‹ Journal inédit d'Arnauld d'AndillyChapitre 89 sur 99 · Le Roy va à Azé ; et revient le samedy · texte numérisé non relu

Le Roy va à Azé ; et revient le samedy

80. M. le Marquis de Mosny * arrive à la Cour, mal-content de la Reyne-mère , laquelle l'ayant envoyé appeller en sa chambre, et fait sortir tout le monde, luy dit, queiuy voulant témoigner le ressentiment qu'elle avoit de ses services, elle luy bailloit à choisir de tout ce qu'elle avoit en sa disposition, excepté d'Angers, qu'elle avoit esté obligée, pour plusieurs considérations, de donner à M. de Richelieu. Sur cela, il commença à dire, que M. de Richelieu n'avoit rien, ni par naissance, ni par courage, ni par fidélité, qui le deust faire préférer à luy ; qu'il

* Voy, Fontenay-MareuH, p. 444, qui n*est pas d*accord avec d*Andîlly sur les chiffres. Angers fut donné à M. de Richelieu, le Pont-de- Cé au vicomte de Bétancourt et Chinon à M. de Chanteloube. La Reinemère eut le gouvernement d'Anjou à la place de celui de Normandie. {Voy, Mém. de Mole, p. 223 ; Merc, fr,y p. 202.)

* Voy. Fontenay-Mareuil, p. 448; Sferc, /*r., p. 298.

^ Louis de la Marck, marquis de Mauny, frère du comte de Brenne, chevalier des ordres, capitaine des Gardes du Corps, premier écuyer de la Reine Anne d* Autriche, gouverneur de Gaen, mort en 1626.

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ne vouloît rien d'elle, ni demeurer davantage à son j»»»» im. service ; et qu'il s'alloit jetter entre les bras de ses ennemis. Elle luy répondit , je pense que vous seriez bien empesché à les trouver, car, par la grâce de Dieu, je n'en croy pas avoir maintenant un seul, etc. On dit que le marquis de Mosny luy dit en sortant de la chambre, qu'il serviroit aussi bien M. de Luynes, comme il l'avoit autrefois voulu servir.

Après cela, M. le Marquis de Mosny écrivit à M. de Luynes, qui luy fit réponce, que la Reyne ayant agréable qu'il revinst auprès du Roy, il s'assuroit qu'il y seroit fort bien reçeu *.

M. de Marousan de retour d'Angoulesme, avec démission de la Reyne-mère du Gouvernement de Normandie, en laquelle on remarque une faute, en ce qu'elle n'estoit passée par devant Nottaire ; mais seulement par un brevet, signé Lecomte, lequel Lecomte n'est pas mesme secrétaire de la Reyne mère \

Vendredy 5. M. de Bassompierre, ayant appris Juiuet-i la mort du Colonel Galati % arrivée le !•' ou le 2 juillet, revient à Paris, où il estoit allé le samedy 29 juin.

* roy. RicheHeii, p. 553.

s Voy. Merc, fr,, p. 204, une lettre du duc d*Épernon au Roi à 1*0C' casion de la paix, dans laquelle il cherche à justifier sa conduite, se réjouît de la réconciliation du Roi et de la Reine-mère et exprime Tespoîr de passer en paix au service de Sa Majesté le peu de temps qui lui reste à vivre.

' Gaspard Gallati, Suisse, né en 1535, entré au service de France en 1562, capitaine en 1570, commandant de quatre compagnies en 1579, commanda en Provence et en Dauphiné de 1580 à 1587, colonel d'un régiment en 1587, contribua pour une grande part au gain de la

