Le Roy part de Bordeaux, fait Noël à Aubeterre
M. de Monglat^ est tuA en duel par M. de Yitry. Querelle : M. de Yitry jurant dans la chambre de
Décembre.
conseiller d'Etat, lieutenant général des armées du Roi, lieutenantgénéral au gouvernement d*Orléans.
* Catherine de Lorraine, fille de Charles de Lorraine, duc de Maj^enne, Je célèbre chef de la Ligue.
* Voy. Pontchartrain, p. 115 ; Richelieu, p. 279; Fontenay-Mareull, p. 323 ; 9ferc. /r., t. iv, p. 365.
* Foif. Fontenay-Mareuil, p. 321.
* Voy. Pontchartrain, p. 120-121 ; Richelieu, p. 280 ; Fontenay- Mareuil, p. 323 ; Merc, fr,^ t. iv, p. 307.
s On lit par erreur dans le manuscrit Montfort au lieu de Monglat que je rétablis.
ISO . JOURAilL IJViDJT
DMenttwtoAff. M* cle Guiae, M. de Giûse luy dit 2 Tu iie te sçauroîs empeaciiei* de juircn Monglat\ sur cela dà^i Com« ment s'en empescheroit-il, qu'il n'y a pas jusques à son aumosnier qui, en attendant la messe, ne s'amuse h jurer. M* de VUry répondît : El pioy je vis hi«r le tien qui p'amusoit à phimer une poulie.
La charge de Grand Louvetier donnée à M. de Iq RochehGuyon ^ Celle de premier Écuyer de Monsieur jfut donnée au mois de septembre 1616 à M. de h^ sièros, fil» de M. de Thémines.
M, de Rbeinfâ fait GardSnaL
Monaieur le Priûee foit retirer aon infanterie dan» le»irfead'Ol€a?*(m\
* Robert de Harlay, baron de Ménglat, grand fouvetier de France ^ 1^%%, mort w 1.615, iJU le Père AtowJme^ t vin, p^ TQfi, des blessures qu*il reçut, djins un combat singulier avec, le seigneur de Viiry, son plus intime ami. H mourut sans alliance, et le fils de sa sœur, JeAQDe de HaHay^ feéritiè«>Q de ta buroj^aio (H MQQg)#t, «içiriée à pardouin de Clermont, seigneur de Saint-Georges, fut le marquis de Monglat, Tauteur des Mémoires.
« François 4é Siily» 4^q de la Roche-Guyoa, marqula d» GuerchoviUe, graed louvetie» de France à la mort du précédeot eo l^ia, mon au siège de la Rochelle en 1628.
* Arnauld d*Andilly (du moins 'dans la copie manuscrite que nous suivons) néglige de parler des affaii:es assez importaates qui eureat lieu en Champagne, pendant les mois de novembre et de décembre, entre les armées du Roi et celles dos Princes. On en peut lire le récit dans le Merc. fr,^ t. iv, p. 380-387.
SOMMAIRE
JàHviBii. — Affaires entre rarmée du Roi et celle des Pnnees. — Dé^ part des députés de l'Assemblée de Nîmes. — Le Roi arri?e à Poitiers. — M. de Candale se déclare de la Reltgion. — La Conférence de Lottdun est décidée. -^ Disgrâce du commandeur de Sillery , de MM. de Lorme et de Gurcm. — La Cour arrÎTe à Tours. — Accident dans la chambre du Conseil.
Février. — • M. de Vendôme se prononce pour Monsieur le Prince. — Brouille entre M. de Vendôme et le marquis de Cœuvres. — Noms des députés à la Conférence de Loudun. — Mort de Montalte, médecin de la reine-mère, et de M. Fleurance, précepteur du roi.
Mars. — Affaire près de Château-Thierry^ entre M, de Vitry et M. de Novion. — Nouvelles de la Conférence. — Retour de la maréchale d'Ancre à Paris. — Démêlés du marquis de Cœuvres avec les habitants de Crespy. — Nouvelles de l'armée et de la Conférence. — Retour du maréchal d* Ancre à Paris. — Le marquis de Bonnivet mis à la Bastille. — M. de la Vieuvîïle achète de M. de Plainville la charge de capftaîne des gardes. — Mort de M. UolTé.
Avril. — Rigueurs de M. d'Épernon en Limousin^ — Mort de M. de Beaumont. — M. de Béthune envoyé en Italie. — Départ du maréchal d'Ancre. — Appel de M. de Vitry par le comte de la Suze. — Mort de M. de ïa Boulaye. — Les sceaux retirés au chancelier.
Mai. — Paix signée à Loudun. — Retour delà reine-mère à P<»ris, — Arrivée du roi et de la reine dans la capitale. — M. du Vairgavde des sceaux. — Les Princes viennent trouver le Roi à Paris, — M. Barbîn nommé contrôleur général, le préudem Jeannia sailntendant, et M. de Castille intendant des fiBances»
JoiN. — Évasion de M. cb Marelle — Appel de M. de Montb«N»ï pat le baron d'AoaeTal. — Le simur de Beauveau, condamné i Mort , tiré de prison par commandement du Roi. -^ Remioatrances éa Parlement. — Préséance contestée au garde d6s seeam par le Tafkmmt, — M. Bfaagot nommé secrétaire d'État ceotto la volonté de fi, de Vil-
leroy. — Soulèvement contre le maréchal d'Ancre. — Le comte d'Auvergne sort de la Bastille.
Juillet. — Exécution de deux palefreniers du maréchal d'Ancre. —
Retour de quelques-uns des princes.
Août. — Arrivée de l'ambassadeur d'Angleterre au sujet du mariage
de M"* Chrétienne. — Réorganisation des Conseils du Gouvernement.
— Reddition de Péronne à M. de Longuevillo. — Démêlés entre Monsieur le Prince et le maréchal d'Ancre. — Ce dernier se retire à Caen. — Inimitié de M. de Gnise et du maréchal d'Ancre. — La Reine-mère veut rétablir l'autorité du Roi.
Septembre. — Arrestation de Monsieur le Prince ; détails à ce sujet.
