M. le président Jeannin, assisté de M
va dire, aux Augustins, à Messieurs des Estats, que le Roy leur accorde la recherche des finances, sous le nom de chambre ardente \
29. Messieurs du Parlement s'assemblèrent, sur le sujet de la paulctte, et aussi le 30 et 31 \
4 Charles de Neuf ville, marquis d'Alincourt, gouverneur du Lyonnais, fils de M. de Villeroy et père de Nicolas de Neufville, marquis de Villeroy qui fut gouverneur de I^ouis XIV et maréchal de France. Le marquis de Villeroy devant épouser la fille du maréchal d'Ancre, cette alliance projetée permettait à M. d'Alincourt de s'interposer entre le maréchal et M. de Villeroy. Ce mariage n'eut pas lieu.
2 Voy. sur cette brouille entre Villeroy et le maréchal d'Ancre, Pontchartrain, t. XVII, p. 04.
s C'était une commission ex'raordinaire nommée pour rechercher les malversations dans les finances et juger les agents coupables de ces malversations.
k La paulette ou pâlotte qui a été la cause d'interminables débats entre le Parlement et le grand Conseil, était un impôt prélevé annuellement sur les offices de justice et de finances, moyennant lequel le privilège de l'hérédité leur était assuré. On appelait aussi cet impôt le droit annuel. Cette mesure fiscale établie par Henri IV, en consacrant la vénalité des charges et en les rendant héréditaires, leur fit acquérir une valeur considérable. {Voy. sur cette question le Merc.
Décembre Mort de M. le maréchal de la Chastre ■. Sa charge
donnée à M. de Roquelaure 2.
/h, t. m, 2e part., p. 72 et suiv., où se trouve l'analyse de toutes les raisons pour et contre la paulette.)
1 Claude, baron de la Chastre, né en 1526, gouverneur du Berry sous Charles IX, maréchal de France en 1593, mort en 1614.
* Antoine, seigneur de Roquelaure, grand maître de la garde-robe en 1589, gouverneur de Guyenne, maréchal de France en 1615, mort en 1625.
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SOMMAIRE
Janvier. — Remontrances du Parlement sur l'article 1* du cahier du Tien-État. — Arrêt du Conseil à ce sujet. — La paulette. — Discussion sur l'art. 1". — Brouille du cardinal de Sourdis et de M. le Prince. — Duel du marquis de la Force avec M. de Grammont — Réclamations de l'ambassadeur d'Angleterre contre le cardinal du Perron. — État des finances. — Propositions d'Arnauld l'intendant. Violences exercées envers M. de Riberpré. — M. de Puisieux chargé des deniers du taillon. — Amboise enlevé à Monsieur le Prince. — Suppression du 1er article. — Jugement d'une prise faite sur les Espagnols par Barre et Fleury, capitaines français. — Duel de Livarrot et Auvilars contre la Ferté et la Trye. — Le clergé récuse la juridiction du Parlement. — L'Évèque d'Angers et le Chancelier.
Février. — Violences de M. de Bonneval envers M. de Chavaille. — Bonneval condamné à mort. — Affaire de Marsillac et de Rochefort, —Conduite de Monsieur le Prince envers le Parlement et la Reine.— Plaintes du député Digoine. — Excuses de M. le Prince. — Délibérations des États. — Brouille de M. de Souvré et de M. de Luynes.
— Clôture des États. — Séance royale.
Mars. — M. de Luynes a le gouvernement d'Amboise. — Délibérations du Parlement et du Conseil sur la paulette. — Les trois Ordres au Louvre. — Mort de la reine Marguerite. — Soumission de M. de Vendôme.
Avril. — Réconciliation du maréchal d'Ancre avec M. de Longueville et M. de Villeroy. — Duel de M. de Bressieux et de M. de la Valette.
— Duel du vicomte de Rabat et de M. de Longnac. — Discussion au Conseil sur les finances ; discours d'Arnauld. — Le Parlement mandé au Louvre- — Remontrances. — Querelle d'étiquette au sujet de la queue du manteau royal. — M. de Caudale, premier gentilhomme de la Chambre. — Soumission de Monsieur le Prince.
