M. de Guise et M. le Prince de Joinville
* Vùy. Mètc, fr,^ p. 249, la lettre du duc de Nevers au Roi, au sujet 4n reftis qui lui fut fait de le recevoir à Cb^ons. (roy, aussi Fentenaji^ Mareuil, p. 359 et suiv. ; Pontchartrain, p. 170.
2 yoy. Merc, fr,, p. 249.
» yoy. Merc, fr.^ p. 272. Suivant le récit du Mercure^ Rochefort ne voulut aucune récompense pour la reddition de Chinon. (r&y, Fontenay- Mareuil, p. 356 ; Richelieu, p. 860 ; Pontchartraio. p. ITI.
Septembre 1616. viennent à Paris trouver le Roy, et M. de Chanvalon avec eux \
La nuit d'entre le samedy au dimanche, environ minuit et demy, on mena Monsieur le Prince du Louvre à la Bastille, pendant une très-grande pluye. 11 y avoit cinquante chevaux devant, conduits par M. de Thémines^
Ledit jour samedy, M. de Rohan s'en va en Poitou, ayant obtenu payement des cent mil livres qui luy avoyent esté promis, après l'affaire de Saint- Jean-d'Angely.
27. M. de Guise retourne à Soissons, trouver les Princes, avec bonnes réponces de Leurs Majestez. M. de Joinville demeure à Paris.
M. de Sully s'en va chçz luy, pas trop content.
M. de la Chastaigneraye, capitaine des Gardes de la Reyne-mère, meurt. M. le marquis de Thémines a sa charge.
29. M. de Guise revient de Soissons, après avoir entièrement fait résoudre le Traitté à Messieurs les Princes, lesquels s'en retournèrent chacun chez soy. Rameine avec luy M. le cardinal de Guise. — Il n' avoit rien fait signer, pour ce que la Reyne ne l'avoit désiré ; mais depuis, ayant esté conseillée de les faire signer, on parla que M. de Guise y retourneroit. Toutefois, M. de Thianges y fut seulement envoyé, et M. de Boissise aussi, à cause que M. de
* Voy. Merc, fr.^ p. 258 ; Richelieu, p. 359 ; Pontchartrain, p. 168. 2 Foy, Merc, fr,^ p. 258 ; Pontctiartrain, p. 169 ; Bassompierre, p. 129.
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Guise eust eu trop de peine à les voir tous, estant séparez comme ils sont, et éloignez les uns des autres. — On tient qu'ils ne se sont tous accommodez que par force, et pour ce qu'ils n'avoyent point moyen de lever des hommes, à cause que tous ceux dont ils pouvoyent faire estât, estoyent en Savoye, et que le Duc de Savoye se voyant pressé de deux armées du Roy d'Espagne, l'une de quarante mil hommes du costé du Piémont, et l'autre de vingt mil honmies du costé de la Franche-Comté, conduite par M, de Nemours \ il ne souffroit sortir de son service un seul soldat françois (dont il avoit le nombre de vingt mil au moins) , mais faisoit. pendre tous ceux qui se débandoyent, et pour cet effet, faisoit garder les passages dfes montagnes ^
St^ptembrc iet6.
2. M. le Maréchal d'Ancre revient à la Cour, accompagné de quantité de Normans. On dit qu'il entra par la porte Saint-Honoré , et que le peuple luy donnoit tout haut infinies malédictions. On dit, qu'ayant salué la Reyne dans la cour du Louvre, lorsqu'elle descendit de carrosse, elle luy dit qu'il estoit gras, et qu'il avoit bon visage, et que sur cela.
Octobre
* Henry de Savoie, I*' du nom, duc de Nemours, né en 1572, élevé à la cour du duc de Savoie, commanda ses armées, s'empara du marquisat de Saluées, fut du parti de la Ligue, ût la guerre en Dauphiné en 1591, s'accommoda avec Henri IV en 1596, eut un différend avec le duc de Savoie en 1615, fit sa paix avec lui en 1616. Il mourut en 1632.
* Voy, Merc, fr.^ p. 259 et suiv., les treize articles présentés par le doc de Guise au Roi, au nom des Princes, et les réponses du Roi. Ces articles étaient relatifs à l'exécution de quelques clauses du Traité de Loudun. Voy, Kontchartrain, p. 168.
