‹ Journal inédit d'Arnauld d'AndillyChapitre 4 sur 99 · PRÉFACE. IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. IX

DeTétude de ces nombreux documents, M. Varin a fait le sujet d'un ouvrage qu'il a publié en ^ 847 sous ce titre : La Vérité sur les Arnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inédite * . Dans l'espoir de trouver peut-être quelques renseignements au sujet du journal d'Arnauld d'Andilly, je consultai cet ouvrage rempli de détails curieux sur la vie intime des Arnauld , et grande fut ma surprise quand j'arrivai à un chapitre intitulé : Journal inconnu de d'Andilly, courtisan, dans lequel M. Varin annonçait la découverte par lui faite d'un journal historique inédit, beaucoup plus étendu, comme on va le voir, que celui qui se trouve dans la collection de Conrart, et que d'ailleurs M. Varin ne connaissait pas. Voici ce qu'il dit à ce sujet :

« A ravant-dernière page du Catalogue (le Catalogue des pièces composant la collection des papiers des Arnauld dressé au commencement du xvnf siècle) sont désignés huit volûmes in^A'' renfermant un journal très-curieux, qui s'étend dei&\^ à ^ 652. Aucun de nos manuscrits catalogués, aucun de ceux que nous avions réunis pour les cataloguer ne répondant

* 2 vol. in-8°, Paris, librairie de Poussielgue-Rusand,

X Plil^FACB.

à cette indication^ nos investigations étaient à recommencer. Dana le dépôt de la musique^ déplacé par suite d'un échange de bâtiment auquel l'Arsenal a été naguère autorisé, nous trouvâmes enfin huit volumes manuscrits format in-4% contenant un journal très-complet qui commence au ^ " février ^ 64 5 et g'arrête au iA décembre 4653« — Ces huit volumes devaient être ceu^ qu'indique le Catalogue. — Mais à quel titre avaient-ils fait partie de notre collection? Dans un passage de ses Mémoires, qui avait jusqu'à cette heure échappé aux bibliographes, Robert (Arnauld d'Andilly) dit : a II me seroit facile de m'étendre beaucoup a davantage sur l'histoire de ce temps-là, » parce que j'ai un journal très-exact que j'ai » fait de tout ce qui en est venu à ma connois- » sance. Mais comme je n'ai autre dessein dans » ces Mémoires que ce qui me regarde et ma » famille, je me contente de ce qui peut servir » à mieux faire comprendre les choses que j'en » rapporte ^ » Ain&ii, daûs les Mémoires de Robert, nous n'avons qu\ine biographie de famille; outre ces Mémoires il avait rédigé un Journal où se trouvaient consignés les événements politiques dont sa position le mettait à

* Mém. d'Arnaud d'Andilly^ part. 1, p. 150.

PRlâFAGB. XI

même d'être parfaitement instruit. Sans contredit, le Jourpal était de beaucoup préférable aux Mémoires*. »

Après ces observations, M. Varii^, par up rapprochement entre un passage des Mémoires d'Arnauld d'Andilly, relatif à la première arrestation du colonel d'Ornano, et un extrait très-étendu du Journal, montre que ce Journal est, aussi bien que les Mémoires, l'œuvre ded'Andilly*.

Dn tel ouvrage , écrit par un homme aussi considérable qu'Arnauld d'AndiUy, et sur une période de notre histoire si féconde en événe-r ments, méritait certes de ne pas rester inédit. Cependant il n'a pas reçu les honneurs de l'impression. J'espérais avoir la bonne fortune de le tirer de l'oubli et de publier, non plus le fragment conservé dans le recueil de Conrart, et ne comprenant que six années, de 4 64 4 fi à 1620, mais le Journal même de d'Andilly^ s'étendant jusqu'à l'année \ 652 et embrassant une période de dix-sept ans, c'est-à-dire trojs fois plus considérable que celle du manuscrit

* La vérité sur les Arnaud, t. 1 , p. 222.

' Cet extrait du Journal est tiré du 4« vol., P 71 v°, et suiv. Je le reproduis en appendice afin de réunir dans ce volume tout ce qui nous reste actuellement du Jqurnal d^Amauld d^Andilly.

XII PRIÎFACE.

dont je m'occupais. J'allai dans cette intention à la Bibliothèque de rAi*seiial pour examiner les huit précieux volumes manuscrits retrouvés par M. Varin.

Malheureusement, soit que M. Varin ait classé à part le Journal dont je viens de parler, dans rintention de le publier, soit que les huit volumes reconnus par lui aient été déposés par erreur ailleurs qu'à la place qui leur avait été assignée, toutes les recherches faites sur ma demande pour les retrouver ont été infructueuses. M. Varin seul aurait pu fournir quelques renseignements à ce sujet; mais il est mort en ^ 849 , enlevé subitement aux Lettres par le choléra. Il est donc à craindre que nous soyons pour longtemps privés de cet ouvrage, qu'une circonstance fortuite fera peut-être découvrir une seconde fois sur quelque rayon poudreux de la Bibliothèque à laquelle il appartient.