Mai. — Duel de M. de Lostores et de M. de Madaillan. — Surséancc à la
22 JOURNAL INKDJT
révocation do la paulette.— Départ do Monteur le Prince pour Vale
— Remontrances du Parlement sur les désordres de l'État. — Disc sions entre le Parlement et le Conseil. — Paroles de la Reine. Arrêt du Parlement cassé.
Juin. — Délibérations du Parlement au sujet de l'arrêt cassé. — 1 glcment du Conseil. — M. le Prince à Saint-Maur. — Violences M. de Canisy. — Querelle d'étiquette entre M"* de Longueville et duchesse de Guise.
Juillet. — M. de Yilleroy député vers M. le Prince. — Prêtent i< de celui-ci. — Le Roi fait tirer douze cent mille livres de la Bastii
— Conférences des Princes. — Assassinat de M. de ProuvDle par \ rianna, — Rupture des Princes avec la Cour. - Pontchartrain i voyé vers Monsieur le Prince
Août. ■- M. de Longueville se retire à Amiens. — Duel de MM. Montmorency et de Portes contre MM. de Retz et de Vitry. — \j& n réchal d'Ancre va à Amiens. — Le Parlement mandé au Louvre sujet du départ du Roi pour son mariage. — Mesures pour la sùn de Paris pendant l'absence du Roi. — M. de Chevry nommé int( dant des finances — Ordre au président le Jay d'accompagner le R
— Manifeste de Monsieur le Prince. — Le maréchal de Boisdaupl chargé du commandement général de l'armée. — Le Conseil délib»' sur la guerre. — Le Parlement délibîre sur le danger du départ Roi. — M. de Loménie fils a la survivance de la charge de son pei
— Départ de la Reine-Mere et du Roi. — Arrestation du préside le Jay. — Remontrances du Parlement. — Détails sur le voyage i Roi. — Administration des affaires pendant l'absence du Roi. — » restation du sieur de Foraise, agent de Monsieur le Prince.
Septembre. — Nouvelles du voyage du Roi et de la marche de s armée. — Assemblée de Grenoble. — Déclaration du Roi cont Monsieur le Prince. — Délibérations du Parlement.
Octobre. — Affaires entre les armées du Roi et celles de M. le Prhn
— Mariage du Roi à Rurgos et de Madame à Bordeaux. — Pri*e Clermont par le maréchal d'Ancre. — Passage de Bony par l'ami de M. le Prince. — Conduite du maréchal de Boisdauphin.
Novembre. — Échange de Madame et de l'Infante. — iNouvelles de guerre. — Le Roi et la jeune Reine font leur entrée à Bordeaux. Marche des armées.
Décembre. — M. de Guise , lieutenant général des armées du Ri
— Duel de M. de Montglat et de M. de Vitry. — M. de la Rocli Guyon, grand louvetier. - M. de Rheims, cardinal. — L'armée Monsieur le Prince à Olerou
d'arnauld d'andilly. 23
2. Messieurs les gens du Roy, ayant fait leurs J«ov,CT ,6,«remonstrances à la Cour sur les disputes et opposition
faite par le clergé en la résolution du premier article du cayer du Tiers-Estat de Paris, touchant la puissance temporelle prétendue par le Pape, (M. le cardinal du Perron a voit harangué la Noblesse, et Tavoit gagnée,) la Cour ordonna qu'on reliroit tous les arrests donnez sur ce sujet.
3. Conseil tenu au Louvre , (auquel assistoyent les officiers de la Couronne et entre autres MM. de Buillon, de Rohan et de Sully) sur le fait dudit article. — Tous opinèrent unanimement pour la conservation de la puissance et de la personne du Roy. — Ordonné que le Roy interdit tant aux Estats qu'à la cour de Parlement la connoissance de cette affaire et la retient à soy et à son Conseil, et envoyé arrest et lettres patentes au Parlement sur ce sujet.
M. d'Espernon auteur de toute cette menée.
Û. M. le Premier Président pour le Parlement, M. le président de Chevry1 pour la Chambre des Comptes, M. le président Chevalier2 pour la Cour des Aydes, et M. Lefèvre pour les Trésoriers de
1 Charles Durct, seigneur de Cheviy, conseiller d'État, intendant et contrôleur général des finances, président en la Chambre des comptes de Paris, greffier des ordres du Roi, mort en H>3G. Il était le frère du médecin Jean Duret. (t'oy. l'historiette de ces <Jeux personnages, Tallemant des Réaux, édition Monmerqué et Paulin Paris, t. i, p. 421, et surtout le savant et précieux commentaire de M. P. Paris.)
