Madame fiancée avec Monsieur le Prince de Piémont
10. Madame mariée dans la chambre de la Reyne, à midy, au mesme lieu, et au bout de treize ans jour pour jour, heure pour heure, qu'elle avoit
* Voy, Fontonay-Mareuil, p. 425 et suiy. et p. 433 ; Richelieu, p. 520 et 8uiv.; Pontchartrain, p. 273; Merc, fr., p. 127 et suiv. On trouTC dans le Mercure la correspondance du Roi avec le duc d'Épernon, notaaiment la lettre de ce dernier, écrite du pont de Vichy. Pendant que ce personnage faisait au Boi les plus grandes protestations de dévouement et de fidélité, il allait favoriser l'évasion de la Reine-mère.
2 Voy. Pontchartrain, p. 273 ; Merc. fr.., p. 85. Le duc de Guise, dit le Mercure., allait nettoyer la mer des pirates d'Alger.
> Thomas-François de Savoie, prince de Carignan, fils de Charies- Emmanuel I", duc de Savoie, frère du cardinal de Savoie et du prince de Piémont^ né ea 15d6^ mort en 1656. Vùy, sur ce Prince, qui acquit mie grande illustration dans la guerre, la Notice de M. de Villena?e, Biog. Michaud.
* Voy, Pontchartrain, p. 273 ; Merc, fr,, p. 80.
d'arnauld d'andillf. 899
esté née. On ne fit nulles cérémonies ; seulement le Fevie»* ^w»»' Roy dança un ballet, le mardy gras, 12 février, duquel estoyent le Roy, Monsieur le Comte, Monsieur le Grand Prieur , M. d'Elbeuf, M. de Rohan , M. de Luynes, M. de Bassompierre, Monsieur le Général des galères, M. de Courtenvaut*, M. le comte delà Roche Guyon, M. de la Rochefoucaud, M. de Brantes, M. de Blainville, M. de Liancourt, M. de Humières ^, M. de Chalais^ ; qui sont en tout , seize. Et le premier dimanche de Caresme, 17, la Reyne dança un ballet, dont estoyent, la Reyne, Madame la Princesse de Piémont, M"** la Duchesse de Longueville, M"' de Montpensier *, M"** la Duchesse d'Elbeuf, M"" de Rohan, M"* de Verneûil % M*"* la marquise
1 Jean de Souvré, fils du maréchal de Souvré, marquis de Courtenvaux, premier gentilhomme de la Chambre, gouverneur de Touraine, conseiller d*État, capitaine du ch&teau de Fontainebleau, grand fores* tier et capitaine des chasses de la forêt de Bièvres, bois et buissons de la Brie, maître particulier des eaux et forêts du bailliage de Meinn, mort en 1656.
2 Charles-Hercule de Crevant, marquis d'Humières, premier gentilhomme de la Chambre, capitaine de cinquante hommes d*armes, Gouverneur de Compiègne, tué au siège de Royan en 1622.
s Henri de Talleyraiid, comte de Chalaîs, né en 1599, favori de Louis Xni, près duquel il fut élevé, maître de sa garde-robe, devenu célèbre par ses intrigues sous le ministère de Richelieu, accusé de conspiration, condamné à mort et exécuté en 1626. Voy, Biog. Michaud, la notice de M. Weiss sur cet infortuné jeune homme.
A Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier, fille unique et héritière de Henry de Bourbon, duc de Montpensier, mort en 1608, et de Henriette Catherine, duchesse de Joyeuse, remariée en 1611 avec Charles de Lorraine, duc-de Guise, morte en 1656. M"' de Montpensier naquit en 1605, épousa en 1626 Gaston de France, duc d'Orléans, et mourut en 1627.
* Gabrielle-Angélique, fille naturelle d*Henri IV et de Catherine-
Ferricri*!». (Je Montlord *, M"" de Courtenvaut^, M*"' de Yendosme*, M"* de Bouchavanes *, M"** de Courtenay*, M"* de la Flotte, M"' d'Oquincourt •,»!"• Dandelot', M"*' de Combalet* ; qui sont en tout, seize.
Henriette de Balzac, mai^uise de Vemeuîl, légitimée de France, mariée en 1622 à Bernard de Nogaret, marquis de la Valette, puis duc d'Épemon, morte en 1627.
* Marie de Raymond, marquise de Montlar, fille de Louis de Raymond, marquis de Maubec et de Montlar et de Marie de Maugiron, veuve de Philippe d'Âgoult, comte de Sauit, et femme de Jean-Baptiste d'Omano, alors colonel et depuis Maréchal de France.
