M. Digoine', député de la noblesse de Bour
' Théophile de Damas, baron de Digoyne, député de la noblesse pour te bailliage de Charolles, enseigne de la compagnie du duc de Mayenne,
Février lai». gogne , dit aux Estats (il a toûjours très-bien fait durant les Estats) qu'il avoit des choses d'extrême importance à déclarer au Roy. Mais que pour le faire, il estoit force d'attaquer et d'otfencer deux grands ; qu'il savoit bien qu'il mettoit sa vie en hazard, mais que cela ne l'empescheroit pas. Néantmoins, qu'il les prioit de le prendre en leur singulière protection, et tirer parole du Roy qu'il le prendroit aussi en la sienne ; qu'il avoit pièces justificatives pour prouver ce qu'il diroit. — Ils répondirent que le Roy ayant assemblé les Estats, les avoit rendus seurs et libres ; que de luy en demander une asseurance particulière, estoit douter de sa parole ; c'est pourquoy, ils ne le jugeoyent pas à propos; mais qu'il déclarast le lendemain matin à l'assemblée ce qu'il vouloit dire , et qu'ils luy promettoyent de répandre jusques à la dernière goutte de leur sang , pour empescher que l'on entreprist sur luy.
D'autres disent que M. Digoine dit , qu'il vouloit faire sa proposition au Roy en présence de plusieurs personnes ; que sur cela , les voix ayant esté prises, il passa à la pluralité , que l'on luy donneroit toute sorte d'assistance ; ce qu'on blasme, d'autant qu'on" dit qu'ils l'accordèrent, sans savoir ce qu' estoit.
On dit que ces deux grands estoyent M. le maréchal d'Ancre et M. le Chancelier.
Le dit sieur Digoine est Bourguignon, de très-
servit longtemps le duc de Savoie , Charles Emmanuel, aux guerres de Piémont et fut tué au siège do Vcrceil en 1617.
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bonne maison , chef de la maison de Damas. Est *mkr teis. homme couvert de crimes , mesme accusé d'avoir participé au vol et meurtre du frère de M. l'evesque d'Autun dont les complices ont esté exécutez. N'est fort habile homme. — A depuis esté tué à Verseil.
lli. M. Digoine ne put faire sa proposition, pour ce qu'il survint plusieurs affaires qui l'empeschèrent.
15. M. du Mayne, que l'on tient en partie avoir porté M. Digoine à faire ce qu'il avoit fait, l'envoyé quérir, en ayant esté averty par la Reyne, luy dit qu'il désire qu'il suive sa pointe, et qu'il veut encore ajouster à ses mémoires. A cet effect, le prie de les luy apporter tous, pour les voir. Les ayant, il les retient. Et est à remarquer que la pluspart estoyent signés. M. Digoine extrêmement fâché de cela, et se voyant privé du moyen de faire ses preuves va le lendemain lundy aux Estats, leur dit que n'ayant plus les preuves qu'il avoit, il estoit résolu de se retirer, et de faict, se prépare pour partir. Cela estant sçeu au Louvre, on le veut faire arrester prisonnier, pour ce qu'il n'est permis aux Députez de se retirer sans permission du Roy. M. Digoine, en estant averty, se tient sur ses gardes, et va au Louvre. — Là, on luy fait toutes sortes de caresses ; et le lendemain, il retourne aux Estats comme auparavant.
D'autres disent qu'il dit à Messieurs des Estats qu'il ne pouvoit dire ce qu'il avoit proposé, pour ce que la Reyne luy avoit fermé la bouche, le luy ayant défendu ; et que puisque les Estats n' estoyent pas libres, il demandoit congé de se retirer.
5ft JOURNAL INÉDIT
Février im. A onze heures du matin, Monsieur le Prince va au Louvre, et dit au Roy: Sire, je supplie très-humblement vostre Majesté d'oublier tout ce qui s'est passé, et me le pardonner. Le Roy répondit: Monsieur le Prince, je vous le pardonne de très-bon cœur, et seray toujours très-ayse de vous donner auprès de moy le rang qui est deu à vostre qualité, pourveu que vous n'y retourniez plus, et n'y retournez plus.
Après, il vit la Reyne, et parla à elle si bas, et elle à luy, que personne ne l'entendit. 11 parla environ la moitié plus qu'il n'avoit fait au Roy. Après, il se retira ; et voyant que personne du monde ne l'abordoit, il s'accosta de M. le comte d'Escara, et luy demanda des nouvelles de son procès. Enfin, le comte d'Escars l'ayant aussi comme quitté, et se voyant seul, il fit la révérence et s'en alla '.