Juillet iMt. îje Colonel Galati avoit quatre charges : 1** celle de Colonel du Régiment des Gardes Suisses du Roy; 2" celle de Capitaine de la Compagnie Colonelle; 3" celle de Lieutenant des Cent Suisses de la Garde : à" et celle de Capitaine d'une Compagnie particulière, dont son petit fils estoit Lieutenant. Messieurs les Ministres disoyent qu'il faloit bailler le Régiment au Colonel Feugly, supprimer la Compagnie Colonelle... M. de Bassompierre estant revenu, ne vit le Roy qu'à Amboise, le samedy au soir, obtint de Sa Majesté tout ce qu'il luy demanda, et luy représenta nécessaire pour le bien de son service, qui estoit, la Compagnie Colonelle pour luy ; le Régiment pour le capitaine Hessé;. (qui, entr' autres signalez services, et outre sa capacité, a fait trois actions fort remarquables, la première à Arques, où il porta mort par terre d'un coup de pique...; la deuxième aux Barricades à Paris, où ayant esté mis par le Roy en la place de Grève, et tous les autres Suisses ayant esté désarmez, il fitsa capitulation, et de ne le point estre, et qu'on luy ouvriroit les Barricades, pour aller trouver le Roy au Louvre ; ce qui fut fait ; et il l'accompagna jusqu'à Rambouillet ; la troisième pour s' estre battu en duel, en Suisse, pour l'honneur de la France,

bataille d*Ârqucs en 158d, dans laqaélle il sauva, dit-on, le Roi ; lieutenant des Gent-suisses en 1603, colonel du régiment des Gardes suisses en 1616, mort en 1619. {f^oy, Biog. Michaud, notice signée Ustéri, et Mém. du duc d'Angoulôme, coll. Petitot, !'• série, t. xliv, p. 573.) C'est à tort, comme on le voit par le journal d*Arnauld d'Andilly, que la notice de la Biog. Michaud prolonge la vie de ce brave soldat jusqu'en 1629.

d'aenauld d'andilly. ftSS

contre un autre Suisse, qu'il tua, en présence de deux J«»«etiiit. Cantons). Joint que le Colonel Feugly ne réside point d'ordinaire en France *.

La lieutenance de la compagnie des Cent Suisses fut donnée au Colonel Feugly. — La Compagnie particulière du colonel Galatj fut donnée à son petitfils, en considération des services du bonhomme.

Le Roy estant revenu à Tours, les Ministres firent encore difficulté à tout ce que dessus, principalement Monsieur le Chancelier et M. de Pisieux, qui dirent qu'il en faloit demander avis aux Cantons. Mais nonobstant cela, le Roy commanda à M. de Pisieux de faire les Expéditions conformes à ce qu'il a voit accordé à M. de Bassompierre ; lequel, environ trois semaines auparavant, avoit rendu une extrême preuve de probité, ayant ménagé douze mil écus par an au Roy, sur les douze montres des dix Compagnies Suisses qui sont en France, en faisant réformer à treize cent soixante et tant d'écus pour Compagnie la Capitulation qui avoit esté faite avec eux, depuis cette dernière reveûe à quatorze cent soixante et tant d'écus ; laquelle augmentation les Suisses luy vouloyent donner.

Le Roy va à Amboise, et revient le mardy 9.

6. M. de Nevers arrive à Amboise, et fut fort bien receu du Roy \

* Je n*ai rien trouvé tant sur le colonel Feugly que sur le brave capitaine Hessé, ni dans le P. Anselme, ni dans Moréri, ni dans laBiog. Michaud, ni dans Texcellente et précieuse table de la collection Petitot.

> yoy. Pontchartrain, p. 287.

Juillet Itlf.

&3/i JOURNAL INiSdIT

M. du Mayne va en poste à Paris,

7. M. de Gadenet y va aussi, mais en Carrosse. (On disoit que le sujet de son voyage estoit, pour observer MM. du Mayne. , . . Vemet. . . . argent. . . Bois de Vincennes, et pour traitter du Gouvernement avec M. de Longueville.) — Voyage précédent de M. le Colonel (d'Omano), eust traitté pour le Pont de TArche. Le Mayne envoyé avant que Monsieur le Colonel revinst. M. de Gadenet promit Calais à M. de Longueville, (dont M. de Luynes avoit dit auparavant à Monsieur le Colonel qu'il trouveroit bon qu'il traittast) , ou 80 mil écus pour l'avoir, ou quelqu' autre place. M. de Longueville disant que Monsieur le Colonel estoit cause que M. de Vilars-Oudan ' s'en estoit en allé de Paris, dit, qu'il vouloit que les Corses sortissent de Quillebeuf, et que le Roy y misl des François. Madame la Comtesse écrit à M. de Luynes qu'elle s' estoit fait fort que Monsieur le Colonel estoit tant de ses amis, qu'il le voudroit bien.

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