5 Nicolas Chevalier, né en 13G3, surintendant de Navarre et de Béarn, deux fois ambassadeur en Angletene, premier président de la cour dos Aides.
2l\ JOURNAL INÉDIT
janvier jeu. France , haranguèrent le Roy et la Reyne pour la conservation de la paulette.
Quand la Reyne vit Messieurs du Parlement, elle leur dit qu'ayant le Roy à leur porte, ils ne devoyent point délibérer d'une affaire de si grande conséquence (parlant de celle de l'article du Tiers-Estat) sans l'avertir, et leur défendit de signer l'arrest, qui n'est signé que du rapporteur.
7. M. l'evesque d'Angers ', assisté de Messieurs du clergé et de quelques-uns de la noblesse, vient trouver le Roy et la Reyne sur le sujet de l'arrest du Conseil du 3 précédent, et parle fort hardiment.
8. Le lendemain matin, ledit evesque d'Angers, assisté de MM. les cardinaux de Sourdis, du Perron, de Larochefoucauld 2, et Bonzy 3, de plusieurs evesques et de plusieurs gentilshommes, vient de rechef trouver le Roy, et parle avec une insolence effroyable.— Demande la cassation tant de l'arrest du Parlement, que de celuy du Conseil. — Soutient que la connoissance de cette affaire n'appartient ny au Parlement ni au Roy, attendu que c'est un point de conscience, dont le clergé est seul le juge. — Disent..
1 Cet éveque d'Angers qui joue un si grand rôle dans les États et parle avec tant d'énergie pour le clergé, est Charles Miron, oncle de Robert Miron, prévôt des marchands et président de Tordre du Tiers. Il avait été nommé en 1588 évêque d'Angers, à l'âge de dix-huit ans, devint archevêque de Lyon en 1620 et mourut en 1628.
2 François de la Rochefoucauld, né en 1558, cardinal en 1607, grand aumônier de France en 1618, mort en 1645.
3 Jean Baptiste Bonzy, né en 1554 à Florence, éveque de Béziers, cardinal en 1611, mort en 1621.
d'arnauld d'andilly. 25
( ce fut M. le cardinal du Perron qui dit cela ) que Janvier si on ne leur accorde, ils quitteront l'assemblée des Estats ; qu'ils useront de toutes sortes d'incomprestations, et d'excommunications, et d'anathématisations, contre tous ceux qui s'opposeront à cette créance, afin de les précipiter dans les peines, les géhennes, le feu, les enfers. — Demandent que ceux de la religion ayent à se désister d'opiner sur cette affaire (sur cela M. de Buillon prenant la parole, dit que le Roy et la Reyne savoient avec quelle modestie luy et ceux de la Religion avoyent parlé en cette affaire, lorsque le Roy leur avoit commandé d'en opiner, en qualité d'officiers de la Couronne, mais que pour le fond, luy et tous ceux de la religion rendroyent toujours au Roy l'obéissance qui luy est deue) ; que le premier advocat du Roy du Parlement soit toujours ecclésiastique, et que M. Servin 1 soit déposé. — Après, M. le cardinal du Perron prit la parole et confirma tout cela, et sur le sujet de l'excommunication dont il parla. Monsieur le Prince dit (je l'ay ouy de sa bouche) : Nonobstant toutes les excommunications, il se trouvera toujours beaucoup de François , qui , en conservant le respect qui est deû au Pape, pour ce qui concerne le spirituel, employèrent volontiers tous leurs biens et leurs vies, pour la
1 Louis Servin, conseiller d'État, premier avocat général au Parlement de Paris, mort dans l'exercice de ses fonctions en 1020, tandis qu'au nom de sa compagnie il faisait des remontrances au Roi tenant, son lit de justice. I^s plaidoyers de ce magistrat célèbre par son éloquence et son énergie ont été recueillis en 1631, in-/i°. Il a laissé plusieurs autres ouvrages tant latins que français.
janvier têts, conservation de l'autorité et du service du Roy. — Sur cela, M. de Yilleroy dit: qu'il semble que l'evesque d'Angers se soit porté si violemment en cette affaire, et ayt offencé le Parlement expressément afin d'obtenir évocation d'un procès qu'il a contre son clergé d'Angers, craignant de retomber au jugement dudit Parlement où il a déjà esté maltraitté.
