M. le Colonel d'Omano va en Normandie
* Chrétienne de France, sœur de Louis Xni , née en 1606, épousa le 10 février 1610, comme il est dit plus loin, Victor Amé, prince de Piémont, fils de Charles Emmanuel, duc de Savoie, né en 1587, qui succéda à son père en 1630, et mourut en 1637. Après sa mort. Chrétienne fut régente pour ses deux fils successivement, et après avoir gouverné la Savoie pendant plus de vingtrcinq ans, mourut en 1663.
2 Voy. Richelieu, p. 516; Fontenay-Mareuil, p. ^15 et 423; Pontchartrain, p. 270 ; Merc, fr,^ p. 277 et suîv.
Hovcnbra iMi. prendre possession de sa charge de Lieutenant Général. Il arriva à Rouen le Dimanche 18, et revint à Paris le If de Décembre. Il fut ^ bien reçeu, et réussit si exceUemment en ce voyage, quMl ne se peut mieux.
Voicy la harangue qu'il fit à Messieurs du Parlement de Rouen * :
Messieurs, l'honneur que j'ai reçeu du Roy pour représenter sa personne en cette province, la plus populeuse, la plus puissante par mer, et par terre, et la plus voisine du Siège de son Empire, surpasse infinies fois mes mérites. Mais il a pleû à Sa Majesté de se souvenir des fidèles et passionnez services rendus à la France par feu M. le Maréchal d'Ornano, mon Père, et Monsieur le ColoneP mon ayeul, et de considérer aussi la nourriture que j'ay reçeue dès ma première jeunesse, et la ferme résolution que j'ay prise, de n'avoir jamais autre objet au monde, que le service de mon Roy, et la gloire de cette couronne, avec un désir ardent de rechercher toute sorte d'occasions pour employer courageusement mon sang et ma vie, afin de faire que Sa Majesté soit aymée,
1 Je serais disposé à croire que les deux harangues insérées ici textuellement étaient de la main d'Arnauld d'Andilly, de môme que le discours du colonel d'Ornano rapporté dans l'extrait du journal de d'Andilly relatif à l'arrestation de ce personnage, qui forme Tappendice de ce volume. Arnauld d'Andilly était particulièrement attaché au colonel, depuis maréchal d'Ornano, qui, dit-il, « étoit l'un des hommes 9 du monde qui m'a le plus véritablement aimé.» (Mém. d' Arnauld d'Andilly, p. 375.)
2 Sampietro Corse, dit Bastelica, seigneur de Benane, colonel général des €orses, tué en 1567. H avait épousé en 1528 Vanina d'Ornano. Voy. P. Anselme, t. vu, p. 3§1.
D*ARNACJLD D'aNDILLY. S87
obéïe, et redoutée, en tous les endroits où elle me «•v«iii« hm. fera la faveur de me charger de ses Commandemens. A quoy je suis tellement résolu, qu'il n'y a considération quelconque qui soit capable de m'en détourner. Ce que j'espère que Dieu me fera la grâce de confirmer beaucoup plus fortement par mes actions, que par mes paroles; et ne doute point aussi, Messieurs, que je ne vous trouve tous concurrens en ce mesme dessein ; ce qui me fait croire que me tenant assidu en cette province, comme je dois, et comme je feray, nous rendrons au Roy, et à l'Estat des services très importans, et très signalez. En quoy je ne désire avoir qu'une raisonnable distribution de l'honneur qui en reviendra, et feray fidèlement entendre à Sa Majesté la participation de louange et de gloire qui sera deûe à votre Corps en général, et à chacun de vous en particulier. Réputant à très grand bon-heur d'avoir pour témoin, de mes déportemens, une Compagnie si célèbre, et de laquelle j'estime tellement le mérite, que l'un de mes plus grans souhaits sera toujours d'en estre chéry, et de me rendre digne de sa bienveûillance, par toute sorte de services.
