‹ Journal inédit d'Arnauld d'AndillyChapitre 47 sur 99 · La Reyne ayant résolu de mettre M. Man · texte numérisé non relu

La Reyne ayant résolu de mettre M. Man

' Jacques, le Coigneux, seigneur de Bachaumont, conseiller au Parlement de Paris en 1611, président es Requêtes en 1616, conseiller d*État et président en la Chambre des Comptes en 1619, chancelier de Gaston, duc d'Orléans, président à mortier en 1630.

2 Foy, Mém. de M. Mole, p. 119 et suiv., les lettres-patentes dont il s*agit.

i7& JQOBBIÂL INEDIT

jiiiai<i«. got en la charge de M. de Pisieux, elle envoya M. Barbin trouver M. de Villeroy à Gonflans pour le luy dire et le prier d'instruire M. Mangot. M. de Villeroy répoadit qu'il savoit le respect que l'on devoit au* Beyne^, et à cause d'elles, à ceux qui venoyent de leur part ; et que s^ns cela, il luy eust donné sujet d'avoir déplaisir de luy esfare venu porter cette parole. Après quelques autres discours, et en^ tr' autres, qu'il y avoit cinquante-quatre ans qu'y faisoit la charge, qu'il avoit encore assez de force et de courage pour la faire Aussi bien que jamais ; que c'estoit sa charge, que J'on ne luy pouvoit ester et qu'il n'estoit nullement en humeur de se départir. Il luy dit qu'il verroit la Reyne.

20. M. de Villeroy voit la Heyne, luy représente coujrageasement toutes ses raisons. Après quelques répliques, elle luy dit : Z/> voglio. A cela, il répliqua re^ectueuseiment et fort fermement, et s'en alla chez luy.

21. ]> lendemain. M, Barbin va chez le Président Jeannin, et avec luy, chez M. fie Villeroy ; et 1$, après plusieurs discours sur ce qui estoit de la charge, M. de Villeroy se relâche à recevoir la récompense. Mais sur cela, il s'éleva très-grande difficulté, pour ce qu'il ne voubit passer la démission qu'on luy demandoit en faveur de M. Mangot, qu'il ne vid l'argent chez luy, sans vouloir en rien avoir affaire au Roy sur ce sujet ; et qu'il dit qu'il demanderoit cinq cens mil livres de sa charge ; à quoy on luy répondit qu'il ne l'avoit vendue que deux

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cens rail livres à M. de Pisieux , et que Ton luy en ^^ *•*•. bailleroit cette somme, sur laquelle il rendra à M. de Pisieux les cent mil livres qu'il a receus de luy ; les autres cent mil livres regardoyent Le mariage de sa petite-fille. Depuis, M, Mangot en offrit trois cens mil livres, et la Reyne dit que puisque M. de Villeroy vouloit tant avoir de sa charge, il faloit vendre celle de M. le Premier Président de Bordeaux *.

On dit que la connoiësance de M. Mangot avec le Maréchal vient de ce que, quand on roua Magnas^ à Fontainebleau en 16,., M. Mangot, qui estoit le Président des Commissaires, ayant trouvé plusieurs lettres du duc de Savoye^ à Magnas et de Magnas au duc de Savoye qui parloyent du Marquis d'Ancre et de M. Dollé (avec lequel Magnas estoit ordinairement) , il les porta toutes à M. DoUé et au marquis d'Ancre et n'en fit aucune mention dans le procès,

M. de Villeroy dit k la Beyne qu'il n'ayoit point d'habitude avec M. Mangot, et que son humeur ne pouvoit compatir avec la sienne ; qu'il avoit nourry quinze ans M. de Pisieux, et qu'il l'assuroit qu'il estoit fort homme de bien, et luy répondoit de ses actions passées et de celles à venir. La Reyne répliqua :

^ If. Mangot.

2 Magnas, accusé d'être un «spion du 4uc de Sayoie, avait été arrêté, jugé et exécuté à Fontainebleau en mai 1^3. (Foy, Richelieu, éd. citée, t. XXI bia, p. 170, qui KQoàrm» 1» supposition rapportée par Arnauld d'Andilly.)

> Charles-Emanuel, duc de Savoie, mort eo 1630.

