‹ Journal inédit d'Arnauld d'Andilly, 1614-1620Chapitre 31 sur 109 · M. le Prince retourne au Parlement · texte numérisé non relu

M. le Prince retourne au Parlement

27. Lettres patentes du Roy au Parlement portant qu'ils ayent à rendre la justice. Ordonné que l'on obéiroit aux lettres. (Ensuite de quoy le Parlement fut ouvert le lendemain), et par restriction, que l'on travailleroit incessamment à l'affaire de M. d'Espernon.

28. M. de Ventadour va au Parlement leur dire que le Roy remettoit entièrement l'affaire à leur jugement ; mais qu'il les prioit d'avoir égard à l'âge et à la qualité de M. d'Espernon. Sur quoy ils répondirent qu'ils feroyent tout ce qui plairoit au Roy. Et sur cela, fut convenu que M. d'Espernon iroit le lendemain leur faire des excuses. Ordonné que l'information sera mise au greffe, sans estre veûe.

29. M. d'Espernon va au Parlement, avec M. le Grand \ (M. le Prince y estoit encore que la Reyne l'eût prié de n'y assister point, ce qu'il luy refusa. ï M. de Ventadour y alla premièrement, et puis entra

1 Roger de Saint-Lary et de Termes, duc de Bellegarde, grand écuyer de France, sous Henry III , Henry IV et Louis XIII, gouverneur de Bourgogne et de Bresse, duc de Bellegarde et pair de France en 1619, surtintendant de la maison et premier gentilhomme de la chambre de Gaston duc d'Orléans, mort en 1646. (P. P. Anselme, t vui. p. 507.)

Ift JOURNAL INÉDIT

Novembre uu. avec M. d'Espernon, lequel dit : que luy qui estoit un Vieil capitaine, blanchy sous les armes, avoit creu devoir maihtenir sa jurisdiction, contre un petit juge de néant» qui ne pou voit entrer en aucune comparaison aveo luy* Que» pour le regard de la Cour, il n'avoit jamais rien tant désiré que d'avoir l'honneur d'estre de son corps, et qu'il seroit très-marry de jamais rien faire qui luy pust déplaire. Le premier Président de Verdun 1 répondit, entre autres choses, que la Cour recevoit ses excuses et la satisfaction qu'il luy fâisoit* Sur quoy il dit, en jurant, à M. de Ventadour» qu'on le traictoit comme criminel, et qu'il vouloit répliquer. M. de Ventadour le retint, et l'en empescha» et au sortir de là» parla à luy de bonne sorte 2.

* Nicolas de Verdun, premier président du Parlement de Toulouse, nommé en 1611 premier président du Parlement de Paris. L'Estoile, dans son journal, dit que cette dernière charge lui coûta, tant en prix d'achat qu'en épingles, trois cent dix mille livres I Après avoir donné de curieux détails sur la nomination du président de Verdun , il ajoute : « Sur quoi je ne puis arrester ma plume, que je n'escrive ici et déplore le vilain traficq et infâme prostitution qui se fait de nos principaux estât* en France pour de l'argent et principalement de ceux de judicature. Car vendre la justice, qui est la chose la plus sacrée du monde, c'est vendre la République, c'est vendre le sang des subjects, c'est vendre les loix, et, en estant les loiers de l'houtieur, de vertu, de savoir, de piété et de religion, ouvrir la porte aux larcins, concussions, avarice, injustice, ignorance, impiété ; brief, à tous vices et ordures. » (Petitot, 1" série, t. xlix, p. 190.)

2 Cotte affaire est rapportée avec beaucoup plus de détails dans le: mémoires de Mathieu Molé, publiés pour la société de l'Histoire d> France, par M. Aimé Champollion-Figeac (t. i, p. 5-17). Molé venoi d'être nommé procureur général. Reçu en cette qualité au Parlemer le 15 novembre, c'est le 18 qu'il porta plainte contre le duc d'Epei non» Le récit de Molé est d'autant plus important, qu'il est appuj

d'àRNAULD D'ANDILLY. 15

6» Conseil de la Direction changé Ordonné Décembre m* que la semaine se lira, et les principales affaires concernant les finances se traicteront tous les satnedys après midy, en un autre Conseil dans le Louvre, auquel assisteront le Roy, la Reyne, M. le Prince, M. le cardinal de Joyeuse"2, M. de Guise3, M» de Nevers, M. de Bouillon, M. d'Espernon, M. le Chancelier, MM. les précédens Directeurs, M. de Pont- Carré et M. de Bullioh \