Il fit celle-cy à Messieurs... :
Messieurs, l'honneur extrême, et de beaucoup surpassant mon mérite, que j'ay reçeu du Roy, en me constituant son Lieutenant Général en cette grande et très-importante Province, m'oblige à n'avoir autre soin, ni autres pensées, qu'à faire ressentir à ses sujets les effets du bon-heur du Gouvernement de
388 JOORNAL INÉDIT
novembre Mis. Sa Majesté, quc Dieu, dès sa première jeunesse, a voulu accompagner de tant de piété et de justice, que le plus grand désir qu'elle ayt au monde, est de faire toujours marcher à ses costez ces deux rares et excellentes vertus. Tellement que j'espère qu'au lieu que cette célèbre assemblée se consomjnoit autrefois quasi toute, à dresser des Pleintes et desRemonstrances, vous l'employerez doresenavant à résoudre des Remerciemens et des Actions de Grâces, et tout ensemble, à y proposer de belles et glorieuses entreprises, pour fortifier le service du Roy, rehausser l'honneur de la Couronne, et remplir cette Province de toute sorte de richesses. Pour mon regard, je suis résolu d'y appliquer tous mes soins et mes cogitations ; et vous supplie en général et en particulier, de faire le semblable, et de vous assurer que Sa Majesté, à qui Dieu a donné l'âme la plus gênéreuse qui soit au monde, favorisera et aydera vos bonnes intentions, et en toutes choses, vous remplira de bien-faits, et des contentemens que vous devez attendre du meilleur Prince qui soit sur la Terre. . 21. M. le Grand va en Bourgongne.
M, du Fargis * va en Espagne, sur le sujet du mariage de Savoye, et revient le vendredy 11 Janvier 1619. Il servit très bien en ce voyage ^
* Charles d*Angennes, seigneur du Fargis, comte de la Rochcpot par sa femme^ conseiller d'Etat, maréchal de camp, ambassadeur en Espagne, n se signala plus tard par ses intrigues ainsi que sa femme, Madeleine de Silly, comtesse de la Rochepot, dame d*atours de la reine Anne d'Autriche ; ce qui lui attira de cruelles disgrâces.
* Voy, Pontchartrain, p. 270.
23, M. de Cadenet va à Blois, et de là à Amboîse. Nofertibrc i«n 28. M. de Vaudemont* arrive, et amène Monsieur le Prince, son fils*, à la Cour, pour estre nourry auprès du Boy.
Le Roy va à St-Germain, et revient le Lundy 10 décembre.
Samedy i. Toutes les Espagnoles qui estoyent auprès de la Reyne, s'en vont en Espagne (excepté la vieille Stéfanille, demeurée, et Osorio, envoyée en Flandres), à savoir, la Comtesse de laTorre, la Comtesse de Castres, Mendoce, sa fille, Isabellique, et plifeieurs servantes. La Comtesse de la Torre eut un don du Roy, une littière, trois mullets, un carrosse, six chevaux, et cinq mille éeus; la Comtesse de Castres, pareil équippage , et trois mil écus ; le Roy leur a donné à toutes, en tout, la valeur de cent mil livres.
Mendoce, avant que de partir, avoit eu la rougeolle, et l'avoit donnée à la Reyne, qui en avoit esté assez malade'.
* François de LorraiDe, comte de Vaudémont, troisième fils de Charles HI, duc de Lorraine et de Claude de France, né en 1572, se fit reconnaître duc de Lorraine en 1625, remit quelques jours après le duché à son fils Charles IV et mourut en 1632.
2 Charles IV, duc de Lorraine, né en 1604, fils de François, comio de Vaudémontet de Christine de Salm, succéda en 162& au duc Henri, te Bon^ son oncle, dont il avait épousé la fille et héritière , Nicole de Lorraine; partagea d'ahord l'autorité souveraine avec sa femme, puis céda le gouvemement à son père qui le lui rendit quelques jours apK'-s ; il resta dès lors seul souverain. Il mourut en 1675. Foy, Biog. Mi-: chaud la notice étendue et signée Henry, consacrée à ce prince dont la vie privée fut aussi agitée que la vie politique.
3 Foy. Pou tchar train, p. 271.
Dcccinbre.
390 JOORNAL INEDIT
Décembre 1618. 9^ |^mt jg Rechen * emmène Louise Osorio en Flandra
12. M. Déageant ne va au Conseil du matin, au Cabinet du Roy ^
14. M, lé chevalier du Guet fait Commandement, de la part du Roy, à M. de Laissé, de sortir de Paris, dans vingt-quatre heures, à peine d'encourir son indignation.
