La Maréchale d'Ancre monte, et est interrogée
7. Le procès est rapporté par MM. Courtin, et Deslandes*, Commissaires. M. Courtin est d'avis de la mort, et qu'elle fust pendue. M. Deslandes opine au bannissement.
8. Arrest contre la Maréchale et exécution. Ils estoyent dix-neuf juges. Il y en eut dixHsept à la mort, et les deux autres y revinrent, qui estoyent M. Deslandes et M. Paluau ^.
Lorsqu'on luy prononça son arrest, un prisonnier luy dit à l'oreille, qu'elle dist qu'elle estoit grosse ; ce qu'elle fit. Ce qui ayant mis les juges en peine, on s'assembla chez Monsieur le Premier Président, où on résolut de luy envoyer deux Conseillers, qui luy représentèrent le tort qu'elle se faisoit, ayant dit en son interrogatoire, qu'il y avoit quatre ans qu'elle n'avoit couché avec son mary. Sur la quelle raison, et aussi, qu'on la feroit visiter, et autres considérations, elle se désista. On luy nomma quatre Confesseurs. Elle choisit M. le Clerc. Elle demanda pardon
^ Guillaume de Landes, seigneur de Maigneviile, conseiller au Parlement de Paris en 1572, mort doyen de la Grand*Chambre en 1630.
2 Denis Palluau, reçu conseiller au Parlement de Paris en 1580. — Amauld d*AndiUy dit que Deslandes, qui avait opiné pour le bannissement, revint à la mort, mais Richelieu dit au contraire qu'il résista énergiquement à toutes les instances qui lui furent faites et persista dans son avis. Ce trait honore trop le courageux et loyal rapporteur pour qu*on ne se fasse un plaisir de le rapporter.
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à Patrocle *, et le pria de dire à Monsieur le Chan- imiiei tan. celier, qu'elle le luy demandoit aussi ; et dit aussi quelque chose du Commandeur de Sillery. Elle mourut chrestiennement et fort courageusement. La charrette n'ayant pu arriver, jusques à Téchaffaut, à cause de la presse, on lui fit mettre pied à terre, et elle marcha fort bien, et monta Téchaffaut sans se faire tirer. Voyant le bourreau qui luy aydoit, elle demanda avec quelque promptitude, qui il estoit. Son confesseur luy dit que c' estoit un homme qui devoit estre là. Elle dit alors au Bourreau : Venez, venez donc, et me dites tout ce qu'il faudra faire. On tient qu'elle avoit dit, un peu auparavant : qu'il ne prist envie à personne d' estre en faveur auprès des Roys, et des Grans, et que c' estoit un méchant métier. Lorsqu'elle fut preste à recevoir le coup, elle se tint les mains jointes, pour l'attendre, sans remuer en façon du monde, et la teste tomba à ses pieds, sur l'échaffaut mesme.
On dit que quand la Reyne-mère seût cette nouvelle, elle frappa sur sa cuisse, et dit : la pauvre femme ! Elle est cause de son malheur, et du mien ; son mary est plus coupable qu'elle. Si elle m'eust creûe, elle ne seroit pas où elle est. Après, elle demanda, si elle estoit morte constamment? Et comme on luy répondit qu'ouy, elle dit : J'en loue Dieu ; car je craignoîs le contraire pour elle *.
* Ecuyer de la Reine, gentilhomme du Commandeur de Sillery. 2 yoy.^ sur la condamnation et la mort de la Maréchale d'Ancre, Fontenay-Mareuil, p. 389 ; RicheUeu, p. hUh ; Pontchartrain, p. 242 ;
Juillet 1617. Montaubert * et Yincenze ^ furent absous, et l'on
ordonna seulement à Montaubert de s'abstenir, pour deux ans, d'aller en Picardie.