‹ Journal inédit d'Arnauld d'Andilly, 1614-1620Chapitre 37 sur 109 · M. DE NOYON · texte numérisé non relu

M. DE NOYON

M. le cardinal Bony.y.

M. le cardinal de ij»

Rochefoucauld.

M. le cardinal de Sourdis.

Trois bancs pour MM. 1rs conseillers d' Estât d'épee. — Il y avolt quantité «le chevaliers de l'ordre.

Bancs des députez de la Noblesse.

etc., etc.

etc.

Bancs des députez du Tiers-État.

— Il y avolt séparation d'environ trois pieds entre leurs bancs et ceux du (llerifé.

M. de I.ucon (II, pour le f.lerRé, M. de Sf.necey, pour la Noblesse M. Myron, pour le Iïci s-Etat,

etc.

Bancs des députez du Tiers-État.

— Il y a\oit séparation d'environ 8 pieds entre lesdits bancs et ceux de la Noblesse.

( après avoir haranKue, chacun d'eux, suivy \ de son «refiler, alloit trouver le Roy, et • \ la, prenant le cayer des mains du grefti. r.

le présentnit a S. M .

<n Vov la harangue de l'évé.iue de Lucon. Ai mand-Jcan du Plcssis, depuis t.ar<HnaLduç de Richelieu ^ ( l'ehtot, i« s f t xi, p. 20l!. Elle fut imprimée avec celle de Miron che* Cramoisi, après la clôture de» États.

d'aknadld d'andilly. 59 Monsieur le Prince va trouver la Reyne à Saint- Février im Victor. De là, il raccompagne au Louvre. Luy dit qu'il la venoit supplier de luy accorder la grâce de Rochefort ; que c'estoit un gentilhomme à qui il avoit de l'obligation pour ce qu'il l'avoit toujours très-fidèlement servy. La Reyne luy répondit que c'estoit au Roy qu'il se faloit addresser. Il luy répondit : Madame, je supplie vostre Majesté que je luy aye cette obligation, car je crains que le Roy me la refusast, Elle luy répondit : Non, non, allez a luy, je m'asseure qu'il vous fera bonne réponcc. Sur cela, Monsieur le Prince ayant esté trouver le Roy , sa Majesté luy répondit : Monsieur le Prince, je donne grâce à Rochefort pour l'amour de vous, etc.

1. Le Roy donne à M. de Luynes l'aisné le m™. gouvernement d'Amboise qui estoit demandé par MM. de la Curée ', la Chastaigneraye 2, le Renouart et Descures \ On dit que le Roy en pria M. le maréchal d'Ancre. — En fit des remerciemens extrêmes à la Reyne, mena luy-mesme M. de Luynes remercier la Reyne qui répondit : C'est le Roy qu'il faut remercier ; et le Roy disoit : Au contraire, c'est vous

* Gilbert Filhet, seigneur de la Curée et de la Roche Turpin, né vers 1555, conseiller d'Etat, capitaine- lieutenant des chevaux-lcgers de la Garde, maréchal de camp, mort en 1633.

'• Commandant des gardes de la Reine.

s M. d'Eacorea, quj avait acheté le gouvernement d'Amboise, avait été ubligé de le céda à Muuweurle Prince (Foiitenay-Mareuil, t. l, p. 246].

Madame, qu'il faut qu'il remercie. On dit que M. de Vendosme ayda fort à cette affaire

2. Messieurs du Parlement résolurent d'assembler les chambres, le vendredy en suivant, sur le fait de la paulette , et menacèrent fort le Mayne , sur ce qu'on leur avoit rapporté qu'il vouloit faire un party de 1500 mil livres de toutes les party es casuelles. Depuis, le Mayne fut faire une protestation au Parlement que cela n'estoit ^joint. Et sur ce qui fut le jeudy rapporté au Parlement, de la part de la Reyne, (je ne say quoy), les chambres ne s'assemblèrent point le vendredy.