— Départ do MM. du Maine, de Bouillon et de la Trémouille. — M. de Vendôme se sauve. — M. de Guise et M. de Joinville vont rejoindre les princes à Soissons. — Départ de M. le président le Jay. — Pillage do la maison du maréchal d'Ancre. — MM. de Thémines et de Montigny nommés maréchaux de France. — Conduite de M. de Sully. — Mariage de M"* de Soissons avec M. de Longueville. — Le Roi va au Pailement faire vérifier la déclaration contre les Princes absents. — M. le comte d'Auvergne nommé général de l'armée du Roi. — Duel de M. de Brantes et de M. de Ryonne. — On envoie vers les princes pour traiter avec eux. — Conduite de M. de Nevers. — Reddition de Chinon. — Retour de MM. de Guise et de Joinville — Mort de M, de la Chastaigneraye. — M. de Guise va à Soissons et obtient raccommodement des princes.
Octobre. — Retour du maréchal d'Ancre. — Il se réconcilie avec M. de Guise. — Brouille entre M. d'Épemon et les Rochellois. —
— M. de Luynes grand fauconnier. — Le maréchal d'Ancre fait dresser des lettres d'érection de son marquisat en duché-pairie. — Mort de M. de la Chevalerie. — Maladie grave du Roi. — M. de Lesdiguières va secourir le duc de Savoie.
Novembre. — Changements dans les Conseils du Gouvernement. — Exécution de Boursier, accusé d'avoir voulu tuer la reine-mère. — M. de Lussay envoyé pour favoriser le passage du duc de Nemours en Savoie. — L'entrée de Reims refusée à M"« de Nevers — M. de Nevers fait piller la maison de Si appartenant à M. de la Vieu ville — Bompar assassiné par Cusac. — M. de Blerancourt, gouverneur de Péronne, Montdidier et Roye. — Duel du duc de Rohannois et de M. de la Frezelière. — Le Roi exige que M de Nevers rende justice à M. de la Vieuville. — Résistance opiniâtre de M. de Nevers. — Examen de cette affaire au Conseil d'État. — Les dceaux sont retirés à M. du Vair et donnés à M. Mangot. — M. de Luçon est nommé 5^ecrétaire d'Etat à la place de M. Mangot. — Le maréchal d'Ancro
d'arnauld d'akdillï. 158
part pour Rouen où il va tenir les Etats. — Le Rd danse son premier biUlet. — MM. de Nevers et de Bouillon se fortifient. DÉCEMBRE. — Retour du maréchal d* Ancre. — Le gouvernement de la Bastille enlevé à M. de Themiues ; sa conduite à ce sujet. — Mauvais état des finances. — Projets du Roi pour y pourvoir. — Opposition de la Cour des Aides. — Discours du garde des sceaux et du prébident Chevalier. — Sainte-Menehould repris à M. de Nevers. — Le * •
gouvernement en est donné à M. de Fossez. — M. de Schomberg envoyé en ambassade extraordinaire en Allemagne.
1. M. de Guise fit une traiste de vingt lieues JamieiisH. avec deux mille chevaux et cinq cens mousquetaires à cheval (M. de Boisdaufin menoit le reste de l'armée) , pour aller surprendre Monsieur le Prince et MM. du Mayne, de Longueville et de Buillon qui estoyent dans Saint-Maixant. — M. de Saint-Aignan * , qui marchoit devant avec cinq cens chevaux-légers, rencontre les carabins de M. de Sully, puis les gardes de Monsieur le Prince; les chargea, ce qui fut entendu, et donna l'alarme à Saint-Maixant. MM. le Prince, de Longueville et de Buillon sortirent, et M. du Mayne demeura pour assurer M. de Sully.
2. M. du Mayne, voulant avoir sa revanche, part avec deux mil chevaux, pour enlever le quartier des chevaux-légers du Roy, lesquels en ayant eu avis, se
* Honorât de Beauvillier, comte de Saint-Aignan, né en 1579, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, conseiller d*Etat, mestro de camp général de la cavalerie légère en 1611, commandant de la cavalerie de Tarmée du Roi en 1615, lieutenant général du Berry en 1617. S'étant joint au parti de la Reine-mère, le comte de Saint-Aignan fut fait prisonnier au Pont-de-Cé en 1620 , et privé de sa charge de mestre de camp de la cavalerie légère II mourut en 1622. Son fils fut premier duc de Saint-Aignan et membre de TAcadémie française. (Foy, P. Anselme, t. iv, p. 795 ctsuiv.)
Janvier 1<1«.
iâft JOUaAAL INÉDIT
retirèrent. M. de Praslin, croyant que M. duMayne
mettroit pied à terre, et demeureroit quelqiife heure dans le bourg, pria M. de Guise de trouver bon qu'il allast attaquer Tescarmouche avec cent chevaux ; que Ton envoyast après les chevaux-légers pour le soustenir, et puis que l'on fist marcher le reste de l'armée. Il y fut donc. M. de Fossez menoit les douze premiers, qui servoyent de courriers ; M. de Créquy^ suivoit à trente pas avec vingt-cinq ou trente ; et M. de Praslin menoit après le reste. Ils trouvèrent M. du Mayne deslogé ; s'il y eût encore esté, M. de Praslin estoit taillé en pièces.
4. Les députez de l'Assemblée de Nismes, qui avoyent voulu parler au nom des députez de l'Assemblée générale de Nismes, ayant seulement esté entendus au nom de l'Assemblée de Nismes^, sur l'instance de'M. de Thianges% qui, sur ce qu'on ne les vouloit point ouïr du tout, dit ne pouvoir retourner
* Charles, sire de Gréqny et de Ganaples, prince de Poix, depuis duc de Lesdiguières, comme héritier du connétable son beau-père, pair de France, lieutenant général du Dauphiné, mestre de camp du régiment des gardes en 1604, blessé au siège de Saint-Jean-d'Angely, maréchalde France en 1621, ambassadeur à Rome en 1633, tué d'un coup de canon en 1638, dans un combat contre les Espagnols.
3 « Enfin le baron de Thianges dit au Roy qu'il ne pôuvoit retourner vers Monsieur le Prince, que ceux de ladite Assemblée n'eussent présenté leurs lettres à Sa Majesté, et qu'ils ne fussent ouys : Cela leur fut accordé, comme députez de TAssemblée de Nismes, mais non de l'Âs&embléo générale de ceux de la religion prétendue reformée. » {Merc. fr.^ t. iv, 2* partie, p. 5.)
