutions qu'on y pourroit prendre. Monsieur le Prince répondit qu'il iroit luy-mesme rendre réponce à Leurs Majestez ; et quelque temps après alla au Louvre et dit au Roy et à la Reyne que, puisque Leurs Majestez ne vouloyent point qu'il s'y trouvast, il n' iroit point.
On dit qu'il se plaignit, disant que M. de Saint- Géran avoît soixante gendarmes disposez en divers endroits, lorsqu'il l'estoit allé trouver le matin.
11. Messieurs du Parlement achèvent de délibérer. Résolvent que remontrances seront faites au Roy, tant sur le sujet de la paulette que sur autres points ; et que cependant, et jusques à ce que cette affaire soit entièrement résolue, on ne recevra aucuns ofiiciers qu'ils ne rapportent un certificat comme la vefve et les héritiers seront contens et satisfaits d'eux.
* Jean François de la Guiche, comte de la Palice, seigneur de Saint- Géran, gouverneur du Bourbonnais, capitaine lieutenant des gendarmes de la garde en 1615, maréchal de France en 1619, mort en 1632.
Mars im« On dit que M. Ribier dit qu'il n'y avoit pas jus-^
qu'aux Pasquins qui ne les appellassent des poulies, et qu'ils avoyent raison^ veû la lascheté qui se trouvoit tant au chef qu'aux membres.
12. Conseil tenu le matin chex Monsieur le Chancelier sur le fait de la paulette. M» Arnaud, intendant des finances, propose son avis ; tous en demeurent d'accord*
L'après-disnée , Conseil tenu au Louvre sur le mesme sujet, où estoyent tous les grans. M. Arnaud propose de rechef son avis, qui est : de rembourser le trésorier des parties casûelles ; rétablir trente sol« sur minot de sel ; supprimer les offices qui vacqueront par mort, ju$qu'à ce qu'ils soyent réduits au nombre ancien ; au bout de cinq ans, voir ce que monteront les gages qui reviendront par ce moyen au Roy, et diminuer d'autant l'imposition ; permettre aux officiers de résigner, sans rien payer que le droit de marc d'or, et, par ce moyen, supprimer pour jamais la paulette et la vénalité» — Cet avis l'emportoit à la pluralité des voix ; mais M. de Bulion ouvrit un autre avis, qui est de ne permettre de résigner à ceux qui achèteront doresnavant. M.., en fut, Monsieur le Chancelier et deux ou trois autres. Ainsi il n'y eut rien de résolu pour ce jour-là.
19* M. Ribier, lieutenant général de Blois*, harangue au Roy au nom du Tiers-Estat, pour em-
* Guillaume Ribier, député du bailliage de Blois. {Voy. itère, fr*, L ui, p. 422-425, la requête du Tiers-Etat.)
pescher rimposiUon de trente sols. Monsieur le Chôn* m«« imi. celier répondit qu'ils n'avoyent deû s'asseitiblef depuis la présentation des ôayers»
24. Le Roy mande les députex des trois ordres en la galerie du Louvre ; leur dit qu'il avoit commandé à Monsieur le Chancelier de leur déclarer sa volontéi Sur cela, Monsieur lô Chancelier, prenant la parole, leut dit, en substance* que le Roy désirant faire réussir des Estats tout le bien possible, et ré*pondre promptement les cayer$ qu'ils avoyent présentez, il avoit nommé des commissaires poui* y travailler jusqu'au nombre de plus de quarante ; mais qu'il y avoit si grand nombre d'articles, qu'il estoit impossible que l'expédition ea fust si prompte qu'il desiroit, veû qu'il y en avoit plusieurs qui méritoyent chacun un conseil tout entier. C'est pourquoy, pour éviter les fraixque leur séjour apporteroit au peuple, non-seulement Sa Majesté avoit agréable^ mais leur commandoit de se retirer en leurs maisons; et que cependant, pour leur donner les preuves de sa volonté aux plus importans articles, et que les trois ordres avoyent conjointement demandez, il esteignoit dès à présent la paulette et la vénalité, protestant que, de son règne, il ne souffriroit qu'il ne fust jamais vendu aucune charge, et qu'il obligeroit les roys, ses successeurs, à le jurer en leur sacre, comme une des loix fondamentales de T Estât ; qu'il leur accordoit une chambre de justice, et que, dans trois jours, on nommeroit les commissaires ; que, pour le regard des pensions, il pourvoieroit au retranchement, de
ManiiMt. telle sorte qu'ils auroyent sujet d'en estre contens*. 27. Mort de la reyne Marguerite *, à 11 heures du soir. MM. Arnaud et de Marillac commissaires pour faire l'inventaire. Bagues valoyent 25 ou 30,000 escus. Tout le reste des meubles ne valoit pas 6,000 escus. S'assemblent avec M. de Souvré, comme premier gentilhomme de la chambre, pour ordonner le deuil. M. de Souvré, M. le comte de la Rochefoucaud ' , maistre de la garde -robbe en charge, premiers valets de chambre et autres officiers du Roy prétendoyent devoir avoir deuil. Jugé qu'il ne leur en appartenoit, mais que MM. de Souvré et de la Rochefoucaud le prendroyent par bien séance et se Tordonneroyent eux-mesmes. La dépence du deuil des domestiques de la reyne Marguerite, de leur nourriture durant quinze jours, de l'effigie et autres cérémonies faites en la maison, monte à 14,000 escus. Si on eust fait un convoi, il eust monté 100,000 escus. Elle devoit 260,000 escus, sçavoir, 60,000 escus devant la donation* et 200,000 escus depuis. Donnoit par an 100,000 livres aux pauvres'.
