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Mm If». sieur Galeteau, premier vallet de chambre du Boy, sans avoir parlé à qui que ce fust, entre dans la salle, et s'adressant à Mondeur le Colonel, luy demande (aprez luy avoir fait excuses de ce qu'il estoit venu durant son souper) s'il luy pourroit dire un mot de la part du Roy, En mesme temps Monsieur le Colonel se lève et s'en va avec luy à quatre pas de la table, et lors le sieur Galeteau luy dit : Monsieur, le Roy m'a commandé de* vous venir trouver, pour vous dire qu'il est extrêmement offencé de l'impudence (ou insolence) que vous avez commise d'envoyer un gentilhomme vers Monsieur lequel l'a entretenu fort longtemps ; qu'il vous commande de partir dans deux ou trois jours au plus tard, avec voz frères, vostre femme et vostre sœur, pour vous en aller au Pont-Saincl-Esprit ; et que sy vous y mancquez, il vous sçaura bien fère obéir, et vous fère congnoistre qu'il est vostre maistre. — Monsieur le Colonel respondit audit sieur Galeteau : Monsieur, avez tout dit ? — Et le dit sieur Galeteau répliquant qu'ouy. Monsieur le Colonel reprit la parolle ; et dit : Monsieur , je vous supplie de dire au Roy que pour luy tesmoigner qu'il n'a point en son royaume un plus respectueux et un plus fidelle subject et serviteur que moy, je reçois maintenant avec le mesme honneur et avec la mesme révérence les commandemens et les outrages que vous m'apportez de sa part Je n'ay passeullement pensé à envoyer un gentilhomme vers Monsieur ; et mon frère de Mazargues y en ayanl envoyé unnommé Vitrol pour avoir seing en son ab-
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sence de ce qu'il fault à Tescurye de Monsieur, ainsy w^y kh. qu'il avoit tou8Jours accoustumé, et mesme donner ordre au payement de la despense des chevaux ; s'il se trouve que je l'aye chargé d'aucunes lettres, ny d'une seule parolle, je ne dis pas soulignent à Monsieur, mais à qui que ce soit, ny que j'aye mesme parlé à luy, je veux perdre 1 honneur ; et n'y eu jamais une plus fausse calumnie que celle que l'on m'a imposée en cela auprez du Roy. Quant au commandement que vous m'apportez d'aller au Sainct-Esprit, ceste mesme raison m'empesche de le pouvoir exécuter ; et supplie très humblement Sa Majesté de considérer sur ce subject, que sy lorsqu'on sa présence je la servois sy utilement dans la Cour auprez de Monsieur, qu'elle m'en tesmoignoit toutte la satisfaction que je pouvois souhaitter, mes ennemis ont eu le pouvoir de luy rendre ma fidellité suspecte ; que sy quand elle me commanda de m'esloigner de Monsieur, elle me dit qu'elle vouloit que je demeurasse dans la Cour comme un homme de ma condition et de ma qualité, et qui l'a vois très bien servie ; que sy aussytost que je l'eus perdue de veue, elle me fit commander dés le lendemain de m'en aller en Nor* mandye, et puis au lieu de cela à Paris, où je n'ay pas plustost esté , que le pouvoir et la liberté qUe mes ennemis ont de calumnier augmentant par mon esloignement, ilz ont sur la plus grande fausseté du monde porté le Roy à m' envoyer dire par vous des outrages ; il n'y a point de crimes dont ilz ne s'effôrceassent de me fère croire coupable par Sa Majesté
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uaymk. lorsque je serai en Tune des extremitez de son royaume et dans des places dont Passiette leur don-* neroit mille subjectz de me calumnien On luy diroit que je caballerois avec les Huguenots, avec Savoye, avec Espagne ; et sy je n'estois point chrestien , je croy que l'on luy diroit mesrae que je traicterois avec le Turc. C'est pourquoy je supplie très hunn blement Sa Majesté d'avoir agréable que, pour conserver mon honneur et ma fidellité non seullement inviolables comme ilz le seront tousjours, mais exeraptz de soubçons que les artifices de mes ennemis en pourroîent donner à Sa Majesté , je ne bouge de Paris, affin qu'au moindre mcscontentement que le Roy aura de moy, il me puisse fêre arrester, et sy je suis coupable, me fère punir sans envoyer quérir ma teste sy loing ; et que ma présence et mon visage donnent de la retenue à la meschanceté de mes enne* mis. Que sy mon séjour dans Paris est désagréable au Roy , je demeureray en tel village proche qu'il luy plaira, et ne verray que les personnes qu'il m' or* donnera. Mais sy tout cela ne suflBt , je sçay un expédient qui luy estera tous les soubçons que l'on luy pourroit donner de moy, et fermera pour l'advenir la bouche à mes ennemis ; qui est de me mettre dans la Bastille. Car ainsy estant soubs la clef du Roy , au-» cune de mes actions ne luy sçauroit donner d'umbrage, et je recevray avec joye ceste probation (?) en attendant que le temps faisant congnoistre à Sa Majesté ma sincérité et la fidellité de mes services, elle me juge digne non seullement d'estre mis en li-
