JOURNAL ÎN^DIT
septembre 1616. LeuFô Majestez mandèrent l'après diênée diidit jeudy^ 1*' septembre» Mesnieurs de» Cours souveraines > Prévost des marchans et Lieutenant civil, pour les informer par la bouche de Monsieur le Garde des sceaux, des cause» qui èvoyent forcé le Roy de s'assurer de Monsieur le Prince. Et mandèrent aussi les principaux Ambassadeurs» comme Ës-^ pegne et Angleterre*
Mi de Thémines fait Maréchal de France, Trois ou quatre jours après, M. de Montigny le fut aussi \
Mé le Comte d'Auvergne est redemandé de Péronne \
M. le duo de Savoye, ayant sceu la nouvelle de r^rrest de Monsieur le Prince» envoya quérir M. de Lesdiguières, qui estoit sur la frontière du Dauphiné» et furent cinq heures à parler ensemble. Après, M. de liesdiguières s'en revint en Dauphiné» et M. le Duo de Savoye s'en retourna en Piémont.
On avoit estimé qu'en effet» M* de Lesdiguières estoit arresté pat* M* de Savoyei
2. Leurs Majestez firent dire par Paris» le soir^ par les Capitaines» que l'on meneroit Monsieur le Prince, la nuit, à la Bastille» et que chacun tinst un homme armé» qui veillasU G' estoit pour voir ce que l'on diroit»
â» Ayant esté tenu Grand Conseil au Louvre^ M. de Sully fut une grande heure à opiner, et corn-
* Voy, Merc, fr,^ p. 207; Fontenay-Mareuil, p. 355; Pontchartrain, P4 163.
2 Voy» Merc, fr,^ id. ; Pontchartrain^ p. 163»
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metiça son avls^ par dire, qu'encore qu'il ne sceuôt septembre iêi«. si ç'âvoit edté un bon conseil d'arrester Monsieur le Prince, d'autant que pour en juger, il eust esté besoin d'estre informé desmouvemènsqui y ont porté Leurs Majestez, toutefois, puisque c'estoit une chose faite, il tte faloit pas abandonner les affaires, etc. Sur Cela, la Reyne l'interrouipit et se fâcha, disant, qu'il se devoit souvenir de ce qu'il luy avoit dit, à tels et tels jours, et à telles heures, et en tels lieux. --Sur quoy, il faut savoir que quelques jours auparavant, M. de Sully avoit esté enfermé plus de trois heures avec la Rcyne, n'y ayant que MM. Mangot et Barbin , luy disant que les affaires estoyent perdues si on n'y pourvoioit promptement par quelque grand Coup. Sur quoy la Reyne luy ayant demandé par plusieurs fois quel estoit ce grand coupi et ce qu'il estoit d'avis de faire , il rentroit en infinis gi*ans discours, et con*clûoit toujours de mesme sorte. Ce que la Reyrte et ceux qui estoyent présens, interprétoyent tous à ar-^ rester Monsieur le Prince* On dit que depuis, M. de Sully a dit que, par ce grand coup, il entendoit que l'on luy rebaillast les finances. Plusieurs croyent qu'en effets îlsavoit le dessein d'arrester Monsieur le Prince, et que M. de Rohan ne l'ignoroit pas. Témoin, ce que, incontinent après la prise de Monsieur le Prince, on luy vint dire, que le Roy le demandoit. Il répondit : Je m*en vay fort assurément, car je ne crains rieni Et le mesme jour, il écrivit des lettres à . ceux de la Religion, de ses amis, et à quelques villes, pour les confirmer en l'obéissance du Roy»— Or,
Septembre 1116. quant à M. de Sully, on dit, sur le propos quQ dessus,, que M. Edmond, ambassadeur ordinaire d'Angleterre, l'alla voir et luy dit que Ton faisoit courir le bruit qu'il avoit esté du conseil d'arrester Monsieur le Prince , mais qu'il ne le pouvoit croire ; et avoit esté bien aise de savoir de luy ce qui s'estoit passé de sa part en cela, afin de pouvoir répondre à cette calomnie. M. de Sully fit un grand discours de tout ce qui s'estoit passé afin de justifier comme il n'y avoit point pensé. — Après qu'il eut achevé, M. Edmond luy dit : Monsieur, lorsque je suis entré céans, je croiois que c'estoit une imposture; mais maintenant, vostre discours me fait estimer qu'il est véritable*.
