‹ Journal inédit d'Arnauld d'AndillyChapitre 39 sur 99 · PASSAGE DB BONY · texte numérisé non relu

PASSAGE DB BONY

26. Monsieur le Prince ayant investy les Carabins de l'armée du Roy logez à... , M. le maréchal de Boisdaufln les alla dégager ; et Monsieur le Prince s' estant mis en bataille sur une colline voisine, M. de Boisdaufln flt tirer son canon sur ses trouppes, et les ébranla tellement qu'il fut obligé de quitter cette

rai des Carabins, mestre de camp dti régiment de Champagne, gouverneur du Fort-Louis, mort en 162/^. Vay, en tête des Mémoires d*Arnauld d*Andilly la Notice pompeuse qu*il consacre à ce personnage, et où il dit notamment que le maréchal d*Ancre ayant tu agir son onde dans toutes les occasions et particulièrement aux sièges de Clermont et de Soissons, conçut tant d*estime pour lui qu'il lui promit le commandement de six mille Liégeois. (Ed. citée, t. xrxni, p. 327.) ^ Le sieur de Haraucourt, suivant le récit du Merc. ft,

> Le vit omte de Béthencoort.

> Voy. Pontchartrain, p. 111; Fontenay-Mareuil, p. 322; Mercfr.^ t. nr, p. 802.

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colline, et s'aller mestre en bataille sur une autre octobw tm. proche, où Monsieur le Prince mit son canon en lieu très avantageux. Monsieur le Maréchal T ayant ainsi poussé, se mit en bataille sur la mesme colline qu'il avoit quittée (les soldats marchoyent en sautant) , et ainsi il y avoit un vallon entre les deux armées, lequel estoit inaccessible, pour aller à Monsieur le Prince, du costé de la corne droitte de nostre bataille, mais fort accessible du costé de la corne gauche. Les canons commencèrent à tirer de part et d'autre ; celuy de Monsieur le Prince nous endommageoit fort, à cause qu'il estoit en lieu avantageux, tellement que l'on fit retirer nos soldats d'alentour du nostre, et les rangea-t-on le long des hayes. Ce que voyant M. du Mayne, il vouloit charger, disant que nosj;re canon estoit abandonné ; mais • M. de Buillon luy répondit que tant qu'il veiToit de ce bois là (montrant nos piquiers) , il se gardast bien de charger de cavalerie. M. de Boisdaufin eût eu avantage à donner bataille, car sa corne gauche trouvoit Monsieur le Prince en une colline pleine de bois, et au-dessus de laquelle il y avoit du bois et des vignes , lieux avantageux pour l'infanterie. Joint qu'au dessus de la dite colline, il y avoit un fort petit champ pour la cavalerie de Monsieur le Prince, ce qui luy estoit un extrême désavantage. Chacun au Conseil fut d'avis de donner bataille, et mesme M. dp Refuge, qui opina fort courageusement. M. de Boisdaufin seul ne le voulut, ce qui fâcha et découragea fort les soldats, les deux armées ayant esté à

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veûe depuis neuf heures du mafîn josques à trois heures après midy. Le soir estant proche» M. le ma*réchal de Boisdaufin alla loger au Piquet, à deux lieues de là. (Il devoit loger sur le champ mesme » ou tout contre; il n'auroit pas esté plus incommodé), Monsieur le Prince ayant veû que M, le maréchal de Boisdaufin avoit quitté cexîhamp, il y envoya de sa cavalerie , comme pour dire qu'il luy estoit demeuré. Il alluma force mèche sur la colline et des feus. Et cela fait, commença à faire passer son armée à gué à Bony avec quelques bateaux qu'il avoit arrestez. On dit que Saint-Paul, qui menoit un régiment, voyant que cela estoit trop long, défit ses chausses et passa le premier à gué. Les habitans de Bony fournirent six cens pains à l'armée de Monsieur le Prince. Ce fut sans doute par coçnmandement de M. de Nevers , lequel s'aboucha avec Monsieur le Prince \

Novembre.

1, Monsieur le Prince fit sa feste à Sancerre.

* yoy, Merç, fr,^u iv, p. 261 ; Brieune, p, 307; Pontcbartraio, p. 111 ; Richelieu, p. 277; Fontenay-Mareuil, p. 303; Bassompierre, môme coll., 2* série, t. ]LX, p. 81. Lei ttratëgiftet peuvent comparer le récit d'Arnauld d'Andilly avec celui du maréchal de BaMompierre, qui com* mandait dans cette affaire, et celui de Fontenay-Mareuil, qui s^y trouvait aussi, sous les ordres de M. de Possex. Suivant Fontenay-Mareuil, le maréchal de Boisdauphin fit de gr«nde« fautes dans cette Journée et perdit l'occasion de terminer la guerre en anéantissant l'armée des Princes. Voy, dans les Mémoires de Fontenay-Mareuil le jugement qu'il porte «ur le maréchal de Boisdauphin (p. 309-310) et qu'il termine par ceâ mots : a C'est pourquoy les Princes doivent bien regarder à qui ils donnent leurs armées, et que ce ne soit pas par faveur ny autre considération, lee meilleura ny estant pas trop bona. >•

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Estant en Berry, il voulut attaquer Aubîgny ; maïs Rovembrem». il y avoit dix compagnies de Boniface* ; ce qui Ten empêcha. Après avoir couru le Berry, et pris à Romorantin pour douze mil écus de draps pour habiller ses soldats, dont il fit sa promesse, il voulut attaquer Viarron ; mais il ne la put prendre*.