3 Charles Damas, baron puis marquis de Thianges, maréchal de camp, lieutenant général en Bresse, capitaine de cinquante hommes d'armes, mort en 1638.
d'àrnàuld d'andilly. 1M
vers Monsieur le Prinœ^ qu'ils n'eussent esté ouls^ ledit jour donc partirent lesdits députer de la Roche** foucaud où le Roy estoit^ pour retourner à Nismeê en l'Assemblée ; et MM. de Nevers et l'ambassadeur d'Angleterre ' sont aussi partis le tïiestne Jour pour retourner vers Monsieur le Prince*»
6 ou 7. Le Roy arrive à Poitiers.
7. M. de Praslin ayant eu avis que les réginiens de Desostels, Basme et YiUurceaux^ estoyent logés à Nanteûil , à une lieÛe de Saint^Màixant, va kty quatorze ou quinzième en pourpoint ( dont M. de Feuquière* ^ estoit l'un) les charger dans leor lo^ gement, enfonce leur barricade, taille en pièceê
* L'ambassadeur d'Angleterre Edmond avait été chargé par son Souverain de s'offrir pour arbitre entre le roi et Mohsîeui' lé PHncè ht de chercfaei' à leiii' faire faire la paix*
2 Voy, Herc.fr. y U iv, 2« partie, p. 2-18. M. de Thiange» avait été envoyé vers le roi par le prihce de Condé potir lui proposer iâ tetiue 4'un9 Conférence dans laquelle des dépotée de l'un el île l'fekutrê putf traiteraient des conditions de paix. Cette proposition fut acceptée. Le Mercure entre dans de grands détails à ce sujet. On y trouve la lettre de Monsieur le Prince au roi et la réponse du roi qui est trte^belle. Voy, aussi Richelieu, p. 285.
3 Nicolas de Mornay^ seigneur de Villarceattx, mestre de oalUp en l'armée de Monsieur le Prince, mourut à Saint-Maixant^ lors du Voyage de Poitou en 1616. (P. Anselme, t. vi, p. 292.)
^ Manaaeès de Pas, marquis de Feuquière^ né en ISM, lieutennitgénéral, fait prisonnier au siège de la Rochelle, ambassadeur en iJl«lâagne, lieutenant^oéral des gouvernements de Metz et de Toul en IMl^ de celui de Verdun en 1636, commandant en 1689, au siège de Thioivvilie, où il eut le bras casaé, fut fait prisonnier el mOurUt en l640..On a publié ses lettres et ses négociations pendant son ambassade en All^ Bu^pie en 1683 et 168^ Récemment on a édité la Correspondance des Fe uquière* Le marquis de Feuqnière était cousin par alUan^ d'Amanld d'Andilly.
Iâ6 JOURNAL INiDIT
Mnvier mé. ceux qui la défendoyent. Les autres se sauvent dans Téglise et à la fuite. Il prend quatre enseignes. MM. de Vitry et de Bressieux donnèrent par un autre costé *.
10. M. de Caudale se déclare de la Religion à Alez, en TAssemblée des églises des Sév^nes et Gevaudan*.
i5. M. de Brissac' et M. de Villeroy partent pour aller trouver Monsieur le Prince à Niort, pour résoudre quelques articles qui restoyent en diflTiculté et convenir du lieu et des personnes de la Conférence. Ils le trouvèrent à Fontenay. Le Conseil se tenoit à l'entour du lit de M. de Buillon qui avoit la goutte. Trêve résolue pour le mois de février. Conférence à Loudun le 10 février, et autres articles portez par la trêve*.
Disgrâce de M. le Commandeur de Sillery, de M. de Lorme et de M. de Guron*. M. de Fossez revient à Paris avec luy, dont la Reyne s'offença, et
^ 9^0y. Mère, fr.^ X, iv, 2* partie, p. 18; Pontchaatraia, p. 124.
' Voy, Pontchartrain, p. 12/i.
s Charles de Cossé, H* du nom, duc de Biissac, gouverneur de Paris pour la Ligue en 159&, maréchal de France en 1594, duc et pair en 1611, grand pannetier et grand fauconnier de France, mort, en 1621.
* Voy, Mère, fr,^ t. iv, 2* partie, p. 19. Le Mercure rapporte en entier le traité préliminaire en onze articles par lequel il fut décidé que la Conférence aurait lieu à Loudun le 10 février et quMl y aurait une suspension d*armes. Foy, Richelieu, p. 285 ; Pontchartrain, p. 125.
^ Gabriel de Rechignevoisih, seigneur de Guron. Il fut souvent chargé d'importantes missions, notamment lors du siège de Montauban, auprès des rebelles auxquels il flt accepter les conditions pro- ))08ées par le Roi; une autre fois auprès du duc de Lorraine; et lors du siège de Casai, auprcs du Pape et des Vénitiens.
. d'aknauld d'andilly. 137
ne l'ayant voulu voir lorsqu'il la fut retrouver à Tours, il se retira à sa maison d'où il ne bougea jusques à quelque peu auparavant la prise de Monsieur le Prince que la Reyne le manda et luy fit trèsbonne chère *.
15, Leurs Majestez partent de Poitiers pour aller à Tours. Le plancher de la chambre de la Reyne, où elle tenoit le Conseil à Tours, s'estant enfoncé pour la plus grande part, M. le comte de Soissons tomba, M. d'Espernon, M* de Villeroy, le marquis de Villaine* (bien blessé), M. de Bassompierre et plusieurs autres. La Reyne ne cheut point, ni MM. le Chancelier, président Jeannin, de Pisieux, etc. '.
Janvier IIH.
4. M. de BuUion arrive à Paris ayant esté renvoyé de- la Cour.
M. de Vendosme qui avoit levé des gens de guerre avec des commissions du Roy et tiré toutes ses armes de Paris avec des passe-ports de Sa Majesté, disant qu'il vouloit aller au devant du Roy pour le servir, se trouve avoir assemblé jusques à six ou sept
Février.
* Voy. Pontchartrain, p. 127.