2 Catherine de Neufville, dame de Pacy, dame d'atonr de la Reine Anne d'Autriche, fille de Charles de Neufville, marquis de Villeroy et d'Alincourt, et de Marguerite de Mondelot, dame de Pacy, sa première femme.
* Françoise de Lorraine, duchesse de Mercœur, fille unique et héritière de Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, et de Marie de Luxembourg, mariée en 16C9 à César, duc de Vendôme, morte en 1669.
* Madeleine de Créquy, fille de Claude de Créquy, II* du nom, seigneur de BemieuUes, et de Claude de Rouvroy de Saint-Simon, mariée en 1594 à Josias de Lamet, seigneur de Bouchavanes, gentilhomme de }a Chambre, morte en 1634.
5 Catherine du Sart, fille d'Adrien du Sart, seigneur de Ville Saint- Jacques et de Louise de Brucamp, mariée à Edme de Courtenay, seigneur de Bleneau, mort en 1640 ?
^ Georges ou Jacques de Monchy, seigneur d'Hocquincourt, gouverneur de Boulogne et de Péronne en 1639, capitaine des chevaulégers, premier maître d'hôtel de la Reine, grand prévôt de l'hôtel en 1630, lieutenant-général de Lorraine en 1636, fut marié deux fois : X" en 1593 avec Claude de Moncloy, dame d'Aussennes ; 2'* avec Gabrielle du Chastelet, veuve du comte d'Escars. La première fut mère du maréchal marquis d'Hocquincourt.
7 Huberte de Chastenay, fille de Joachim de Chastenet, seigneur de Lanty et d'Agnès, dame de Dinteville, mariée en 1597 à Charles de Coligny, marquis d'Andelot, mort en 1632. ,
s Marie d'Albert, sœur du duc de Luynes, mariée à Claude de Grimoard de Beauvoir du Roure, seigneur de Bonneval et de Combalet, gouverneur d'Amiens et de Soissons, morte en 1686,
d'arnadld d'andilly. àOl
On vid manger en public Mesdames, et Messieurs Février im. les Princes de Savoye, en cet ordre.
14. Le Roy va à Saint-Germain , revient le Dimanche 17, pour le ballet de la Reyne ; et repart le Lundy 18. La Reyne y va le 19, et M. le Prince et M"* la Princesse de Piémont, le 20 '.
Nouvelle arrive que M. du Mayne vouloit assiéger la Réole, maison de M. de Roquelaure, pour avoir les canons qui estoyent dedans, et que MM. de Montmorency, d'Épernon, et de Gondrin ^ assistoyent M. de Roquelaure. On y envoya le Mayne (qui revint le 12 mars), et le Roy écrivit à M. d'Épernon pour s'employer à cet acconuTiodement (faute notable). Depuis, M. du Mayne prit la Réole par composition, en tira les canons qui y estoyent, et réduisit la garnison au nombre accoustumé. Et ensuite, M. de Roquelaure, ayant une seconde fois, augmenté la garnison, M. du Mayne la réassiégea
* Voy, Merc, fr,^ p. 86. Le Mercure donne les détails les plus curieux fiur les fêtes merveilleuses qui eurent lieu à la Cour à l'occasion du mariage de Madame Chrétienne avec le Prince de Piémont. Le sujet du grand ballet du Roi, le plus beau que Ton eût encore vu, était la conquête de la Terre-Sainte par Godefroid de Bouillon. Le ballet de la Reine était tiré de la fable de Psyché. Le Mercure fait aussi le récit détaillé des fêtes magnifiques données à la même occasion par le duc de Montmorency dans son gouvernement de Languedoc
> Antoine-Arnaud de Pardaillan, seigneur de Gondrin, né en 1562, maréchal de camp, sénéchal et gouverneur d'Agenois en 1596, blessé au siège d* Amiens, commandant de l'armée de Savoie, marquis de Montespan et d'Antin en 1612 et 1615, chevalier des ordres en 1619, Conseiller d'État, capitaine de cent hommes d'armes et des gardes- ducorps, gouverneur de Navarre et de Béam, lieutenant-général au gou* vernement de Guyenne, mort en 1624 {Voy. P. Anselme, t. v, p. 180),
/iOS JOURNAL INÉDIT
Février i«if. encorc ; mais enfin, cela fut accommodé, en sorte que les choses demeurèrent en Testât qu'elles estoyent avant cette broûillerie, que M. de Roquelaure verroit M. du Mayne, et quMls demeureroyent amis.