On leur devoit répondre : que le Roy avoit trèsagréable qu'eux et tous ceux qui oseroyent penser à tenir des langages si insolens se retirassent des Estats, et laissassent ceux qui voudroyent demeurer, résoudre les affaires, et sur cela, faire expédier une déclaration. — On tient qu'en cette affaire, ils ne prennent avis que des cardinaux et des evesques, et non des capitulans , et que le prieur des chartreux 1 et carmes ayant voulu prendre la parole sur des propositions que faisoit le cardinal du Perron, et voyant la violence dont il usoit pour l'empêcher de parler, disant qu'après tant de grands prélats qui avoient traitté cette affaire , il s'estonnoit comme il en pouvoit douter, il répondit que puisque cette affaire se traittoit par autorité et non par raison , il n'avoit plus rien à dire.
Les. cardinaux sont récusables sur cette affaire, attendu que n'y ayant qu'un degré d'eux au Pape, ils peuvent estre Papes, ou faire les Papes.
Semble que M. le cardinal du Perron se porte à
1 Adam Qger, député du clergé pour la prévôté, villo et vieointé de Paris.
d'arnauld d'andili.v. 27 ces aigreurs extraordinaires par la suggestion de J*oner m», son frère qui a grand part avec M. d'Espernon, les Jésuites, et la duchesse de Guise. — L'evesque d'Angers traitte avec luy pour rarehevesché de Sens.
Le cardinal du Perron dit aussi que Ton vouloit introduire en France la confession d'Angleterre , et que c'estoient des pensionnaires du Roy d'Angleterre qui le procuroyent.
Le cardinal de Sourdis dit à Monsieur le Prince, qu'il le récusoit au nom de tout le clergé, à ce qu'il s'abstint d'opiner sur toutes les affaires qui regardent l'Eglise. A quoy Monsieur le Prince répondit (cause de la récusation , sur ce qu'il s'estoit ouvert) : Cda est bon aux autres compagnies, mais non au Conseil, où l'on ne laisse d'estre juge encore queTon s'ouvre:
La Reyne témoigna estre piquée de tant d'insolences. Le Roy leur répondit: qu'ils dressassent leurs cayers promptement, et qu'il leur donneroit toute sorte de contentement. Monsieur le Chancelier ne dit quasi rien.
L'après disnée, le cardinal de Sourdis vint au Conseil des finances ; après y avoir un peu esté , il s'en alla. Monsieur le Prince ne luy osta son chapeau. Après que le Conseil fut levé, il rentra. Comme Monsieur le Prince le vit approcher, il dit au Roy et a la Reyne, qu'ils savoyent l'insolence dont le Cardinal avoit usé le matin contre sa qualité de Prince du sang ; qu'il supplioit leurs Majestez de ne point souffrir qu'il fust opprimé en cette qualité, et de luy permettre de savoir si le clergé le voudroit avouer;
janvier 16,5. en ce cas, former sa pleinte contre le clergé, et s'i.
le désavouoit, former sa pleinte contre le cardinal de Sourdis en particulier. — Le Roy et la Reyne luy répondirent assez doucement , qu'il fist ainsy qu'il aviseroit. — Après, le cardinal de Sourdis approcha, qui dit, qu'il supplioit leurs Majestez d'avoir agréable la récusation qu'il avoît faite contre Monsieur le Prince, attendu qu'il s'estoit ouvert, et que tout juge qui s'ouvre est récusable. Ensuite de cela, Monsieur le Prince demeura un peu, puis parla à M. le maréchal d'Ancre, et sortant incontinent après, il dit : que le cardinal de Sourdis estoit un prestre, qu'il ne le pouvoit offencer, qu'il avoit rendu au Roy et à la Reyne tout le respect qu'il leur devoit, que pour le fond de l'affaire, il se tiendroit toujours en gros pour le service du Roy ; que quant à son particulier, il feroyt ce que leurs Majestez luy commanderoyent. — On dit que sa résolution est de savoir si le clergé avoue M. le cardinal de Sourdis; s'il l'avoue, de former sa pleinte contre tout le clergé, sinon, de la faire contre le cardinal de Sourdis en particulier. — Cette procédure n'est bonne, car il y a apparence que le Clergé ne le désavourra pas, mais il faudroit former la pleinte contre luy en particulier, attendu qu'il ne luy appartient point d'avancer cette parole sans en avoir charge expresse du Clergé, par délibération faite exprès sur ce sujet; ou que si cela n' estoit point, il devoit estre chastié, etc.