218 JOURNAL INIÉDIT
Octobre 1616. il luy répondit : Estr-ce pour cela que vous m'avez envoyé quérir si viste \
4. La Reyne remet M. le Maréchal d'Ancre avec M. de Guise. On dit qu'ils se firent froid à l'abord ; et qu'après, Monsieur le Maréchal ayant esté reconduire M. de Guise jusques à son carrosse, M. de Guise luy dit : c'est un excès d'honnesteté à M. le Maréchal d'Ancre que, de vouloir mesme faire les honneurs du Louvre. — M. le Prince de Joinville et le cardinal de Guise ne se raccommodèrent point lors avec M. le Maréchal d'Ancre. — Par le Traitté avec les Grans , M. de Longueville remit Péronne, et on acheta Han cent mil livres de M. le Vicomte de Brigueil *, pour le luy bailler.
7. Leurs Majestez recourent avis par le retour de M. de Boissise, de la signature de la paix; par tous les Grans. M. de Ne vers continuant néantmoins à faire plusieurs choses en Champagne, contraires au service du Roy.
Le matin, M. le Maréchal d'Ancre vint à la Direction ; après leur avoir parlé quelque temps , il leur dit, qu'ils ne laissassent pas pour luy de continuer comme ils avoyent commencé ; et se tint là trois quarts d'heure, les écoutant rapporter.
Enviroi} ce jour, M. TAmbassadeurdesHayess'en
< Voy, Pontchftrtrain, p. 169.
^ Louis de Crerant, vicomte de Brigueil, puis marquis d'Humières, chevalier des ordres en 1619, conseiller d'Etat, capitaine de cinquante hommes d'armes et des cent gentilshommes de la maison du Roi, gouverneur de Ham, puis de Compiègne, mort en 1648.
d'arnauld d'andilly. 219
alla. Environ ce temps, arriva la broûillerie entre octobre leie. M. d'Epernon et ceux de la Rochelle, qui sçachant la prise de Monsieur le Prince, se saisirent de Rochefort, maison de M"^ de Loseraye, située sur la Charente, à cinq lieues de la Rochelle, et à.... deTembouchure de la Charente. M. d'Epernon qui se prétend gouverneur de la Rochelle et du pays d'Au* nix (Messieurs de la Rochelle soutiennent le contraire, et dient, que c'est le Maire qui en est Gouverneur, et que les provisions de M. d'Epernon ne peuvent préjudicier à leurs privilèges) envoya diverses fois dire à celuy qui commandoit dedans, qu'il eust à sortir ; à quoy il fit réponce qu'il y avoit esté mis par le Maire de la Rochelle, Gouverneur du païs d'Aunix. Messieurs de la Rochelle voulant avoir le chemin libre, depuis la Rochelle jusqu'à Rochefort, envoyèrent un grand vaisseau hollandoîs sur la Charente. M. d'Epémon ayant envoyé visiter ce vaisseau et le capitaine par deux gentilshommes, avec charge, à ce (Jue disent ceux de là Rochelle, de gagner ledit capitaine , les dits gentilshommes furent arrestez, et menez à la Rochelle, où ayant esté enquis sur plusieurs choses, ils furent renvoyez à M. d'Epernon ^ lequel estant indigné tout ce qui se peut, jetta des hommes en garnison dans Surgères proche de.... lieues de la Rochelle ' , afin d'incommoder les habitans de la Rochelle ; et les choses s' estant de plus en plus aigries, M. d'Epernon mit deux mil cinq cens
* A quatre lieues de la Rochelle, suivant le Merc, fr.
Octobre J6W. hommes de pied en campagne, et six ou sept cens chevaux, et ainsi, incomraodoit fort ceux de la Rochelle, lescpiels M. de la Trémoille voulant assister, les alla trouver avec deux cens chevaux. Mais, estant trop foible, il fut contraint de se tenir dans les murailles de la Rochelle. Sur la fin d'octobre, le Roy envoya M. de Boissise, qui vit premièrement M. d'Epernon, duquel il tira parole qu'il désarmeroit, en mesme temps que Messieurs de la Rochelle désarmeroyent. Après, il fut à la Rochelle, où il fit une grande et trèsbelle harangue en l'assemblée de Thostelde ville, qui fit venir les larmes aux yeux à plusieurs habitans. Enfin, il les disposa à tout ce qu'il désiroit, et receut d'eux de très grans honneurs. Et ensuite, ils désarmèrent et remirent Rochefort entre les mains de la Brosse, exempt des Gardes. Ensuite, M. d'Epemon désarma aussi. — On tient qu'il y avoit des lettres patentes pour le déclarer criminel de lèze Majesté, s'il y eust manqué, et que M. de Thoulouse son fils fut l'en avertir. Cecy fut au commencement de novembre.
Il s'est trouvé depuis, que M. d'Epernon n' avoit pas encore désarmé, mesme le dernier novembre, que M. de Boissise estoit déjà de retour , tellement que l'on résolut d'envoyer vers luy M. de Vignolles \
7. M. le Comte d'Auvergne estoit prest à faire passer la rivière d'Oise à la plus -grande partie de
^ Voy,^ sur le différend entre les Rocbelois et M. d*Epemon, le Jferc. /V., p. 272-300 ; Pontcbartrain, p. 172.