Le commencement de cette affaire fut, qu'aux mouvements de Guyenne, de 1615, M. de Roquelaure ayant dit, qu'il ne se pouvoit opposer aux desseins des ennemis du Roy, en une occasion qui se présenta , si on ne luy bailloit du canon, il luy fut permis d'en tirer six du chasteau Trompette; ce qu'ayant fait, il en mit trois dans le chasteau du Ha, et trois dans sa maison de la Réelle, M. du Mayne ayant le chasteau Trompette, et par conséquent, prétendant le droit d'y remettre les six canons pris, sur la fin de janvier 1618, estant entré par surprise dans le chasteau du Ha, en fit tirer les trois canons qui y estoyent ; M. de Roquelaure piqué de cela, et craignant qu'il en fist autant à la Réolle, la fortifia de gens de guerre. M. du Mayne prenant sur cela de dire que c'estoit entreprendre contre le service du Roy, que de mettre garnison dans une Place, sans le sceû du Gouverneur de la Province, la vouloit assiéger, afin d'en tirer les canons qui y estoyent *.
22. La Reyne-mère part de Blois, entre une heure et deux heures après minuit , descend par la
* Foy., 8UP ce différend entre le duc de Mayenne, gouveroear de Guyenne, et le maréchal de Roquelaure, lieutenantrgénéral audit gouvernettient, le Merc, fr,^ p. 157.
d'arnacli) d'andilly. 408
fenestre de son cabinet dans le fossé, accompagnée ''«^«' ^w»du comte de Brenes*, Nicolo Sardini (Bastard), Marsé ^ et Desniazures, Exempt de ses Gardes ^ ; Catherine et Selvage, deux de ses femmes de chambre, Marine, naine, et deux valets de pied. La Reyne. portant elle-mesme la cassette où éstoyent toutes ses bagues, elle glissa le long de Téchelle, siu* la fin, s'écorcha un peu le dos, et sa cassette tomba. Du fossé, elle traversa tout le faubourg de la ville, et passa tout le pont à pied. Elle fut reconnue par deux hommes qui jettoyent des ordures «ur le pont, au bout duquel elle trouva un carrosâe, et Chanteloube qui Tattendoit, avec vingt-cinq ou trente chevaux, avec lesquels elle alla jusques à Montrichard (Elle n'entra pas dans la ville) , où elle trouva un autre carrosse, et M. de Thoulouse et le comte de Ruscellay avec cent vingt chevaux, ou environ. Estant arrivée à Liège, à une poste de Loches, elle trouva M. d'Épernon, avec deux ou trois cens chevaux. On dit qu'ayant fait arrester son carrosse et mis pied à terre, et M. d'Épernon luy ayant baisé la robbe, ils se retirèrent chacun un pas en arrière , et se mirent
* Henry Robert de la Marck, comte de Brenne, pretiier écuyer de la Reine-mère, capitaine • des cent-suisses de la garde ordinaire du Roi, mort en 1652. Il était fils de Charles Robert dQ la Marck, comte de Maulenier et de Breane qui, à la mort de Charlotte de la Marck, duchesse de Bouillon, sa nièce, prit le titre de duc de Bouillon. Le comte de Brenne porta aussi ce titre.
3 Jacques Goyon, baron de Marco, frère du marquis de la Moussaye, mort ayant 1650.
* Merçay et La Maztu*e, exempt des gardes de la Reine-mère, sui vant Fontenay-Mareuil, p. 435.
liOli JOURNAL INÉDIT
Février 161». lous dcùx à rirc, et à dire, qu'il faisoit meilleur estre là, qu'à Amboise. Le sieur le Conte la sert de secrétaire, au lieu de M. de Villesavin, qui s'en est re-
venu *.
23. Le Boy estant à Saint-Germain, à la chasse du cerf, etlaReyneetmadame de Savoye, avec luy ; celte nouvelle luy fut apportée, laquelle le fit revenir à Paris le lendemain. MM. du Conseil n'estoyent pas encore allez à Saint-Germain ^.
24. La Reyne part de Loches, et arrive à Angoulesme, le samedy 2 mars ; M. d'Épemon, monté sur un cheval d'Espagne, la suivoit à la teste de deux cens Gentilhommes très-lestes, ayant chacun deux pistollets, et une carabine, et cent mousquetaires à cheval, montez sur des chevaux de quatre-vingt et cent écus, et disoit par les chemins à la Reyne, que si elle l'eust perdu, comme ses ennemis le luy avoyent voulu autrefois persuader, il ne luy rendroit pas maintenant ce service.
25. Le Roy mande le matin MM. du Parlement. Il leur fit dire, par M. le Chancelier, ce qui estoit arrivé; qu'il s'en alloit (on disoit que Sa Majesté partiroit assurément le samedy pour aller à Orléans, et de là à Tours) , et qu'ils eussent soin icy de son service.