9. Messieurs du Parlement des chambres des Enquestes députent deux de chaque chambre à la Grand Chambre, vers Monsieur le Premier Président, pour demander qu'on assemble les chambres. Monsieur le Premier Président répond qu'il avoit receu commandement de la Reyne de ne point assembler les chambres. Sur cela, ils firent grande rumeur et parlèrent fort rudement à Monsieur le Premier Président, et demeurèrent trois heures sur cette contestation, et peu à peu, en délibérant si on s'assembleroit, ils s'assemblèrent. On dit que M. Gilot dit qu'il avoit autrefois ouy dire à M. le président de Thou que le feu roy Charles luy ayant dit qu'il vouloit faire quelques-uns du Parlement conseillers d' Estât,

* C'est par erreur que Richelieu dans ses Mémoires place cette donation dans l'année 161/j. Pontchartrain, Mém., t. xvii, p. 75, et le P. Anselme, Généalogie du duc de Lu) nés, sont d'accord sur ce point avec Arnauld d'Andilly. (Voy. Fontenay-Mareuil, t. l, p. 270.)

il lui répondit : Sire, ne faites pas cela, vous gasterez Ma™ tout et ruinerez le Parlement.

On dit que M. le président le Jay dit que , s'il ne sçavoit faire le Premier Président, il y en auroit d'autres qui le feroyent bien.

10. Messieurs du Parlement assemblent les chambres ; commencèrent à opiner.

M. de Saint-Géran1 alla dire à Monsieur le Prince que le Roy et la Reyne le prioient de ne se pointtrouver au Palais, afin de ne fortifier point par sa présence les résolutions qu'on y pourroit prendre. Monsieur le Prince répondit qu'il iroit luy-mesme rendre réponce à Leurs Majestez; et quelque temps après alla au Louvre et dit au Roy et à la Reyne que, puisque Leurs Majestez ne vouloyent point qu'il s'y trouvast, il n'iroit point.

On dit qu'il se plaignit, disant que M. de Saint- Géran avoit soixante gendarmes disposez en divers endroits, lorsqu'il l'estoit allé trouver le matin.

11. Messieurs du Parlement achèvent de délibérer. Résolvent que remontrances seront faites au Roy, tant sur le sujet de la paulette que sur autres points: et que cependant, et jusquesàce que cette affaire soit entièrement résolue, on ne recevra aucuns officiers qu'ils ne rapportent un certificat comme la vefve et les héritiers seront contens et satisfaits d'eux.

4 Jean François de la Guiche, comte de la Palice, seigneur de Saint- Géran, gouverneur du Bourbonnais, capitaine lieutenant des gendarmes de la garde en 1G15, maréchal de France en 1619, mort en 1632.

Manim. On dit que M. Ribier dit qu'il n'y avoit pas jus* qu'aux Pasquins qui ne les appelassent des poulies, et qu'ils avoycnt raison, veû la lascheté qui se trouvoit tant au chef qu'aux membres.

12. Conseil tenu le matin chez Monsieur le Chancelier sur le fait de la paulette. M. Arnaud, intendant des finances, propose son avis ; tous en demeurent d'accord»

. L'après-disnée , Conseil tenu au Louvre sur le mesme sujet, ou estoyent tous les grans. M. Arnaud propose de rechef son avis, qui est : de rembourser le trésorier des parties casùelles; rétablir trente sols sur minot de sel ; supprimer les offices qui vacqueront par mort, jusqu'à ce qu'ils soyent réduits au nombre ancien ; au bout de cinq ans, voir ce que monteront les gages qui reviendront par ce moyen au Roy, et diminuer d'autant l'imposition ; permettre aux officiers de résigner, sans rien payer que le droit de marc d'or, et, par ce moyen, supprimer pour jamais la paulette et la vénalité» — Cet avis U emportait à la pluralité des voix ; mais M. de Billion ouvrit un autre avis, qui est de ne permettre de résigner à ceux qui achèteront doresnavant. M... en fut, Monsieur le Chancelier et deux ou trois autres. Ainsi il n'y eut rien de résolu pour ce jour-là.