Mais il faut dire que M. Varin a eu le grand tort de ne pas cataloguer et chsser régulièrement un ouvrage manuscrit et probablement autographe, si précieux à tant de titres*.

* Parmi les conservateurs de la bibliothèque de TArsenal qui ont bien voulu rechercher le Journal de d'Andilly, je' dois surtout témoigner ma reconnaissance à M. Ravaisson,

PREFACE. XUI

A défaut des huit volumes in-4 de d'Andilly, malheureusement égarés, force m'est donc de revenir au manuscrit qui m'avait d'abord occupé ; et je dois rendre grâce à la prévoyance de Conrart, qui me permet de publier dès aujourd'hui la première partie du Journal d'Arnauld d'Andilly. On remarquera même que tandis que dans les huit volumes retrouvés par M. Varin le récit ne commence qu'au 4^' février ^ 64 5, dans le manuscrit de Conrart il remonte au \ ^'' janvier 4 64 4. 11 est vrai que cette première année 4644 est beaucoup plus sommaire que les suivantes et qu'elle a même des lacunes de plusieurs mois.

Ainsi que le fait remarquer M. Varin dans le passage cité plus haut, il y a une grande différence entre les Méûioires d'Arnauld d'Andilly et son Journal. Les Mémoires publiés pour la première fois en 4 754 par l'abbé Goujet avaient été commencés par d'Andilly à Port-Royal, sur les instances de son fils de prédilection, et il les avait terminés en sa retraite de Pomponne en 4 667, longtemps après les événements, longtemps surtout après ceux qui font l'objet de la première partie du Journal dont nous nous

qui a en vain exploré toutes les parties du dépôt considérable confié à ses soins.

JOV PftÉPàlDte.

occupons (^644-4620)i Ecrivant cet ouvrage pour ses enfaiits> d'Andilly s'y occupe plus particulièrement de lui-même^ de la part qu'il a eUé aux aflFaires, de ses relations à la Cour; il y fait en termes pompeUx son éloge et celui de ses amis^ et si en racontant sa vie d'Andilly a fait un livre d'histoire plein d'intérêt, c'était moins son but que la conséquence du rôle joué par lui et de sa position dans le monde. Dans son Journal, au contraire, écrit longtemps avant ses Mémoires et à l'aide duquel il les a rédigés, ainsi que cela résulte du passage cité plus haut, Arnauld d'Andilly s'efface complètement, ne se préoccupant que des faits et des événements qu'il note au moment même où ils se passent, presque jour par jour, en simple rapporteur de tout ce que sa situation personnelle et ses hautes relations lui permettent de voir et de savoir.

Malheureusement si ce Journal a une grande valeur historique, il n'en a aucune au point de vue littéraire. C'est une œuvre de premier jet, écrite au courant de la plume, sans aucun souci de rédaction. Consigner les faits, jeter à la hâte sur le papier tout ce qui lui paraissait digne d'être mentionné, c'est tout ce qu' Arnauld d'Andilly a voulu faire, se réservant sans doute de donner une forme littéraire à son Journal

PRÉFAQK. XV

si ridée lui venait un joUf de le livrer à la publicité. Aussi trouve-t-dn à chaque instant des répétitioUs choquaUtes , des phrases, des mots sans suite^ quelquefois même incompréhensibles, parce que Fauteur ne livrait au papier qu'une partie de sa pensée, confiant le reste à son souvenir; puis> quand un renseignement lui manque au moment où il écrit, notamment les paroles de tel ou tel personnage, il met des points avec Tintention sans doute de compléter le récit quand il aura trouvé le renseignement ou le discours qui lui fait défaut. Ça et là des noms des dates ou des chiffres lui échappent, il les laisse en blanc; mais comme avant tout c'est la vérité qu'il recherche, il donne quelquefois deux, trois, quatre et jusqu'à cinq versions différentes du même fait, indiquant, lorsqu'il le peut, les sources où il a puisé. Rarement d'Andilly se permet une courte réflexion personnelle consignée par un mot : faute y OU bien : devait dire... devait faire; réflexion où perce quelquefois l'ardeur bien connue de son caractère, comme lorsqu'à propos d'une inconvenance du Cardinal de Sourdis envers le Prince de Condé , il ajoute que celui-ci aurait dû répondre que, sans le respect de Leurs Majestés, il lui eût passé son épée au travers du corps. On pourra remarquer

XVI PAÉFACE.

qu'il se rencontre quelquefois dans le cours du récit la mention d'un fait postérieur de plusieurs mois y et même d'un ou de deux ans à l'ordre chronologique suivi par Arnauld d'Andilly . N'ayant eu sous les yeux que le manuscrit autographe ou non du Recueil de Conrart, je ne saurais dire si ce sont des additions intercalées postérieurement dans le récit ou mises en note par d'Andilly sur son Journal, ou si le manuscrit conservé par Conrart n'est lui-même qu'une copie faite plus tard sur l'original, et dans laquelle l'auteur a ajouté telle ou telle circonstance qu'il n'avait pu connaître lors de la première rédaction.