Villiers Saint-Genest, Écuyer de la Reyne-mère,
^ Voy, Fontenay-Mareuil, p. 435 ; Richelieu, p. 527 ; Pontchartrain, p. 274; Brienne, p. 336; Rohan, p. 154.
* Voy, Fontenay-Mareuil, p. 436; Pontchartrain, p. 275 ; Merc, fr.^ p. 136.
d'artvauld d'andillt. Û05
arrive, avec une lettre de Sa Majesté au Roy, en 'cvrici' «w. forme de manifeste, et une autre à M. le Prince de Piémont. Ledit sieur de Villiers ne fut expédié que plusieurs jours après, et seulement avec une lettre de compliment, le Roy se remettant à luy écrire plus amplement, par une autre voye. M. le Prince de Piémont fit de mesme.
...Arrive aussi, avec des lettres de M. d'Épemon au Roy. On dit que le Roy ne les voulut pas voir. On fit commandement quelques jours après au sieur Yallier, secrétaire de M. d'Épernon, de se retirer *.
26. Le Roy envoyé La Fare ^ à M. de Guise, pour luy donner avis de ce qui estoit avenu, et luy mander de venir à la Cour, s'il ne jugeoit point estre nécessaire de delà. On ne luy écrivoit rien pour luy donner assurance du commandement de l'armée; mais on luy mandoit seulement de belles paroles par La Fare.
M. le Maréchal de Vitry arrive au Louvre, sans en avoir fait avertir Sa Majesté. Le Roy luy mande, par M. de la Vieuville, qu'il ne le vouloit pas voir, et qu'il s'en retournast, ce qu'il fit à l'heure mesme, et alla coucher à Coubert, et dit, qu'il estoit venu
* Vùy. Fontenay-Mareuil, p. 438 ; Richelieu, p. 528 ; Pontchartraii^ p. 276. On trouve dans le Mercfr,^ p. 137 et suiv., la lettre de la Reine-mère au Roi, celle du duc d'Épernon au Roi et celle de la Reinehaère au Prince de Piémont, toutes trois datées de Loches le 23 février.
2 Jacques de la Fare, baron de la Fare, servit en Languedoc contre les religionnaires en 1621, capitaine de cavalerie en 1638, premier marquis de la Fare en 1646 mort en 1661? (Voy, P. Ansehne, t. ii, p. 137.)
wt^Herm% pour rendre preuve de son obéiôsance, et offirir au Roy de lever quatre mil hommes de pied et cinq cens chevaux, et d'avancer pour cela cinquante mil écus qu'il avoit comptant. On m'a dit, qu'en sortant du Louvre, il avoit dit que ses ennemis n'avoyent osé se présenter devant luy , et que c'estoyent des poltrons *.
27. M. de la Chôfinaye va, avec le sieur Justel, trouver M. de Buillon de la part du Roy, et revient le mécredy 6 mars, avec de belles paroles de M. de Buillon, comme d'envoyer son fils au Roy avec quatre cens chevaux, etc. Mais ensuite de tout cela, il avoit dit que cette affaire estant entre le Roy, et la Reyne sa mère, il estoit obligé de luy dire, qu'il çroioit en sa conscience, qu'il devoit envoyer vers elle, et que sur une affaire de si grande conséquence, il estoit besoin d'assembler les officiers de la Cou^ ronne, et les Principaux du Royaume, pour y prendre Conseil.
M. de la Chesnaye m'a dît que la créance dont M. de Buillon Tavoit chargé envers le Roy, estoit qu'il serviroit Sa Majesté, de sa vie, de son bien, et de ses amis, envers et contre tous, sans exception, distinction ni queue. Que sa créance à M. de Luynes estoit, que les Roys ayant à avoir des Favoris, comme il y en avoit toujours eu en France, il ne croioit pas que la faveur pust tomber en meilleure main que celle de M. de Luynes, qu'il estimoit fort homme de
* l^oy, Pontchartrain, p, 277.
b'aenauld d'andilly. 407
bien ; et que ne jugeant pas que Ton pusti sans of- Fevriaricit. fencer T autorité du Roy, s'attaquer, contre son gré, à ceux qu'il ayme, pour ce qu'autrement, le Roy ne seroit pas véritablement Roy, s'il ne luy estoit permis de faire du bien à qui bon luy sembleroit ; et que mesme en cela, il avoit intérest de s'y porter, parce qu'il pourroit avenir que son fils recevroit quelque jour des bien-faits et des gratifications du Roy ; pour ces raisons, au cas que l'on voulust ruiner M. de Luynes, il luy off'roit de le servir, et de l'assister de sa vie, de son bien et de ses amis \
M. de Buillon, écrivit, en mesme temps, à M"* de la Trémoille, qu'il ne changeoit point d'avis, depuis le langage qu'il luy avoit prié de tenir, qui estoit que se voyant abandonné des effects de la protection qu'il attendoit de deçà, il avoit esté obligé de se mettre bien avec tous ses voisins, M. d'Épernon entre autres, avec lequel il vivoit en amitié, leurs enfans estant parens*.