19. M. Ribier, lieutenant général de Blois', harangue au Roy au nom du Tiers-Estat, pour em-

* Guillaume Ribier, député du bailliage de Rlois. (J oy. Merc. fr.t t. ni, p. 422-425, la requête du Tiers-Etat.)

n'ARNAULD D'ANDïLLY.

pescher l'imposition de trente sols. Monsieur le Chan- m«« mi. celier répondit qu'ils n' avoyent deû s'assembler depuis la présentation des Cayers»

Le Roy mande les députez des trois ordres en la galerie du Louvre; leur dit qu'il avoit commandé à Monsieur le Chancelier de leur déclarer sa volonté. Sur cela, Monsieur le Chancelier, prenant la parole, leur dit, en substance, que le Roy désirant faire réussir des Estats tout le bien possible, et répondre promptement les cayers qu'ils avoyent présentez, il avoit nommé des commissaires pour y travailler jusqu'au nombre de plus de quarante ; mais qu'il y avoit si grand nombre d'articles, qu'il estoit impossible que l'expédition en fust si prompte qu'il desiroit, veû qu'il y en avoit plusieurs qui méritoyent chacun un conseil tout entier. C'est pourquoy, pour éviter les fraix que leur séjour apporteroit au peuple, non-seulement Sa Majesté avoit agréable* mais leur commandoit de se retirer en leurs maisons; et que cependant, pour leur donner les preuves de sa volonté aux plus importans articles, et que les trois ordres avoyent conjointement demandez, il esteignoit dès à présent la paulette et la vénalité, protestant que, de son règne, il ne souffriroit qu'il ne fust jamais vendu aucune charge, et qu'il obligeroit les roys, ses successeurs, à le jurer en leur sacre, comme une des loix fondamentales de FEstat ; qu'il leur accordoit une chambre de justice, et que, dans trois jours, on nommeroit les commissaires ; que, pour le regard des pensions, il pourvoieroit au retranchement, de

M*™™». telle sorte qu'ils auroyent sujet d'en estre contens1.

27. Mort de la reyne Marguerite2, à 11 heures du soir. MM. Arnaud et de Marillac commissaires pour faire l'inventaire. Bagues valoyent 25 ou 30,000 escus. Tout le reste des meubles ne valoit pas 6,000 escus. S'assemblent avec M. de Souvré, comme premier gentilhomme de la chambre, pour ordonner le deuil. M. de Souvré, M. le comte de la Rochefoucaud 3 , maistre de la garde - robbe en charge, premiers valets de chambre et autres officiers du Roy prétendoyent devoir avoir deuil. Jugé qu'il ne leur en appartenoit, mais que MM. de Souvré et de la Rochefoucaud le prendroyent par bien séance et se Tordonneroyent eux-mesmes. La dépence du deuil des domestiques de la reyne Marguerite, de leur nourriture durant quinze jours, de l'effigie et autres cérémonies faites en la maison, monte à 1 4,000 escus. Si on eust fait un convoi, il eust monté 100,000 escus. Elle devoit 260,000 escus, sçavoir, 60,000 escus devant la donation4 et 200,000 escus depuis. Donnoitpar an 100,000 livres aux pauvres5.

1 Voy. Pontchartrain, t. xvn, p. 78; Merc. fr. t. m, p. 421; Merc. fa t. iv, p. 24.

2 Marguerite de France, duchesse de Valois, fille de Heuri II et de Catherine de Medicis, première femme de Henri IV qui fit annuler son mariage en 1599.

s François, Ve du nom, né en 1588, duc et pair en 1622, mort en 1650, père de l'illustre auteur des Maximes.

* La donation entre-vifs qu'elle fit de tous ses droits en faveur du Dauphin, depuis Louis XIII.

6 Voy. Pontchartrain, t. xvn, p. 78; Richelieu, t. xxi bis, p. 261 ; Fontenay-Mareuil, t. l, p. 267.

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28. Messieurs du Parlement s'assemblent matin M«r* te», et après-disnée. Donnent arrest portant que les Princes du sang et les officiers de la couronne seront mandez pour délibérer sur les remèdes qu'il est

besoin d'apporter aux désordres qui sont en l'Estat'.