16. M"*' de Luynes ' a la charge de Sur-Intendante de la maison de la Reyne. Quelques jours auparavant, M"' du Vernet *, sœur de M. de Luynes, avoit eu celle de Dame d'atour, au lieu d'Osorio.
18. Dom Ruade , chartreux, va à la grande Chartreuse, en vertu d'une obédience de son Général, venue quelques jours auparavant.
Querelle entre M. le Comte de Soissons, et M. le Prince de Vaudemont ^^ au Manège, en présence du
* Anne Antoinette GonflSer, dame de Thiennes, fille de Henry Gouffier, seigneur de Crevecœur et de Bonnivet qui eut dçs emplois considérables en Flandres, et de Jeanne de Bocholt, née en 1580, mariée en 1609 à Ernest de Lynden, baron, puis comte de Rechem près Maestrick, colonel et gentilhomme de la chambre de l'Empereur d'Allemagne, fils de Herman de Lynden, baron de Rechem, gouverneur de Cologne, souverain de Uége, morte en 1620. {Foy. P. Anselme, t. v., p. 618.)
s Ce ministre était en disgrâce (Fùy. Pontchartrain, p. 371). s La célèbre Marié de Rohan, depuis duchesse de Gfaevreuse, comme il a été dit ci-dessus.
* Antoinette d* Albert, mariée en 1605 à Barthélémy, seigneur du Vernet, remariée en 1628 à Henry Robert de la Marck, duc de Bouillon, morte en I6kh.
6 Ces vaillants champions avaient alors l'un et l'autre 14 ans ! T\ est vrai que le comte de Soissons était déjà grand maître de France et gouverneur du Dauphiné. Son noble riVf^ était probablement aussi
Roy. Le Roy les accorde le matin mesme, et dit, Décembre mis.
qu'il prenoit tout sur luy, la chose s' estant passée
en sa présence, et qu'il vouloit qu'ils demeurassent
amis. On avoit fait courre le bruit que M. de Vau-
demont vouloit aller à l'égal de M. le Comte, mais
cela ne se trouva vray. M. de Guise estoit présent à
l'accord, et s'y porta avec grande modération.
M. deVaudemonts'en va en Lorraine, et laisse Monsieur le Prince son fils à la Cour,
investi de hautes dignités. Quant au Roi, leur auguste médiateur^ il était plus &gé ; Sa Majesté avait alors 17 ans !
SOMMAIAE
Janvier. ~ M. de Gadenet nommé Ministre à la place de M/Déageaot.
— M. du Fargis revient d'Espagne. — Le Contrat de mariage de Madame Chrétienne avec le Prince de Piémont est signé. — Mort de la Duchesse d'Angoulôme. — Mariage du Duc d'Elbœuf avec M"« de Vendôme. — Mort de la Princesse d'Orange. — M. d'Épernon part de Metz sans congé du Roi pour aller délivrer la BeJnemère.
FÉVRIER. — M. de Guise part pour aller poursuivre les pirates d'Alger. — Arrivée du Prince de Piémont. — Mariage de Madame Chrétienne. —Différend entre le Duc de Mayenne et le Maréchal de Roquelaure.
— Évasion de la Reine-mère du château de Blois. — Elle arrive à Angoulôme. — Correspondance entre le Roi et la Reine-mère. — Le Roi mande M. de Guise. — Le Maréchal de Vitry revenu à ia cour est congédié par le Roi. — M. de la Chesnaye envoyé par le Roi vers M. de Bouillon ; réponse de celui-ci.