On remarque que MM. deGuise furent ce jourlàà la chasse, et que M. d'Espernon n'alla point au Louvre.
d'arnauld d'andilly. 29 Lorsque le cardinal de Sourdis fit sa récusation , Janvier t«u. Monsieur le Prince devoit répondre que sans le respect du Roy et de la Reyne, il luy eust passé son espée à travers le corps, pour avoir esté si téméraire que d'oser prononcer cette parole contre un Prince du sang, sur le sujet d'une affaire si importante
9. M. le marquis de la Force 2 ayant de longtemps querelle avec M. de Grammont3, se dérobbe le soir, auparavant de ses gens, dans le Louvre; sort par la porte des cuisines où deux chevaux de IL de Saint- Angel, son cousin, les attendoyent. Vont coucher hors la ville. Le lendemain 9, à quatre heures du matin, Saint-Angel va dire à M. de Grammont que M. de la Force l'attendoit en tel lieu. M. de Grammont va avec luy, avec son escuyer réputé vaillant. — Arrivé, dit qu'il se veut battre à cheval. — M. de la Force dit qu'il n'estoit raisonnable, veu qu'il estoit mal monté, et que l'autre avoit le Cardinal (barbegris à M. de la Rochefoucault, valant 1200 écus). Néantmoins, se battent. M. de la Force blesse M. de Grammont au bras, retournant à la passade, et M. de Grammont blesse en... du corps; son cheval fait un saut, le jette a terre. M. le marquis de la Force luy fait rendre
1 Voy. le Merc. fr.y t. m, qui entre dans les pins grands détails sur les délibérations des assemblées des États et donne l'analyse des principaux discours prononcés dans les réunions des trois ordres.
* Armand Nompar de Caumont, deuxième duç de la Force, pair, maréchal de France en 1652, mort en 1675.
» Antoine de Gramont, deuxième du nom, comte de Gramont, do fiuiche, de Louvigny, duc et pair on 1643, mort en 164û.
janvier mis. Fespée (ne le veut tuer) , puis va séparer les seconds qui se battoyent à pied, à l'espée seule. Saint- Angel avoit baillé un coup d'espée à son homme au bras; ils estoient aux prises, il luy oste les armes; puis s'en viennent luy et M. de la Force, avec les quatre espées, chez M. de la Force le bonhomme* ; de là chez M. de Rohan, où ils couchèrent. M. de Grammont dit que M. de la Force avoit fait ce qu'il put pour le tûer, qu'il luy fit passer son cheval cinq ou six fois sur le ventre et le laissa pour mort, et que luy avoit perdu le sentiment à cause des foulures du cheval ; et que sur cela, M. de Saint- Angel estant venu, ramassa son espée. Cause de nouvelle querelle. — Le lendemain, un gentilhomme de M. de Grammont qui n'ayant esté par le chemin que son maître luy avoit dit, ne l'avoit pu trouver, fait appeler M. de Saint-Angel chez M. de Rohan qui en fut fort indigné2.
M. l'ambassadeur d'Angleterre fut trouver M. de Villeroy pour avoir audience de la Reyne, afin de se pleindre de ce que le cardinal du Perron avoit dit, et à Sa Majesté, et par plusieurs fois dans les Estats, que c'estoyent des pensionnaires d'Angleterre qui
1 Jacques Nompar de Caumont, premier duc de la Force, pîre du marquis, né en 1559, maréchal de France en 1622, duc et pair en 1637, mort en 1652. Il a laissé des mémoires.
2 « En ce temps les duels furent si communs que deux seigneurs de Gascongne, sçavoir : le comte de Grammont, l'un des députes aux Estats et le marquis de la Force, capitaine des gardes du corps, avec leurs seconds, se trouvèrent et se battirent à cheval au Pré aux Clercs. » {Merc. fr.% t. m, p. 210.)
d'arnauld d'andilly. 31
procuroyent et avoyent mis en avant l'article du Tiers-Etat. — M. de Villeroy l'en veut dissuader, mais ne peut le Faire.