Après avoir expliqué quelle est, suivant moi, la cause de cette négligence, ou, si je puis le dire, de cette absence de style, j'ajouterai que ce défaut même ajoute encore à la valeur historique du Journal d' Arnauld d'Andilly, en montrant que ce n'est point une œuvre faite après coup , élaborée avec soin , inspirée par l'esprit de parti comme tant d'autres écrits du temps, mais que c'est en quelque sorte un procès-verbal où tous les faits sont scrupuleusement relatés, sans que celui qui ne le destine qu'à son propre usage ait rien à retrancher ou à modifier par égard pour les personnes, ou pour quelque considération que ce soit. Un

PAJSFAGE* XVJf

pareil travail laissé à la postérité par un spectateur quelconque des événements ne serait pas sans intérêt; à plus forte raison doit-il avoir de l'importance quand il émane d'un homme que de hautes fonctions dans le Gouvernement et que des relations avec la plupart des personnages éminents mettaient à même d'être parfaitement instruit des principales affaires de l'État. Il n'est donc pas inutile de rappeler sommairement la première partie de la vie d'Arnauld d'Andilly, c'est-à-dire sa position dans le monde et le rôle qu'il y a joué comme homme politique, car c'est surtout sa retraite à Port-Royal, la part considérable qu'il a prise par lui et par les siens dans les luttes du Jansénisme et ses nombreux ouvrages qui ont rendu son nom célèbre. Quelques détails sur sa carrière d'homme d'Etat feront apprécier la valeur de son témoignage sur une époque de plus de vingt-cinq ans antérieure à sa retraite. Je me bornerai à résumer en quelques mots ce que d'Andilly a longuement raconté dans ses Mémoires.

Robert Arnauld d'Andilly, né à Paris en ^ 589, était l'aîné de dix enfants survivants sur vingt qu'avait eus le célèbre avocat Antoine Arnauld. Le dernier de ces dix enfants, nommé Antoine comme son père, est celui qui, élevant sa re-

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nommée au-dessus de celle de tous les membres de cette famille illustre par les hommes comme par les femmes, a reçu de Thistoire le rare et glorieux titre de grand Amauld! Leur aïeul, Antoine , seigneur de la Mothe-Arnauld, avait été Procureur Général de Catherine de Médicis, charge qui avait passé à leur père. Les oncles de Robert avaient tous des positions importantes : l'un , Isaac , était Intendant des finances; un autre, Pierre, était mestre de camp général des carabins de France et gouverneur de Fort-Louis. Robert était donc dans les meilleures conditions pour tirer parti de ses brillantes facultés. Après lui avoir donné sous ses propres yeux une forte éducation, son père voulut le former à la meilleure école. Il le confia en ^ 602 à Sully, qui se rendait en Angleterre comme Ambassadeur extraordinaire. Malheureusement le jeune Robert étant tombé malade en route ne put suivre ce grand homme d'État. En ^605, Isaac Arnauld ayant été nommé Intendant des finances, le prit auprès de lui en qualité de premier commis, quoiqu'il ù'eût que seize ans; et ayant été appelé en 4644 à faire partie du Conseil de la Direction, Isaac obtint que son neveu, malgré soh jeune âge, assistât aux séances, où il se tenait debout derrière le Roi et la Reine-mère. Il dut à cette

haute faveur d'être initié promptement aux grandes affaires, d'être dans le secret des plus importantes délibérations du Gouvernement, et de se lier avec les hommes d'État les plus éminents. De plus, son oncle, pour exercer son intelligence, lui faisait faire des extraits des affaires dont il était chargé et les lui faisait rapporter à ses collègues. En 4645, Robert épousa la fille de M. de la Boderie, diplomate éminent, que ses négociations ont rendu célèbre. En 4644 il suivit le Roi et le Conseil en Bretagne.

Ici se termine le manuscrit mis au net une première fois par Fauteur qui y aurait sans doute lait encore des additions et des corrections. La suite est tirée d'un simple brouillon, nous la reproduisons littéralement.

Pendant le voyage du Roi, en 4 64 9 et 4 64 6, Arnauld Tlntendant faisant partie du Conseil resté à Paris et ayant Fadministration des finances, Arnauld d' AndiUy travailla avec lui ; il assistait au Conseil, rédigeait leâ lettres, les mémoires et les expéditions. La Reine-mère, pour le récompenser de ses services, lui envoya le brevet de sa première pension. A cette époque il se lia avec les Luynes, prévoyant leur grande faveur, et plaça près d'eux Déa-

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