Juin i«i«. Je ne me saurois servir du fils après avoir chassé le père, et si je vous en demandois avis, vous ne me le conseilleriez pas. M. de Villeroy dit : Au moins. Madame, si vous voulez que M. de Pisieux sorte, permettez-moy de traitter avec quelques personnes dont je vous puisse répondre, comme M. de Préaux *, ou quelqu' autre. Elle répliqua : Je voy bien que c'est ; vous y voulez nommer; il n*est pas raisonnable ; cela appartient au Roy ^

On dit que le mécontentement de Messieurs du Parlement, lorsque les lettres de M. le Garde des sceaux y furent présentées, venoit de ce qu'il ne les avoit point esté voir. Il ne le devoit faire ; car un Garde des sceaux ne doit faire la cour à personne.

Quelques-uns dîsoyent qu'il devoit obtenir jussion, et que la plupart de ceux qui avoyentesté contre luy, y eussent obéy. D'autres dient qu'il faisoit mieux de n'en point prendre et de témoigner qu'il méprisoit leur refus; veu qu'aussi bien le mesme arrest ser-

^ Charles de l'Aubespine, né en 1580, abbé de Préaux, puis marquis de Chàteauneuf, conseiller au parlement de Paris en 1603, ambassadeur en Hollande en 1609, puis à Bruxelles, chancelier des ordres on 1621, conseiller d*État, gouverneur de Touraine, ambassadeur en Allemagne, à Venise, en Angleterre en 1629 et 1630, garde des sceaux en 1630, présida au procès des maréchaux de Marillab et de Montmorency en 1632 ; étant devenu suspect au cardinal do Richelieu fut disgracié en 1633, arrêté et conduit prisonnier au château d*Angoulômc, où il resta jusqu'en 1643 ; de nouveau garde des sceaux en 1650, remit les sceaux à Mathieu MoIé en 1651 et mourut en 1653. Il était fils de Guillaume de l'Aubespine, baron de Chftteauneuf, doyen des conseiUers d'État, du vivant duquel il fut appelé M. de Préaux, du nom de son abbaye. (V. P. Anselme, t. vi, p. 358).

2 Voy, Pontchartrain, p. 1^9.

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voit sur la vérification des autres points de la lettre. J"«» *•"•

19. Sur les cinq heures du soir le Picart, cordonnier, estant au faubourg Saint-Germain, en vue de...., des palefreiyers de M. le Maréchal d'Ancre (les uns disent cinq les autres huit), ayant bastons et espées, le chargent à coups de baston. Il se jette dans une maison ; ils en cassent les vitres et rompent la porte ; il est contraint d'en sortir; ils le suivent à coups de baston ; il s'enfuit dans une autre maison, dont ils ne peuvent rompre la porte. Enfin, le peuple s'assemblant, ils se retirèrent. Luy sort, prend une halebarde, s'en va chez luy. Le peuple s'y amasse ; un soldat parlant à l'avantage de M. le Maréchal d'Ancre est bien battu. L'alarme en alla grande au Louvre et à Saint-Germain où estoit le Roy. On disoit qu'ils estoyent quatre mil hommes en armes qui vouloyent aller au Louvre demander justice. On fit en diligence revenir les Suisses qui estoyent à Saint-Germain. M. Mangot et M. le Prévost des marchans furent faire écouler le peuple. Deux des palefreniers qui avoyent fait le coup sont remis par M. le Maréchal d'Ancre entre les mains de M. le Lieutenant criminel, qui fut seulement d'avis de les bannir pour trois ans. Le Procureur du Roy du Chastellet donna semblables conclusions ; mais six jeunes conseillers, qui vinrent pour assister au jugement du procès, allèrent avec quasy tous les autres, à la mort, où il passa de beaucoup de voix. Ainsi ils furent condamnez par sentence à faire amende honnorable devant l'Host^l de Ville; h estre pendus; et aupara-

jbm wé. vant avoir la question ordinaire et extraordinaire *• 22. Résolu que M* de Longueville demeureroit en Picardie, comme il y estoit auparavant; que M. de Montbazon y prendroit Ja ville et citadelle d'Amiens, et la Lieutenance du Roy, comme y avoit le maréchal d'Ancre, auquel doivent estre Péronne, Montdidier et Roye, et que ledit Maréchal prendroit la Lieutenance de Normandie, avec Caen et le Pontde-r Arche, et cent mil ecus comptant. On dit qu'il sera aussi remboursé des fortifications et avances par luy faites dans la citadelle d'Amiens^*

26. M. le Comte d'Auvergne ' sort de la Bastille où il avoit esté, à deux fois, près de quatorze ans. M. de Montmorency estoit, quelques jours auparavant^ revenu exprès de Languedoc, afin d'obtenir sa

* r#y. Merc. fr.^ t. iv, j>. 137. G« cordonnier Picart, sergent du quartier de la rue de la Harpe, avait, comme on Ta vu plus haut, empoché le maréchal d'Ancre de sortir de Paris par la porte de Bussy, «DUS prétexte qu'il n'avait pas de passeport C'est pour se venger de cet affront que le maréchal fit infliger cette rude correction audit Picart. Peut-être cependant les gens du maréchal agirent-ils de leur propm» mouvement et pour leur propre compte ? Voy. aussi Richelieu, p. 300.

2 voy, Merc, fr,, t. iv, p. 88 ; Richelieu, p. 296 ; Pontchar train, p. 149 .

3 Charles de Valois, comte d'Auvergne, puis duc d'Angoulôme, fils naturel de Charles £X et de Marie Touchet, né en 1573, grand prieur de France en 1587, comte d'Auvergne en 1589, se signala à Arques en 1581), à Ivry en 1590, à Fontaine-Française en 1595, accusé de conspiration et mis à la Bastille en 100/î, condamné à avoir la tête tranchée en 1605* peine commuée en prison perpétuelle, mis en liberté en 1616, réintégré dans ses charges et dignités, colonel général de la ca, Valérie légère, duc d'Angoulôme et ambassadeur en Allemagne en 1650, commandant au siège de la Rochelle, fit les guerres de Languedoc, de Lorraine, d'Allemagne et de Flandres, et mourut en 1650. On a publié ses Mémoires. {Voy. P. Anselme, t. i, p. 202, et son historiette, Tallemant des Réaux, avec le commentaire de M. t^aulin Paris.)

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délivrance. La Reyne l'avoit promise avant son JumMtf, voyage de Bordeaux ; et M. de Montmorency ia trouvant aucunement refroidie, fit feu et flame et s'opiniastra de telle sorte qu'elle luy accorda ce qu'il demandoit *. M. le Comte d'Auvergne, suivy de M. de Vauzay, qui ne le quitta point jusqu'à ce qu'il l'eut remis entre les mains du Boy, ne trouvant point la Reyne au Louvre, alla jusques à Issy où il la remercia. Après, il vid le Boy. — MM. de Guise, tous (l'ois *, vinrent souper aveque luy à l'hostel de Montmorency et attendirent une grande heure avant qu'il fust venu; luy témoignèrent beaucoup d'amitié, et à M. de Montmorency, tout ce qui se peut au monde *•

Environ le 27. M"** la Princesse de Condé douairière arrive* '

M. de Bochefort arrive aussi \

* Le comte d'Auvergne ayant épousé Charlotte de Montmorency, fille (|n connétable, était le beau^frère au à\ic de Montmorency.

2 Le duc et le cardinal de Guise et le pripce de JoinviUe, depuis duc de Chevreuse, tous trois fils du Balafré.

3 Le comte d'Auvergne était resté cette aeoonde fois onze ans et huk mois à la Bastille ! Il fut réintégré dans sa charge de colonel de la cavalerie légère qu'avait eue à sa place le duc de Nevers. Le Mercure fait à ce sujet la réflexion suivante : « Quel changement aux affaires du temps ! de voir en liberté celuy qui estoit prisonnier et qui pensoit jamais n'en sortir, commander trois sepmaines après les troupes du Roy, et entendre la voix commune du peuple qui asseuroit qu'on avoit mis sur la chambre où estoit ledit sieur Comte en la Bastille, ehamàre à louer, n (Merc. fr,, t iv, p. 140.) Foy. aussi Fontenay-Mareuil, p. 336; Brienne, p. 324; Richelieu, p. 295 ; Pontchartrain, p. 150.

A Voff. Merc. /h, t. iv,:p. 147. Ce gentilhomme en qui Monsieur le Prince mettait toute sa confiance, était envoyé par lui vers le Roi à l'occasion d'une difficulté survenue quant à jfexémition du 33* article de FEdit de Loudun*

Juin 1616. Guill. dit que Monsieur le Prince avoit proixiis à

M. de Sully de faire oster la charge à M. Arnaud l'intendant. Sur cela, il fut le mercredy 29 trouver la Reyne à son disner, et luy ayant commencé à parler de ce bruit, elle luy répondit tout haut qae c'estoyent des méchans qui faisoyent courhr telles faussetez.

29. Six soldats des gardes voulant enfoncer la porte de M...., conseiller du Chastellet, dans la rue Saint-Julien-le-Pauvrej près la place Maubert, pensant que ce fust celle d'un bordel, quelques voisins, et entr' autres, un apothicaire nommé . . . , qui a autrefois esté de la compagnie de M. de Broûilly, sortent de leurs maisons. Ces soldats mettent l'épée à la main, et tirent des estocades audit apothicaire, dont l*une le blesse au poignet ; et luy, d'un coup de pertuisane, tua un soldat, et d'un autre coup en blessa un autre *.

Juillet. Environ le 5. M. de Rohan arrive à Paris '.

M. de Pisieux prend congé du Roy ; va à Panfou, quelques jours après.

MM. le Maréchal de Brissac, de Vie et Champigny ^ vont à Poitiers remettre les réfugiez qu'ils remirent heureusement le . . .

En toutes les voix de l'Assemblée de ville, il n'y en eut que une contre la volonté du Roy *.

* Voy. Mire, fr,^ t. v, p. 139. Le lieutenant-civil (It à cette occasion une Ordonnance pour la sûreté publique.

> Voy, Mém. de Rohan, p. 138.

3 C'est la difficulté relative a Texécution du 33e article de l'Edit de

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7. Madame Déegeant meurt. Les deux palefre- '"»««» "««• niers de M. le Maréchal d'Ancre qui avoyent esté condamnez au Ghastellet, sont jugez au Parlement et la sentence confirmée, excepté pour l'amende honnorable et la question. Ce jugement passe tout d'une voix, hormis M. le Président Lescalopier, lequel fut

d'avis ; et ayant dit, entr' autres choses que

l'action faite par le Picard, à la porte de Bussy, ne se pouvoit excuser, veu qu'il n'y avoit personne qui ne connustM. le maréchal d'Ancre, M.Prévost Malassise dit : Je croy qu'il s'en trouvera plusieurs qui ne le connoissent point, et pour moy, je suis de ce nombre. Ayant dit cela, chacun de tous les autres en dit de mesme; et ainsi M. le Président Lescalopier demeura seul de son avis. — L' après disnée, lesdits palefreniers furent exécutez au bout du pont Saint- Michel. Il y avoit une extrême quantité de monde ; et on tient que tous les bourgeois du quartier estoyent tout prests dans leurs maisons, avec leurs armes, pour sortir, si quelqu'un s'efforçoit de les enlever. Et continuèrent ainsi toute la nuit, jusques à quatre heures du matin, à demeurer armez chez eux, appréhendant que l'on vint oster la nuit les corps morts de la potence, où ils vouloyent, à quelque

Loudun, dont il est parlé plus haut Cet article décidait que tous icu officiers tant militaires que de judicature qui avaient quitté Poitiers lors du trouble qui eut lieu dans cette ville le 23 juin 1614, seraient réintégrés dans leurs charges. Les habitants de Poitiers demandèrent que Ton n'accordât pas cette faveur aux militaires. Le prince de Condé insista pour que Tarticle fût cntiëi ement observé. Mais la ville de Poitiers ayant persisté dans ses rt^clamations, il y fut fait droit.

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juiuet 1616. prix que ce fust, qu'ils demeuraBsent vingt-quatre heures entières*

8. Le Roy et la Reyne vont à Saiht*Germain-en- Laye. On tient que la Reyne vouloit, à la persuasion de M. le Maréchal d'Ancre, aller à Rouen avec le Roy, afin d'installer M. le Maréchal d'Ancre en sa charge de Lieutenant du Roy en la Province, et faire souffrir le peuple de Paris, dont elle estoit mal contente, par l'absence de la Cour. Mais on remontra à Leurs Majestez combien ce dessein estoit dangereux par infinies raisons, et que c' estoit perdre Paris.

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