* Voy. Pontchartrain, t xvii, p. 78; Herc, fr, t. m, p. 421; Merc, fr,^ t. IV, p. 24*
2 Marguerite de France, duchesse de Valois, fille de Henri II et de Catherine de Medicis, première femme de Henri IV qui fit annuler son mariage en 1599.
* François, V« du nom, né en 1588, àucet pair en 162J, mort en 1650, père de l'illustre auteur des Maximes.
* La donation entre- vifs qu'elle fit de tous ses droits en faveur du Dauphin, depuis Louis XIII. *
6 Foy. Pontchartrain, t. xvii, p. 78; Richelieu, t. xxi bis, p. 241; Fontenay-Mareuil, t l, p. 267.
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28. Messieurs du Parlement s'assemblent matin M«rt %m. et après-disnée. Donnent arrest portant que les
Princes du sang et les ofliciers de la couronne seront mandez pour délibérer sur les remèdes qu'il est besoin d'apporter aux désordres qui sont en TËstat '•
29. Conseil tenu au Louvre. Ordonné ce f}ui fut exécuté le lendemain, ainsi qu'il suit :
30. Messieurs les gens du Roy font leur plainte en la Grand Chambre, de ce que cest arrest avoit esté donné sans les ouïr; qu'il préjudicie extresmement à l'autorité du Roy. Requièrent qu'il soit biffé dans les registres. — Messieurs du Parlement répondent que Tarrest n'estoit pas tel qu'on l'avoit fait entendre à Sa Majesté, pour ce qu'à la fin il y avoit: sous le bon plaisir du Roy (mots qu'ils avoient adjoutez de* puis, voyant que l' arrest n'estoit soutenable) ; qu'ils chargeoient Messieurs les Gens du Roy d'aller vers Sa Majesté pour la supplier d'avoir pour agréable que l'arrest fust exécutée
Environ le dit jour, M. de Vendosme se départ de l'union qu'il avoit avec les autres Princes et présente au Roy une déclaration par écrit pour assurance de sa fidélité. La Reyne la refuse et dit qu'il ne pouvoit bailler d'assurance plus grande que ce à quoy la naissance l'obligeoit ; que le Roy contraindroit de se
* Voy. Merc» fr,, t. iv, p. 25. Voy, dans les Mémoires de Mathieu Moié le narré des remontrances du Parlement contenant tous les détails de cette affaire et les pièces authentiques à Tappui (Mém. Math. Mole, édition citée, p. 20-&8).
* Voy, Merc» fr., t. iv, p. 33, tous les détails relatifs à cette affaire et notamment le rôle joué par Tavocat général Senrin.
tiart mi. ranger à letir devoir tous ceux qui s'en seroient départis, etû«
Avril. &« Xa Rayne dit à M. de Longueviile, revenu
huit ou dix jours auparavant^ qu'elle Tavoit toujours fort affectionné, comme elle faisoit encore; qu'elle sçavoit qu'il avoit eu quelques mécontentemens du maréchal d'Ancre, qu'elle le prioit d'oublier tout cela} que le maréchal d'Ancre avoit toujours esté et ôstoit encore son très-humble serviteur; qu'elle desi* roît qu'il le rôçeust bien lorsqu'il le viendroit saluer. M. de Longueville répondit : Madame, il ne m'a jamais témoigné qu'il fust mon amy, et, quant à moy , je ne l'ay jamais ni aimé ni haï, mais je feray ce que Vostre Majesté commandera. Elle répondit : Je désire que vous le teniez pour vostre serviteur et veux qu'il le soit ; et sur cela fit avancer M. le marechai d'Ancre, qui alla saluer M. de Longueville, et puis ils s'embrassèrent, mais tout cela avec froideur de la part de M. de Longueville.
Accord de M. le maréchal d'Ancre et de M. de Villeroy» — M* de Guise dit à la Reyne qu'infinies personnes trouvoyent étrange la froideur dont elle usoit envers M. de Villeroy, veû les services qu'il luy avoit faits et ceux qu'il estoit encore capable de faire; que chacun sçavoit la mauvaise intelligencequi estoit entre M. le maréchal d'Ancre et luy ; que cela estoit trouvé extresmement mauvais ; que, pour luy, si cela continuoit, il ne pourroit toujours supporter cette hayne, et que, s'il estoit contraint d'a-
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bandonner le Maréchal, il ne !a vouloit pas assurer Avrii ie«.
qu'il se passast deux jours sans qu'il courust fortune*
La Reyne lui répondit qu'il lui faisoit un plaisir ex-
tresme ; que cette affaire lui donnoit de la peine,
mais qu'elle ne savoit comment l'accommoder, pour
ce qu'il estoit besoin que quelqu'un s'entremist;
qu'elle le prioit de le faire et d'en parler comme il
faloit au maréchal d'Ancre. Sur cela, M. de Guise
parla à luy et l'affaire s'accommoda. Depuis, après
les festes de Pasques, M. de Villeroy estant revenu
de ses dévotions, il fut encore mieux reçeu.
7. Querelle de M. de Bressieux* contre M» de la Valette ^ M, le vicomte de Rabat tue en duel M. de Longnac. Conseil tenu chez M. le président Jeannin. M. d'Herbaut ^ dit que les finances estoyent en une entière confusion ; qu'il n'y avoit nul moyen qu'il fist sa charge, si on ne lui bailloit des fons. M. le président Jeannin en dit de mesme et conclud que, pour y remédier^ il faloit, pour cette année, recevoir le droit annuel. Sur cela, MM. de Ma... (Marillac), Do... (Dollé) et Bu... (BulHon) ne disent mot. Ce que voyant M. Arnaud, il prend la parole et dit qu'à
* Premier écuyer de la Reine-mère.