Mars. — Le Roi commande à M. de Luçon d'aller trouver la Reinemère, — M. de Luçon part d'Avignon ; il est arrêté à Vienne, conduit à Lyon, remis en liberté par M. d'Alincourt et repart pour Angoulème. — Le Père Suffren se rend auprès de la Reine-mère. -- Le Prince Cardinal de Savoie retourne en Piémont. — Offres du Roi à M. de Saint-Luc ~ Disgrâce du comte de la Roche-Guyon. — Mécontentements du Parlement. — Séance royale au Parlement — Édits des petits sceaux et de revente de quelques domaines. — MM. de Béthune et de Bérulle envoyés vers la Reine-mère. — Le^^ de la Reine-mère apportée par M. Villiers SaintrGenest. — I>"6' "" jeune Villequier avec le jeune Bouteville. — M. de Blainville Ambassadeur en Lorraine. — Maladie de Monsieur le Prince; le R<^* lui renvoie son épée. — Lo Roi envoie vers M. de SulJy qui ^^^" aux avances de la Reine-mère.
d'arnauld d'andilly. 395
Avril. — Reddition de Boulogne aux armes du Roi. -^ Retour à la Cour du maréchal de Vitry. — M. de la Trémoille revient de Sedan, où il avait épousé M^ de Bouillon. — Le Cardinal de la Roçhefoucairid envoyé vers la Reine-mère. — Prise de Tabbaye d*Uzerche par M. de Schomberg. — Le Comte de BouIIay, Ambassadeur du duc de Lorraine; il est nonmié Colonel des Vallons. -^ M. de la Valette désarme les habitants de Metz. -^ M. de BraQtes, capitaine des . chevau-légers du Roi à la place de M. de la Curée. — M. de Trai:»nel , envoyé comme Ambassadeur extraordinaire en Angleterre.
Mai. *- Départ du Roi pour Orléans. — Mort de la Maréchale de Fervagues. — La Reine-mère accepte les propositions de paix. — M. do Nevers chargé du commandement en Champagne. — Traité d*Angoulême entre le Roi et la Reine-mère. — M. de Marousao envoyé à Angoulôme. — Le Roi va à Blois et à Amboise. — Succès de M. de Nevers. — Licenciement de Tarmée du Roi. — Le Roi va h Tours.
— Le comte de Brennes envoyé par la Reine-mère vers le Roi ; son insolence envers M. de Luynes.
Juin. ~ M. de la Chesnaye envoyé à Angoulème. — La Reine-mère désavoue M. de Brennes; cabale de M. de Russelay. — Le Prince de Piémont va à Angoulème. — L'Ambassadeur d'Angleterre va à la Cour à Tours. — Retour du Marquis de Traisnel. — M. de Mayenne vient trouver le Roi à Tours avec la Noblesse de Guyenne.
— La Reine-mère se démet du Gouvernement de Normandie en échange de celui d*Anjou. — Mutations dans le Gouvernement des places d*Anjou. — Le martjuis de Mosny, mécontent de la Relncmère, se rend à la Cour.
Juillet. — Mort de Gallati, Colonel du régiment des Suisses; nominations dans ce corps à la demande de M. de Bassompierre. — Le Comte Henry, frère du Prince d'Orange, vient trouver le Roi à Amboise. — M. de Richelieu est tué eu duel par le Marquis de Thémines. — M. de Russelay mécontent de la Reine-mère et de M. de Luçon arrive à la cour. — M. de Montbazon envoyé vers la Heincroère pour la prier de revenir auprès du Roi. — M. de Vendôiue, Général de l'armée envoyée pour prendre Concarneau. ~ Disgrâce de M. Déageaot ; il se retire en Daaphiné.
AOUT. — M. de Cadenet achète la Comté de Maillé. — M. de Longueville reçoit le Gouvernement de Normandie ; M. de Lujmes, celui de Picardie; M. de Montbazon, celui de TIle-de-France; M. de Cadenet est nomme Lieutenant-Général en Normandie.— Prise de Concarneau par les capitaines la Besne et la Courbe. — Mort de M. de ChaoïbreL — MM. de Prasliu et de SaJntrGérau sout uommés Maréchaux de France. — Maladie de Monsieur. — Naissance d'Anne-Geneviève
Janvirriei». de Bourbon (Ift Duchesae de Longueville). — La Reine-mère part
d'AogouIôme pour venir à la Cour i cadeaux qu'elle fait au duc d*Épemon et À ceux qui Tout assistée. ^ Duché-pairie de M. de Luynes et de M. de Lesdiguièrçsi discussions à ce sujet au Parlement.