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l*armée du Roy, pour aller charger huit cens hommes octobre hi«. de pied et cent cinquante chevaux , que M. de Longueville avoit vers Roye, lorsqu'il receut avis que tout le traitté estoit conclu, et que, partant, il n'eust plus rien à entreprendre.
Environ ce temps, il fit faire monstre à l'armée, et faisoit luy-mesme écrire par son secrétaire le nombre d'hommes de chaque compagnie, tant d'infanterie que de cavalerie, et les comptoit luy-mesme.
12. M. Barbin dit à Messieurs du Conseil des finances, au sortir de la Direction, que la Reyne avoit perdu une robbe valant soixante quinze mil écus, au pillage de la maison de M. le Maréchal d'Ancre ; que Monsieur le Maréchal avoit aussi fait plusieurs grandes pertes ; que pour les récompenser la Reyne luy avoit commandé de faire signer un comptant de cent soixante quinze mil écus. — M. de Chevry répondit : C'est bien peu. M. le président Jeannin dit ; Puisque la Reyne l'a commandé, il le faut faire. — Depuis, la dite somme de cent cinquante mil écus fut employée dans un comptant, pour payer trois cent mil livres sur Rouen, et cent cinquante mil livres sur Caen, des deniers de 1617.
On dit que le Maréchal d'Ancre, voulant pouvoir dire que le Roy l'avoit entendu, il luy dit qu'il avoit beaucoup perdu pour son service, au pillage de sa maison, et qu'il le supplioit de luy faire donner quelque récompense; que sur cela, le Roy le laissa, et s'jen alla, que Monsieur le Maréchal luy dit : Vostre Majesté ne me dit rien ; et que le Roy luy répon-
Octobre m«. dit : Entendez-voug pas bien ce que je vous dis? —^ On dit au^i que lorsque le R6y sceut que l'on avoit baillé les dits cent cinquante mil écua à M. le Maréchal d'Ancre, il dit : On dit qu'il n'y a point d'argent à l'Espargne lorsque je veux faire donner des ordonnances de trente francs; mais on trouve bien quatre cent cinquante niil livres pour le Maréchal d'Ancre.
Environ le 19. M, de Luynes achète la charge de Grand Fauconnier quarante cinq mil écus. — On dit qu'il bailla six mil écus h M. de la Rochefoucaud, pour sa prétention des oiseaux du Cabinet.
19, Le Roy se trouve mal d'une fort grande colique, qui luy donne quelques jours des tranchées. M. Héroûard* estoit lors à Vaugrigneuse. On se voulut servir de cette occasion pour luy faire un mauvais office.
25. En vertu de lettres patentes du Roy, le Parr lement s'assemble, pour vérifier les Déclarations faites sur l'innocence des Grans, qui ont assisté Monsieur le Prince, et celle sur la prise de Péronne par M. de Longueville ".
26. M. le Maréchal d' Ancre va, pour la deuxième fois, à la Direction. Leur dit, qu'ils'ennuyoit dans la Cour, et qu'il les estoit venu voir ; discourt avec
^ Jean Héroard, premier médecin et conseiller du Roi. Il fut médecin des rois Charies IX, Henri III, Henri IV et Louis XIH. Il a écrit plusieurs ouvrages, et, antre autneç, un journal inédit de la santé du Roi, dont la publication a été plus d'une fois «innoncée.
* Voy, ces lettres-patentes, 3ferc, fr.^ p. 26/i-270. Voy. aussi Mém. de M. Mole, p. 137.
d'arnauld d'anpilly. 323
M. Desfontaines-Boûer , touchant Maillac, roué à Fon- oetohn leie. tainebleau, il y a quatre ou cinq ans. —M. Mangot, M. Mazurier..,
M. le Maréchal d'Ancrç commença environ ce temps à faire dresser des lettres d'érection du marquisat d'Ancre en duché-pairie, Il se trouva qu'il n'y avoit point de sûreté à cause que la terre est à sa femme, et que son fils qui, après la mort de sa mère, fust devenu seigneur d'Ancre, et par conséquent Duc et Pair, à cause que c'est une dignité réelle, luy eust disputé son rang ; comme aussi les Ducs et Pairs reçus depuis luy et les Maréchaux de France , non Ducs et Pairs le luy eussent disputé. — A quoi le seul remède estoit de faire comme avoit fait feu M. de Nevers (habile homme et qui avoit toujours près de luy trois des plus habiles advocats du Parlement), en l'érection de... en duché-pairie, qui est d'acheter une terre relevant du Roy et du marquisat d'Ancre, l'unir audit marquisat, et énoncer par les lettres, que l'un estoit à M. le Maréchal d'Ancre, et l'autre à Madame la Maréchale, et que le Roy les érigeoit conjointement en duché-pairie ; ce qui estant, et le mary et la femme demeureroyent chacun Duc et Pair durant leur vie,
28. M. de la Chevalerie lieutenant de l'artillerie en l'arcenal de Paris, meurt. —La Reyne donna la charge à M. de la Motte son Écuyer. M. Desmarests, qui l'avoit demandée, et disoit avoir la nomination de M. de Sully, se veut battre contre luy. On luy baille des Gardes. Depuis, on les accommoda, avec promesse à M. Desmarests de faire pour luy.