> Bernard de Nogaret de la Valette, second fils da duc d'Épemon, duc de la Valette puis d'Épernon, pair, colonel général de rinfanterie française, gouverneur de Guyenne, chevalier de la Jarretière, né en 1592, mort en 1661. Il épousa Gabrielle Angélique, légitimée de France, fille de Henri IV et de la marquise de VerneuiL
3 Raimond Phélipeaux, seigneur d'Herbaut, né en 1560, trésorier de l'Épargne en 1599, secrétaire. d'État en 1621, mort en 1629.
Avril 1618. la vérité il y avoit une grande confusion aux affaires, mais qu'elles n'estoyent point en si mauvais estât qu'il n'y eust moyen d'y pourvoir ; et ensuite leur montra clairement qu'ils n'avoyent besoin que de trouver 100,000 escus comptant, et que, moyennant cela, tout iroit bien; qu'on les pouvoit prendre à la Bastille ; que, pour les trouver autrement, ils avoyent les deux derniers quartiers des pensions de la reyne Marguerite, montant à 250,000 livres; qu'il n'estoit plus besoin que de 50,000 livres et 10,000 escus pour les intérests d'un an; que l'on luy donnast les quittances de l'Espargne pour les dits 330,000 livres sur de bonnes receptes générales et qu'il s'assuroit de trouver l'argent; que si la Reyne, pour des considérations d' Estât et de peur de mécontenter les officiers, vouloit, contre la parole qu'elle avoit si solennellement donnée, remettre la paulette et apporter un tel préjudice à l'Estat, il faloit obéir, etque si, sur cela, elle lui demandoit son avis, il le luy diroit fort franchement; mais qu'il ne souffriroit jamais qu'en une affaire de telle conséquence, et qui importoit tellement au royaume, on prist le prétexte de la nécessité des finances, et que, s'ils le vouloyent faire, il iroit trouver la Reyne et lui feroit entendre, en présence de tous les Princes et des Grans, Testât des affaires et lui feroit voir comme ils ne les entendent point.
9. Messieurs du Parlement furent au Louvre, ayant esté mandez par le Roy. Sa Majesté leur dit quelques mots ; et puis Monsieur le Chancelier prit la
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parole, et leur dit que ils n'avoyent point deû s'as- Avril i««. sembler pour ce qui concerne les affaires de l'Estat ; qu'ils estoient seulement ordonnez pour rendre la justice aux sujets du Roy; qu'il avoit choisy et estably ceux de son Conseil, pour aviser à ce qui est de la conduite des affaires du royaume ; et que Sa Majesté leur défendoit de se plus assembler sur ce sujet. Et à ce propos, leur allégua plusieurs exemples, et entre autres du président de la Vacquerie, flamand, qui ne voulut recevoir les pleintes du duc d'Orléans (qui fut depuis Louis XII). On dit que Monsieur le Premier Président répondit à Monsieur le Chancelier, que s'ils estoyent en lieu où l'on pust répliquer, il y auroit bien moyen de répondre à ses exemples. On dit aussi que Monsieur le Chancelier ayant dit à Messieurs du Parlement, que plusieurs de leur compagnie n'avoyent pas esté d'avis del'arrest, et en cela, avoyent témoigné plus de prudence, Monsieur le Premier Président répondit : Monsieur, ce que la Cour ordonne, c'est toute la Cour, car elle ne se. divise point.
L'après disnée, ils s'assemblèrent au Parlement. Résolu que l'on députeroit pour faire remonstrances au Roy, afin de luy faire connoistre qu'il y avoit plusieurs réponces aux argumens faits par Monsieur le Chancelier, et luy faire entendre de quelle sorte le Parlement s'est toujours comporté en pareilles occurences d'affaires que celles qui sont aujourd'huy *.
* roy. Richelieu, t. xxi bis, p. 246 ; Fontenay-Mareuil, t. l, p. 271-
Avril 1613. \0. Le Roy allant donner de l'eau béniste à la
reyne Marguerite, et sa queue devant (selon la coustume) estre portée par trois Grans, et n'y ayant que Monsieur le Prince et Monsieur le Comte', des princes du sang, il se meut contention entre M. de Guise et M, de Longueville. La Reyne jugea en faveur de M, de Guise. Sur cela, M. de Longueville s'en retourna à Amiens, et Monsieur le Prince et Monsieur le Comte (qui veut marier Mademoiselle sa sœur^ à M. de Longueville) n'y voulurent estre. Tellement que MM. de Guise, du Mayne et d'Elbeuf portèrent la queue.
On tient que pendant le séjour de M. de Longueville à Paris, on voulut envoyer 500 Suisses à Amiens; que M. de Longueville, en ayant eu avis, vint prendre congé de la Reine, disant qu'il avoit esté averty que Sa Majesté envoyoit des Suisses à Amiens ; qu'il craignoit que le peuple, qui estoit assez fâcheux, ne les
276; Merc, fr,^ t. iv, p. 37-42, où se trouve le sommaire des discour» prononcés en cette occasion,
* Louis de Bourbon , comte de Soissons, fils de Charles de Bourbcm, mort en 1612 et d*Anne de Montafié, né en 1604, grand maître de France et gouverneur du Dauphiné en 1612 , lieutenant-général dans Paris et chef du Conseil pendant l'absence de Roi en 1626, gouverneur de Champagne en 1631. S'étant révolté contre le Roi, il fut tué à la bataille de la Marfée qu'il gagna en 1641 sur le maréchal de ChatiUon. Le comte de Soissons, à qui Arnauld d'Andilly donne une volonté, n'avait alors qu'onze ans.
2 Louise de Bourbon, sœur du comte de Soissons, née en 1603, morte en 1637, devint en effet la première femme du duc de Longueville dont elle eut la duchesse de Nemours, l'auteur des Mémoires,
3 Charles de Lorraine, IP du nom, duc d'Elbeuf, pair, gouverneur de Picardie, blessé au siège de Saint-Jean-d'Angely en 1621, retiré en Flaodres de 1631 à 1643, mort en 1657.