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berté, maïs d'avoir meilleure part que jamais en Htyiin Thonneur de ses bonnes grâces. -«-^ Galeteau respon^ dit qu'il ne se pouvoit charger de fère ceste response au Roy, pour ce qu'il ne retourneroit de quatre ou cinq jours à la Cour. A quoi Monsieur le Colonel réplicquant que c'estoit chose bien rude et bien extraordinaire de luy apporter un commandement, et ne se voulloir pas charger de la responce ; et Galeteau insistant à s'en descharger , et disant qu'il le mandast au Roy par quelqu' autre ; Monsieur le Colonel dit qu'il chercheroit donc quelqu'un qui luy voulust rendre cest office. Et se retournant vers M"*' la Marquise de Montlord et M"' de Mazargues, dit à Galeteau : Quel traictement est cecy de vouloir envoyer de ceste sorte à cent cinquante lieues d'icy ceste pauvre femme languissante (parlant de M"* de Mazargues acouchée depuis peu , et qui avoit esté fort malade depuis) ; et ceste autre qui depuis dix ans n'a point porté de santé (parlant de Madame la Marquise) ? A cela Galeteau respondit: Monsieur, ceste excuse est fort bonne ; et sera bon, s'il vous plaist, de la faire dire au Roy. — A quoy Monsieur le Colonel répartit : Nullement, Monsieur, je ne dis point par excuse ; car j'ayme beaucoup mieux payer de ma teste , que de la maladie de ma femme. — Aprez Galeteau vint à M. de Mazargues, et luy dit qu'il avoit fait entendre à Monsieur le Colonel la volonté du Roy sur son subject. — Galeteau estant party. Monsieur le Colonel et Madame la Marquise sa femme envoyèrent supplier
May Hu M. le Mareschal de Créquy de les venir voir, et eètant venu à l'heure mesme, le supplièrent d'aller trouver le Roy pour luy représenter les raisons de Monsieur le Colonel dont Galeteau n'avoit pas voulu se charger. Ce que M. de Créquy leur ayant promis, il partit le lendemain, jour de la Pentecoste, et le lendemain lundy à trois heures aprez midy, au retour de la chasse du Roy, parla à Sa Majesté, laquelle luy respondit qu'elle ne vouloit rien escouter de la part de Monsieur le Colonel , jusques à ce qu'il fust dans le Sainct-Esprit
Dudit jour 25. M. de Marcheville, soubz-gouverneur de Monsieur, part de \a Cour, ayant eu son congé, pour ce que l'on le croyoit amy de Monsieur le Colonel. M. de Montgenoust, ausmosnier ordinaire de Monsieur, fut aussy osté, et M. Passart mis en sa place. MM. de Pelegrin et Dolphin, ordinaires, furent aussy estez, avec permission de tirer récompence d'une des deux charges, et de la partager entr'eux. Ordonné que M. de Valsin se desferoit aussy de la sienne. Carrillon, chirurgien, aussy osté.
Entre le mardy (21 may), et le samedy (25). Monsieur, parmy plusieurs quy estoient à l'entour de luy, ayant aperçu M. d'Aiguebonne, l'appella, et luy demanda s'il feroitce qu'il luy commanderoit? M. d'Aiguebonne luy ayant respondu qu'ouy, et qu'il s'en tiendroit fort honoré, Monsieur luy commanda d'aller trouver M. de la Viéville, et de luy dire qu'il luy avoit mancqué de foy et de parolle touchant Monsieur le Colonel; mais qu'il s'asseurast que s'il ne le
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réparoit, il ne Toublieroit jamais, et qu'il n'auroit pas May leii. tant de peyne à fère le bien qu'il en avoit eu à fère le mal. — M, d' Aiguebonne ayant dit cela à M, de la Viéville, il demeura fort surpris, et respondit en termes généraulx avec de grands respects vers Monsieur le Colonel, qu'il l'honoroit, qu'il l'estimoit autant que seigneur de France, et n' avoit jamais pensé à luy rendre de mauvais offices auprez du Roy ; que c'estoit chose qui estoit venue du pur mouvement de Sa Majesté et que s'il pouvoit servir Monsieur le Colonel, il le feroit tousjours pour sa propre considération, et encor beaucoup d'avantage puisque c'estoit chose qui agréoit à Monsieur. — M. d' Aiguebonne luy ayant réphcqué que cela n'estoit pas respondre à ce que Monsieur luy mandoit, qu'il luy avoit mancqué de parolle, et désiroit qu'il réparast le mal qu'il avoit faict, M. de la Viéville respondit en homme fort embarrassé. — Quelque temps aprez, M. de Joyeuse, neveu de M. de la Viéville, vint trouver M. d' Aiguebonne, et luy dire que M. de la Viéville seroit bien malheureux sy Monsieur avoit mauvaise satisfaction de luy, et qu'il feroit tousjours tout ce qui seroit en son pouvoir pour le servir.
