‹ Journal inédit d'Arnauld d'AndillyChapitre 6 sur 99 · PREFACE. XXI · texte numérisé non relu

PREFACE. XXI

portante auprès du duc de Bouillon. Il refusa la charge de secrétaire du Cabinet, attendant celle d'Intendant qu'on lui avait promise. En ^6^9 il suivit le Roi dans son voyage à Tours, où il resta jusqu'à la fin des négociations avec la Reine-mère. Il fut même chargé de rédiger une lettre importante que le Roi écrivit à la Reine-mère pour l'engager à faire la paix. A la fin de cette année, ^6^9, M. de Schomberg ayant été nommé Surintendant des finances, lui donna le principal emploi auprès de lui. En 4620 il fit la connaissance de l'abbé de Saint-Cyran, et commença cette liaison intime qui devait ajouter encore à sa célébrité par le dévouement qu'il témoigna à ce grand théologien pendant sa disgrâce. En i 624 , M. do Schomberg faisant la charge de Grand Maître de l'artillerie au siège de Montauban, Amauld d'Andilly resta auprès du Roi au château de Piquecos, le suivit dans tout son voyage, exerçant en fait la charge de Surintendant des finances, travaillant directement avec lui; de même, en 4622. Cette année le Roi lui ofiErit la charge de secrétaire d'État vacante par la mort de M. de Sceaux , moyennant une récompense de cent mille livres aux héritiers de celui-ci. Amauld d'Andilly, ne voulant pas donner cette somme, refusa la charge. « Les suites ont fait voir, nous

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dil-il dans ses Mémoires, que je fis une grande faute; mais on la doit pardonner en ce qu'étant venu à la Cour sous le règne de Henri-le-Grand, j'avois été nourri dans la créance qu'il suffisoit de travailler à se rendre digne des charges pour espérer, comme autrefois , de les obtenir sans argent. » En i 625, M. de Schombergfut disgracié et remplacé par M. de la Vieuville, On offrit à Arnauld, s'il faut le croire lui-mêmB, la charge d'Intendant des finances; mais dans la disgrâce de son bienfaiteur et de son ami, il ne voulut rien accepter et se tint à l'écart jusqu'à I4 mort de M. de Schomberg. En i 623, Arnauld d'Andilly fut nommé Intendant général de la maison de Monsieur. La môme année ou lui offrit (toujours suivant ses Mémoires) la charge de Contrôleur général des finances qu'il refusa pour ne pas quitter Monsieur, et qu'il fit donner à M. Marion, président au grand Conseil, son oncle materneL En 4625, le Cardinal de Richelieu, qui l'affectionnait particulièrement, ayant rintention d'en faire un Secrétaire d'État, voulut le préparer à cette charge, et, à cet effet, lui remit toutes les instructions et les pièces qu'il avait touchant les affaires étrangères, en le chargeant de les mettre en ordre comme il l'entendrait. En 4626, Arnauld d'Andilly en présenta au Caidinal plusieurs volumes

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très-bien écrits. La même année, sa grande faveur fut cause qu'on intrigua pour le faire disgracier, et il fut éloigné de Monsieur. Pendant les années suivantes, le grand accablement d'affaires qu'avait le Cardinal de Richelieu le fit oublier du Cardinal, et il n'était pas homme à le faire souvenir de lui. Il passait alors une partie de l'année à Pomponne, dans une grande tranquillité d'esprit au milieu de sa famille et de ses livres. En 4 654, il fut nommé intendant de l'armée du Rhin, commandée par les maréchaux de la Force et de Brézé, avec pouvoir de disposer de dix mille livres par mois sans être obligé d'en rendre compte aux généraux. Arnauld, dans ses Mémoires, donne des détails sur la campagne de l'armée du Rhin, dont il fit, sur la demande du Cardinal, une relation. Après la mort du Roi, au commencement de la régence d'Anne d'Autriche , il fut un de ses principaux conseillers; mais l'idée de la retraite le préoccupait depuis plusieurs années: la mort de sa femme en 4657, celle de l'abbe de Saint-Cyran en 4645, le déterminèrent à prendre ce parti. 11 se retira à Port-Royal en 4645 ou 4646.

Je ne dirai rien de cette seconde partie de la vie d' Arnauld d'Andilly, consacrée tout entière au service d'une piété ardente, aux

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controverses religieuses qui ont eu un grand retentissement, et à Fétude à laquelle nous devons les ouvrages qui ont rendu son nom célèbre. Son histoire est associée dès lors à celle des turbulents solitaires de Port- Royal, qui a donné lieu à de nombreux écrits depuis ceux des solitaires eux-mêmes et de leurs amis jusqu'aux travaux de Térudition moderne, au nombre desquels je ne citerai que l'histoire de Port-Royal par M. Sainte-Beuve, J'ajouterai seulement pour terminer cet aperçu biographique sur l'auteur du Journal que je publie, qu'en 4674 il reparut à la Cour pour remercier Louis XIV qui venait de réaliser son vœu le plus cher en élevant au Ministère le marquis de Pomponne son fils, et qu'après une vie presque également partagée entre le monde et la retraite , il mourut en 4 674 âgé de quatrevingt-cinq ans. Cet aperçu suffit pour montrer la valeur du témoignage d'Arnauld d'Andilly. Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que ce Journal est le premier ouvrage qui nous soit resté d'un écrivain devenu célèbre •