D'AnNAUl.0 p'ABIDILtY. 71
voulust recevoir. Joint qu'en tellaa oocamons, t'ei^ ^y^ *«*•• toit aux Gouverneurs de province à y donner ordro. C'est pourquoy il la supplioit de trouver bon qu'il y allast, Sur la résistance apportée p^r la Reyne, pa* rôles,... Service du Roy,.,. Maréchal d' Ancre.. ••• Traitteroit en vallet.
26. M, de Candale* fait le arment de premier gentilhomme de la Chambre.
Logement de quelques Suisses de la reyne Marguerite. Sur quoy on fit courir le bruit que la Reynf vouloit mettre de» Suisses dans la ville çt d^iarmer le peuple.
On disoit que Monsieur le Prince vouloit répudier Madame sa femme ^ Elle le va trouver Iq (SQir> comme. il estoit couché.
30. Monsieur le Prince voit la Reyne en présence de M°** la comtesse de Soissons qui s'en est rendue la médiatrice. Luy dit : que quelques mauvais rapports qu'on luy eust faits de luy, il n'avoit jamais eu autre intention que de servir le Roy et elle ; qu'il ne mettoit point de différence entre les personnes de Leurs Majestez, etc, ; que quant à ce qu'on estoit entré en ombrage de ce qu'il se mettoit bien avecMea^ sieurs du Parlement, c' estoit à tort, parce qu'en cela, il n'avoit esté porté d'autrç désir qu§ do ce qu'il ^
* Henry de Nogaret de la Valette, duc de Candale, premier gentilhomme de la Chambre, gouTra-neur d'Agenaip et de Sfiiiit»ng9, ctUf et pair en 1631, se signala dans les guerres de Hollande, d'ItfiUe, fu^ généralissime des armées de Venise et mourut en 1639.
a Charlotte Marguerite de Montmorencii fiUe Au GoooâtulWté
ATiitwii. timoit que cette compagnie fust fort affectionnée au service du Roy; que pour le regard du Conseil, il n*y venoit point à cause de l'extrême confusion qui y estoit, et qu'il supplioit Sa Majesté de le dispenser d'y aller jusqu'à ce qu'on y eust mis un autre ordre, etc.
On dit qu'il insista sur deux points, l'un de réformer le Conseil, en telle sorte qu'il n'y entrast que fort peu de personnes (qui sétoit rejester sur Leurs Majestez la hayne de ceux qu'on mécontenteroit) , et l'autre de donner contentement à Messieurs du Parlement sqr les choses qu'ils demandent (qui seroit s'acquérir une entière créance parmy eux, et se faire reconnoistre tout puissant.)
La Reyne luy répondit : qu'elle l'avoit toujours aymé, et faisoit cas de luy selon que son rang le méritoit; qu'elle désiroit qu'il eust part dans les affaires, et que rien ne se fist sans son avis ; que quant à ce qui estoit du Conseil, elle estoit bien aise qu'il y vînt; que néantmoins, puisqu'il estoit d'avis de le régler, l'on rapporteroit cependant ce qui s'y estoit résolu , et qu'au plustost on travailleroit à régler ledit Conseil. Et sur cela, ayant appelle MM. le Chancelier, de Villeroy et Jeannin, qui estoyent un peu à l'écart, leur dit comme Monsieur le Prince estimoit qu'il estoit besoin de régler le Conseil, et qu'elle le trouvoit bon, et qu'il y faloit travailler. Ils répondirent tous qu'ouy, et chacun d'eux salua Monsieur le Prince. M. de Bullion se voulant aussi avancer, il lui tourna le dos. Après, M"'* la maréchale d'Ancre
D*ARNAULD dUnDÎLLV. 78
vint, et rendit toutes sortes de témoignages à Mon- A^m un. sieur le Prince du contentement qu'elle avoit de cette réconciliation, et Comme elle y avoit apporté tout ce qui luy avoit esté possible *•
9. Combat de M. de Losière *, fils de M. de Thé- n»y. mines % contre M. de Madaillan, tué. — Querelle venue à cause du vicomte de Parât,
11. M. le président Nicolay, pour la Chambre des Comptes, et M. le président Chevalier pour la Cour des Aydes, furent haranguer au Louvre, pour supplier le Roy de rétablir le droit annuel. Au milieu de la harangue du président Chevalier, deux solives du plancher de dessous croulèrent, et une poutre s'ébranla. Le Parlement ne voulut y venir.
12. On tient conseil au Louvre, où estoyent MM. de Guise, officiers de la couronne, etc. Monsieur le Prince, mandé par deux fois, ne s'y voulut trouver. M. le président Jeannin fit la proposition, dit que le Roy, pour plusieurs bonnes raisons, avoit accordé à Messieurs des Estats d'abolir la paulette et la vénalité ; qu'il en avoit esté fait des dépesches dans les provinces, mais que depuis on avoit eu avis de tous endroits de tant de mécontentemens des offi-
* Foff, Pontchartrain, t. xvii, p. 81.