2 Brandelis de Champagne, marquis de ViUaines, conseiller d'Etat, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances du Roi, chevalier du Saint-Esprit en 1599.
2 f^oy. Merc. /y*., t. iv, p. 2/i, Suivant le Mercure^ le Roi partit do Poitiers le 21. L'accident eut lieu à l'hôtel de la Bourdaisière, où la reine-mère était logée. Suivant Fontenay-Mareuil , p. 328, c'est aussi le 21 que le Roi partit de Poitiers. Voy, Fontenay-Mareuil, p. 329 ; Richelieu, p. 286 ; Pontchartrain, p. 128.
Février mt, rnillc honimes de pied et sept ou huit cens chevaux • Le Roy connoiâsant que oe n'estoit pas a» intention de bien faire, envoyé vers luy M. de Yignolles * qui rapporte à la Cour plusieurs demandes de M. de Vendosme, et entre autres, d'avoir des cotïitnissions pour ceux des ^ns qui avoyent levé sans conomission- M. de Vignolles le retourna trouver avec contentement sur ce sujet et plusieurs autreâ« Néantmoins, il persiste toujours et augmente ses forces du débandement de l'armée du Roy et de celle de Monsieur le Prince, s'avance en Bretagne et fait mine de vouloir attaquer Nantes. On envoyé à Ghantecé un héraut d'armes le sommer de désarmer, lequel parle à luy couvert, M. de Vendosme ayant la teste nue. M. de Vendosme , après trois ou quatre heures de temps qu'il demanda pour penser à sa réponce , dit qu'il estoit très-humble Serviteur du Roy, et qu'il avoit pris les armes pour venger la mort du feu Roy, et que ses intérests estoyent joints à ceux de Monsieur le Prince \
^ Bertrand de Vignolles, dit La Hire, marquis de VignoUes, capitaine deâ gardes d'Henri, roi de Navarre, conseiller d'Etat, lieutenant général en Champagne, capitaine de cent hommes d*armes, premier maréchal de camp des armées d'Henri IV et de Louis XIII, né en 1566, se signala en 1587 à la bataille de Coutras, en 1S90 à celle dlyry, au siège de Rouen en ISOS, en Bôam en 1621, fut premier maréchal de camp au siège de la Rochelle en 1638, se distingua dans la campagne de Savoie en 1630, eut en 1632 le commandement de plusieurs provinces en l'absence du prince de Gondé, et mourut en 16M. (Koy. P. Anselme, t. ix, p. l/i5.)
> Vifff, Merc, fr,y t iv, p. 38. Le récit du Mereurt conânne entière* ment celui d'Amauld d'ÀndiUy. Foy, FoDtenajr<^areuil, p» 930-331 $ Richelieu^ p. 286; Pontchartrain, p. 126 et 133.
d'arnauld d'andilly. 159
M. le Marquis de Cœuvres * ne s'estoit point dé- F«vritr têa. claré en faveur de Messieurs les Princes; mais néantmoins témoignoit estre mal-content de ce que Ton ne remplaioit point , de ce qu'on ne le faiaoit point servir en la charge de Maistre de la garderobbe de Monsieur, etc. Enfin M. de Vendosme armant, il Talla trouver avec trois ou quatre cens Chevaux qu'il leva sans commissions du Roy ^, et qu'il avoit fait ceste levée pour témoigner qu'il n'estoit pas si peu capable de servir que l'on vouloit le faire croire. M. de Vendosme s' estant déclaré contre le Roy, on tâcha à la Cour de désunir d'avec luy M. de Cœuvres; et enfin on le fit. On tient que le vray sujet qui fit qu'il quitta M. de Vendosme vint sur ce que M. le marquis de Cœuvres dit à M. de Vendosme que Bocage, son secrétaire , luy donnoit de très-raauvais conseils et le perdoit. M. de Vendosme luy répondit que Bocage estoit fort homme de bien et qu'il ne trouvoit nullement bon qu'il en parlast ainsi. Sur quoy M. de Cœuvres répliqua que Bocage estoit un coquin qui le perdoit ; et M. de Vendosme répandit: mon oncle', n'en parlez pas davantage; je le me*
^ François Anaibal, marquis de Cœuvre», puis duc d*£strées, évèque de NoyoDs en 1594, embrassa la profession des armes en 1597, gouverneur de risle de France, de Soissons, de laon, ambassadeur e» Savoie en 1614, à Rome en 1621, en Suisse en 1624, maréchal de France en 1626, de ooi^veau ambassadeur à Rome en 1636, duc et pair en 1648, fit la fonction de connétable au sacre de Louis XlV en 1654, mort en 1670.
2 U y a probablement un membre de phrase passé dans le manuscrit.
^ lie marquis de Gcsuvres était fiire de Gabrielle d'Estrées, mère du duc de Vendôme.
1^0 JOUBNAL INÉDIT
Février i«i6. neray en croupe partout où vous voudrez. M, le marquis de Cœuvres repartit : Monsieur, si un autre que vous me disoit cela, je le quitterois. Et après cela, il le quitta, et dit qu'il ne vouloit pas retourner à la Cour, pour ce que les affaires de M. de Vendosme estant en assez mauvais termes, il eust semblé qu'il eust voulu profiter de son malheur. Et ainsi s'en revint à sa maison de Cœuvres, et passa par Paris où il ne vid personne. On dit qu'il receut lettres du Roy qui luy mandoit qu'il luy avoit fait un très-agréable service; qu'il le reconnoissoit ; qu'il tinst ses trouppes ensemble, et qu'il les mist en garnison en la ville de son gouvernement qu'il aviseroit. Pendant son absence, Beauregard, son lieutenant à Laon, avoit pris de l'argent dans les coffres et y avoit mis au lieu des blancs de M. le Marquis de Cœuvres.
Conférence remise au 15. MM. de Brissac, de Villeroy, deThou, de Vie et de Pontchartrain y vont pour le Roy.
MM. le Prince , du Mayne, de Longueville, de Buillon, de Sully, de la Trémoille, de Rohan, de Soubise, de Caudale, de Tingry, de Thianges, députez de l'Assemblée de Nismes, y estoyent. (Des Bordes-Mercier avoit sa voix dans le Conseil des Princes.)