Après avoir rappelé brièvement l'importance de l'auteur, il me reste à dire quelques mots de la valeur de l'œuvr^ et du profit qu'elle apporte aux études historiques. Ainsi que je l'ai dit, la première partie du Journal d'Arnauld d'Andiliy

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a trait à une partie des premières années du règne de Louis XIII. Sur cette époque, les Mémoires ne sont pas très-nombreux, et ne sont pas aussi complets que sur les années suivantes ; les principaux sont ceux de Richelieu, de Fontenay-Mareuil et de Pontchartrain ; ceux de Bassompierre, du maréchal d'Estrées, du duc de Rohan, de Brienne, n'en parlent que d'une manière très-sommaire. Notre Journal est loin d'avoir l'importance des précieux Mémoires de Richelieu, dont le récit plus complet, plus étendu que celui de tous les autres écrivains du temps est accompagné de réflexions sérieuséis, profondes, éloquentes parfois, qui empruntent un caractère plus grave du génie de celui qui les a dictés ou inspirés ; ou des charmants Mémoires de Fontenay-Mareuil, si pleins d'intérêt, écrits d'un style si agréable et semés de réflexions si judicieuses, qui décèlent l'honnête homme sous le charmant conteur ; ni des Mémoires de Pontchartrain, dont le récit simple et rapide expose avec clarté les événements auxquels l'auteur, comme Secrétaire d'Etat, prenait une large part ; ni enfin et surtout du Mercure français, qui est l'ouvrage le plus complet sur cette époque, et qui a l'avantage très-grand de fortifier son récit en rapportant la plupart des documents authentiques tels que

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les arrêts du Conseil et ceux du Parlement, les lettres du Roi et de la Reine-mère, des Princes et des principaux personnages du temps, ainsi que l'analyse des principaux pamphlets et écrits sur les événements et les hommes. Mais, si les ouvrages que je viens de citer sont plus complets et plus détaillés sur la plupart des événements, quand le Journal d'Arnauld d'Andilly ne ferait que confirmer le récit deTun ou infirmer le récit de l'autre, il aurait encore son importance. Mais ce que je n*ai trouvé dans aucun des Mémoires du temps que j'ai pu consulter et comparer avec le Journal d'Arnauld , c'est d'abord un ordre chronologique qui présente les faits mois par mois et presque jour par jour, d'une manière beaucoup plus précise que le Journal de Pontchartrain, celui de tous qui par la forme se rapproche le plus du Journal de d'Andilly ; là chaque fait a sa date certaine puisqu'il est noté pour ainsi dire au moment où il se passe, et Arnauld donne ainsi une date certaine non-seulement aux événements qu'il rapporte, mais encore à ceux qui sont racontés sans dates dans les mémoires des autres auteurs ses contemporains; c'est ensuite le compte rendu et pour ainsi dire le procès-verbal des principales séances du Conseil auxquelles Arnauld d'Andilly, ainsi qu'on l'a vu plus haut.

assistait toujours ayant pris soin de noter nonseulement les décisions^ mais encore Topiniou et souvent les propres paroles de chaïque personnage sur les questions soumises aux délibérations du Conseil. Il les met en scène dans son récit. Si nous entendons parler, je ne dirai pas le Roi, trop jeune encore pour avoir une opinion personnelle, mais la Reine-mère avec sa vivacité méridionale allant souvent jusqu'à la colère, le Prince de (k)ndé qui, en sa qualité de Premier Prince du sang, veut être le maître pendant la minorité du Roi, les ducs de Vendôme, de Mayenne, de Bouillon, de Rohan, de Nevers, de Longueville, plus préoccupés de leur grandeur personnelle que de celle de TEtat, les Guise défendant souvent la cause royale en haine des autres Princes, le duc d'Épernon dont Tàge n'a point calmé l'insolente fierté, les hommes d'Etat vieillis dans les affaires tels que les Sillery, les Villeroy, les Jeannin, les Châteauneuf ; les nouveaux dépositaires du pouvoir tels que les Barhin, les Déageant, les Mangot, les du Vair, sous ce point de vue le Journal d'Amauld, non-seulement pourra servir à confirmer et à compléter les notions acquises à l'histoire sur ces grands personnages, mais peut-être y trouvera-t-on des éléments nouveaux pour leur biographie; il en est de

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même pour les discussions au Parlement dans lesquelles Arnauld fait connaître l'opinion des orateurs en les nommant. De plus, Arnauld ayant plus spécialement les finances dans ses attributions et souvent chargé de travaux spéciaux sur ces matières, expose les discussions sur ce point avec beaucoup plus de détails qu'on n'en trouve dans les autres Mémoires du temps. C'est là, je le répète, le principal intérêt et la véritable importance du Journal d'Amauld d'Andilly. Malheureusement le manuscrit de Conrart ne donne du Journal d'Amauld que les six premières années, de 4644 à 4620. Mais ces quelques années sont fécondes en événements. C'est l'époque de transition entre la grande administration d'Henri IV et de Sully et le glorieux gouvernement de Richelieu. Sully apparaît bien encore; mais, comme si le poignard de Ravaillac avait frappé du même coup le grand Roi et le grand ministre, ce n'est plus qu'un noin. Richelieu paraît sur la scène, il n'est encore que M. de Luçon ; mais déjà son génie le révèle aux Etats-Généraux de 4644. C'est lui qui porte la parole au nom du clergé, et quand il entre au Conseil comme secrétaire d'État, quoique le dernier venu, il veut, avoir et il a la préséance. Habile et prudent toutefois, il est du parti de la Reine-mère contre celui du

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