Environ ce jour, M. de Chambret' part de la Cour, et va trouver la Reyne-mère. M. d'Épenion le luy présenta, en disant, que s'il eust esté aussi vaillant que luy, il luy eust rencju de bons Services.
Samedy 2. La Reyne-mère arrive à Angoulesme , mws.
* Voy, Merc, /V*., p. 149, Ja réponse du Maréchal duc de Bouillon au Roi, en date à Sedan du h mars.
2 Voy. Richelieu, p. 529.
» « Chambret, entre autres, huguenot assez connu par les bonnes actions qu'il avoit faites du temps du feu Roi, homme déterminé, et qui sâvoit le métier de la guerre parfaitement » (Mém. de Richelieu, p. 541.)
408 JODRNAL INÉDIT
Mars 161». M. d'Épernon Taccompagnoit, monté sur un cheval d'Espagne, à la teste de deux ou trois cens chevaux ; et on tient qu'il luy dit un jour , « Pofardioux, Madame, si Vostre Majesté m'eust perdu, comme mes ennemis le luy vouloyent autrefois persuader, je ne luy rendrois pas maintenant ce service-cy. Il dit aussi, que ces gens croioyent l'avoir matté; mais qu'il avoit paré à la Dame ; que l'on disoit que Ton luy feroit trancher la teste ; mais qu'il feroit dire auparavant force ScUve Regina.
Le Roy envoyé M. du T... * vers M. de Luçon, pour luy commander d'aller trouver la Reyne-mère à Angoulesme. M. de Luynes écrivit la lettre ; et le Roy écrivit au bas. — M. de Luçon part d'Avignon le Jeudy 7, fut arresté à Vienne par dix ou douze des gardes de M. d'Alincourt, qui firent Corps de garde la nuit , devant son logis. (M. d' Alincourt en avoit receu commandement quelque temps auparavant.) Puis il fut conduit à Lyon. M. d' Alincourt luy envoya son carrosse, et après avoir veû son pouvoir de s'en aller, luy donna à disner, et l'alla conduire hors la ville après disner. 11 devoit arriver à Angoulesme lel5^
1 Le sieur du Tremblay, éonnu depuis sous le nom de Père Joseph, capucin, confident et l'un des principaux agents de Richelieu.
2 Voy. Fontenay-Mareuil, p. 441 ; Brienne, p. 340. Les détails que Ton trouve dans les Mémoires de Richelieu sur toutes les circonstances de son rappel près de Marie de Medicis sont pleins d'intérêt comme tout ce qui se rattache à la vie de ce grand Ministre* (Mém. de Richelieu, p. 533 et suiv.}. Ce récit montre une fois de plus Texactitude du journal de d'Andilly.
d'arnauld d'andilly. 409
Le mesme jour, M. B..,* va trouver la Reyne- Mar^wia.
mère, ft. M. de Luynes va voir Monsieur le Prince au
Bois de Yincenries.
6. Madame la Conneslable*, suivant les lettres de M. de Montmorency, prend congé du Roy, et de la Reyne, sous prétexte de s'aller purger, et s'en va à Chantilly.
Le père SufiTren' , qui estoit revenu de Blois à la Cour, et n'avoit point suivy la Reyne-mère, part pour l'aller trouver à Angoulesme.
7. M. le Prince Cardinal part, pour s'en. retourner en Piémont.
8. Six canons partent, pour aller à Orléans. Le Roy envoyé M. de Cominges Guitaut*, trouva
1 u Le sieur Bouthillier étoit parti de Paris pour la venir trouver, au même temps que les ordres du Roi me furent envoyés par le sieur du Tremblay, pour lui rendre compte de tout ce qui s'étoit passe?. » (Mém. de Richelieu, p, 537.) « Un des RouthiUier, dit-il, p. 533, simple ecclésiastique pour lors, qui est depuis mort évC^que d*Aire, homme de cœur et d*esprit tout ensemble, dont Tadresse et la fidélité étoient égales. »
2 Laurence de Clermont, troisième femme du dernier Connétable de Montmorency, qui Tépousa en 1599, voulut en vain faire annuler son mariage, divorça et renvoya au château de Villiers-le^Bel, où elle demeura jusqu'à la mort du Connétable en 1614 ; rappelée à la Cour, elle devint Dame d'honneur de la Reine Anne d'Autriche et mourut en li>54.
s Jean Suffren, né en 1565, Jésuite, confesseur de la Reine-mère en 1615, puis confesseur du Roi. Disgracié, le Père Suffren suivit Marie de Medicis en Angleterre et en Allemagne et mourut en 1641. Les sermons du Père Suffren ont été publiés en 1622. On a de lui quelques opuscules et V Année chrétienne^ publiée en 1641 eu 6 vol. in-4^ {Voy, Biog. Michaud, notice de M. Weiss.)