M"*' la Princesse douairière de Condé*. M™' de
* Cliarlotte Catherine de la Trémoille, veuve de Henri de Bourbon, !•' du nom, prince de Condé, morte en 1629.
D'AHNAtîLD D*ANDILLT. 141
Longueville, M"* de Rohan la douairi^ * et M"' de Fetner mf Rohan la fille * y estoyent aussi.
M. l'Ambassadeur d'Angleterre Edmond *, M. le Comte de Soissons, Madame sa mère, M, de Nevers et M"** de la Trémoille (qui s'est toujours très-bien conduite en toutes ces affaires-cy, et mesme a esté remerciée par le Parlement de Rennes) y assistoyent *.
Monsieur le Prince dit qu'avant qu'entrer en Conférence, il demandoit deux choses, l'une, que M. de Vendosme fustreceuâ la Conférence, et l'autre, que la trêve fust prolongée pour tout le mois de mars ; autrement, qu'il vouloit rompre. Sur cela, grande contestation.
On envoyé vers le Roy. Enfin, M. de Vendosme est receu à venir à la Conférence, et la prolongation de la trêve accordée jusques au quinze mars. Convenu que Monsieur le Prince fera office envers
^ Catherine de Parthenay, dame de Soubize, veuve de René II, vicomte de Rohan, depais 1586, morte en 1631.
2 Marguerite de Béthune, fille du grand Sully, mariée en 1605 au duc de Rohan, morte en 1660.
' Sir Thomas Edmondes, habile diplomate, fut chargé de négociations importantes et fut plusieurs fois envoyé comme ambassadeur en France. Il se fit aussi remarquer au Parlement pendant le règne de Charles I*', et mourut en 1639. On a publié sous le titre de Vue historique des négociations entre les Cours d'Angleterre^ de France et de Bruxelles de 1592 à 1617, des extraits de douze volumes in-folio de sa correspondance et de ses papiers. (Foy., dans la Biographie Michaud, Tarticle de Suard sur ce personnage.)
* Voy, Mère, fr.^ t iv, p. 43. M. de Tingry est M. de Luxembourg, duc de Pîney, prince de Tingry. Voy. aussi Fontenay-Mareuil, p. 331 ; Pontchartrain, p. 134.
142 JO0HNAL inédit'
Jmwtkr m$, M. de Vendosme pour le faire désarmer, au moins pour la plus grande partie, et que ledit sieur de Vendosine retirera toutes ses forces dé Bretagne, et les pourra mettre au Mayne,. Aitjou, Perche et Normandie ; que les contributiona seront réglées, etc.
La Conférence se comni^ce. Les députez du Boy estoyent ceux qui sont ncnmnés ey^easus, et les dé^ putez de Monsieur le Prince estoyent
Environ le 16. Moct de Uontatte, juif, médecin de la Reyne^m^re. Mort de M. Fleurance, précep* teur du Roy.
Mars. 1". La trêve estant expirée à minuit, et la pro-
longation n'estant point publiée en Brie, M. de Vitry ayant assemblé trois cens cinquante cuirassiers (dont il y en avoit deux cens cinquante gentilshommes de Brie) , trois cens carabins et cinq cens hommes de pied des garnisons de Saint-Denis».*.. La Ferté-Mi- Ion, etc. charge, près de Chasteau-Thierry , un nommé Novion (qui est celuy qui a pris M. de Forges et Grangemenant ) , lequel avoit avec luy trois cens chevaux, dont il y en avoit quatre-vingt des gendarmes de M. de Luxembourg, les met en fuite, «n tue quinze, en prend prfeonniers cinquante ou soixante. Les soldats gagnèrent cent vingt chevaux, des armes et de Targent que ces méchans avoyent exigé du peuple. Novion se sauva à la fuite. A dix heures du matin, la trêve fut agnifiée par un trompette à M. de Vitry, lequel renvoya les prisonniers.
d'arnauld d'andilly. 143
2. Les affaires estant en fort bons terme» à la «•» <«•. Conférence, M. de Yendosme y arrive, lequel avec les offres qu'il leur fit, s'efforça de porter les affaires à la guerre» et diangea toute la face des affaires. Mais une visite de quatre heures que Monsieur le Prince fit chez M. de Villeroy, remit toutes choses en pareil train qu'auparavant On tient que Monsieur le Prince, M. du Mayne, M. de Buillon sont portez à la paix, et le reste à la guerre» principale-^ ment ceux de la Religion.
â. W^ la Maréchale d'Ancre part de la Cour avec ses enfans et arrive à Paris le lundy 7. On tient qu'elle venoît pour faire opiniastrer son mary à ne point quitta ta citadelle d'Amies, pour estre rasée. Elle manda son mary, qui ne vint pdnt, s'excussmt mif un mal de goi^. Elle se logea dans le Louvre^ e^ qui fut trouvé fort étrange^ et fut trois ou quatro jours sans vouloir voir pre8<îue peraoone.
Les a&ireg de la Conférenoe eôtant m zBset mauvais twmes. Monsieur te Prince y entra, ce qu'il n'avoit pomt fait auparavant, et en trois séances,, avança plus le traitté que l'on B'aîa* fait en troifr mws. La trêve prolongée jusqu'au 35 mars.
7. MM- de Nevers, de. Brissac^ Villeroy et Pontçhartraîn arrivent à Tours r ayant laissé MM. de Thou et de Vie. Au commencement de ce mois, M. de Guise témoigna à la Reyne qu*il estoît trèsmal content de ce qu'elle tenoit des Conseils secrets ; et l'on disoît le 2 que te Roy luy avoit commandé de se tenir prest pour se mestre en campagne le dixième.
1&4 JOURNAL INIÉDIT
*««. 13. MM. de Nevers, de Brissac et de Pontchar-
train retournent à la Conférence chargez des volontés du Roy.