Le Parlement s'assemble sur le sujet de l'arrest du conseil et lettres-patentes qui luy avoyent esté envoyées, portant interdiction de connoistre de ce qui concerne l'article du Tiers Estât. Dix opinent vertement. — On dit qu'un d'entre eux dit au Premier Président qu'il ne méritoit point de les présider, puisqu'il se portoit si laschement à une affaire de telle conséquence. — L'heure sonne, on se retire.
10. Le Parlement se r' assemble ; on achève d'opiner. Ordonné que l'arrest du conseil et lettrespatentes ne seront enregistrez dans le registre de la Cour, mais qu'ils seront gardez à part.
Au conseil de l'Entresolle, M. le président Jeannin lit Testât général des finances ; la conclusion est, qu'il y a un million d'or de faute de fons. — Après cela, il se taist, et se passe un fort long temps avant que personne ne die mot. Ce que voyant, M. Arnaud 1 prend la parole, dit : qu'il voyoit que per-
* Isaac Arnauld, seigneur de Corbeville et de la Roche, intendant des finances, oncle d' Arnauld d'Andilly. Nommé intendant en 1605, il prit en qualité de premier commis son neveu, quoique celui-ci n'eût alors que seize ans et le forma aux affaires. « La reine-mère, Marie de Me- » dicis, alors régente, alloit d'ordinaire au conseil des finances (dont » Arnauld faisait partie), et quand le feu Roi commença à croître, il y » alloit aussi. Comme mon oncle étoit extrêmement considéré de la Reine » et des ministres à cause de son extrême capacité, j'avois l'avantage » que nul autre a l'âge que j'avois alors n'a jamais eu, d'entrer dans le » conseil et d'y demeurer tant qu'il duroit derrière les chaises du Roi » et de la Reine à voir opiner, ce qui ne me donnoit pas une petite con-
janvier i6is. sonne ne disoit mot ; que néantmoins il tenoit que l'affaire qui se présentoit estoit la plus importante qui se présentast aujourd'hui dans l'Estat; et que, de ce que la Reyne résoudroit présentement, dépendoit ou la ruine ou le salut du royaume, et tout ensemble de son autorité, pour ce que la faute de fons des finances estoit qui pouvoit apporter le plus grand désordre; que le Trésorier de l'Espargne n'ayant point d'argent, ne pourroit faire sa charge; que tout ce que l'on luy ordonneroit ne serviroit de rien. Sur cela, la Reyne luy dit : Et bien, que faut-il donc faire? Il reprit : qu'il faloit donc nécessairement remédier à cette faute de fons d'un million d'or; que le seul moyen estoit de se retrancher sur la dépencc ; qu'il croyoit que le devoir de sa charge et sa conscience l'obligeoyent de dire franchement et nettement la vérité ; qu'il estimoit donc que pour ce qui concernoit la dépense de la maison du Roy, il estoit comme impossible d'y rien retrancher; qu'il faloit venir aux pensions qui estoient montées à une somme si excessive, qu'il faudroit avoir les Indes-Orientales et Occidentales pour y subvenir; qu'il estoit donc d'avis d'en retrancher un quartier montant à onze cent mil livres; qu'un des autres plus grands retranchements qui se pouvoyent faire estoit sur les
» noissance des affaires.» (Mémoires d'Arnauld d'Andilly, édition citée, p. 360.) Voy. en tête des mémoires d'Arnauld d'Andilly la notice qu'il consacre à son oncle Isaac Arnauld, l'intendant des finances, dont il analyse plusieurs fois dans ce Journal les discours et les propositions au conseil dos finances.