^ Pierre de Comioges, seigneur de Guitaut, capitaine do deux cents
&10 JOURNAL INISdIT
Mên itst. M. de Sain1>Luc, et luy ofirir le payement, en deux ans, sur Broûage, de cent mil francs dont il avoit cy devant eu don ; d'augmenter ses huit compagnies de Broûage, qui sont de cinquante hommes chacune , jusques à huit cens hommes, et mesme mille, de lever mille hommes de pied, et quatre compagnies de che* vaux légers ; de commander en chef tout cela, et mesme plus grandes forces en ce canton là, s'il en estoit besoin. Et si lé Roy alloit d'un autre costé, et y fai^oit une grande armée, d'y servir en qualité de Maréchal de Camp. M. de Guitaut trouva M. de St- Luc engagé avec la Reyne-mère, tellement que toutes ces propositions ne servirent de rien*.
10. Le Comte de la Roche Guy on s'en va de la Cour, à cause qu'il n' avoit pas donné à boire au Roy. Il y revint trois ou quatre jours après.
11. Les chambres des Enquestes, ayant seû que le Roy xievoit aller au Parlement, députent deux de chaque chambre à la Grand Chambre, pour demander permission de s'assembler à M. le Premier Président. Il fit réponce que le Roy luy avoit mandé par M. Tronçon, qu'il ne vouloit pas que l'on s'assemblast. Sur cela, les chambres ayant délibéré, dirent, qu'ils n'estoyent point obligez de croire que M. Tronçon eust porté cette parole à M. le Premier Président, aussi peu que M. de Luynes l'eust dite à
hommes de pied en 1574, lieutenant au gouTernement de Brouage et des lies de Saintonge en I604i gentilhomme ordinaire de la Chambre en 1611, mort après 1619. * Foy. Fontonay-lf areuil, p. 430 ; Rtdielieu, p. 548.
D'ARNiVLD D'ANDILLT. &!!
M# Tronçon, ni que le Roy l'euét dite à M. de Luynes; qu'il n^y avoit qu'une manière par laquelle le Roy parlast au Parlement, qui estoit par lettres patentes scellées du Grand Setu, et que sur cela, on délibéroit ce que Ton avoit à y répondre ; que si on les vouloit empêcher de parler au Roy tout bas, dans son Cabinet, et en robbes noires, ils parleroyent tout haut, en plein Parlement, et en robbes rouges ; que si le Premier Président ne le vouloit faire, d'autres Présidens le feroyent ; et que quand mesme ceux-là manqueroyent, il n'y auroit pas faute de Conseillerô qui Tentrèprendroyent.
Environ et temps, MM. de Rohan et de la Rodie^ foucaud vont en .Poitou.
12. Le Roy va au Parlement, où il fit passer les Édits des Petits Seaux, ej; revente de quelques Domaines, et entr' autres de la forest d'Orléans*.
M. de Béthune part pour aller trouver la Reynemère, de la part du Roy\
* Voy, Mère, fr,, p. 152, le compte renda de cette séance royale. « On 1» leut deux Edicts^ Tun pour la revente du Domaine royal aliéné et dé* » laîisement à perpétuité à tiltre de ftef, ou cens, avec deniers d'en* » trée t du fonds et propriété des bois en grufirie, grairie, segrairiOi » tiers et danger des forêts, gardes et buissons du duché d'Orléans «t » autres Provinces, où Sa Majesté avMt des bois de la nature susditOé » Et l'autre, pour la vente et revente des droicts de petits seaux et » augmentation d'îceux par tout le royaume de Trance. » A chaque reprise de la guerre civile, on voit reparaître des mesures fiscales qui, en créant des ressources momentanées au gouvernement, ruinent l'État. La misère du plus grand nombre est toujours la conséquence de l'anapchie fomentée par l'ambition de quelques-uns.
2 M. de Béthune portait à la Reine-mère les réponses du Roi et du Prince de Piémont, en date à Paris du 12 mars, aux lettres de la Reinemère du 28 février, (f^oy, ces réponses, Mère, fr>^ p. IftO et 145.)
A12 JOUANilL INÉDIT
itort ifit. 13. M. de Bérule part en poste, pour aller, de
la part du Roy, trouver la Reyne-mère. Il revint le cinq avril et repartit le neuf.