16. M. le Marquis de Cœuvres, Lieutenant-général au gouvernement de l'Isle de France (qui durant ces derniers mouvemens avoit exempté Crespy de garnison et de passage de gens de guerre ) approchant de Crespy avec quelques gens, les habitans envoyèrent quatre d'entr'eux luy faire toutes sortes de complimens, et mesme luy offrir d'entrer dans la ville. A quoy il leur répondit que, puisqu'ils se mettoyent en ce devoir, il oublioit la faute qu'ils avoyent faite de luy témoigner cy-devant qu'ils ne désiroyent pas qu'il entrast dans leur ville, lorsqu'il alla trouver M. de Vendosme. Et que puisque ainsi estoit, il passeroit dans Crespy avec quelques uns des siens. Sur cela, ils le prièrent de ne vouloir point entrer dans leur ville , à cause que quelques uns des habitans pourroyent entrer en appréhension. Sur quoy il se mit en colère, retint les quatre députez prisonniers , et s'en alla loger avec ses trouppes, dans le faubourg de Crespy, et ainsi, avec cent vingt chevaux-légers qu'il avoit, et cinquante ou soixante carabins, assiégea les habitans. Le 18, nouvelles de cela arrivent à Paris. Messieurs du Conseil envoyentM. Déagent*,
^ Gaischard Déageant, recommandé à M. de Luynes par Ârnauld d'Andilly, fut d'abord commis de Barbin, puis secrétaire du roi et intendant des finances. H obtint une grande faveur et joua, pendant quelque temps, un rôle assez considérable. Disgracié, il fut longtemps enfermé à la Bastille, obtint sa liberté et fut relégué dans le Dauphiné, sa province, avec la charge de premier président de la chambre des
d'arnauld d'andilly. 145
secrétaire du Roy, vers M. le Marquis de Cœuvres Mmnm: et vers les habitans, avec lettres de créance. Le 19, M. Déagent estant arrivé, trouva que Ton tiroit de part et d'autre ; que les habitans avoyent fait une sortie en nombre de vingt-cinq, avoyent perdu un des leurs, et tué deux de M. le Marquis de Cœuvres ; que depuis, il y avoit eu encore deux des habitans tuez, et quelques-uns de M. de Cœuvres blessez ; et que M. le Marquis de Cœuvres faisoit provision de pétars, échelles, mantelets, instrumens de sappe, et autres choses, pour forcer la ville ; qu'il avoit envoyé quérir deux cens hommes de pied à Laon , d'où il menaçoit de faire venir du canon. M, Déagent, après avoir représenté tout ce qui se pouvoit au dit Marquis , sur ce sujet , et luy avoir ouvert plusieurs expédions, enfin, il se ferma à un , qui estoit que Messieurs du Conseil qui estoyent à Paris, luy envoyeroyent tel nombre de gens de guerre qu'ils aviseroyent, avec lesquels il entreroit, seuldesatrouppe, pourvu que l'on baillast aussi un prévost , pour faire prendre trois ou quatre des habitans, les plus mutins, qu'il nommeroit. M. Déagent tâcha de faire en sorte d'amener les habitans à cela (sans leur parler toutefois du prévost), mais il n'en put tirer autre chose,
comptes de Grenoble, qu'il exerça jusqu'à sa mort arrivée en 1626. Déageant a laissé de courts Mémoires adressés au cardinal de Richelieu sur quelques événements de sou temps. Cet ouvrage, publié en 1668, n'offre qu'un médiocre intérêt, mais il est bon à consulter, principalement sur la mort du maréchal d'Ancre, événement auquel Déageant prit une part plus importante qu'honorable. Arnauld d'Andilly s'oxpliquc longuement sur ce personnage dans se s Mémoires.
Ill6 JOURNiL INÉDIT
sinon qu'ils iroyent porter les clefs des portes audit sieur marquis, et luy faire toutes les soumissions qu'il sçauroit désirer, pourveu que ni luy ni aucun des siens n'entrassent dans la ville. Ainsi, M. Déagent revient le lundy 21, On prend quatre résolutions au Conseil : la première , de renvoyer le lendemain de grand matin M. Déagent avec nouvelles lestres de créance ; la seconde, d'envoyer M. de Vilaine à la Cour, pour rapporter lestres du Roy à M. de Cœuvres, portant qu'il face retirer promptement ses trouppes de devant Crespy, et qu'il rende les quatre prisonniers qu'il tient , et que l'on luy fera justice de ceux des habitans de Crespy qui ont manqué à leur devoir envers luy ; la troisième , de faire donner arrest au Parlement portant qu'il sera envoyé un conseiller de la Cour , sur les lieux , pour informer contre ceux des habitans qui peuvent avoir failly au respect qu'ils luy doivent , et cependant enjoint à luy de retirer ses trouppes ; la quatrième, de faire avancer M. de Ville-Gomblin en diligence avec sa compagnie (qui est aux faubourgs de Manse), vers Creil, pour de là, avec des compagnies de Saint-Denis, de la Ferté- Milon et autres, s'aller jester dans Crespy, s'il en estoit besoin. Tout fut exécuté , excepté qu'à cause qu'il estoit le lendemain mardy procession générale, on ne donna point d'arrest au Parlement. Mais Monsieur le Premier Président écrivit à M. le Marquis de Cœuvres, et Monsieur le Procureur gééral aussi. Messieurs les Prévost des marchans et Eschevins allèrent ledit jour lundy, trouver M*"' la Maréchale
D^ARNAULD D*ANPILLY. 147
de Balagny \ gœur de M. le Marquis de Cœuvres, et iu« m$. luy dirent que Paris estoit en telle rumeur de ceste affaire que si son frère ne quittoit ce siège, il luy en pourroit arriver quelque chose qui luy apporteroit du déplaisir. Le 22, M. Déagent part le matin, comme il avoit esté avisé. M. le Vicomte de Sardiny *, intime amy de M. de Cœuvres part aussi en poste, à la prière de Messieurs du Conseil, avec lettres.de créance audit sieur Marquis. Les lettres portoyent que les habitans avoyent grandement failly, et qu'ils méritoyent d'estre punis, mais que ce n' estoit pas par cette voye qu'il les faloit chastier. C'estoit trop accuser ces pauvres habitans , veu que leur faute estoit fort excusable ; mais il le faloit faire ainsi pour contenter ledit aeur Marquis qui se servoit de cette lettre pour montrer à ses amis (ainsi que l'événement le fit connoistre, car il témoigna à M. Déagent en estre très-satisfait, et mesme le pria de la montrer aux habitans ; et au contraire, estre très-mal content des lettres de Monsieur le Premier Président et du Prévost des marchans). MM. de Sardiny et Déagent, qui arrivèrent en mesme temps à Crespy, trouvèrent que par l'entremise de MM. de la Borde et de Billeraont, M. le Marquis de Cœuvres avoit capitulé avec les habitans, à condition qu'ils luy bail-
* Diane d'Estrées, sœur de Gabrielle d'Estrées et du marquis de Cœuvres, veuve depuis 1603 de Jean de Montluc, seigneur de Balagny, maréchal de France.