Incontinent après la prise de Monsieur le Prince, on estoit en grande appréhension de M. le Comte de Soissons ; mais la Reyne le gagna, et Madame la Comtesse par le moyen du mariage de Madame Henriette Marie ^; ce qui contenta fort aussi M"' de Longueville (laquelle vint alors à Paris. On tient qu'elle est la Princesse mentionnée en la Déclaration) , à cause du mariage de M. de Longueville avec M"* de Soissons. Environ ledit jour, samedy 3, M. d'Aumont^ fut
* Voy, Richelieu, p. 350.
> Henriette-Marie de France, fille d*Henri IV et de Marie de Médicis, née en 1609, mariée en 1625 à Charles I*% loi d'Angleterre, morte à Colombes, près de Paris, le 10 septembre 166Q. Elle avait alors sept ans, et, d'après ce passage, aurait été promise au comte de Soissons; ce qui devait plaire à M>^ de Longueville, dont le fiU était accordé avec M"* de Soissons. yoy, Pontchartrain , p. 165, dont le récit confirme celui d'Arnauld d'Andilly.
» Antoine d'Aumont, 'marquis de Nolsy» gouverneur de Boulogne-
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envoyé par le Roy vers M. de Guise, avec beaucoup sepimbrewt. de grandes offres (mesiiie on parla de la charge de Connestable). Il rapporta plusieurs belles paroles, avec protestation qu'il n'estoit avec ces Princes, que poury servir le Roy *.
4. Environ le 4, M. le Maréchal de Montigny va en Berry ; ceux qui estoyent dans la tour de Bourges, pour Monsieur le Prince, se trouvant sans munitions, capitulèrent de se rendre s'ils n' estoyent secourus dans dix jours. Depuis, ils se rendirent*.
6. Le Roy, qui n'estoit point sorty par la ville, depuis la prison de Monsieur le Prince, va à l' àrcenal en carrosse.
Le Maréchal d'Ancre, ayant sceu la prise de Monsieur le Prince, coucha depuis dans le chasteau de Caen, et quelques jours après, alla à Rouen, où il fut receu magnifiquement.
Monsieur le Garde des sceaux dresse la déclaration pour porter au Parlement ; mais sur ce qu'il n'y avoit pas mis, à beaucoup près, ce qui estoit porté par les mémoires qu'on luy avoit baillez, et résistoit à ce que l'on vouloit y faire ajouster quelques uns des points oubliez, la Reyne luy dit: Monsieur le Garde des sceaux, si vous ne voulez servir le Roy, il y en a
sup-Mer, chevalier des ordres en 1597, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances, mort en 1635. D était fils de Jean d'Aumont, VI* du nom, maréchal de France, mort en 1595.
* Voy. Merc, fr.^ p. 210, la lettre que le duc de Guise écrivit en cette occasion au Roi.
2 Voy. Merc, /h., p. 270 ; Fontenay-Mareuil, p. 356; Rohan, p. 143; Pontchartrain, p. 169.
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Septembre leie. d'autres qui le serviront. — On dit qu'il avoit témoigné par plusieurs actions, n'approuver nullement l'arrest fait de Monsieur le Prince, Et depuis ce temps, la Reyne ne témoigna pas faire tant de cas de luy, que de coustume.
7. Le Roy va à cheval au Parlement, faire vérifier la Déclaration contre les absens, et l'Edit du... engagement dés greffes \ Monsieur le Garde des sceaux porta la parole. La Reyne-mère y estoit, Monsieur, frère du Roy, MM. de Montmorency, de Rets, de Rohan, de Sully.
Mesdames estoyent dans la lanterne. Monsieur le Premier Président parla peu. M. Servin, beaucoup^.
Gorbie et Abbeville envoyent assurer le Roy de leur fidélité. Sancerre en fait de mesme. On dit que les habitans, se défiant de M. le Comte de Sancerre^ parent de Monsieur le Prince, feignirent, un jour qu'il estoit allé à la chasse, qu'il y avoit un homme qui avoit fait dessein de le tuer, et s'estant assemblez
*■ L^Êdit du rachat det greffes, mesure financière prise pour couvrir les dépenses de la précédente guerre civile, qui, y compris les dons considérables faits aux princes, aux termes du traité de Loudun, s'élevaient à plus de vingt millions de livres.
2 Foy. Merc, fr.^ p. 213-248, le récit du Lit de Justice tejiu par le Roi et la Déclaration contenant les motifs de l'arrestation du prince de Conàé.—Foy. Fontenay-Mareuil, p. 357 ; Richelieu, p. 351 ; Pontchartrain, p. 164. Foy, aussi Mém, de Math. Mole, le compte^rendu àètaillé de ce Lit de Justice et la Déclaration contre Monsieur le Prince. (Mém. de M. Mole, p. 125.)