14. VilliersSaint-Genest arrive de la part de la Reyne, avec une lettre de Sa Majesté au Roy*. — Sur quelques paroles qu'il dit, le Roy luy dit, que sans le respect de la Reyne sa mère, il luy auroit fait trancher la teste. Villiers répondit qu'il aymeroit mieux mourir mille fois que d'avoir offencé Sa Majesté, et que s'il l'avoit fait, il la supplioit très humblement de luy faire trancher la teste.
Le jeune Chappes, nommé Villequier% âgé de quatorze ou quinze ans, se bat avec M. de Routeville- Montmorency*, environ de son âge.
* Voy, Mém. d*Arn*uld d*Andilly, p. 386 ; Richelieu, p. 530.
» Voy. Merc, fr.^ p. 161, cette seconde lettre de Marie de Medicis à Louis XIII, datée d*AngouIêaie le 10 mars. On trouve dans le Mercure trois autres lettres de la Reine-mère, en date du môme jour, adressées au Chancelier, au Garde des Sceaux et au Président Jeannin, suivies des réponses de ces grands hommes d'État.
s Antoine d'Aumout, second fils de Jacques d'Aumont, baron de Chappes, mort en 1614, et de Charlotte-Catherine de Villequier, fut élevé à la Cour comme enfant d'honneur du roi Louis XIII, porta d'abord le titre de marquis de Villequier, servit au siège de Montauban en 1621, devint capitaine des gardes en 1632, gouverneur de Boulogne en 1635, Maréchal de France en 1651, gouverneur de Paris en 1662, premier duc d'Aumont et pair de France en 1665 et mourut en 1669. (Voy, P. Anselme, t. iv, p^ 877 et t. vu, p. 542.) Le Maréchal duc d'Aumont étant mort en 1669, âgé de soixante-huit ans, suivant le P. Anselme, aurait eu, à l'époque du duel dont il s'agit, environ dixhuit ans. La Notice de M. Salabéry, dans la Biog. Michaud, confirme le témoignage du Père Anselme et place la naissance du duc d'Aumont eu 1601.
^ François de Montmorency, seigneur de Bouteville, gouverneur de Senlis, se distingua aux sièges de Saint- Jean* d'Angely, de Montauban,
d'arnauld d'aptdilly. 415
15. M. de Blainville va Ambassadeur extraordi- ^a» le». naire en Lorraine, sur le sujet de ce que l'on croioit que M. de Lorraine favorisoitM. d'Epernon.
21. Monsieur le Prince tombe malade. — Mardy 2 avril, MM. Hélin, Duret et Seguin vont au Louvre représenter Testât de sa maladie. La cause en estoit attribuée à profonde mélancolie. Il fut tenu plusieurs jours hors d'espérance. Il fut permis à Madame sa mère, à Madame la Comtesse, à M"'* de Ventadour*, à M"*' la Comtesse d'Auvergne*, à M"*' de la Trémoille % à M™' de Fontaines *, à M"* la Grande'* etc. . . de l'aller visiter.
de Royan et de Montpellier, se rendit tristement célèbre par ses nombreux duels et surtout par le dernier contre le marquis de Reuyron, à Toccasiou duquel il. fut condamné à avoir la tête tranchée, ce qui fut exécuté le 22 juin 1627. {Voy. P. Anselme, t. m, p. 588.) D eut pour fils posthume le célèbre maréchal duc de Luxembourg.
^ Marguerite de Montmorency, fille du Connétable et belle-sœur de Monsieur le Prince, mariée en 1593 à Anne de Lévis, duc de Ventadour, morte en 1660.
* Charlotte de Montmorency, sœur de la précédente, mariée en 1591 à Charles de Valois, comte d'Auvergne, depuis duc d'Angoulôme, morte en 1636.
' Le jeune duc de la Trémoille avait épousé le 10 janvier de cette année 1619, sa cousine, Mavie de la Tour, fille de Henry de la Tour, duc de Bouillon et d'Elisabeth de Nassau, qui mourut en 1665 ; mais les nouveaux mariés n'étaient pas encore revenus de Sedan, comme on le verra plus loin. Il s'agit ici de la duchesse de la Trémoille, douairière, Charlotte Brabantine de Nassau, fille de Guillaume U de Nassau, Prince d'Orange, et de Charlotte de Bourbon-Montpensier, alliée de Monsieur le Prince.
^ Anne de Bueil, fille de Louis de Bueil, comte de Sancerre, grand échanson de France, et de Jacqueline de la Trémoille, veuve depuis 1590 de Honorât de Bueil, seigneur de Fontaines, conseiller d'État, vice- amiral, lieutenant-général en Bretagne, gouverneur de Saint- Malo. Elle était par sa mère alliée à Monsieur le Prince.