Septcmbbb. — M. de Schomberg est nommé Surintendant des finances ; il prend Amautd d'Andilly en qualité de premier commis. — Entrevue du Roi et de la Reine-mère à Couxières. — Suite du voyage du Roi et de la Reine-mère. — Assemblée des Réformés à Loudun. — Ëtata de Bretagne. — Mort du comte du Lude. -^ Le Colonel d'Ornano le remplace.
Octobre. — Le Roi va h Compiègne. — Les députés de l'Assemblée de Loudun se rendent auprès du Roi. — Le Roi va à ChantiUy. — Mise en liberté de M. le Prince; il va trouver le Boi à Chantilly.
Novembre. — Suite du voyage du Roi. — M. de Luynes fait le serment de Duc et Pair ; détails sur la séance du Parlement à ce sujet. — Déclaration de Tinnocence de Monsieur le Prince.
Décembre. — M. de Blainvîlle achète de M. de la Rochefoucauld la charge de Maître de la garde-robe. — Promotion de chevaliers du Saint-Esprit. — M. de Cadenet est nommé Maréchal de France. — Différend entre Monsieur le Prince et le Comte de Soissons au sujet de la serviette du Roi. — M. de Nemours fait appeler M. de Guise.
Dimanche 6. M. de Cadenet fait Ministre au lieu de M. Déagent, avec charge de porter les paroles du Roy aux Ministres, et des Ministres au Roy. Il fut mis en fonction de cette qualité en un Conseil étroit, tenu Taprès-disnée du jeudy x\
11, M. du Fargis de retour d'Espagne. Il fit une extrême diligence, car il vingt en cinq jours d'Irun; ce qui arriva fort à propos, pour ce que Monsieur le Prince Cardinal l'avoit tant pressé pour que Ton signast le Contrat de mariage, que le Roy luy avoit promis de le signer ce jour là, ainsi qu'il le fut*;
» Voy, Pontchartrain. p. 272. A Toccasion de la signature du contrat, il y eut à Turin des fêtes magnifiques dont le Merc, />•., t v,
d'arnauld d'andillt. S95
tellement qu'il receut à beaucoup de faveur de ce J«mr»«ruii. que Sa Majesté luy avoit accordé cette prière, sans attendre réponce d'Espagne. Et d'ailleurs, le contrat n'ayant esté signé qu'après le retour de M. du Fargis, le Roy d'Espagne, et tout le monde eut sujet de croire que l'on avoit rendu ce respect à Sa Majesté Catholique de n'^avoir point signé le contrat, qu'après avoir sceu sa réponce.
Le particulier de cecy est, que M. de Savoye eust estimé avoir grand sujet de se pleindre, de ce qu'ayant esté pressé, par MM. de Bethune et de Modèrie , d'envoyer Monsieur le Prince Cardinal à la Cour, sur le sujet du mariage, sans avoir aucune assurance par écrit, que la demande en seroit agréée, qui est contre ce qui est accoustumé de se pratiquer entre les grans Princes ; néantmoins, pour plaire au Roy, il envoya Monsieur le Prince Cardinal, but la promesse que l'on luy fit, que six jours après qu'il seroit arrivé, on signeroit le contrat. Estant arrivé, les six jours se passent sans que l'on luy en parle. De là, on va à Saint-Germain , où on luy promet que l'on signera le Contrat, ce qui lie se fit point. Enfin, il connut que l'on avoit voulu gagner temps pour envoyer M. du Fargis en Espagne, dont il se sentit extrêmement offencé. Sur quoy on luy promit que six jours après que le dit sieur du Fargis seroit party, on signeroit le contract; et toutefois, cela fut différé jusques à son retour.
année MDCXIX, p. 69, et suiy. rend compte avec les plus grands détails.
lâovfcriMf. Outre cela, M. de Savoye se pleint de ce que Ton avoit promis cent mil écus de pension à Messieurs ses enfans , et que l'on ne leur en a baillé que soixante mil écus.
Le mesme jour, mort de M"' la duchesse d' Angoulesme *.