' Jean de Bueil, comte de Sancerre et de Marans, grand échanson de France, mort en 1638. U était par sa mère, Jacqueline de la Trémoille, parent du prince de Condé, dont la mère était Charlotte Catherine de la Trémoille.
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plusieurs sur ce sujet, firent semblant de le vouloir mettre prisonnier dans le chasteau, et ainsi, s'en firent ouvrir les portes, et s'en saisirent*.
H, M, le Comte d'Auvergne fait Général de Tannée du Roy, dit, en recevant la charge, qu'il protestoit à Leurs Majestez qu'encore qu'ils luy fissent cet honneur, il obéiroit à qui il leur plairoit cy après d'envoyer, et se contenteroit de faire sa charge de Colonel de la cavalerie légère.
On expédia estats et commissions pour mettre deux armées sur pied, l'une sous la charge de M. le Comte d'Auvergne, et l'autre, sous celle de M. 1q maréchal de Souvré, pour aller prendre Chinon, En la première, il y avoit... compagnies de chacun des vieux régimens ; les régimens de Vaubecourt% Ileimbures, Beaumont, la Mailleraye, Thorigny (chacun de douze compagnies de cent hommes) , Cressia (qui avoit en 1615 servy Monsieur le Prince) , de dix compagnies, et quelques autres nouveaux régimens, de six compagnies, de chacune cent hommes. Le rendez-vous estoit à Meaux. L'équipage d'artillerie estoit de six couleuvrines. Le pain de munition fut adjugé à un sol.
On envoya M. de Castille, Intendant des finances, faire une levée de quatre mille Suisses, laquelle il
* Foy, Merc. fr.^ p. 253 ; Richelieu, p. 848.
^- Jean de Nettancoupt, Comte de Vaubecourt, GonseiUep d'Etat, Maréchal de camp, Colonel du régiment de sou nom. Lieutenant Général au gouvernement de Verdun, Gouverneur de Châlons, mort en 1642.
Octobre 16i6.
Septembre leie. amena à Saint- Jean-de-Losne, environ le dernier d'octobre.
Environ ledit jour 11, M"*' la jeune Princesse de Condé arrive fort affligée. On dit que M. de Montmorency fut mal content de ce que la Reyne ne luy voulut pas permettre de voir Monsieur le Prince.
12. M. de Brantes se bat contre Ryonne, qui se pleignoit partout de M. de Luynes. 11 luy donne un coup d'épée à travers le corps, et la vie. Luy rebailla son épée, son chapeau et son manteau, le ramena penser. 11 revint après chez M. le Comte de Vitry ; le soir, il alla à Saint-Germain-en-Laye, où M. de Luynes l'alla quérir le jeudy, et le ramena.
13. MM. de Boissise et de Chanvalon partent pour aller traitter. M. de Chanvalon entra dans Soissons. M. de Boissise, lequel conféra toujours avec M. de Guise seulement, près d'une grange, distante d'une lieue et demie de Soissons*.
15. M. de Termes^ arrive de Soissons, où M. le (irand l'avoit envoyé, avec lettres à M. de Guise. Il dit que c'estoit pour l'exhorter au service du Roy: néantmoins cette action a esté calomniée ; car on dit, que M. de Guise ayant écrit à M. le Grand, et l'ayant
* f'oy, Merc, fr.^ p. 248 ; Fontenay-Mareuil, p. 358; Richelieu, p. 352; Pontchartrain, p. 165.
* César-Auguste de Saint-Lary, baron de Termes, d'abord chevalier de Malle et grand prieur d'Auvergne, puis premier écuyer jusqu'en 1616 et grand écuyer de France parla démission de son frère, mort d'une blessure qu'il reçut au siège de Clérac en 1621. A sa mort, le duc de Bellegarde reprit sa charge de grand écuyer.
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prié de luy donner conseil, comme voulant suivre septembre i«ie. entièrement ses avis, M. le Grand envoya M. de Termes vers luy, afin de s'offrir à luy ; que quand cela ne seroit point, il ne devoit point envoyer vers M. de Guise un homme de créance tel que son frère, sans qu'auparavant, il fust venu trouver le Roy, pour savoir sa volonté. Ledit sieur de Tennes apporta toutes bonnes paroles de M. de Guise.