* Scipion Sardini, noble Lucquois, vicomte de Buzancy , baron de Ghaumont-sur-Loire? {Foy. Bayle sur le mot Limeuil.)
148 JOURNAL INÉDlt
Mars 1618. leroyent 1500 écus ; qu'il entreroit avec dix gentilshommes et quinze de ses gardes ; que les portes de la ville seroyent gardées par soixante mousquetaires de la garnison de la Ferté-Milon, qui sont entièrement pour le service du Roy ; que les habitans luy feroyent des excuses ; et qu'ils ne paroistroyent point armez ( toutefois ils se tinrent armés par trouppes dans des maisons) ; qu'il iroit à la messe , feroit un tour par la ville, et puis sortiroit. Cela fut exécuté le 23 au matin , nonobstant qu'il y eust eu grande contestation entre les habitans, pour ce que la populace ne vouloit point tenir ce que les principaux avoyent fait, ni bailler d'argent. M. le Marquis avoit dessein de les forcer. Il avoit fait venir cent cinquante hommes de pied, et avoit mesme fait solliciter la garnison de Soissons, et en cas, il se fust précipité et déclaré pour Monsieur le Prince. Et ce qui le fit résoudre à la capitulation , fut une lettre que M"*' de Balagny, par l'avis de M. Déagent, luy envoya toute la nuit, le 21, par laquelle elle luy mandoit que s'il s'y opiniastroit, on luy feroit lever honteusement le siège par force, comme on eust fait. M. Déagent, le 26, va à la Cour, à la prière de M. le marquis de Cœuvres , et requis par Messieurs du Conseil pour justifier l'action dudit sieur Marquis.
Trêve continuée jusques à Pasques.
Tartas pris de nuit, par surprise, par M. de Grammont et démantelé*.
* Voy, Merc, fr,, t. iv, p. 76.
d'arnauld d'andilly. 1/|9
22. M. de Pontchartain arrive de Loudun à la ««» iw*. Cour, touchant quelques points en difficulté. Retourne le vendredy 25. Aussitost , Monsieur le Prince envoya lesdits articles à la Rochelle, en l'assemblée de ceux de la Religion qui Tavoyent là transportée de Nismes.
26. M. de Manicamp * , gouverneur de la Fère pour M. de Vendosme, ayant eu quelque huit jours auparavant commandement sur commandement de M. de Vendosme, enfin, le vendredy 25, fit entrer la nuit dans la citadelle deux cens hommes des garnisons de Messieurs les Princes. Le lendemain, comme le lieutenant de M. de la Serre ^ estoit allé hors la ville en dévotion au mont du Calvaire, et que ses enfants eurent mené à la chasse le lieutenant de M. de Villegaignon, il fit sortir par force les soldats des dites deux compagnies , lesquelles ne dévoient estre que de cinquante hommes chacune. M. le Marquis de Cœuvres, ayant sceu cela à quatre heures du soir à Paris le lendemain dimanche 27, partit à l'heure raesme pour aller à la Fère.
27. M. le Maréchal d'Ancre arrive à Paris, loge en sa maison proche le Louvre, dit à tout le monde qu'il ne tiendroit point à la citadelle d'Amiens que la paix ne se fist, et qu'il estoit tant obligé au Roy,
* Achille ou Philippe de Longueval, seigneur de Manicamp, gouverneur de Colmar et de la Fère.
* Jean-Jacques de Montesquieu, seigneur de la Serre, connu sous le nom de capitaine de la Serre, capitaine puis lieutenant-colonel du régiment de Vaubecourt?
Mars 1616. à la Reyne et à la France, qu'il ballleroit non seu-* lement ses biens, mais sa vie, etc.. *.
28. M. le Maréchal d'Ancre fait mettre à la Bastille le Marquis de Bonnivet, qui avoit esté prisonnier à Calais, longtemps auparavant, pour avoir esté en Angleterre pour Monsieur le Prince contre le service du Roy ^.
29 ou 30. MM. de Chevry et de Flexelles ' partis pour aller à Loudun. On dit que c'estoit pour porter de l'argent afin de licencier les trouppes. Retournez à la Cour le On dit que la Reyne fut fort
en colère contre M. de Villeroy de ce qu'au lieu de traitter le point de Picardie le premier, il l' avoit réservé pour le dernier. Cet article de la citadelle d'Amiens a tenu la paix fort longtemps en incertitude, car M. de Longueville s'opiniastroit à la faire raser ou à l'ester au moins au Maréchal d'Ancre ; et la Reyne luy offroit le gouvernement de Normandie avec le chasteau de Caen, Dieppe et le Pont de l'Arche; ce que M"* de Longueville sa mère, Monsieur le Prince, M. du Mayne et M. de Buillon luy conseilloyent d'accepter; mais il ne le leur vouloit point accorder, disant que pour l'amour d'eux, il quitteroit tout ce qui ne regardoit que son bien et mesme sa vie; mais qu'il n'y avoit rien au monde
* Voy. Merc, /V., t. iv, p. 73, îa lettre du maréchal d'Ancre à la reine-mère au sujet de la citadelle d*Amiens que les rebelles voulaient faire raser.
' Voy, Merc. /V., t. iv, p. 73.