3 Charles, seigneur de Lauzières, second fils du maréchal, tué du vivant de son père au siège de Montheur en 1621.
3 Pons de Lauzières de Thémines de Cardaillac, marquis de Thémines, sénéchal et gouverneur de Quercy, nommé maréchal de France en 1616 pour avoir arrêté Monsieur le Prince, gouverneur de Bretagne en 1626, mort en 1627«
74 JQUafVAI. INÉDIT
myiw. ciersquî ont toujours fidèlement servy le Roy, quMl senibloit à propos de leur donner ce contentement, que de surseoir pour les trois années qui restoyent du bail, l'exécution de la sjippression de la paulette. Sur cela, le Reyne prit la parole, et dit, qu'à la vérité, il y avoit eu tant de pleinte» d'officiers que elle désiroit leur donner quelque contentement pour les trois ans qui restoyent à expirer du bail. Monsieur le Chancelier demanda à la Reyne, s'il Juy plaisoit pas qu'il en demandast les avis de quelques-uns de la compagnie? Elle ditqu'ouy, M. le président Jeannin opina le premier, et dit qu'il estoit d'avis de dresser un édit que Ton feroit vérifier au Parlement, portant la révocation de la paulette et de la vénalité, mais que néantmoins il y auroit surcéance pour trois ans de l'exécution, M. de Chasteauneuf * dit qu'il estoit d'avis que cela se fist seulement par un arrest du Conseil, afin de ne s'engager à aucune vérification, comme il n'y en avoit point jusques icy, M. de Tbou, idem. Après cela, Monsieur le Chancelier demanda à la Reyne, s'il hii plaisioit qu'on en opinast davantage? Elle répondit, qu'it n'en estoit point besoin, pour ce que c' estoit une chose qu'elle avoit déjà: avisée. M* le Chancelier fut d'avis d' arrest, et non pas d'édit. Ainsi il passa là.
^ Guillaume de rAubespipe, biiron de Cb&teauneuf, conseiller au Parlement en 1568, maître des requêtes en 1572, ambassadeur en Angleterre, conseiller d'Etat, chancelier de Louise de Lorraine, reine de France, et chancelier des Ordres en 1606, mor^ en 1639, Son fils, le marquis de Châteauueuf, devint garde des sccavix.
^ D*ARNAULD O^ANDIiLT. 75
20, Monsieur le Prince part le soir, pour aller ii«y««. à Valéry. Il avoit parlé quatre heures auparavant
à Madame sa femmç qui le suit le lendemain *.
On fît courir le bruit que la Reyne n'avoit pas voulu qu'il se trouvast aux remonstrances que devoit faire le Parlement. Mais le vendredy ensuivant. Sa Majesté dit à Messieurs du Parlement, lors de leurs remonstrances, que c'estoit très-faux, et que tant s'en faut, elle luy avoit envoyé dire par un gentilhomme, qu'elle le prioit de s'y trouver, et qu^ c'estoit chose qu'elle desiroit extrêmement; et que Monsieur le Prince', au lieu de cela, s'en estoit allé, sans prendre congé, ni du Roy, ni d'elle.
On fit aussi courir le bruit que Monsieur le Prince s'en estoit allé pour ce qu'on se vouloit saisir de luy.
21, M. de Loménie père^ leut ^ Conseil les réglemens faits sur le sujet de l'ordre et des affaires qui se doivent traitter aux Conseils du Roy.
22, Messieurs du Parlement députent cinq présidens de la Grand Chambre (MM. de Blancménil •* et Séguier n'y estoyent) et quatre conseillers de chaque chambre pour présenter leurs remontrances au Roy. Monsieur le Premier Président porta la parole et dit en substance les raisons qui les avoyent
* Foy. Poqtchartrain, t vfih P« 81.
2 Antoine de Loménie, c(Hnte de Qrieone, seoréuire d'Etni soua Henri IV et Louis XHI, à qui Ton doit la précieuse poUection dça manuscrits de BriennCy père de Fauteur des fiémoires,
5 Nicolas Potier de Blancmesnil, né en 1541, conseiller aw Parlement en 1564, maître des requêtes en 1507, président à mortier, ep 1579, chancelier de la Ueine-raère, mort en K>35.
May 1618. meus à donner Tarrest du 28 mars portant que les Princes, Pairs , et autres Officiers de la Couronne seroyent assemblez , et depuis , à dresser leurs remonstrances sur ce que l'on n'avoit pas trouvé bon leur arrest ; qu'il y avoit plusieurs exemples de remonstrances faites au Roy sur les affaires d' Estât, en diverses occasions. Protesta toute sorte de service au Roy*.
Après, le jeune M, de Loménie ^ leut les remonstrances qu'ils présentèrent. Ensuite, la Heyne les fit retirer, et dît qu'elle aviseroit avec son Conseil ce qu'elle avoit à leur répondre. Lorsqu'ils furent sortys, la Reyne se mit à la fenestre avec Monsieur le Chancelier, M. le président Jeannîn
Puis, on les fit rentrer, et lors le Roy leur dit....
Et la Reyne, ensuite , prenant la parole, leur dit : qu'elle estoit bien malheureuse de voir qu'au lieu de recevoir des remercîmens et de la reconnoissance de tant de peines et de travaux qu'elle avoit souffert
* Voy, Pontchartraîn, t. xvii, p. 81.
2 Henri Auguste de Loménie, comte de Brienne, né en 1504, mort en 1661, ministre et premier secrétaire d*Etat sous Louis XHI et Louis XIV, auteur des mémoire» qui portent son nom. « Le Roy mo commanda d*en faire lecture ( des remontrances ) à la place de mon père qui ne le pouvoit que très-difficilement à cause de la foiblesse de sa vue : ce qui donna occasion à prédire que j'aurois bientôt la survivance de sa charge, » (Mémoires du comte de Brienne, édition Petitot, 2* série, t. xxxv, p. 300.) — Foy, dans les mémoires de M. Mole, p. 28 et suiv., le texte officiel des remontrances du Parlement. C'est un document très-important pour Hiistoire du temps. Ces remontrances se trouvent aussi dans le Merc, fr.^ t. iv, p. 51 et suiv. avec le compte rendu de cette séance mémorable.