29. Conseil tenu au Louvre. Ordonné ce qui fut exécuté le lendemain, ainsi qu'il suit :

30. Messieurs les gens du Roy font leur plainte en la Grand Chambre, de ce que cest arrest avoit esté donné sans les ouïr; qu'il préjudicie extresmement à l'autorité du Roy. Requièrent qu'il soit biffé dans les registres. — Messieurs du Parlement répondent que l'arrest n'estoit pas tel qu'on l'avoit fait entendre à Sa Majesté , pour ce qu'à la fin il y avoit : sous le bon plaisir du Roy (mots qu'ils avoient adjoutez depuis, voyant que l'arrest n'estoit soutenable) ; qu'ils chargeoient Messieurs les Gens du Roy d'aller vers Sa Majesté pour la supplier d'avoir pour agréable que l'arrest fust exécuté2.

Environ le dit jour, M. de Vendosme se départ de l'union qu'il avoit avec les autres Princes et présente au Roy une déclaration par écrit pour assurance de sa fidélité. La Reyne la refuse et dit qu'il ne pouvoit bailler d'assurance plus grande que ce à quoy la naissance l'obligeoit ; que le Roy contraindroit de se

* Voy. Merc. fr., t. iv, p. 25. Voy. dans les Mémoires de Mathieu Molé le narré des remontrances du Parlement contenant tous les détuils de cette affaire et les pièces authentiques à l'appui (Mém. Math. Molé, édition citée, p. 20-58).

* Voy. Merc fr., t. iv, p. 33, tous les détails relatifs à cette affaire et notamment le rôle joué par l'avocat général Servin.

66 JOURNAL INrêDÎT

Mars mi. ranger à leur devoir tous ceux qui s'en seroicnt départis, etc.

AvrU. 4. La Reyne dit à M. de Longueville, revenu

huit ou dix jours auparavant, qu'elle l'avoit toujours fort affectionné, comme elle faisoit encore; qu'elle sçavoit qu'il avoit eu quelques mécontentemens du maréchal d'Ancre, qu'elle le prioit d'oublier tout cela; que le maréchal d'Ancre avoit toujours esté et estoit encore son très-humble serviteur; qu'elle desiroit qu'il le reçeust bien lorsqu'il le viendroit saluer. M. de Longueville répondit : Madame, il ne m'a jamais témoigné qu'il fust mon amy, et, quant à moy, je ne l'ay jamais ni aimé ni haï, mais je fera y ce que Vostre Majesté commandera. Elle répondit : Je désire que vous le teniez pour vostre serviteur et veux qu'il le soit;, et sur cela fit avancer M. le maréchal d'Ancre, qui alla saluer M. de Longueville, et puis ils s'embrassèrent, mais tout cela avec froideur de la part de M. de Longueville.

Accord de M. le maréchal d'Ancre et de M. de Villeroy. — M. de Guise dit à la Reyne qu'infinies personnes trouvoyent étrange la froideur dont elle usoit envers M. de Villeroy, veû les services qu'il luy avoit faits et ceux qu'il estoit encore capable de faire; que chacun sçavoit la mauvaise intelligence qui estoit entre M. le maréchal d'Ancre et luy ; que cela estoit trouvé extresmement mauvais ; que, pour luy, si cela continuoit, il ne pourroit toujours supporter cette hayne, et que, s'il estoit contraint d'a-

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bandonner le Maréchal, il ne la vouloit pas assurer ivrintii

qu'il se passast deux jours sans qu'il courust fortune.

La Reyne lui répondit qu'il lui faisoit un plaisir ex-

tresme ; que cette affaire lui donnoit de la peine,

mais qu'elle ne savoit comment l'accommoder, pour

ce qu'il estoit besoin que quelqu'un s'entremist;

qu'elle le prioit de le faire et d'en parler comme il

faloit au maréchal d'Ancre. Sur cela, M. de Guise

parla à luy et l'affaire s'accommoda. Depuis, après

les festes de Pasques, M. de Villeroy estant revenu

de ses dévotions, il fut encore mieux reçeu.

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