* Anne de Bueil, dame de Fontaines, fille de» précédents et femme
lilk JOUHNAt INlÈniT
i »«•. Le lundy 8 avril, le Roy luy renvoyé son épée par
M. de Gadenet, et luy écrit : Mon cousin, je suis bien fâché de vostre maladie. Je vous prie de vous réjouir. Incontinent après que j'auray donné ordre à mes affaires je vous donn^ay vostre liberté. Béjouïssez-^vous donc, et ayez assurance de mon amitié. Jesuis.*..^
2â* Premier courrier de M. de Béthune arrive, avec une grande dépesche de luy, dont quelque chose du sommaire est, qu* ayant leû la lettre du Roy, la Reyne dit à M. de Béthune, qu'e^;ant en créance sur luy, elle seroit bien ayse de savoir ce qtf il avoit à dire, (et cela en présence de M. d'Epernon), à quoy M. de Béthune ayant répondu qu'il n' avoit charge de parler qu'à elle seule, et en particulier, elle insista fort disant qu'aussi, bien elle auroit la peine de le luy redire. Enfin, il parla à elle, à part, et ne luy ayant dit que les mesmes choses que contenoit sa lettre, elle dit qu'elle s'étonnoit de cela, puisque la lettre estoit en créance sur luy. Ensuite, elle luy fit ses pleintes du mauvais traittement qu'elle avoit reçeu, excusa fort M. d'Epernon, et en dit beaucoup de bien. Enfin, estant entrez jusques aux avis des désordres dont elle avoit à informer le Roy, elle dit à M. de Béthune, que s'il vouloit, elle les luy feroit entendre. A quoy M. de Béthune répondit, qu'il n* avoit point charge de rien écouter de cela; (en cela,
de Roger de Saint-Lary et de Tennes, duc de Bell^rde, pair et grand écuyer de France.
* Foy. Merc. /y*., p. 183.
d'aanauld d'andilly. 416
on trouva qu'il avoit fait très grande faiite, pour ce Mâw tm. qu'il pouvoit oûir, et dire à la Reyne, qu'il ne voioit nulle apparence de parler de cela au Roy, etc.. Et néantmoins écrire le tout au Roy),
35. M. Arnaud le Mestre de camp dés Carabins, envoyé par le Roy vers M. Sully, trouva que la Reyne mère luy avoit écrit trois ou quatre fois, et qu'il commençoit à se fort engager de ce costé là. Il le ramena à ce qu'on euât pu désirer* Revint le samedy 30. Il y retourna encore depuis, un second voyage, sur la fin du mois d'Avril, dont il revint le dernier du dit mois. — Dix sept mil livres pour les garnisons, non comprises en celles de seureté.
Lundy l. M. de Guise arrive à la Cour» Avm.
Il arrive nouvelle au Roy que les habKans de . Boulongne s'estoyent barricadez contre le chasteau. (Meuz qui y commandoit, n' avoit que sept ou huit hommes, et point de pain.) M. de Longueville s'offence extrêmement de ce que l'on refuse de l'y envoyer. Le Roy, quelque temps après, envoya quérir ledit sieur de Meuz, lequel vint. Depuis, environ le 18 avril, on y dépesche FouqueroUes, Exempt des gardes, avec deux Archers *.
* Voy. Richelieu, p. 542; Pontchartrain, p, 377; Merc. /a, p. 175. Le Mercure rapporte une lettre que U Reine-mère écrivit au Roi au sujet de cette affaire, pour se plaindre que l'on attaquait les places dans lesquelles elle pouvait au besoin trouver sa sûreté. Le duc d'Éperdon était gouverneur de Boulogne; son lieutenant remit la place entre les mains du Roi.
ATTii lert. 3. M. le Maréchal de Vitry revient à la Cour
avec le gré du Roy.
ft. M. de Vendosme refusé d'un pouvoir de commander en Bretagne, et en Normandie, dit qu'il ne seroit jamais avec M. de Luynes. Parle au Roy contre luy. Le Roy l'interrompt et luy dit, qu'il estoit en colère. M. de Luynes luy en ayant fait pleinte, il dit, qu'il estoit vray, etc...
6. M. de la Tremoille revient de Sedan, où il s' estoit allé marier à la fille aisnée de M. de Buillon, quelque six semaines ou deux mois auparavant '.
M. d'Epernon part d'Angoulesme, avec deux canons, pour aller secourir Uzerche.
8. Le Roy écrit à Monsieur le Prince, et luy renvoyé son épée {vide supra) *.