20. M. l'Evesque de Beauvais 2 va haranguer la noblesse pour faire recevoir le Concile de Trente ; appelle en son discours ceux de la Religion plusieurs fois hérétiques, dont quelques uns d'eux s offeneèrent. Aprèsqu'il eut parlé, Monsieur le Vidame de Chartres8, de la Religion , s'avança , et luy dit que le Concile de
1 Voy. sur cette affaire de Marsillac et de Rochefort et sur la conduite de M. le Prince à cette occasion, Petitot, 2* série, Mém. de Pontchartrain, t. xwi, p. 70; Mém. de Richelieu, t. \\i bis, p. 234, et Mrrc. fr.i t. m, 229. On trouve dans les msc. deConrart, t. XIII, ln-ft*, p. 533-557, une « Relation de l'assassinat de M. de Marsillac par M. de Rochefort » qui contient des détails très-intéressants.
* Réné Potier, évoque et comte de Beauvais, pair de France.
s Préjau de la Fin, vidainc de Chartres.
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Trente décidoit qu'il ne faloit point tenir la foy aux Fcvrter 1M** hérétiques ; que cela estant, les Edits de Pacification ne pouvoyent subsister. Sur cela, l'evesque d'Avranches, Péricart, commença à déclamer contre ceux de la Religion, sur le sujet de l'insolence faite par quelques-uns d'eux à en Provence, Mon-
sieur le Vidame de Chartres et M. du Vigean répondirent qu'il n'estoit point besoin d'exagérer cela ; que c'estoit chose arrivée il y a deux mois; que l'affaire ne s'estoit point passée comme on le disoit ; qu'il avoit esté décerné commission à la chambre de Castres , pour faire le procès, et qu'eux-mesmes se joindroyent pour requérir qu'on punisse très-sévèrement ceux qui avoient commis cet acte et ce crime. Sur ces entrefaites, M. le baron de Digoine s'avança, et dit : C'est une honte que ceux de la Religion soyent présents, lorsque l'on délibère sur la réception d'un Concile : Il faut qu'ils sortent tous. Monsieur le Vidame de Chartres répondit : Vous nous gronderez et nous aboyerez assez, mais vous ne nous ferez pas de mal ; et dit à M. du Vigean : Sortons Monsieur, sortons ; et ainsi s'en allèrent tous deux, — -M. de Chambaut \ fils de M. de Gouvernet, voyant cela, se leva, et dit : Je ne say comme on entreprend de nous faire sortir d'icy. Nous sommes icy en qualité de sujets du Roy, et luy sommes aussi affectionnés qu'aucuns des autres ; et n'y a que le Roy seul qui nous puisse oster
» Réné de la Tour de Gouvernet, baron de Chajubault, député de la
noblesse du Languedoc.
Fcvrirr i6u. de nos places. Quant à moy-, je déclare que je ne sortiray point de la mienne. — Cette action de M. de Chambaut fut fort approuvée par la Reyne et par tout le monde.
20. Le lendemain, M. de Chambaut alla trouver M. Arnaud, Intendant des finances, luy conta ce qui s'estoit passé, et luy dit que Monsieur le Vidame de Chartres et M. du Vigean, estant sortys de rassemblée , s'ils n'y entroyent le lendemain , qui estoit le dernier jour que l'on s'asscmbleroit, le bruit courroit par les Provinces que Ton a voit chassé des Estats les Députés de la Religion, ce qui pourroit apporter de la brouillerie. — M. Arnaud, sur cela, alla voir Monsieur le Chancelier, qui envoya quérir MM. le Vidame de Chartres et du Vigean, et leur commanda, de la part du Roy et de la Reyne, d'entrer le lendemain aux Estats.
Brouillerie de M. de Souvré 1 avec M. de Luynes2. Le Roy avoit , peu auparavant , baillé sa bourse à M. de Luynes. Incontinent après, M. de Luynes eut la charge de capitaine des Tuilleries de Monsieur le général des Galères3, et le Roy luy donna aussi la
» Gilles de Souvré, marquis de Courtanvaux, gouverneur de Touraine, gouverneur de Louis XIII, maréchal de France eu 1615, mort en 1620.
1 Charles d'Albert, seigneur de Luynes, né en 1578, gouverneur d'Amboise en 1015, grand fauconnier en 1016, garde des oiseaux de la chambre du Roi en 1017, duc et pair en 1019, Connétable de France et garde des sceaux en 1021, mort le 15 décembre 1021.
J Philippe-Emmanuel de Gondy, comte de Joigny, général des Galères en 1598, mort en 1020. Il était fils d'Albert de Gondy, duc de Retz, pair et maréchal de France.
d'arnauld d'andilly. 57 charge de capitaine des Galères ; et ensuite , il eut Février un aussi la charge de M. de Congis aux Tuilleries ; et depuis, celle de M. de Fontenay 1 , de capitaine du chasteau du Louvre2.
21. Monsieur TÀrchevesque de Lyon 3 fut Paprès disnée faire une harangue à la Reyne, sur le sujet du Concile de Trente, et sur ce qui avoit esté fait en Provence par ceux de la Religion.