Jeudy 30 may (1624). M. de Bonœil apporte de Compiègne à Monsieur le Colonel un chappellet de la part de la Reyne-mère. La chose est que quelques jours auparavant, la Reyne-mère donnant quelques chappelletz qu'elle avoit apportez de Liesse, Monsieur luy dit devant toutte la Cour: Ma maistresse, j'ay une faveur à vous demander, mais je voussup-
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M^ i«^« plie très humblemmt de ne la point refufier. — La Reyne hiy dit : Je n'ay garde, mon filz ; qu'est-ce? — Ma maistresse, c'est cpie vous envoyiez, s'il vous plaist, un de ces chappelletz à Monsieur le Colonel, affin que tout ce mcnde cognoisse que vous n'estes pas contre luy. Le Roy ayant sceu cela, il fut agité gy on envoyeroit le chappellet, et à ce que quelques* uns dient, résolu que non ; mais néantmoins il vint, et M. de Bonœil se trouvant mal quand il arriva, l'envoya par une de ses filles. Et le lendemain dès trois heures du matin fut remandé pour aller à Id Cour, à cause des ambassadeurs qui arrivoient, ce qui fut cause que Monsieur le Colonel luy escrivit:
Monsieur,
Je commence à croire qu'une mauvaise fortune peult estreacompagnée debonhœur, puisqu'il a pieu à la Reyne-mère du Roy me tant obliger que m'envoyer le chapelet que vous avez pris la peyne de me faire rendre de sa part. Ceste faveur m'est sy sensible, qu'il n'y a point de remerciemens capables de tesmoigner avec quel respect je la reçois. Mais sy les occasions secondoient mes désirs, j'oserois espérer de fère voir à Sa Majesté, par mes très humbles et très fidelles services, que l'honneur de ses commandemens me sera tousjours plus cher que ma vye, laquelle je tiendrois trop heureusement employée sy je pouvois, en la perdant, donner à Sa Majesté une aussy grande marque de ma recognoissance, que j'en reçois une de sa bonté. Vous m'obligerez extrême-
Fevrier.
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ment de Yen assurer ^ et de croire que nul ne sera ^y i«^* jamais plus que moy...
Lundy â juin (162/i) • A onze heures dumatin, un Jum. exempt des gardes de la compagnie de M. de Tresmes, nommé Boislouez, vient faire commandement de la part du Roy, à Monsieur le Colonel, de partir dans vingt-quatre heures avec ses frères, sa femme et sa sœur, pour aller au Sainct-Esprit. Monsieur le Colonel fil response : que quant à ses frères, ilz avoient desjà obéy. (M. de Mazargues estoit party en poste le lundy matin, et M. d'Ornano le lendemain) ; que pour luy il ne le pouvoit, à cause des mesmes raisons quMl avoit représentées au sieur Galeteau, et qu'il répéta lors ; mais qu'il révéroit tellement l'authorité du Roy, que voyant le baston qui en portoit la marque, il estoit prest de le suivre à la Bastille^ ou en tel autre lieu que Sa Majesté auroit agréable, affin de luy faire cognoistre qu'il ne vouloit avoir autre protection qu'en sa justice et en son innocence. Ce que l'exempt, luy promit d'aller rapporter au Roy. Mais Monsieur le Colonel, ayant apris qu'il avoit seullement escript à la cour par un archer qu'il avoit emmené avec luy et qu'il n' estoit bougé de Paris, Monsieur le Colonel escrivit le soir mesme au Roy, et luy envoya la lettre par le com(missai)re le Berche; lequel le lendemain sur les dix heures donna la lettre au Roy, comme il sortoit de sa chambre, luy disant que c'estoit une lettre que M. le colonel d'Omano luy avoit donné charge de luy présenter. Le Roy la prit, voulut rompre la soye, et luy dit
jofn im. qii'aprez la messe il la verroit, et qu'il le vînt retrouver ; et en mesme temps commanda à Boulanger d'aller quérir le marquis de la Viéville,