d'arnàuld d'andilly. 33 gens de guerre; qu'il désireroit qu'on en peusten- janvier ui». tretenir deux fois davantage, mais qu'il valoit beaucoup mieux en retrancher que de courir à une ruine infaillible ; qu'on avoit parlé de retrancher la moitié des Suisses ; mais que puisque la Reyne se vouloit tenir forte, afin d'accomplir les mariages, qu'il pensoit que l'on se pburroit contenter de 1200 en gardant 10 compagnies de 180 hommes chacune ; qu'il faloit aussi prendre les deniers du taillon. Sur cela, M. le Prince ayant pris la parole (IL de Bulion n'y estoit) , et fait un grand discours, après l'avoir laissé tout dire, il répliqua : que quand le Roy mourut on en prenoit deux cent mil livres, qu'auparavant on en avoit pris trois cent quatre-vingt-dix mil livres, et qu'on avoit mesme esté jusqu'à six cent mil livres; que les gens d'armes coustoient beaucoup, et ne servoyent quasy point; que la Reyne n'en vouloit point mener en son voyage, mais seulement des chevauxlégers ; et qu'il estoit d'avis d'en prendre six cent mil livres ; qu'il se dépensoit quatre cent mil livres pour les fortifications ; que tout cela se mangeoit par les trésoriers, contrôleurs et gouverneurs de places; qu'il estoit d'avis d'en retrancher trois cent mil livres et laisser cent mil livres pour les gages d'officiers, pour travailler à une ou deux places, telles que Sa Majesté aviseroit et pour entretenir ce qui est commencé; et qu'il valoit beaucoup mieux ne point faire de fortifications cette année et conserver l'ordre dans l' Estât, que non pas en en faisant, s'incommoder de telle sorte, que ceux qui voudroytMit
janrier i«i5. entreprendre sur nous, nous pussent facilement attaquer; de là, il suivit sur les bastimens et quelques autres dépenses, tant qu'il trouva son remplacement. M. le président Jeannin disoit quelquefois quelque petit mot. La Reyne approuva tout extrêmement ; dit qu'il le falloit faire; personne ne put contredire. Au sortir, chacun demeura d'accord qu'il n'y avoit là dedans que luy qui sçeust conduire les affaires.
11. M. de Riberpré, sortant d'une académie, pensa estre assassiné par un nommé d'Arcueil (qui est au maréchal d'Ancre) et deux autres.— Se pleint au Roy le lendemain \
On présenta à la Chambre des comptes des lettrespatentes portant connoissance à M. de Puisieux des deniers du taillon, sans que l'on peust recevoir sur ce sujet aucunes expéditions signées d'autres que luy.
M. le président de Nicolay 2, voyant que cela tou^ choit extrêmement M. de Villeroy, arreste la vérification et porte les lettres à M. de Villeroy, qui luy
* Voij. sur cette affaire, Richelieu, éd. citée, t. xxi bis, p. 236. On pensa que le maréchal d'Ancre avait fait faire le coup pour se venger de ce que M. de Riberpré, gouverneur de la citadelle d'Amiens, s'était déclaré pour M. de Longueville. — Le marquis de Riberpré était de la maison de Moy.
* Jean II de Nicolay, premier président de la Chambre des Comptes en 1587. Neuf membres de cette famille out été successivement premiers présidents de la Chambre des Comptes depuis Jean Ier, en 1506, jusqu'à Aimar Charles, le dernier président de l'ancienne Chambre des Comptes. {Voy. le commentaire de M. Paulin Paris à l'historiette du président Nicolay dans sa belle et excellente édition de Tallemant des Réaux, t. iv, p. 313.)
d'arnaold d'andilly. M
dit qu'il n'en sçavoit rien et qu'il luy avoit fait plai- m* sir. Et qu'afin qu'il ne semblast que Ton eust fait cette affaire contre son gré, il vouloit signer les lettres; et ainsi les fit refaire et les signa.
19. Assemblée faite dans le Tiers-Estat (à la poursuite de M. d'Espernon), sur le sujet de l'article. — Ordonné qu'il seroit osté. — Quelques-uns protestent au contraire (entre autr.es le lieutenant civil), et dirent qu'ils feront des remonstrances.
La Reyne envoyé quérir le lieutenant civil 1 et quelques autres, dit : qu'elle ne veut point en tout que l'on luy fasse des remonstrances sur ce sujet. Ainsy on veut qu'ils se r' assemblent, afin que cette affaire se passe sans remonstrances. — M. Myron 2 abandonna entièrement l'article.
Résolu dans le Tiers-Estat que Monsieur le Prince rendroit Amboise et qu'on osteroit la garnison de Soissons.