Environ ce jour, M. de Nevers ayant envoyé ses Maréchaux des logis, marquer ses logis dansChalons, M. de Tresmes*, gouverneur, les fit sortir de la ville. Sur quoy M. de Nevers luy ayant mandé qu'il n'y vouloit entrer que luy sept ou huitième, il luy fit réponce qu'il avoit défences expresses de le laisser entrer, et montra des lettres patentes, scellées du grand sceau, pour cet efiet. — On a découvert depuis que M. de Nevers avoit expédié quarante commissions, pour lever des gens de guerre, et qu'il alloit à Châlons pour s'en rendre maistre, et là, prendre de l'argent pour les payer; mais que son dessein n'ayant réussi-, il retira lesdites commissions.
M. de Nevers s'en alloit en ambassade extraordinaire en Allemagne, sur le sujet du mariage du Roy, et estoit encore sur la frontière, lorsque Monsieur le Prince fut pris ; dont ayant sceu la nouvelle, il écrivit
* René Potier, comte de Tresmes, gouverneur de Châlons en 1608, gouverneur de Monsieur, capitaine des gardes du corps en 1611, conseiller d'Etat en 1629, duc et pair en 1648, mcstre de camp de cavalerie en 1652, gouverneur de Pont-Audemer en 1661, mort en 1670. (Foy. P. Anselme, t. iv, p. 771.)
septembre m«. uîie lettre au Roy, assez: hardies, demandant comme raison de cette action *. - ri
M. de Nevers ayant, depuis le refus de rentrée de Châlonô, témoigné estre extrêmement ulcéré. Leurs Majestés eurent avis dé divers endroits, qu'il assembloit des trouppes, et refbsoit attache et rendez- vous à ceux que le Roy fàisoit lever : Sur quoy, le traitté estant arresté avec les autres Princes et Seigneurs, on résolut d'envoyer une partie des forces de l'armée du Roy en Champagne, sous la conduite de M. de Praslin. Environ lequel temps, M. de Maroles^ vint, lequel assura que tout ce que Ton disoit de M. de Nevers, estoyent calomnies ; et que si on Vouloit y envoyer quelqu'un, on le reconnoistroit. Sur* quoy, le 15 octobre, M. de Luçon' fut envoyé vers M. de Nevers, lequel n'y trouva point de gens de gueri*e, et reviilt aveci de bonnes paroles.
La Déclaration du 17 janvier 1617, contre M. de Nevers porte, qu'ayant passé Rheims, il y revint, lorsqu'il scout la prise de Monsieur le Princèi assem-
* Foy, Merc, fr,^ p. 211, cette lettre du duc de Nevers.
2 Claude de MaroUes, lieutenant colonel des cent-suisses de la garde du corps, capitaine des gendarmes et chevau-Iégers, maréchal de camp des armées de Champagne, de Picardie et de Piémont, mort en 1633. Il était père de Michel de Marolles, abbé de Villeloin, à qui Ton doit un grand nombre d'ouvrages, des Mémoires intéressartts, et la célèbre collection d'estampes qui est une des richesses du dépôt de la Bibliothèque impériale. (Voy, Moreri, t. vu, p. 268.)
« Voy. Richelieu, p. 361 1 « Elle (la Reine) me fit l'honneur de me choisir pour y Taire un voyage de la part de Sa Majesté, croyant que j'avois quelque dextérité par laquelle je pourrois ménager son esprit et le ramener à la raison ; mais tout cela fut en vain, car il n'en étoit pas capable. »
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bla les habitans, leur fit entendre qu'il se résolvoit septembre i«i«. de lever six cens chevaux et quatre mil hommes de pied, proposa aux esleus d'nnposer une partie de la somme nécessaire pour les entretenir. Ce que ayant refusé de faire sans commandement du Roy, il offroit d'en faire l'avance, pourveu quMls consentissent la levée, dont s' estant excusez, et remis aux trésoriers de France à Châlons, il dit qu'il iroitdonc à Châlons, sur ce sujet. - — • Envoya devant quelques-uns des siens, qui demandoyent logis pour quatre cens chevaux, prirent deux hostelleries, proche des deux principales portes de la ville, voulurent, contre la coustume, marquer les maisons des chanoines, disant qu'ils en avoyent besoin pour des seigneurs de qualité. L'entrée de Châlons. ayant esté refusée audit sieur duc de Nevers, il sortit quelque temps après de Rheims*.
17. M. le comte d'Auvergne envoyé M. des Cures, et part le lendemain matin, pour aller à Meaux *.
23. M. de Souvré part pour aller à Chinon, lequel fut depuis rendu par Rochefort, moyennant quatre-vingt-dix-mil livres, et M. Delbene en eut le gouvernement*.