VI PRÉFACE
de préparer ses travaux. Ce que je viens de dire des parents d'Arnauld d'Andilly s'applique aussi aux hommes d'État qu'il aimait le plus ou qui l'honoraient de leur bienveillance, comme M. le Prince, MM. de Bassompierye, de Praslin, de Schomberg, et particulièrement le colonel, depuis maréchal d'Ornqno^ son intime ami, dont le Journal rapporte textuellement deux discours, probablement écrits pour lui par Arnauld d'Andilly, Le Journal, comme les Mémoires, cite de préférence ces personnages lorsque l'occasion s'en présente. Si les hommes qu' Arnauld d' Andilly affectionnait le plus reparaissent souvent dans le Journal comme dans les Mémoires, les matières qui lui étaient le plus familières et les faits dont il s'occupa le plus, comme nous l'apprennent ses Mémoires, ses écrits et sa correspondance, sont aussi les sujets qui sont traités avec le plus d'étendue ou relatés avec le plus de soin dans le Journal, par exemple les questions de finances qui rentraient dans ses attributions, en sa qualité de premier commis d' Arnauld l'Intendant, celles relatives à la solde des Suisses, travail dont il fut spécialement chargé, comme il le dit dans ses Mé^ moires, les graves querelles de préséance et d'étiquette, les duels, passion fatale de l'épor que, qu'il poursuivit avec une persévérance
PRérAGS. VII
digne d'un serviteur de Richelieu^ à ce point que plus de vingt ans après les événements dont U'aite notre Journal^ Arnauld d'AndiUy> parmi les avis qu'il donnait à la Reine-mère et au Roi pour attirer les bénédictions du ciel sur la France, mettait en première ligne la destruction de ce fléau : « Comme il n'y a point de crime, dit-il, dans son Mémoire pour un Souverain, qui déshonore plus Dieu que les duels, parce que Ton y sacrifie aux démons les âmes qu'il a racheptées de son propre sang, se résoudre à ne donner jamais de grâce pour ce sujet *. » Et passant de la théorie au fait, par une lettre à la Reine, en date du 4 6 décembre \ 643, il demandait que rÉdit rendu contre les duels quelques mois auparavant, fût appliqué au duc de Guise qui venait de tuer Coligny *. Arnauld d'Andilly avait pour cet Édit une sollicitude de père, car c'est lui qui avait été chargé de le dresser.
Si toutes les circonstances que je viens de rappeler m'ont fait reconnaître Arnauld d'Andilly comme Fauteur du Journal historique
* V, TAvis à la Reine et le Mémoire pour un Souverain, dans Tappendice, note F, t. i, p. 349 de Touvrage de M. Varin sur les Arnauld, dont nous allons parler.
* y. Même ouvrage, 1. 1, p. 358.
VIU PRÉFACK.
dont il s'agit, d'autres sont arrivés de leur côté au même résultat. M. Cousin, qui, en tirant de ce Journal quelques renseignements pour ses charmantes études sur Madame de Longueville et Madame de Sablé, le citait daas les premières éditions comme l'œuvre inédite d'un auteur inconnu, dans la troisième et dernière édition de l'histoire de Madame de Longueville, nonseulement nomme Arnauld d'Andilly, mais ajoute encore que le manuscrit, auquel il renvoie, est de son écriture bien connue^ et que cet ouvrage mérite d'être publié. Je suis heureux en réalisant un désir, que j'avais depuis longtemps, d'obtenir par avance l'approbation de l'illustre écrivain, qui, plus que tout autre, nous a ramenés aux pures sources du Grand Siècle.
Parmi les documents précieux conservés au dépôt des manuscrits de la Bibliothèque de l'Arsenal, se trouve une partie des papiers de la grande famille des Arnauld. Les correspondances inédites d' Arnauld d'Andilly et du marquis de Pompone, son fils, et les négociations diplomatiques, également inédites de ce dernier, y tiennent la plus large place. Ces papiers importants, d'abord disséminés, ont été réunis par les soins de M. Pierre Varin, ancien conservateur adjoint de cet établissement.