La Reyne avoit envoyé quérir les Députez de Normandie et de Bretagne, et leur avoit commandé d'oster l'article. — M. de Guise avoit fait le semblable pour la Provence; M. d'Espernon, pour
Guyenne; idem pour Dauphiné. Voilà cinq
provinces. Languedoc, Lyonnois et Champagne
* Henri de Mesmes, lieutenant civil de la prévôté et vicomté de Paris, président à mortier au Parlement, présidait la chambre du Tiers- État en l'absence du prévôt des marchands.
* Robert Miron, prévôt des marchands, président et orateur de l'ordre du Tiers-État, ambassadeur en Suisse, intendant en Languedoc, mort en 1641. D était frùra de Franco» Miron, le célèbre prévôt des marchands sous Henri IV.
janvier i«i6. furent partis, ainsy leurs voix ne servirent de rien.
Reste quatre provinces qui furent pour l'article, savoir : Isle de France, Picardie, Bourgogne (M. Le Grand avoit voulu faire aux Députez comme dessus ; ils luy répondirent qu'ils ne pouvoyent). Et ainsy, il passa, à la pluralité, que l'article seroit osté. Et dans le cayer, on a mis ainsi : 1er article. Cet article n'est icy d'autant qu'il a esté porté particulièrement au Roy par son très-exprès commandement, comme grandement important au bien de son service et de son Estât. — Ainsi on commença le cayer au second article \
Monsieur le Prince fut trois fois au Louvre avec les lettres d'Amboise pour les remettre à la Reyne, et trois fois il les reporta. — Enfin, il les luy laissa et écrivit à la Grange, commandant dans Amboise, qu'il remist la place entre les mains de Meurs, exempt des gardes. La Reyne ayant les dites lettrespatentes, les porta au Roy avec une extrême joye, et luy dit, que de toutes les actions de sa Régence, il ne luy estoit resté que celle-là sur le cœur, qui luy donnoit peine; mais qu'elle y avoit esté forcée
* Le premier article du cahier du Tiers-État établissait la séparation absolue du temporel et du spirituel, et proclamait l'indépendance du souverain vis-à-vis de la cour de Rome. On attachait une telle importance à cette déclaration, qu'elle venait la première sous le titre des Lois fondamentales. Le Parlement appuyait le Tiers-fctat. La Noblesse et le Clergé s'opposèrent à l'adoption de cet article et firent une telle résistance qu'un arrêt du conseil, pour ramener la paix entre les trois ordres, en ordonna la suppression. {Voy. le Merc. /r., t. m, où se trouvent les harangues des orateurs des différents ordres et les résolutions adoptées.)
d'arnauld d'andilly. 37
par prudence, et qu'elle loûoit Dieu de quoy la chose Janvier estoit remise en son entier. — Le Roy témoigna une extrême joye.
27. Le samedy auparavant, on avoit apporté au conseil une affaire touchant une prise faite sur les Espagnols par Bare et Fleury, capitaines françois, au-delà de l'isle des Açores. Il y en avoit procédures faites par les officiers de Famirauté, d'autres au parlement de Rouen qui avoit instruit le procès. Sur cela, on avoit évoqué au Conseil, à la requeste de l'ambassadeur d'Espagne, qui se vouloit servir d'une enqueste faite en Espagne, en laquelle les tesmoins se contredisoyent. — Ordonné (le dit jour 2ft) , qu'il seroit donné temps à l'ambassadeur d'Espagne pour faire sa preuve.
Le 27, Bare ayant représenté que le temps qu'on donnoit à l'ambassadeur d'Espagne estoit inutile, pour ce qu'il ne pouvoit faire de preuve qui valût mieux que la première , l'affaire est remise tout de nouveau en délibération. — Grande contestation aux opinions. — De 32 juges, la moitié, qui est 16, ayant esté d'avis de juger sur le champ que la prise est bonne et légitime, et donner main-levée à ces marchans (Monsieur le Prince soustenoit cet avis), l'autre moitié jugea qu'avant que de rien décider, il faloit donner le temps à l'ambassadeur d'Espagne pour le rendre capable de cette affaire. Monsieur le Chancelier soustenoit ledit avis. La Reyne partit en faveur de Monsieur le Chancelier, dont Monsieur le Prince demeura fort piqué, et dit : la Reyne veut
janvier jeu. qu'il paSse à l'avis de Monsieur le Chancelier, j'y reviens donc.