* Le sieur de Flesselles, secrétaire du conseil.
d'arnauld d'andilly. 151
qui luy pût faire faire chose contre son honneur ainsi Mars ish. qu'estoit cela , veû qu'il y alloit de la paroM qu'il avoit donnée aux Picards. On dit qu'il avoit une fois demandé que l'on mist dans ladite citadelle ou M. de la Curée ou M. de Montigny * ou M. de Praslin. Depuis, on dit que le Roy y vouloit mettre M. de Luynes; ce qu'on dit que M. de Longueville consentit. Et que sur cela, M. du Mayne répondit : Je pense que vous estes fou d'aymer mieux le simple gouvernement de Picardie que la Normandie avec les places que l'on vous y offre. A quoy M. de Longueville ayant répliqué qu'il estoit fort homme de bien, M. du Mayne répondit : Je ne doute point que vous ne soyez fort homme de bien, et ce que j'en ay dit n'a nullement esté pour vous offencer, mais pour ce que j'affectionne vostre bien plus que vous-mesme. Et ainsi cela se passa. M. de Buillon et Monsieur le Prince témoignérent aussi à M. de Longueville, improuver extrêmement le conseil qu'il prenoit sur ce sujet. On dit que M. du Mayne fut dix jours sans voir M. et M"* de Longueville. Je ne sçay si ce fut devant ou après cecy ^
* François de la Grange, seigneur de Montigny, gentilhomme de la Chambre, capitaine des gardes sous Henri lU, gouverneur du Berry, mestre de camp général de la cavalerie légère, se signala à la bataille de Centras en 1587, où il fut fait prisonnier par le roi de Navarre, servit au siège de Rouen en 1592, fut aux combats d'Aumale et de Fontaine-Française en 1595, au siège d'Amiens en 1597, gouverneur de Paris et de Metz en 1603, maréchal de camp dans l'armée du duc de Guise en 1615, maréchal de France en 1616, mort en 1617. {Foy, P. Anselme, t. VII, p. 624.)
* Voy. Merc, ft,^ t. iv, p. 55, une longue remontrance adressée au roi pour le prier de faire raser la citadelle d'Amiens.
Le chasteau de Lombez, en Albigeois, surpris par le vicomte de Panât, huguenot. La ville estoit tenue par ceux de la Religion et le chasteau par le Roy. On a dit depuis que ce vicomte n'estoit entré que dans la ville, laquelle est huguenotte.
M. le Marquis de la Vieuville * achète de M. de Plainville soixante-quatorze mil ecus la charge de capitaine des gardes. Il a dispute avec Cornillan.
30. Mort de M. Dollé, à quatre heures du matin. Il a voit esté malade quatorze jours. Lorsqu'il tomba malade, la Reyne se confioit plus en luy des affaires d' Estât qu'en nul autre. Il estoit fort bien avec Monsieur le Prince, lequel lui avoit fait dire par l'abbé d'Aumale, qu'il s'assurast qu'il ne luy vouloit aucun mal, et qu'il estoit très-marry de ce qu'il avoit esté mis hors le manifeste ; mais que M. de Buillon l'avoit voulu absolument. On dit qu'assurément ledit sieur Dollé estoit au plus haut point de sa faveur et de ses espérances. Il se jugea mort le second jour de sa maladie, et fit son bonjour. II a laissé huit enfans. — J'ay ouy la veufve se pleindre à M. Arnaud de ce que nul autre de Messieurs du Conseil ne l' avoit visitée que M. de Maupeou, et nul n'y avoit envoyé que
* Charles, V du nom, marquis puis duc de la Vieuville, premier capitaine des gardes du corps en 1616, grand fauconnier de France après son père mort en 1612, lieutenant^général en Champagne, surintendant des Hnances en 1623 ; disgracié sous Richelieu, il sortit de France et fut condamné par contumace; rentré en France après la mort de Louis XIII, il fut rétabli dans toutes ses charges et dignités en 16^3; il fut de nouveau surintendant des finances sous Mazarin ; créé duc et pair en 1651, il mourut en 1653. (Foy. P. Anselme, t. viii, p. 761.)
d'arna^uld d'aindilly. 155
Monsieur le Chancelier et M. le Président Jeannin *. »i«» *«••
La Reyne permit à la veufve de vendre l'office de son Procureur Général. Elle en traitte à six rail ecus avec M. de Bercy -Malon ^ ; mais le Maréchal et la Maréchale d'Ancré ne l'eurent agréable.
2. M. le Maréchal d'Ancre voulant aller en sa Avrii. maison du faubourg Saint-Germain, accompagné de quinze ou vingt gentilshommes, la sentinelle de la porte de Bussy les arresta. Sur cela, ils dirent que c'estoit M. le Maréchal d'Ancre, et dit-on, quelqu'un d'eux ou le cocher dit que c'estoyent de beaux badaux. Sur quoy la sentinelle cria aux armes, et un cordonnier nonmié Picart, sergent de la compagnie, se trouva là. M. le Maréchal d'Ancre, voyant le peuple qui s'émouvoit, se retira dans l'hostel de Lyon.
M. d'Espernon, estant en Limosin, fit charger quatre-vingt cuirassiers, qui conduisoyent l'attirail de deux canons, que M. de Buillon vouloit mettre à Turenne. Il y en eut trente de tuez. Depuis, il fit pendre, à deux fois, quatorze soldats qui levoyent la taille, et n'avoyent point de commission expresse de Monsieur le Prince.
Mort de M. de Beaumont', fils de Monsieur le
* Voy, Pontchartrain, p, 140.
2 Claude Malon, seigneur de Bercy, maître des Requêtes, président au grand Conseil?
s Christophe de Harlay, comte de Beaumont, lieutenant-général au gouvernement d'Orléans, bailly du Palais, ambassadeur en Angleterre de 1602 à 1607, mort en 1616,
15/i JOURNAL II^ÉDIT
Avril i6ie. Premier Président de Harlay ', de fièvre de pourpre. Ses charges de bailly du Palais de Paris et d*Orléans furent conservées à son fils âgé de neuf ans *, en vertu d'un brevet. Il est mort endetté de deux cent mil écus.
M. de Béthune% frère de M. de Sully, estant à sa maison, à Celles en Berry, mandé par la Reynepour aller à Turin, Milan et Venise touchant les différeiis émeus es ditâ pays. — Nota : défaveur à M. de Rambouillet* qui avoit traitté cette affaire Tannée dernière.
8. Monsieur vint loger au Louvre. On remarque que jamais Prince du sang n'y avoit logé en l'absence du Roy. On dit que la Maréchale d'Ancre le fit faire, afin d'estre gardée par ses gdrdes.