‹ Journal inédit d'Arnauld d'Andilly, 1614-1620Chapitre 38 sur 109 · Querelle de M. de Bressieux1 contre M. de la Valette · texte numérisé non relu

Querelle de M. de Bressieux1 contre M. de la Valette

M. le vicomte de Rabat tue en duel M. de Longnac.

Conseil tenu chez M. le président Jeannin. M. d'Herbaut3 dit que les finances estoyent en une entière confusion ; qu'il n'y avoit nul moyen qu'il fist sa charge, si on ne lui bailloit des fons. M. le président Jeannin en dit de mesme et conclud que, pour y remédier, il faloit, pour cette année, recevoir le droit annuel. Sur cela, MM. de Ma... (Marillac), Do... (Dollé) et Bu... (Bullion) ne disent mot. Ce que voyant M. Arnaud, il prend la parole et dit qu'à

1 Premier écuyer do la Reine-mère.

» Bernard de Nogaret de la Valette, second fils du duc d'Êpernon, duc de la Valette puis d'Épemon, pair, colonel général de l'infanterie française, gouverneur de (iuyenne, chevalier de la Jarretière, né en 1592, mort en 1661. Il épousa Gabrielle Angélique, légitimée de Franco, fille de Henri IV et de la marquise de VerneuiL

J Raimond Phélipfaux, seigneur d'Herbaut, né en 1560, trésorier de l'Epargne en 1599, secrétaire d'État en 1621, mort en 1629.

Avni leis. la vérité il y a voit une grande confusion aux affaires, mais qu'elles n'estoyent point en si mauvais estât qu'il n'y eust moyen d'y pourvoir ; et ensuite leur montra clairement qu'ils n'avoyent besoin que de trouver 100,000 escus comptant, et que, moyennant cela, tout iroit bien; qu'on les pouvoit prendre à la Bastille; que, pour les trouver autrement, ilsavoyent les deux derniers quartiers des pensions de la reyne Marguerite, montant à 250,000 livres; qu'il n'estoit plus besoin que de 50,000 livres et 10,000 escus pour les intérests d'un an; que l'on luy donnast les quittances de l'Espargne pour les dits 330,000 livres sur de bonnes receptes générales et qu'il s assuroit de trouver l'argent; que si la Reyne, pour des considérations d' Estât et de peur de mécontenter les officiers, vouloit, contre la parole qu'elle avoit si solennellement donnée, remettre la paulette et apporter un tel préjudice à l'Estat, il faloit obéir, et que si, sur cela, elle lui demandoit son avis, il le luy diroit fort franchement; mais qu'il ne souffriroit jamais qu'en une affaire de telle conséquence, et qui importoit tellement au royaume, on prist le prétexte de la nécessité des finances, et que, s'ils le vouloyent faire, il iroit trouver la Reyne et lui feroit entendre, en présence de tous les Princes et des Grans, Testât des affaires et lui feroit voir comme ils ne les entendent point.

9. Messieurs du Parlement furent au Louvre, ayant esté mandez par le Roy. Sa Majesté leur dit quelques mots ; et puis Monsieur le Chancelier prit la

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parole, et leur dit que ils n'avoyent point deû s'assembler pour ce qui concerne les affaires de F Estât ; qu'ils estaient seulement ordonnez pour rendre la justice aux sujets du Roy ; qu'il avoit choisy et estably ceux de son Conseil, pour aviser à ce qui est de la conduite des affaires du royaume ; et que Sa Majesté leur défendoit de se plus assembler sur ce sujet. Et à ce propos, leur allégua plusieurs exemples, et entre autres du président de la Vacquerie, flamand, qui ne voulut recevoir les pleintes du duc d'Orléans (qui fut depuis Louis XII). On dit que Monsieur le Premier Président répondit à Monsieur le Chancelier, que s'ils estoyent en lieu où l'on pust répliquer, il y auroit bien moyen de répondre à ses exemples. On dit aussi que Monsieur le Chancelier ayant dit à Messieurs du Parlement, que plusieurs de leur compagnie n'avoyent pas esté d'avis del'arrest, et en cela, avoyent témoigné plus de prudence, Monsieur le Premier Président répondit : Monsieur, ce que la Cour ordonne, c'est toute la Cour, car elle ne se divise point.

L'après disnée, ils s'assemblèrent au Parlement. Résolu que l'on députeroit pour faire remonstrances au Roy, afin de luy faire connoistre qu'il y avoit plusieurs réponces aux argumens faits par Monsieur le Chancelier, et luy faire entendre de quelle sorte le Parlement s'est toujours comporté en pareilles occurences d'affaires que celles qui sont aujourd'huy '.

* