Leurs Majestez de i*etoar de Saint-Germain
Environ ce temps , M. de Refuge * le Conseiller d'Estat, est envoyé vers M* de la Force.
17 ou environ. M. du Mayne de retour de Soissons où il estoit allé quelque temps auparavant.
Monsieur le Prince de retour. Il flvoit laissé M. de Vendosme à Villebon \
* A l'occasion du retour de Monsieur le Prince à Paris, le Merc. fr. Cite le passage suivatit qu'il emprunte à l'auteur de l'Apologie pour Leurs Mi^estés : « Monsieur le Prince donc, aprèn plusieurs remises recherchées pour raccommodement de ses affaires et pour Testablissement de son authorité, se rend enfin à la cour, où il se trouve au milieu de la pompe et de la gloire. Il est plus recherché et sdivy que le Roy mesme : sa maison rend presque le Louvre désert : Tout le monde, selon la légèreté françoise, adore ce Soleil levant; chacun s'efforce de s'acquérir ses bonnes grâces : Aussi tout passe par ses mains; il est absolu au Conseil; il dispose des finances ; il fait entrer aux chargea ceux qui ont suivy sa fortune, et en recule ceux qui ont fldellement servy le Roy ; et s'il faut dire franchement la vérité aux affaires d'Estat, il ne laisse à Leurs Majestez que le nom et les vaines images delà Royauté. {Mère, fr,, t. iv, 2« partie, p. 148.) Voy, aussi Richelieu, p. 307; Pontchartrain, p. 152.
d'arnauld d'andilly. 188
1" M. le Milord duc Hayect, ambassadeur eiC' ^ousi itit. traordinaire du Roy d'Angleterre, sur le sujet du mariage de Madame Christine, arrive en magniûcence à Paris, conduit par M. le Prince de Joinville, lequel avoit esté au-devant de luy jusques à Saint-Denis. H eut audience de Leurs Majestez le dimanche 7, M. de Guise le conduisant depuis le logis de la Reyne Mar^ guérite, où il estoit logé, jusques au Louvre. Depuis, il eut audiance particulière dans le petit Cabinet de la Reyne-mère, où il fut deux heures avec le Roy et la Reyne. Depuis, il fut festiné par tous les Grans et principaux Seigneurs de la Cour, comme Monsieur le Prince, M. de Nevers, M. de Guise, M. de Rheims, M. de Buillon, M. de Vitry, etc. , avec des superfluitez extraordinaires, jusques là que Monsieur le Prince fit faire quatorze services * • Environ ce- temps, M. de Sully arrive.
9. Après plusieurs propositions faites pour rei-^ gler les Conseils, enfin il fut résolu que les mardy et jeudy au matin à huit heures, on tiopdroit dans le Louvre un Conseil des finances tout semblable.à celuy qui avoit accoustumé d'estre tenu auparavant, et au-
* Fify. 9rer€, fr.^ U iv, p. 140, le récit de toutes les fôtea qui eurent lieu pour honorer le représentant de la Grande-Bretagne. Suivant le Mercure^ cet ambassadeur extraordinaire était Jacques Hay, baron de Saley, maître de la garde-robe. Voy, aussi Fontenay-Mftreuil, p, 397^ D'après ce dernier, Lord Hay, depuis comte de Carlisle, vint à Pari^ pour féliciter le Roi de son mariage, et parler de celui de Madame Ghrétienae (quelques Mémoires du temps portent Qliristioe comme Botre manuscrit), sœur du Boi, avec le prince de Galles. Cette union ne se fit pas. Madame épousa peu de temps après le prince de Piémont. {Voy. encore Richelieu, p. 314 ; Pontchartrain, p. 153*)
iSli JOURNAL INÉDIT
Aoutt 1611 quel la mesine confusion est demeurée (et ce jour fut tenu le premier desdits Conseils) , et où Monsieur le Prince se trouveroit (comme il a toujours fait), et signeroit les arrests.
10. Quant au Conseil de la Direction, il fut ordonné qu'il se tiendroit les mercredy et vendredy, et qu'il n'y auroit que Monsieur le Prince, M. Jeannin, M. Barbin, et les quatre Intendans. Et ce jour fut tenu le premier desdits Conseils, auquel ces sept personnes assistèrent.
Monsieur le Prince et M. de Buillon vouloyent que la Reyne prescrivit l'ordre de règlement des Conseils, afin de rejetter sur elle la hayne de tous ceux qui en seroyent exclus ; ce qu'elle voulant éviter, elle envoya M. Barbin, qui prit heure pour se trouver chez Monsieur le Prince sur ce sujet, où M. de Buillon se rendit. Et là, M. de Buillon voulant faire parler M. Barbin, il dit qu'il n'avoit autre charge de la Reyne, sinon de faire tout ce qu'ils voudroyent, et qu'elle trou>teroit tous bons avis, pourveu que elle pust dire qu'elle l'avoit fait avec leur conseil.
Quant au samedy, ce jour fut destiné pour lire le matin la Semaine en un Conseil de Direction ; après, la faire arrester à la Reyne ; et le reste du jour devoit estre employé au Conseil desDépesches, c'est-à-dire, pour les affaires d' Estât, auquel assistoyent les Princes et officiers de la Couronne.
Cet ordre s'exécutant. Monsieur le Prince se rendit si assidu à tous les Conseils , et y prenoit tant d'autorité, que la Reyne en entra en jalousie. En ef-
d'arnauld d'andilly. 185
fet, il faisoit le Surintendant des finances, et arrestoit de sa main les rooUes de TEspargne et autres estais. Là dessus, M. de Sully se jetta à la traverse, et vid la Reyne, M* Mangot, M. Barbin, afin de rentrer aux affaires*.
Environ ce temps, après plusieurs difficultez sur difficultez apportées par M. de Villeroy au traitté de sa charge avec M. Mangot, dont ils estoyent convenu le prix à quatre cens mil livres, enfin il dit qu'il ne pouvoit conclure sans M. de Pisieux ; et fit venir ledit sieur de Pisieux, lequel dit qu'il ne vouloit traitier en façon quelconque. Tellement que sur cela , le traitté se rompit entièrement ; et on expédia et scella le 12 une commission à M. Mangot pour faire la charge entièrement, tant en l'absence qu'en la présence de M. de Villeroy, lequel ayma mieux cela que de quitter sa charge (d'autant qu'il vouloit, comment que ce fust, mourir Secrétaire d' Estât). Le lendemain samedy 13, M. Mangot presta le serment^ 1/i. Les habitans de Péronne s' estant assemblez en leur hostel de ville, tant sur ce que M. de Longueville leur avoit mandé qu'il vouloit faire son entrée le 25, que sur ce qu'ils avoyent eu avis que l'on leur vouloit envoyer toute la garnison qui sortoit d'Amiens, M. de Favrolles', qui commandoit dans
^ Foff, Pontchartrain, p. 153.
3 Foy, Fontenay-Mareuil, p. 344; Brienne, p. 312 ; Richelieu, p. 298 ; Pontchartrain, p. 151 et 154.
' Le sieur deFavrolles (suivant d'autres Mémoires, de FavoUes ou de Favols), gentilhomme gascon, était lieutenant du maréchal d'Ancre au gouvemement île Péronne
Aoott 1616.
Aoust 1616. Péronne, vint à leur assemblée avec M. de Plainville» et commença à user de paroles fort hautaines pour leur faire rompre leur assemblée. Ils répondirent qu'ils vouloyent obéïr au Roy, mais qu'ils n'avoyeut nul commandement de Sa Majesté pour ne point recevoir M. de Longueville, et pour recevoir les garnisons qui gortoyent d'Amiens ; que durant les dernières guerres, il n'y avoit jamais eu que cinquante hommes au plus en garnison en leur ville ; ^t que maintenant, durant la paix, on leur en vouloit bailler deux cens d'augmentation ; ce qui n'estoit pas pas raisonnable ; qu'au reste^ il ne fist plus tant le mauvais, et qu'ils n'estoyent plus résolus de Tendu" rer. (On dit qu'il avoit baillé* il y a quelque temps, quantité de coups de baston, en plein auditoire, à un sergent qui l' avoit fâché). Comme sur cela, M, de FavroUes voulut répondre aigrement, ils Tarrestèrent en leur Hostel de Ville, et en mesme temps mandèrent à M. de Longueville, qu'il y arrivast aussitost. Le lundy 15, la nouvelle de cela arrive à Paris, à deux heures après midy, et le soir mesme à sept heures, M. Mangot part pour aller trouver M, de Longue** ville. Le mercredy 17 , estant à sept heures du matin arrivé auprès de Péronne, il trouve un capitaine avec quelques cavaliers qui l'arresta jusques au soir, quoy qu'il luy pust dire ; et le soir, lorsqu'il l'amena pour parler à M. de Longueville, i! le fit encore attendre trois ou quatre heures aux portes. Tout cela, afin de donner, cependant, le loisir à M. de Longueville de prendre le Chasteau, comme il
d'arnaulj) d'andilly. 187
fit, par composition avec les soldats , de leur faire aousi mê. payer quatre montres , moyennant quoy ils enfermèrent Rame S qui les comtnandoit, et se rendirent. M. Mangot trouva M. de Longuçville en résolutiori de ne point rendre Péronne , et mesme il luy dit que Ton se moqueroit de luy, s'il le rendoit; et qu'en ce temps*cy, on ne rendoit point de tels morceaux. Enfin, lorsqu'il revint, il croioit l'aVôir davantage adoucy : et fut icy de retour le vendredy 19.
M. du Mayne envoya quatre compagnies de gefi9 de pied, enseignes déployées, se jetter dans Péronne, lesquelles il avoit tirées de ses places. M. Bârbin a dit qu'il y avoit cinq cens hommes.
Lorsque la nouvelle de Péronne arriva , Monsieur le Prince estoit allé à une maison nommée.. ^ qu'il avoit achetée sur le chemin de Vallery. M. de Buillott luy envoya dire en diligence par un gentilhomme ce qui s' estoit passé, et luy manda qu'il le prioit ins-* tamment de ne parler à âme vivante, jusqu'à ce qu'il l'eût veû chez M. du Mayne» où il l'attendoit, et par où il faloit nécessairement qu'il passast. M. Vigni^ dit que, sachant cela, il fut, avec Monsieur l'Arche»vesque de Bourges% au devant de Monsieur le Prince; luy dit que M. de Buillou l'attendoit ; mais qu'il le supplioit de ne point se laisser emporter à ses per* suasions ; que l'action estoit honteuse ; ne se pou voit défendre ; et que ce seroit à ce coup, que la Reyne
< Le sieur de Rames Baqueville, cupitaine de la garnisoQ de Péronne. 2 André Fremiot, archevêque de Bourges, député du clergé aux Btais àe 1614.
Aoust 1616
reconnoistroit ce qu'elle devoit attendre de la sincérité de ses intentions. Monsieur le Prince le luy promit. 11 alla chez M. du Mayne, où M. de Buillon le persuada à ce qu'il voulut.
J'ay oûy dire à M. Barbin, le 23 mars 1618, comme j'estois un de ses trois Conseillers, que les affaires du Roy estoyent lors en un estât si misérable, et celles des Princes si relevées, qu'ils témoignoyent tout haut trouver mauvais quand le Roy et la Reyne parloyent à des gens de qualité, et jusques à des gentilshommes de dix mil livres de rente , disant qu'ils leur vouloyent débaucher leurs serviteurs ; que M. du Mayne dit un jour à M. de Lusson, qu'il ne pouvoit trouver bon que l'on l'envoyast vers Monsieur.^, pour le leur débaucher; que Monsieur le Prince manda un jour à la Reyne, qu'il ne se soucioit plus qu'elle parlast tant qu'elle voudroit à M. de Guise, parce qu'il estoit maintenant très assuré de luy. Sur quoy la Reyne, par le conseil de M. Barbin, parla à tous les Seigneurs de la Cour, afin de témoigner qu'elle ne se vouloit pas laisser aller aux entreprises et aux insolences de ces Princes ; que M. du Vair , amenant un jour M. de Buillon par la main à la Reyne, luy dit : Madame, il ne faut plus que vous ayez de défiance de M. de Buillon et de ces Messieurs, car ils ne désirent que de bien servir le Roy. Sur quoy la Reyne devint rouge ; que par l'avis du Maréchal mesme, la Reyne estoit résolue de s'en aller au Parlement, pour se démettre de l'administration des affaires ; ce que M, Barbin luy déconseilla en-
d'àrnauld d*andilly. 189
tièrement, luy disant que si elle le faisoit, le Royaume, le Roy, et ses enfans estoyent perdus; d'autant que Monsieur le Prince prendroit toute l'autorité, et que chacun des Grans penseroit à tirer sa pièce; sur lequel discours, le Roy estant entré dans le cabinet, la Reyne, frémit et dit : Ho I je ne quitteray point les alTaires, quoy qui en puisse arriver.
Environ le mardy ou mercredy 17 , M, le Comte d'Auvergne part, pour aller investir Péronne avec les compagnies de gendarmes et de chevaux légers qui se trouvoyent icy autour et dix compagnies du régiment des gardes. M. de Créquy n'y fut point, soit qu'il refusast ou autrement. Ils trouvèrent que M. de Longueville estoit demeuré dans Péronne avec c^it ou six vingts gentilshommes et deux cens hommes de pied (quelques un& dient sept cens ; mais je ne le croy pas) *.
16. M. le Maréchal d'Ancre ayant eu avis qu'il y avoiteu dessein fait par M. duMayne et M. le Prince de Joinville, de l'enlever de sa maison du faubourg Saint-Germain et de le faire passer l'eau à un bateau qu'ils avoyent prest, puis l'emmener à Soissons, il part en diligence, la nuit d'entre le mardy et le mercredy, pour s'en aller à Caen.
Monsieur le Prince ayant donné charge à M. l'Ar-
' Sur la sédition de Péronne qui, en rompant le traité de Lottdun, commença ce qu'on a appelé la troisième guerre civile, et décida la Reine-mère à faire arrêter Monsieur le Prince. (Foy. Merc, fr,, p. 179- 194 ; Fontenay-Mareuil, p. 345 et suiv. ; Brienne, p. 312 ; Rohan, p. 140 ; Richelieu, p. 316 ; Pontchartrain, p. 154.
AoBst in«.
i«i«< chevesquô de Bourges (qui se mesloit fort avant dans ses afiE&ires et qui n'est pourtant qu'un tribouliet) de porter rudes paroles à M. le Maréchal d'Ancre, et de luy dire, entr' autres choses , qu'il ne le pouvoit ni ne le vouloit plus garantir, et qu'il se conservast comme il l'entendroit; il envoya quérir, quelque temps après, M. Barbin, qui le vint trouver à Saint-Martin- Là, il luy fit plusieurs honnestetez, et pour ce qui estoit de Monsieur le Maréchal, et particulièrement pour ce qiû estoit de luy.
M, Barbin luy ayant remontré les grans sujets de mécontentement qu'il donnoit à la Reyne , il luy dit qu'il le reconnoisfioit bien ; mais qu'il ne savoit com« ment faire, et s'estoit trouvé fort empesché, pour ce que M. de Buillon et ses Princes luy faisoyent entendre que s'il abandonnoit ses amis, ils l'abandon-» neroyent aussi ; et qu'après, il se trouveroit dans le mépris, et plus bas que jamais ; mais qu'ayant esté encore, le jour de devant, plus de quatre heures avec eux, enfin il s'en estoit débarrassé, et qu'il vouloit bien que le Roy et la Reyne sceussent qu'ils luy avoyent plus d'obligation qu'à leur père, et qu'il le prioit de le dire à la Reyne.
M. Barbin s'en allant, trouva PArchevesque de Bourges qoi luy dit qu'il estoit bien aise de l'avoir rencontré, et qu'ils s'en iroyent ensemble trouver M. le Maréchal d'Ancre ; où estant arrivez , M. de Bourges luy dit, de la part de Monsieur le Prince^ d'extrêmement mauvaises paroles, suivant ce que dessus. Monsieur le Maréchal se mit en grande colère»
d'ahnauld d'aptdilly. 191
et dit que Monsieur le Prince eètoit Prince du sang, aousi i«i«. mais qu'il s'assuroit qu'il ne diroit point cela devant luy. —M. Barbin^ sur cela, dit ce que le Prince luy venoit de dire, et le lendemain, Monsieur le Prince ayant envoyé quérir M. Barbîn, dit que M. de Bourgeè n'avoit dû dire cdé*
Ld Maréchale d'Ancre couchoit aussi lors au fau* bourg Saint- Germain. On dit que le dessein estoit de les tuer tous deux. Monsieur le Prince manda à M. le Maréchal d* Ancre^ qu'il luy avoit prorais de le gareiitîr, mais qu'il ne le pouvoit plus faire. Et sur cela; le Maréchal d'Ancre se résolut de s'en aller en Normandie ; où estant près de Gaen, il fut visité et nccompagné de quantité de noblesse. On dit que M. Dumesnil Morânt' dépença deuK mil pis toiles à le traitter. On dit aussi qu'il caressoît fort les bour* geois de Caéti, et de familiarisoit avec euX| au contraire de ce qu'il faisoit à Amietis. Il coudimt dans là ville.
J'ay oûy jurer à M. Barbin^ qu'il n'y avoit point dessein de tCier ni de prendre M. le Maréchal d'Aacre, et qu'il avoit résolu d'aller en Normandie, avant que Monsieur le Prince luy eust mandé ce que dessus ; et qu'il est vray que le Maréchal s'en alloit pour ne plus revenir, et se deyoit embarquer sur la mer, et sa femme aussi, qui estoit malade, et monta raesme en litière, pour s'en aller. Mais l'accès dé sa fièvre
* Thomas Morant, baron du Mesnil-Gamim*, tréiopier de l'épargne, grand trésorier des Ordres en 1681.
192 JOURNAL INiSdIT
Aoust 1616. luy ayant lors redoublé, elle descendit, et remit le voyage, lorsqu'elle se porteroit mieux \
On dit que Tinimitié de M. de Guise avec le maréchal d'Ancre venoit de ce que M, le Cardinal de Guise, ayant désiré instamment d'estre du conseil de la Direction, M. le prince de Condé en supplia la Reyne avec affection. Sur quoy, elle dépescha, à l'heure mesme, un courrier à Lésigny, où estoyent Monsieur le Maréchal et Madame la Maréchale ; alors qu'elle eut receu réponse, M. de Guise estant venu luy renouveller la mesme supplication, elle répondit : J'ay fait deux fois la guerre pour empescher que Monsieur le Prince ne fust de la Direction, et je la feray encore deux autres fois, pluslost que votre frère y entre.— On dit aussi que MM. de Guise allant tous trois voir Monsieur le Prince, ils trouvèrent le maréchal d'Ancre qui en sortoit, et les salua ; que lors, M. de Guise et M. de Joinville le saluèrent, et qu'au contraire, M. de Rheims enfonça son chapeau, et dit haut : Si ce n'estoit le respect du lieu où je suis, je luy baillerois d'un poignard dans le sein.
Environ ce temps, M. de la Douze- Charton^ con-
^ Suivant le duc de Rohan (Mém., p. 140), le projet de l'assassinat du maréchal d'Ancre aurait été discuté, dès cette époque, dans un conseil présidé par le Roi, où se trouvaient, entre autres grands de l'Etat, le duc du Maine et le maréchal duc de Bouillon. Le maréchal d'Ancre averti aurait pris la résolution de se retirer dans son gouvernement et de faire arrêter le prince de Condé et ses amis poar rétablir son autorité et celle de la Reine-mère. {Foy, Richelieu, p. 322- 334; Pontchartrain, p. 158.)
» André Charton, conseiller au parlement depuis 1587.
d'arnauld d'andilly. 193
seiller en la Cour, vint trouver M. Barbin, pour le loutt i«w. faire parler à la Reyne-mère, touchant affaires qui importoyent au salut du Roy, d'elle, et de TEstat ; ce qu'il fit, encore que la Reyne eust prit médecine.
M. Charton ayant, parlé à Sa Majesté, M. Barbin le suivit, d'autant qu'il luy avoit dit, qu'après qu'il auroit parlé à la Reyne, il luy diroit à luy les particularitez de l'affaire et les remèdes. Mais lors, il le remit à M. de Sully, qui informeroit de tout cela, le lendemain, le Roy et la Reyne. — Le lendemain, M. de Sully vint trouver le Roy et la Reyne, à heure assignée, qui commença par ces mots : Pleut à Dieu que Vos Majestez fussent maintenant au milieu de douze cens chevaux ; et fit un grand discours de deux heures, dont la substance estoit, que tout estoit perdu. Et estant sorty, il rentra le corps à demy dans la chambre, et dit qu'il déchargeoit sa conscience , ayant averty Leurs Majestez; qu'il les souhaiteroit au milieu de douze cens chevaux; qu'il n'y avoit autre remède au mal que d'armer puissamment; mais que cela ne se pouvoit pas; et qu'il estoit trop tard\
25. M. de Buillon, de retour de Provence, où il avoit esté quatre ou cinq jours auparavant, avoit porté parole à M. de Longueville, que le Roy luy donneroit le choix de quatre gouvernemens, avec l'un desquels, tel qu'il voudroit, M. le Maréchal traitteroit le gouvernement de Péronne, Montdidier, et Roye. — M. de Longueville, au contraire, vouloit en nom-
* Voy, Richelieu, p. 326.
194 JOURNAL IHIJÔÎT
Aouèt i«H. mei' quatre, l'un desquels seroit choisy par le Roy, et offroit de remettre la place entre les mains d'un exent des gardes, pourveU qu'il n'amenast point d'archers avecque luy.
Environ le 20. La Reyne se voyant en peine de Taffaife de t^éronne, et reconnoissant qu'il estoit né*cessaire que le Roy se meslast de la conduite des affaires, afin de conéerver l'autorité royale qui s'aflfoiblissoit journellement, elle lui dit, et luy en parla avec affection^ ( M* le Maréchal estoit alors à Lésigny* ) — - Le Roy dit que, puisqu'elle le désiroit, il le feroit ; et deux heures après, comme on lisoit la dépesche que M. de Buillon devoit emporter, il y remarqua deux grandes fautes , dont l'une estoit, que l'on vouloit bailler à M* de Buillon le pouvoir de loger l'armée, qui estoit le mettre en pique avec M* le Comte d'Auvergne. Aussitost que M. le Maréchal fut de retour, elle rompit ce coup-là, et empescha que le Roy ne prist connoissance des affaires.
Septembre. Joudy 1". Mousiour le Prince arresté prisonnier
dans la chambre de la Reyne, par M. de Thémines et ses deux fils \ Il avoit esté au Conseil des finances toute la matinée , e^ estoit sorty, et monté chez la Reyne, suivy de M. de Rohaiî^ Monsieur le Garde des sceaux, M. le président Jeannin, et quelques autres. Il avoit trouvé le Roy dans ladite chambre, auquel il
^ Antoine de Lauzières, marquis de Thémines, tué au siège de Montauban en 1621, et Charles, seigneur de Lauzières, tué au siège de Moiithcur, la même année 1621*
d'arnauld d'andilly, 195
demanda s'il pourroit voir la Reyne. Le Roy dit qu'il septembre iêi«. alloit y voir; et estant entré dans la Garde-Robbe ou cabinet, M« de Thémines sortit, et dit à Monsieur le Prince : Monsieur, le Roy m'a commandé de vous dire, qu'il a besoin de vous pour une affaire qui se doit résoudre cette après disnée, et qu'il vous prie de ne bouger d'icy d'aujourd'huy ; et, pour ce sujet m'a donné charge de vous arrester. — Comment! m'arrester, moy ! ce dit Monsieur le Prince. Et en mesme temps, voulant mettre la main à l'épée, il trouva que M. de Thémines l'avoit saisie de la main gauche, et il commença à crier : Comment ! arrester un Prince du sang ! vous n'estes point capitaine des gardes.— Non, répliqua M. de Thémines, mais je suis gentilhomme , et obligé d'obéir aux commandemens dil* Roy, mon maistre et le vostre, — Sur cela. Mon* sieur le Prince se retourna vers M. de Rohan, et luy dit : Mon cousin, souffrirez-vous que l'on arreste ainsi prisonnier un Prince du sang?— M. de Rohan répondit : Je suis tout seul ; il faut obéir au Roy. — Après, Monsieur le Prince dit : Monsieur le Garde des sceaux, qui vit jamais une pareille injustice ! Faitesmoy parler au Roy ou à la Reyne. Lors, Monsieur le Garde des sceaux et les autres baissèrent la vue. Puis il s'écria : Hé quoy ! n'ay-je point d'amis. Sur cela, M. de Praslin entra, qui dit : Monsieur, il faut obéïr au Roy. — Et M. de Thémines luy dit : Monsieur, ne vous émouvez point, s'il vous plaist, et n'entrez en aucune appréhension, car je vous répons sur mon âme et sur mon honneur, que le Roy entend que vous soyez
196 JOURNAL INJÎDIT
septembre iej«. traitté comiTie luy-mesme. Après, il le mena dans une chambre qui estoit proche , où luy M. de Thémines avoit trois siens gentilshommes; et en passant, Monsieur le Prince ayant apperçeu M. Delbene, lieutenant de la compagnie de chevaux légers de Monsieur, avec douze ou quinze de ses compagnons, il s'écria : Je suis mort, voilà un homme qui ne m'a jamais aymé. Que l'on m'ameine vistement un prestre, %t que l'on me donne au moins le loisir de penser à ma conscience. Lors, M. Delbene luy fit une révérence jusques à terre, et luy dit qu'il avoit toujours esté son très-humble serviteur; qu'il le supplioit de né le point prendre pour un bourreau, et de croire qu'il n'y avoit personne qui eust le pouvoir de luy faire accepter une telle charge. — Monsieur le Prince Qstant un peu revenu de cette appréhension, demanda M. de Rochefort, son apoticaire, un certain valet de chambre, et un certain cuisinier. On luy fit venir les trois derniers, mais non le premier, qui estoit chez M™' la Comtesse de Soissons, et à une heure, avoit pris la poste au Bourg-la-Reyne, pour aller à Chinon (où l'on dit que l'on fit écrire Monsieur le Prince, et à Bourges aussi, où du Roger, oncle de Rochefort, s'en alla, afin de faire remettre lesdites places entre les mains de qui le Roy voudroit). Le Roy ayant envoyé de sa viande à Monsieur le Prince, il la refusa, et Sa Majesté s'en fascha. — Monsieur le Prince se trouva estre malade de chancres, et autres vilenies, qu'il avoit gagnées chez un maquereau nommé Chercaut, lequel tient des femmes chez luy, et traitte en festins. Deux
d'aRNAULD D^ANDILLY. 197
jours après, on grilla une autre chambre au Louvre, septembre i«i«. où on mît Monsieur le Prince, et on luy osta tous ses gens hormis Luisible, qui luy sert de valet de chambre et d'apoticaire. Un nommé le capitaine Robert, auquel il se fie, appreste ses viandes, et les luy apporte à la porte de la chambre, entre les mains de Luisible, et Monsieur le Prince veut voir le visage de Robert, afin d'estre assuré qu'elles n'ont passé que par les mains des siens.
Monsieur le Prince avoit esté averty, par diverses fois, qu'il y avoit un dessein de l'arrester, et encore le mercredy au soir, allant au bordel, avec un seul gentilhomme près Saint-Martin-des-Champs , il en eut avis, et répondit : La beste est trop grosse.
• Pendant que Monsieur le Prince estoit au Conseil; on avoit fait redoubler les gardes tant suisses que françoises à la porte du Louvre, où estoyent MM. de Créquy et de Bassompierre, et dedans le Louvre, on avoit disposé toutes les gardes du corps du Roy.
La Beyne-mère ne se coucha point toute cette nuit là. Elle manda le mercredy au soir à M. de Bassonnpierre qu'il la vint trouver inconnu à trois heures du matin. Il vint à deux ; il la trouva seule dans son cabinet avec M. Barbin qui, estoit contre la table, et elle se promenoit.
après avoir tenu quelques discours à M. de Bassompierre sur la confiance qu'elle avoit en sa fidélité, elle luy dit le dessein qu'elle avoit pris de faire arrester Monsieur le Prince, M. du Mayne, M. de Vendosme, M. de Buillon, M. de la Trémoille; qu'il
«eptenfire iw«. cssayast de faire que les Suisses fussent plus forte que les gardes du Roy, dont elle ne se fioit pas ; et pour luy montrer combien elle se fioit en luy, elle avoit résolu, si l'affaire réussissoit mal, de se mettre avec le Roy, ses enfans, et ses bagues, au milieu du bataillon de ses Suisses, et aipsi s'en aller à Mante, M. de Bassompierre qui avoit mandé dès le soir à ses capitaines dans les quartiers, qu'ils se tinssent prests au premier coup de tambour, luy dit qu'il luy répondoitde se rendre le plus fort devant le Louvre; mais qu'il croioit qu'elle se pouvoit assurer de M. de Créquy, en l'engageant par générosité et ne le luy disant que sur le point de l'exécution. Ainsi, elle l'envoya quérir à six heures du matin, et le retint avec elle, jusquesà l'heure qu'il fut besoin d'agir; et M. de Bassompierre se tint toujours auprès de luy, luy disant qu'ils se serviroyent chacun de témoin de leurs actions. Sur les six heures du matin, il vint un gentilhomme de Poitou demander à parler à la Reyiie ; elle se jetta sur son lit, et fit mettre derrière la ruelle M. de Bassompierre, M. Barbin et M. de Fossez. Il luy dit que tous ces messieurs estoyent avertis, et qu'ils vouloyent monter à cheval et s'en aller. On y envoya ; il se trouva qu'ils ne bougeoyent, Sur les huit heures, le Roy estant avec la Heyne, on leur vint dire que Monsieur le Prince estoit entré, dont ils furent très-aises. Et puis, on leur dit que M. de Yendosme estoit aussi venu (ce qui n' estoit vray). Et lors, le Roy dit : Bon, voilà ce fils de putain pris. Et quelqu'un dit en riant : Et deuf. La Reyna dit ;
d'arhAui^d d'andijlly. 199
Il n'eet pas heur« de rire; il faut prier Dieu* septembre jw.
M. Mangot ne vint qu'à neuf heures du ypatip au Louvre j qui estoit beaucoup trop tard, M. Barbin y èstoît venu devant cinq heures.
Monsieur le Prince avoit continué sen débauches de telle sorte, avec quelques conseillers de la Cour, que M, du Mayne et M. de Buillon ne pouvoyent . parler à luy ; de quoy s' estant mis en colère, M. (Je Buillon, ou tous deux ensemble, luy mandèrent, que s'il ne chassoit ses petits cpnseîllers, ilslesiroyent chasser eux-^mesmes, à coups de baston. On dit que M. de Buillon, ayant une fois fort affaire à luy, fut contraint de l'aller chercher chez une nommée dame Marie.
Monsieur le Prince qui avoit couché à Saint^Martin, ayant esté Je matin, dès cinq heures, chez M. de Buillon, M. de Buillon luy dit, qu'il avoit avis assuré, qu'on le vouloit arrester, s'il ailoit au Louvre, Monsieur le Prince ne le.voulut point croire, et luy dit qu'il alloit bailler des fernjes. De là, M. de Buillon s'en alla chez M. du Mayne, auquel il dit les propos qu'il avoit eus avec Monsieur le Prince ; le pria de n'aller point (Ke matin là au Louvre, et de mettre des gens aux avenues du Louvre,, afin de découvrir ce qui se passarpit, et se tenir sur ses gardes, de peur d'estre surpris ; que cependant, il s'en alloit à Cbarenton, et reviendroit fii^ner avec luy et chez luy ; que, s'il survenoit quelque chose, il le prioit de luy en dûnner aviu. Suivant cela, M. du Mayne envoya des gentilshommes aux avenues et dedans le Louvre, lesquels ayant découvert la prise de Monsieur le Prince, luy en vinrent
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septembre 1616. donncF avis, à toute bride, dans les Jésuites, où il oyoitla messe. Aussitost il envoya les mesmes gentilshommes à M. de Buillon, et s'en alla après eux. Lesdits gentilshommes Ux)uvèrent M. de Buillon à Saint- Antoine-des-Champs, qui revenoit en carrosse de Charenton. (M. du Tremblay m'a dit que ce fut luy qui luy porta la nouvelle, et que M. de Buillon dit : Ce petit brouillon nous a tous perdus. Où est M. du Mayne?) En mesme temps, il monta à cheval, sans bottes. Incontinent après, M. du Mayne arrive, et M. de la Tréraoille. Ils ramassent six ou sept vingt chevaux, et se promenèrent assez long-temps le long du rempart, en tirant vers le Temple, sur ce que M. de Buillon disoit, qu'il croioit que l'on les envoyeroit charger et qu'il vouloit tailler, en pièces tous ceux qui viendroyent. Mais l'on tient qu'en effet, leur dessein estoit de*voir s'il n'arriveroit point quelque émotion dans Paris. M. du Mayne vouloit opiniastrement rentrer dans Paris, avec cinquante chevaux, et faire garder la Porte Saint-Martin par trente ou quarante autres, afin de tâcher à émouvoir le peuple, et, s'il se trouvoit disposé à cela, s'en aller droit au Louvre. Mais M. de Buillon l'en empescha. En effet, M. du Mayne fut un gros quart d'heure à la Porte Saint-Martin, avec trente ou quarante chevaux, et envoya M. de Thianges le long de la nie Saint- Martin, avec cinquante ou soixante chevaux, afin de tâcher d'émouvoir le peuple ; mais chacun fermoit sa boutique, et nul ne se bougeoit.
La Reyne ayant sceu qu'il avoit paru de la cava-
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lerie vers le Temple, commanda à M. de Montmo- sn»iwibrt w, rency de s'y en aller, lequel monta à cheval, sur les trois heures, avec M. de Rets et quelque cent cinquante gentilshommes, et alla jusques à Montfaucon , mais il ne rencontra personne. M. du Tremblay, qui avoit conduit M. de Buillon jusques à Claye, ayant rencontré M. de Montmorency, qui alloit après M. de Buillon et M. du Mayne, il luy dit : Monsieur, M. de Buillon m'a commandé de vous dire, que vous luy avez fait gaster aujourd'huy un bas de soie, mais qu'il vous fera gaster plus de quatre paires de bottes. On dit que M. de Montmorency marchoii avec si peu d'ordre, que s'il eust rencontré M. de Buillon, qui avoit disposé ses gens en trois trouppes et en trèsbon ordre, il y a grande apparence qu'il eust couru fortune.
MM. du Mayne , de Buillon et de la Trémoille, ayant ramassé le plus qu'ils purent de leurs amis, partirent sur les deux heures, pour aller à Soissons; mais craignant quelque rencontre, ils ne prirent pas le droit chemin , et allèrent coucher , c'est-à-dire , faire repaistre leurs chevaux à Nantoûillet et le lendemain arrivèrent à Soissons.
M. de Buillon, estant arrivé à Nantoûillet, se trouva si extrêmement las de la traitte qu'il avoit faite à cheval, qu'il dit, qu'il n'en pouvoit plus. On luy bailla trois œufs; après, il but un coup, et on luy chercha une charrette, dans laquelle il dit qu'il se mettroit, lorsqu'il ne pourroit plus aller à cheval. Enfin, il alla jusques à Soissons, sans entrer dana la charrette.
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«frptembre t«6. JJ y avpit à Louvres, en Pariai?, six vingte majgtres de la compagnie de gens d' armes de la Rqyne, qui pouvoyent empescher peg Messieurs de gagner Soii^ sons.
M. de Vendosipe estant au faubourg Saint-ïlonoré, ou dans sa maison, ou tout contre, M. de Saintr- Géran reçut commandement de 1q prendre. Estant arrivé, ij l'entreyit à travers la porte, et comme il beurtoit, et que Ton n'pyvroit point, on dit que M^' de Vendosme luy dit ; Monsieur, voilà M, de 8aint-Géran qui vous demande ; à quoy vous amusez-vous? Que ne venez-vous? Cependant M. de Vendosme monta à cheva}, )uy quatrç pu cinquième, et s'enfuit par derrière son logis,
Mf de Saint-Géran courut après luy jusques vers Montmorency, où l'on dit que M. de Vendosme estoit prestde demeurer, à cause que son cheval, et de tous ceux qui le suivoyent, estoyent hprs d'haleine. Il rencontra six gentilshommes auxquels il fit accroire, qu'il avoit querelle, et ainsi, eut leurs chevaux ; tellement que M. de 3aint-Géran, dont les chevaux estoyent plus frais que ceux de M. de Vendosme, ayant rencontré ces gentilshommes, et sceu comme il avoit pris leurs chevaux, fut obligé de s'en revenir, M. de Vendosme se rendit ^ Soissons, avec les autres.
M. de Guise estoit, comme l'on croit, du dessein contre le Maréchal d'Ancre. Lorsqu'il sceut que Mon-^ sieur le Prince estoit arresté , il envoya M* de Joinville faire toutes sortes d'offres h la Reyne, laquelle estant agitée par les mouvémens qu'une si grande
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affaire luy donnoit, ne répondit pa» à M. de Jolnville «eptewiw %§t$. avec assez d'affection, selon son gré; tellement qu'il sortit du Louvre étonné, et vint donner TalarmQ II M. de Gui$e, auquel déjà plusieurs personnes vouloyent persuader qu'on avoit du de.ssein contre luy ; tellement qu'il se résolut de s'en allçr, et partit sur les trois heures, avec M. le Prince de Joinville, et arriva le lendemain aux portesi de Soi^sqns, sans pouvoir entrer, jusques à ce que, trois heure» après, M. du Mayne et ces autres Messieurs arrivèrent,
On dit que MM. de la Cave * et de Laubespin ^ fur^t ceux qui firent résoudre M. de Guise à s'en aller, afin de se faire après de feste, pour çstre en»voyez vers luy, ainsi qu'il fut fait ; car le dimanche 4, M. de Laubespin y fut, et M. de la Cave depuis. M, le Cardinal de Guise estoit hors de Paris, lorsque Mon* sieur le Prince fut arresté, et fut trouver Messieurs ses frères. On tient que M. de Guise et sa troupe pensèrent mourir de faim et de froid. Qn dit qu'assurément la Reyne avoit si peu de dessein contre M, de Guise, que lorsqu'elle cQounanda, avec le Boy, k M. de Thémines d'aller arrester Monsieur le Prince, elle luy dit : Allez, Monsieur de Thémines, aile? faire les affaires de M. de Guise,
M"'* la Princesse de Condé douairière, sachant la prise de Monsieur le Prince, s'en alla courant en carrosse par les rues, criant, que Ton vouloit poignarder
' Gilbert de 3ertheloa, seigneur de la Cave ?
^ François de Sainte^loml^, seigneur de l'AubespIn 7
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Septembre 1616. SOU fils. Bref, clle faisoit tout ce qu'elle pouvoît pour exciter le peuple à sédition ; et mesme fut vers le logis du cordonnier Picart ; mais il y eut des marchans qui luy dirent que c'estoit elle qui estoit cause de cela , et qui avoit donné ces mauvais conseils à Monsieur le Prince , et qu'elle se retirast. Tellement qu'elle entra en grande appréhension, et se retira en grande haste. Il y en a qui croyept que, de ce pas, elle alla à Villebon. Quelques jours après, elle revint.
M. le président le Jay s'en alla à la Maison Rouge, aussitost qu'il sceut la prise de Monsieur le Prince, et écrivit à la Reyne, qu'ayant esté neuf mois en prison, il la supplioit de luy pardonner si, sur les appréhensions que l'on luy avoit données, il s' estoit retiré. Depuis, il fut trouver Messieurs les Princes à Soissons. Il estoit lors très bien avec M. de Guise, et non plus tant avec Monsieur le Prince, duquel il estoit mal content, et disoit qu'il ne se conduisoit nullement bien. Il avoitdit au Chevalier du Guet, quelques jours auparavant, qu'il se ruinoit en sa charge, et se mettoit mal avec Messieurs du Parlement. L'autre luy ayant demandé d'où venoit cela, il luy répondit : Je croy que vous feriez mieux de ne venir point si souvent au Louvre. — Nota, contre le service du Roy*.
^ foy., sur rarrestation de Monsieur le Prince, le Merc, fr,^ p. 104 et suiv. Le récit du Mercure confirme de tout point celui d*Arnauld d*Andilly qui est cependant plus complet et contient des détails nouveaux et curieux sur cet événement important. — Conf. Foutenay-Mareuii, p. 350 ; Brienne, p. 313 ; Rohan, p. 141 ; Richelieu, p. 334 ; Pontchartrain, p. 159 ; Bassompierre, 2* série, t. xx, p. 119.
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Quelques domestiques de Monsieur le Prince, ayant sepumkf hm. crié partout dans le faubourg Saint-Germain, que Ton tuoit les Princes du sang, et que c'estoit le Maréchal d'Ancre, quelques manœuvres du Luxembourg et autres, furent à lajnaiflon du Maréchal d'Ancre, et commencèrent à piller. Incontinent le nombre s'augmenta. Monsieur le Gouverneur de Paris y fut, avec neuf chevaux seulement (c'estoit une faute, et il y devoit mener cinquante chevaux et force archers). Lorsqu'il arriva, le peuple se pressa de telle sorte pour sortir, qu'il y en eut deux d' étouffez. Mais dix des gardes de Monsieur le Prince, gens résolus, qui estoyent en haut dans la maison, voyant qu'il n'y avoit que neuf hommes de cheval , descendirent en bas, encouragèrent le peuple, et tirèrent deux coups de carabine, dont l'un tua M. de la Dou ville. Ainsi, Monsieur le Gouverneur se retira, et le peuple continua à piller. Et quand il eut pillé la maison et écuries, commencèrent à démolir; et le lendemain, en firent autant à la maison de Corbinelly, secrétaire du Maréchal d'Ancre, jusques à onze heures du matin, que M. de Créquy y fut avec deux compagnies des Gardes. Aussitost qu'ils oûirent sonner le tambour, ils s'enfuirent. On estime cent cinquante mil écus la perte faite par M. le Maréchal d'Ancre. Il y eut une robbe de la Reyne perdue, qui valoit cinquante mil écus*.
* Foy. 3ferc. fr.^ p. 202 et 205; Fontenay-Mareuil, p. 353 ; Brienne, p. 317; Rohan, p. 142; Richelieu, p. 345.