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pendant sa Régence, pour conserver la paix et la Mnyi6«. tranquillité de T Estât, elle ne recevoit d'eux que de l'ingratitude ; qu'ils entreprenoyent directement sur l'autorité du Roy, mais qu'elle connaissoit par noms, par surnoms , et connoissoit les maisons de cinq ou six de ceux qui avoyent principalement fomenté ce dessein, et que le Royales sauroit bien faire châtier. Et puis dit : mais je voy bien que je m'emporte et que je me pourrois laisser aller à la colère ; c'est pourquoy Monsieur le Chancelier vous dira le reste. Après, Monsieur le Chancelier prit la parole , et répondit à tous les exemples qu'ils avoyent alléguez , et soustint qu'il n'y en avoit pas un formel pour témoigner une entreprise semblable à celle-cy ; qu'à la vérité les Roys s'estoyent souvent utilement servis des avis du Parlement , en plusieurs affaires importantes, mais que jamais on n'avoit souffert que le Parlement se meslast de conseiller le Roy sans que S. M. le luy eust commandé ; que quant aux évocations, il n'en avoit point scellé de plein mouvement ; que pour les autres , estoyent eux-mesmes qui en estoyent cause, à cause des officiers qu'ils avoyent reçeus outre le degré de l'ordonnance, et des faveurs et parentez qui estoyent entre eux ; que comme ils n' avoyent que voir sur les chambres des Comptes , cours des Aydes, etc. , pour ce que leurs jurisdictions^ estoyent toutes séparées , de mesme , ils n' avoyent que voir sur le Conseil du Roy ; que, quant à plusieurs désordres sur lesquels ils avoyent fait des remonstrances, s'ils eussent eu la patience d'attendre les
7S lôûRNAt îniSdit
Biâyiêii. répoftces deô corps des Estats, ils eussent veu que Ton eût satisfait à tout cela, et eussent aussi veu qu'il y avoit plusieurs articles sur les désordres qui estoyent en leur compagnie.
Après, M. le président Jeannin dit : que puisqu'ils avoyent taxé le maniement des Finances, la charge qu'il avoit l'obligeoit de répondre pour luy et pour ses compagnons; que les finances n'avoient jamais esté plus sincèrement ni plus innocemment administrées ; que Messieurs du Parlement ne devoyent point taxer ainsi tout le monde en général , mais qu'il faloit accuser en particulier ceux qu'ils estiraoyent estre coupables, et qu'il répondoit pour luy et pour ses compagnons qu'ils ne demanderoyent jamais ni gi'ace, ni pardon, ni abolition ; que quant aux dépences, tant s'en faut qu'elles fussent moindres, depuis la mort du feu Roy ; qu'au contraire, elles estoyent de beaucoup augmentées ; que quant aux impositions, tant s'en faut qu'on les eut augmentées ; qu'au contraire, on ctvoit remis au peuple. Chacun an, sur diverses fermes, plus de 2,000,000 de livres ; que quant à Targent de la Bastille , on n'y avoit touché qu'en ces derniers mouvemens-
Après, M. de Guise dit qu'il offroit au Roy son épée et sa vie pour maintenir son autorité envers tous et contre tous»
M. de Rheims*, M. de Vendosme, M. de Ven-
^ Louis de Lorraine, cardinal de Gnise, archevêque- duc de Reims, pair*de France, né en 1585, archevêque de Reims en 1605, cardinal en 1615, suivit rarmée de Poitou en 1621, se signala à l'attaque du
D'ARNAtlLD 6'AMbîtLY. 7Ô
tfldour et M. de Montmorency* parlèrent aussi. iiayi«i5.
M. d^Espernon dit qu'autrefois le Parlement avoil esté dit le Parlement des Pairs, lorsque le Roy, assisté des Pairs de France, reftdoit luy-mesme la justice ; que depuis que l'on eut rendu le Parlement sédentaire, il retint bien toujours le nom de Parlement des Pairs, mais que, néantmoins, il n'avoit plus l'autorité de convoquer ni d'assembler les Pairs, lesquels n'estoyent obligés d'y allôr , que quand le Roy le leur commandoit. Ensuite, ayant esté dit quelques autres choses, M. d'Espernon dit encore : Messieurs, vous parlez de réformation, mais si on en vient à réformer, prenez garde que quelques-uns de votre compagnie n'y aient part.
M. de Nevers, qui y estoit^ ne dit mot.
Après, la Reyne parla encore^ en colère, et particulièrement sur les libelles diffamatoires qui se fe* soyent tous les jours, à quoy il» ne donnoyent aucun ordre ; et qu'encore le jour de devant, on luy en avoit apporté un intitulé Cassandre. Elle fit lire deux feuillets dudit livre à M. de Pisieux, et puis on le bailla à Monsieur le Procureur Général, pour en faire faire justice. — M. le maréchal d'Ancre parla sur le sujet de ces libelles diffamatoires ^é
faubourg de SiiinWeMhd*Angely, mort en 1631* U éuàt fU$ d*Henrt de Lorraine, duc de Guiae, tué à Dlois. {Foy. P. Aoselme, t. ii, p^ 8a.)
* Henry, lU du nom, duc de Montmorency et de Oamville, premier baron, pair, amiral et maréchal de France, suraoouné la Gloire Ue$ braves^ né en 1505, filleul de Htori IV, eut la tête tranchée à Toulouse le 30 octobre 1632. {Voy, P. Anselme, t. ii, p. 60Ô.)
> Voy. Richelieu, Petitot, 2* sériei t. xxi bis, p. 247 { Fontenay-Ma-
86 JOURNAL INJÎDIT
May 1615. 23. Messieurs du Parlement assemblèrent les
Chambres le matin. Monsieur le Président rapporta tout ce qui s'estoit passé. Ils ordonnèrent que le tout seroit enregistré, et que l'on enregistreroit aussi comme M. le maréchal d'Ancre estoit assis et couvert derrière la Reyne.