20. M"' de Vendosme ^ mariée avec M. le duc d'Elbeuf, M. de Vendosme luy bailla quatre cents mil livres pour son partage, et le Roy pareille somme sur ses dettes , dont il y en avoit cent mil comptant^.
jyjmc |g^ Princesse d'Orange, sœur de Monsieur le Prince, meurt à Meurs-Muret. Monsieur le Prince en témoigna un extrême déplaisir. 11 esperoit en la mariant, sortir de Prison. On dit qu'ils s'aymoyent passionnément.
23. M. le Colonel d'Ornano revient de Blois, où il avoit esté cinq ou six jours auparavant, porter si-
1 Diane, légitimée de France, Duchesse d*ÂngouIôme, fille naturelle du roi Henri U et de Philippe Duc, demoiselle piémontaise, mariée en 1552 avec Horace Farnëse, duc de Castro, qui fut tué à Hédin en 1554 ; en 1557 avec François, duc de Montmorency, pair et maréchal de France ; duchesse de Ghatellerault en 1563 et d*Étampes en 1576, veuve en 1579, duchesse d'Angoulôme en 1582, morte sans postérité à Tâge de quatre-vingts ans en 1619. Le Roi donna en 1620 le duché d*Angoulême au comte d'Auvergne, fils naturel de Charles IX, et par conséquent neveu naturel de la duchesse d'Angouléme {Voy. P. Anselme, 1. 1, p. 136). Suivant Pontchartrain, p. 273, la duchesse d*Angoulôme décéda non le 11, mais le 12 janvier.
2 Catherine-Henriette, flUe naturelle d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, légitimée en 1597, mariée en 1619 avec Charles de Lorraine, II« du nom, duc d'Ëlbœuf, morte en 1663.
* Voy. Pontchartrain, p. 273 ; Merc, fr,y p. 85.
D*ABNADLD D'ANDILLY. 397
gner à la Reyne-mère le contrat de mariage dé Ma- envier uir. dame. M. Barat porta la minutie. M. Guillard s' es- toit fait nommer, mais M. de Pisieux soustint que l'on ne pouvoit l'obliger à mettre ses minuttes en autres mains, que de l'un des siens.
25. Le Roy couche la première fois avec la Reyne, dont il tesmoigna depuis avoir receu un extrême contentement. M. de Luynes le porta entre ses bras. Le Bonhomme M. de Berringhen, (qui mourut lejeudy21 février), portoit le flambeau. Stéphanille, femme de chambre espagnolle, sortit de la chambre, et M*"* Belliere, première femme de chambre de la Reyne, y demeura seule*.
27. M. d'Epernon part de Metz, sans congé du Roy, accompagné de cinquante gentilshommes, cinquante arquebusiers à cheval , cinquante carabins, et son train. Les portes de Metz demeurèrent fermées toute la semaine , et M. le marquis de la Valette y demeura. Il alla coucher à une petite ville, à quatre lieues de là, dont il fit aussi fermer les portes. Il passa aux portes de Digoin, en Bourgogne, et ne passa par nulles grandes villes, non pas mesme pour traverser les rivières. Il avoit dii^posé ses amis pour le joindre par le chemin, s'il avoit esté suivy ; mais il n'en fut pas besoin. M. le Grand estoit arrivé à la Cour quelques jours auparavant. Plusieurs personnes seûrent à Paris la nouvelle du passage de M. d'Epernon, quatre ou cinq jours auparavant le Roy. Il
* Voif Pontchartrain, p. 273; Utrc, fr.^ p. 85.
jmtur itif. écrivit au Roy, du pont de Vichy, le 7 février *.
Février. Vciidredy 1. M. de Guise part pour aller à Mar-
seille, à son armement à la mer. Il avoit eu de grandes broûilleries, quelques jours auparavant, avec M. le Général des Galères, sur ce qu'il croioit qu'il voulust traverser son voyage ^
6. Monsieur le Prince de Piémont, qui n'estoit attendu que le samedy, fit vingt-deux postes ce jour là, et arriva à Paris, vint descendre droit au Louvre, accompagné de M. de Béthune, qui l'avoit jointe Milly. Il fut voirie Roy à l'heure mesme (et le prince Thomas' aussi). Sa Majesté le receut extrêmement bien, et le mena aussitost voir Madame \