ill. Madame de Longueville 5 mal contente de M. de Nevers, son frère, disant que son fils s'estoit engagé, pour son seul respect, aux brouilleries passées, et que maintenant, quand on avoit fait ce conseil de la Direction, il n'avoit dit un seul mot pour

sur tes documents officiels. M. Aimé Champolliôn-FigeaC, note 3, p, 5, reproche à M. Bazin d'avoir été inexact, en disant que M. d'Epernon ne cessa de se moquer du Parlement en des paroles fort hautes. Le compte rendu d'Arnauld d'Ândilly justifie quelque peu l'assertion du regrettable M. Bazin. (Voy. la môme affaire, Richelieu, t. xXi bis, 3* série, p. 215 ; Pontchartrain, t. xvn, p. 61.)

* Après la mort d'Henri IV, Sully ayant été disgracié en 1611, on établit des directeurs des finances pour faire la charge de surintendant. (Voy. Mém. d'Arn. d'Andilly.)

* François de Joyeuse, né en 1562, mort doyen des cardinaux en 1615. {Voy. Merc. fr., U îv, p. 441, une notice sur cet illustre personnage.)

1 Charles de Lorraine, duc de Guise et de Joyeuse, prince de Joinville, pair et grand maître de France, né en 1571, mort en 1640.

* Claude de Bullion, seigneur de Bonnelle, conseiller au Parlement, président aux Enquêtes, conseiller d'Etat, directeur des finances, surintendant des finances en 1632, président à mortier en 1636, mort en 1640. (roy. Tallemant des Réaux, t. h, p> 145, l'historiette de ce personnage qui Tut un des principaux agents de Richelieu.)

s Catherine de Gonzague-Clèves, fille de Louis de Gonzague, duc de Nevers, duchesse douairière de Longueville, morte en 1620.

Décembre ieu. luy. M. de Nevers l'ayant esté voir, elle s'enferma dans son cabinet, et luy tourna le dos.

19. M. de Yilleroy , s' estant pleint à la Reyne de ce que M. le maréchal d'Ancre a voit tenu mauvais propos de luy, et la Reyne luy ayant répondu qu'ils n'avoyent rien à démesler ensemble luy et M. le maréchal d'Ancre, ledit sieur de Villeroy se retire mal content à Conflans. Aucuns disent que M. le maréchal d'Ancre voulant que M. de Longueville prit la Normandie pour gouvernement , et luy laissast la Picardie, Mme de Longueville dit qu'elle suivroit le conseil de ses amis, et particulièrement de M. de Villeroy. Et que depuis, l'affaire ne s' estant achevée le maréchal auroit creu que M. de Villeroy en estoit cause, dont il se pleignit tellement qu'il vint jusques à l'appeller traistre, de quoy M. de Villeroy s' estant pleint à la Reyne, elle ne l'auroit satisfait.

%M. de Pisieux 1 l'ayant esté trouver à Conflans, il revint le 20, qui estoit un samedy2. Alla voir M. le

* Pierre Brulart, marquis de Sillery, vicomte de Puisieux, né en 1583, grand trésorier des ordres du roy, secrétaire d'État et des commandements et finances en 1606, conseiller d'État en 1607, ambassadeur en Espagne en 1612, mort en 1640. Il épousa en premières noce? Madeleine de Neufville-Villeroy, fille de Charles de Neufville, marquis de ViHeroy et d'Alincourt, morte en 1613 et en secondes noces Char lotte d'Etampes-Valençay, fille de Jean d'Etampes seigneur de Valen çay, mariée en 1615, morte en 1677.

2 M. de Puisieux étoit probablement porteur de la lettre suivante écrite au nom de la Reine à M. de Villeroy par le président Jeanni pour l'engager à revenir à la Cour, lettre que je copie 'sur l'autograpt original qui m'appartient: « Monsieur, j'ay communiqué vostre lesti » à M. le Chancelier aussitost que l'ay receue et luy et moy avoi

d'arnauld d'andilly. 17 maréchal d'Ancre (ce qui fut trouvé indigne de i*cem»,rei«u. luy) avec le cardinal de Sourdis qui l'y mena. Y fut longtemps. — N'en sortit trop satisfait. On a voit proposé dans les Estats de demander qu'il fust rappelle. — S'il fust demeuré encore quelques jours à Gonflans, il l'eust esté glorieusement. — La Reyne, à son retour, le tança, disant qu'il l'avoit, en se retirant, laissé exposée à l'envie, pour ce qu'il avoit semblé qu'elle eust esté méconnoissante des services qu'il avoit rendus. — Outre la cause cy-dessus allé-

» jugé qu'il estoit expédient de parler à la Roine sur ce qui vous » concerne et mesme de luy faire tenir la mesme lestre qui est si »> bien, considérant que ne luy pouvions rien dire plus à propos, » Sa Majesté* en a volontiers entendu la lecture et nous a fait rcs- »» ponce qu'elle estoit très assurée de vostre affection et fidélité au » service du Roy et .au sien quelle vous prioit instament a vous y con- » duire comme avez fait et que de son costé elle feroit en vostre en- »» droit comme elle a accoustumé, adjoustant que Monsieur le Clian- » celier et moy vous en donnions advis. Monsieur le cardinal de » Joieuse nous a parlé et Monsieur d'Espernon aussi qui se monstre ii très-affectionné en vostre endroit et sommes tous d' advis que venics » ici des demain si pouves pour y estre un jour si ne voules y estre » davantage et après retourner à Conflans pour y faire vostre feste. .» Vostre départ de ceste Cour qu'on public estre ainsi (illisible) est » grandement préjudicable au service de Leurs Majestés, et si ne faites » perdre ceste opinion par vostre retour et en vous conduisant comme » aves accoustumé, la Roine croira que le faites exprès pour en faire » tomber la hayne sur elle. Je vous suplic humblement de ne le pas » faire et de donner quelque foi au conseil de ceux qui vous honorent » et a moy particulièrement qui suis, Monsieur, vostre humble et » obéissant serviteur,

» P. Jeannin.

« A Parla, ce samedi au soir xx décembre. »

Au dos : A Monsieur Monsieur de Villeroy.

18 JODRNAL INEDIT

i>ec«Bbre un. guée de cette affaire, on dit que la Reyne ayant demandé à l'ambassadeur d'Espagne, si son maistre n* estoit pas résolu d'accomplir promptement les mariages, il respondit que l'affaire n'estoit pas en termes de s'avancer, puisque M. de Villeroy avoit escrit à M. de Vaucelas qu'attendu les mouvemens qui estoient en France, il taschast de différer pour deux ans l'accomplissement des mariages. Que sur cela, la Reyne s'en estoit mis fort en colère, disant qu elle n*avoit point donné charge de cela. Et ayant mandé M. de Villeroy, lui parla avec aigreur sur ce sujet ; et que le maréchal d'Ancre, qui estoit derrière elle, dit tout haut : ce n'est pas la première trahison qu'il a faite. Que sur cela, la Reyne ne dit mot, et que M. de Villeroy piqué s'en alla à Conflans.

Or après que M. de Villeroy eut veu M. le maréchal à son retour de Conflans, ledit sieur maréchal envoyaprier M. le premier Président de le venir voir, etluy dit sur quel sujet estoit venue la broûillerie, et notamment que c' estoit à cause que M. de Villeroy avoit escrit en Espagne. Il dit la mesme chose à beaucoup d'autres, ce qui est interprété comme une espèce de manifeste, afin d'éviter l'envie qu'il encourroit sur l'opinion que l'on concevroit qu'il auroit esté cause de la disgrâce de M. de Villeroy.

Cause de l'inimitié dudit sieur Maréchal envers M. de Villeroy : que sur le sujet du gouvernement de

1 André de Cochefîlet, baron de Vaucelas, conseiller d'État, capitaine de 50 hommes d'armes, ambassadeur en Espagne et en Savoie.

d'arnauld d*a:vdîlly. 19

Picardie, ledit sieur de Villeroy dit que c'estoit bien i*«*mbr« un.

assez de donner des lieutenances de gouvernemens à

des estrangers, mais que de leur donner en chef, il

n'y a point d'apparence. — Sur ce différent, M. d'A-

lincourt 1 arriva le w23 ou 24 en poste de Lyon, et

en mesme temps, alla voir M. le maréchal d'Ancre.

Depuis, M. le Maréchal a désisté d'insister sur la lettre écrite par M. de Villeroy, mais a dit qu'il avoit tenu lesdits propos avec l'ambassadeur d'Espagne ; ce que ledit ambassadeur a dénié \

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