L'après-disnée, après que l'on eut leû la semaine, Monsieur le Chancelier dit : que chacun savoit ce qui s'estoit passé le jour précédent, et que le Roy vouloit qu'on opinast sur cette affaire. Et puis dit à M. le président Jeannin qu'il opinast. M. le président Jeannin répliqua qu'il ne pouvoit opiner, si, aupavant, on ne proposoit ce sur quoy il faloit opiner. Monsieur le Chancelier répondit que chacun savoit comme le tout s'estoit passé, et qu'il pouvoit opiner sur cela. M. le président Jeannin s'opiniâtra et ainsi n'opina point alors. Monsieur le Chancelier, qui avoit auparavant fait appeller MM. de Vie *, de Commartin ^ , Jambeville, de Refuge, et de Boissise', demanda
reuil, id., !'• série, t. l, p. 276; Merc, fr,^ t. iv, p. 73-80. Le récit du Mercure peut servir à contrôler l'exactitude de celui d'Amauld d'Andilly.
* Mery de Vie, chevalier, seigneur d'Ermenonville, maître des requêtes en 1581, président au Parlement de Toulouse et conseiller d'Etat en 1507, surintendant de la justice en Guyenne, ambassadeur en Suisse, garde des sceaux en 1621, mort en 1622. {Voy, P. Anselme, t VI, p. 539.)
s Louis le Fèvre, chevalier, seigneur de GaumarUn, né en 1552, conseiller au Parlement en 1579, maître des requêtes en 1585, président au Grand-conseil en 1587, intendant de justice en Poitou en 1588, intendant de Picardie en 1590, conseiller d'Etat en 1594, ambassadeur en Suisse en 1605, garde des sceaux en 1622, mort en 1623. (roy. p. Anselme, t. vi, p. 562.)
> Tous les trois conseillers d'Etat.
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Tavis à MM. de Commartin et de Vie, puis aux iu>itti. autres, et mesme à M. le président Jeannin* Tous furent d^avis de casser Tarrest du Parlement, et ordonner qu'il seroit osté des registres et leurs remonstrances aussi. On ne demanda point Tavis de MM. de Guise, de Yendosme , et autres grans à cause de la dispute de leurs rangs. Mais la Reyne dit tout haut : s'il y a quelqu'un d'autre avis et qui ayt quelque chose à dire, qu'il le die.
L'arrest fut depuis dressé par M. le président Jeannin, et corrigé diverses fois. Il y avoit mis que tous ceux qui avoyent eu l'administration des finances se soumettoyent à toutes sortes de peines , au cas qu'ils eussent mal versé. Monsieur le Chancelier fit oster cette clause*.
Ensuite , la Reyne fit commander par deux fois à Messieurs les gens du Roy de lire l'arrest du Parlement, et leur manda pour la troisième fois qu'ils eussent à n'y manquer, sur peine d'encourir l'indignation du Roy. Messieurs les gens du Roy viennent à la Grand Chambre apporter l'arrest^.
1". Messieurs du Parlement leur dirent qu'ils estoyent assemblez (sçavoir la chambre de l'Edit et la Tournelle) sur ce sujet, et avoyent résolu de députer Monsieur le Premier Président et quelques
« Voy. Mém. de Matli. Mole le texte de cet arrêt du Conseil, p. 53. Foy. aussi if ^c. />•., t. iv, p. 80 et suiv.
* Voy. Richelieu, Petitot, 2« série, t. 21 bis, p. 249; Foatenay*Mareuil, id., l'* série, t. l, p. 279.
Juin.
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autres vers Leurs Majestèfc ^ poui* leur faire toutes scNTteB do sdttmisriofliS et de protestation^ de service et d'obéisâÂtlce , et leur témoigner comme Ils n'avoyMt Bdtinda par un seul mot de leurs remonstrânce^ dé toucher à ce qui les concernoit. Mais qu'ils avoyent seulement voulu parler contre les désordres , et Contre ceux qui en estoyent la cause. Et swr odla, prièrent Messieurs les gens du ftoy de rem^ porter Tarrest. A. quoy ils répondirent que c'estolt chose qu'ils ne pouvoyent faire, ayant commandemeut exprès du ttoy de le leur bailler. Voisin * prit Tarrestéans te lire. -^ La Reyne ayant sçeu que Ton vottloit députer vers elle le lendemain, manda à Monsieur le Premier Président qu'ils n'y vinssent point s'ils n'apportoyent les registres où estoyent l'arrest et les remonstrances afin de les en oster. On dit que sur cela, Monsieur le Premier Préelident etMesdeurs les autres Présidons de la Grand Chambre, hormis un, et quelques conseillers furent d'avis de se conformer aux volontez de Leurs Majestez, mais que le président le Jay et ceux de son avis en estant avertis, dirent que ce seroit faire faire amende honorable au Parlement et soutinrent que cela ne se poutoit résoudre sans assembler les Chambres et faire opiner toui le monde* Tellement que Messieurs du Parlement ne furent point au Louvre le lendemain^. Messieurs les maistres des Requestes vont trouver
* Greffier d*attdiencè du Parlement.