224 JOURNAL IIS]lÎDtT
Octobre leifi. 31. Le Roy extrêmement malade. S'estant couché sur les trois ou quatre heures après midy. et le rideau estant tiré, le jeune Béringhen *, premier valet de chambre, entendit un grand ralement, et ca-eust que c'estoit un chien qui dormist ; et ayant regardé deux ou trois fois , partout avec un autre valet de chambre qui estoit là, enfin ils ouvrirent le rideau du Roy, et trouvèrent que c'estoit luy. Dequoy, extrêmement effrayez, ils allèrent chercher M. Héroùard, qui estoit dans la cour ; et estant arrivé il jetta le Roy hors du lit, et commença à le promener, et un valet de chambre luy voulant mettre un doigt en la bouche pour Tempescher de la fermer, il le luy tronçonna. Après, on luy bailla un manche de cuiller, quMl serra si fort qu'il se fit saigner les dents. Enfin, on le fit revenir de cette espèce d'apoplexie, que M. Héroùard dit n'estre qu'une mauvaise vapeur des intestins.
Un valet de chambre s'en alla dire cette maladie avec effroy à la Reyne-mère, qui estoit à Vespres aux Feuillans. MM. Piètre et Seguin, médecins de Paris, . furent appelez pour conseil *.
On continua de vouloir faire de mauvais offices à M. Héroùard, lequel, voyant le Roy guéry, luy fit demander son congé par M. de Luines, dont le Roy se fascha extrêmement, et dit qu'il ne souffriroit jamais qu'il le quittast*.
* Pierre de Béringhen, seigneur d'Ârmainvilliers, premier valet de chambre du Roi.
2 roy, Fontenay-Mareuil, p. 359; Pontchartrain, p. 178. » Voy. Richelieu, p. 369.
Temps incertain. On traitte avec M. d'Arquien ' pour le gouvernement de Calais à quatre-vingt mil écus dont on luy baille quarante mil écus comptans; on tient que c'est pour M. le Maréchal d'Ancre. Depuis, le traitté fut rompu, et M. le Maréchal de Théraines eut les quatre-vingt mil écus ^.
En ce temps, aimi que j'estime, M. de Lesdiguières passe les monts avec huit mil hommes de pied et huit cens chevaux et va secourir M. de Savoye. 11 écrivit à un de ses amis, que bien qu'il ne fust que simple Gentilhomme, néantmoins, leRoy luy avoit fait l'honneur de l'obliger à maintenir le Traitté d'Ast entre Espagne tît Savoye ; qu'il alloit pour cela, et que s'il ne mourroit, il feroit tenir la pai'ole au Roy d'Espagne. On dit qu'on luy a prédit qu'il gagnera une bataille en Piémont, et puis, qu'il y mourra.
Ocrobie 1616.
Environ 7 ou 8. On changea les officiers de Monsieur le Prince, et on le fit servir par des officiers du Roy, dont il témoigna au commencement un déplaisir extrême, avec des fureurs et désespoirs merveilleux, disant, qu'on le vouloit empoisonner, et qu'il se laisseroit plustost mourir de fahn. Incontinent qu'il eut faim, il mangea deux œufs, et tost après, il se mit à manger, et fut aussi gaillard comme auparavant, se réjouissant sur ce qu'il ne vivoit plus à ses dépens ; et au lieu de deux pièces de rosty, et
Novembre.
* Jean-Jacques de la Grange, seigneur d'Arquien, gouverneur de Calais en 1610.
3 yoy. Pontchartrain, p. 188.
Novembre 1616. autaiit de bouîlly, qu'il avoit à chaque repas, il en demanda quatre*.
Jours de Conseils changés. MM. les Secrétaires d' Estât prirent le mercredy et vendredy matin, pour Conférer avec MM. les Ministres, et de là, aller chez la Reyne. Et au lieu de ces deux matinées, qui estoyent Conseils de Direction, on prit les mardis et jeudis après-midy, pour la Direction.