9. Echange de Madame et de l'Infante. On dit que le Roy d'Espagne y estoit travesty. La Cour d'Espagne paroissoit fort brave. — M. de Guise fit mettre son armée en bataille sur une colline voisine'*.

10. M. le Maréchal de Boisdaufin passe la Loire à Beaugency. Une lettre de M. des Cures porte que ce fut à Blois. Monsieur le Prince, après avoir traversé le Cher, l' Indre à Palluau et la Vienne à Noyers, passe en Poitou, où il joint M. de Soubise *, avec quelque douze cens hommes de pied et deux cens chevaux, et M. de la Trémoilleet le Marquis de Rosny.

M. de la Trémoille estoit party de Bretagne contre le consentement de Madame sa mère, et aussi n'avoit

* Mestre de camp et colonel dtf régiment de son nom» (Foy, Fontenay-Mareuil, p. 308.)

» Mère, fr.^ t. iv, p. 265.

' roy. Pontchartrain, p. 112; Richelieu, p. 275; Fontenfty^Mftreuil, p. 31(5. Ce dernier reproduit les lettres que Louis XIII et Anne d'Autriche s'adressèrent à cette occasion par Tentremise de M. de Luynes. Le IHerc. fr, les donne aussi. Voy, dans cet ouvrage, p. 307 et suiv., le récit des cérémonies qui eurent lieu pour l'échange des princesses.

* Beryamin de Rohan, seigneur de Soubise, né en 15$3, fut, avec son frère le duc de Rohan, un des chefs du parti protestant, soutint une lutte énergique et souvent malheureuse contre les armées du Roi, et, après la ruine de son parti, se réfugia en Angleterre, où il mourut en 1640.

Novembre 1616. pu rassembler, à beaucoup près, les forces qu'il avoit espérées*.

M. le Maréchal de Boisdaufin suit Monsieur le Prince, après avoir passé à Blois. Va à Cormery ; de là à la Haye, en Touraine.

M. de Longueville veut passer la Loire à Saumur ou Monsoreau pour venir en Picardie. On luy refuse le passage. La levée est bordée des gens du pays qui prennent les armes ; ainsi il est contraint de s'en retourner. — M. de Sully va voir Monsieur le Prince à Saint-Maixent, sur ce que Monsieur le Prince luy avoit mandé qu'il luy donnast à disner audit Saint- Maixent.

21. La Reyne arrive à Bordeaux au soir. Le mecredy 25, le Roy et la Reyne ouïrent messe ensemble, et le soir couchèrent ensemble. Le dimanche 29, ils firent leur entrée à Bordeaux*.

M. le Maréchal de Boisdaufin estant à Chasteauneuf. Monsieur le Prince ne peut passer la Charente qu'à Taillebourg ; de sorte que, de Jarnac où il séjourna quelques jours, il fut contraint de descendre jusqu' audit Taillebourg, et ayant passé la Charente, il entre dans la ville de Pons, dont M. Du Mont est Gouverneur.

Le bagage de M. de Gyé^ fut pris, et quelques-

* Voy. Merc, fr.,t. iv, p. 344.

» Voy, Pontchartrain, p. 115 ; Richelieu, p. 275 ; Fontenay-Mareuil, p. 315 et p. 318-319 ; Merc, fr.^ t. iv, p. 334 et suiv. Le Merc, fr,^ t. iv, p. 353 et suiv , fait le récit des fêtes magnifiques qui eurent lieu à Bordeaux à cette occasion.

t Cësar de Balzac, seigneur de Gyé, colonel général des Carabins,

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uns de ses carabins défaits par M. du Mayne, avant »#vHnbi« tm. le susdit passage de la Charente, ni que M. de Boisdaufin fust à Chasteauneuf.

M. deNevers, qui estoit arrivé... jours auparavant à la Cour, va parler à M. le Prince, pour parler de paix. Il éstoit lors à la Rochelle, où il avoit esté receu avec deux cens chevaux, la cornette blanche déployée. M"' de Nevers*, qui s'en revenoit de deçà faire ses couches, vid M. du Mayne, son frère*.

7. M. de Guise part de Bordeaux et arrive le 10 à l'armée, à Barbesieux, avec cinq cens chevaux, en qualité de Lieutenant Général des armées du Roy ; la qualité de Lieutenant Général en ladite armée demeurant à M. de Boisdaufin*.

M. le Prince de Joinville, qui avoit amené cinq où six cens bons chevaux d'Auvergne, joint l'armée.

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