* Merc» fr.^ t. iv, p. 88-87.
d'ARNAULD O^ANDlLLy. 83
Monsieur le Chancelier sur le sujet du règlement du J«tn i«ii. Conseil. M. de Beaumont portoit la parole. Monsieur le Chancelier se fâcha , et en vinrent , de part et d'autre, à des paroles si aigres que M. de Beaumont, transporté de colère, dit qu'il ne pouvoit plus parler, et laissa la parole à M. Masuyer qui recommença avec encore plus d'aigreur. Le 2 juin, ils furent encore le matin trente ou quarante , trouver Monsieur le Chancelier qui leur répondit qu'il les avoit toujours estimez et affectionnez ; que le règlement n'estoit point encore signé, et qu'il ne leur seroit fait aucun tort. Ainsi ils s'en retournèrent , et ayant délibéré entr'eux, trouvèrent que cette réponce n'estoit assez précise, et retournèrent encore le soir avec luy, en intention , au cas qu'il ne leur rendist réponce asseurée, d'en faire parler en plein Conseil par M. Mangot '. Monsieur le Chancelier leur dit qu'il leur donnoit sa parole que le règlement n'estoit point signé et qu'il n'y seroit rien fait à leur préjudice.
Monsieur le Prince arrive à Saint-Maur où six conseillers furent souper.
2. Monsieur le Prince arrive à Paris avec quatrevingts chevaux (on dit qu'il avoit quinze gardes) , fut voir le président le Jay. Rencontra le Roy sur le Pgnt-Neuf, qui lui fit assez froide mine. Monsieur le Prince se retira sans luy dire à dieu. Il fut voir
* Claude Mangot, conseiller au Parlement en 1592, maître des requêtes en 1600, ambassadeur en Suisse, premier président du Parlement de Bordeaux, secrétaire d'Etat et garde des sceaux en 1616, destitué à la mort du maréchal d'Ancre, le 24 avril 1617.
84 JODRNAL INÉDIT
Juin 1615. aussi puis retourna coucher à Saint-Maur. Dit
qu'il avoit eu avis qu'on se vouloit saisir de luy. Batterie à la rue Saint- Martin entre les habitans et des soldats des gardes.
3. Les chambres estant assemblées, M. Servin requit que Tarrest du Conseil fust leu. Voisin le leut. Messieurs du Parlement le font relire jusques à trois fois. Après on vient aux opinions. M. le président Séguier dit à Monsieur le Premier Président qu'il luy devoit dire qu'il parlast avec plus de modération. M. le Grand dit que ce n'estoit point la coustume d'interrompre les gens de bien en leurs opinions. Sur quoy M. le président Lescalopier, ayant pris la parole en faveur de Monsieur le Premier Président, et M. le Grand ayant encore répondu avec davantage de violence, M. le président Lescalopier dit à Monsieur le Premier Président : Monsieur, faites taire cet homme ! Sur quoy M. le Grand répondit : Comment ! faites taire cet homme ! J'estois conseiller céans que vous n'estiez encore qu'un petit écolier, et vous n'estes assis plus haut que moy que parce que vous avez baillé 100,000 escus de vostre charge. Sur ces contestations, l'assemblée se rompit, tellement qu'il n'y eut que six qui opinèrent, les quels allèrent tous à supplier Leurs Majestez de casser l'arrestdu Conseil, et, en cas de refus, de les aller trouver pour remettre à leurs pieds leurs robbes et leurs chaperons.
4. Les chambres sont encore assemblées, et dix seulement ayant opiné, l'affaire fut remise après les festes de la Pentecoste, qui estoit le dimanche T.
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Monsieur le Prince traitte avec M. le prince de juiowi». Joinville * pour le prieuré de Saint-Martin, au lieu duquel il lui baille 6,000 escus comptant et l'abbaye de Coulom, qu'il avoit achetée de M. de Sully.
M* de Nevers obtient lestres pour faire assigner M. de Sully touchant les terres qu'il avoit achetées • de luy.
On dit que la Reyne envoya à M. de Rohan la survivance du gouvernement de Poitou, dont M. de Sully fut fort mal content. M. le marquis de Rosny ^ avoit demandé six mois à M. de Rohan pour l'obtenir de luy.
9. La Reyne eut plusieurs paroles avec M""' la comtesse de Soissons touchant le voyage auquel Sa Majesté dit que le Roy vouloit que M. le Comte assistast. Et sur ce que Madame la Comtesse luy dit qu'elle n'y pouvoit aller à cause qu'elle estoit incommodée, la Reyne lui dit qu'elle pouvoit donc de-
* Claude de Lorraine, frère puîné du duc de Guise, connu sous le nom de duc de Chevreuse, porta d'abord le titre de prince de Joinville. n naquit en 1578, se signala en 1596 au siège de la Fère, et en 1597 à celui d'Amiens, alla guerroyer en Hongrie, fut créé duc de Chevreuse et pair de France en 1612, servit en 1621 aux sièges de Saint-Jeand'Angely, de Montauban, fut grand chambellan et grand fauconnier, gouverneur des Marches, de l'Auvergne, du Bourbonnais et de la Picardie, épousa, comme procureur de Charles P', la princesse Henriette, en 1625 et la conduisit en Angleterre, fut au siège de la Rochelle en 1628, joua un certain rôle pendant la Fronde, et mourut en 1657. Il avait épousé en 1622 Marie de Rohan, fille du duc de Montbazon, veuve du connétable de Luynes, cette célèbre duchesse de Chevreuse dont M. Cousin vient de retracer la vie romanesque.
2 Maximilien de Béthune, II« du nom, marquis de Rosny, fils du grand Sully, né en 1588, grand maître de l'artillerie, mort en 1634.
86 jroURNAL INÉDIT
Juin 1615. meurer, mais que Monsieur le Comte viendroit, etc.
13. M. deCanisy baille un soufflet au sieur... et met la main à Tespée contre luy dans les Tailleries, le Roy y estant. Sur quoy les gardes ayant crié qu'on allast aux portes, cela fit appréhender qu'il n'y eust quelque entreprise sur la personne du Roy. Le dit sieur de Canisy fut mis à la Bastille.
Monsieur le Prince parla à M»"* la maréchale d'Ancre, comme elle revenoit de Lésigny.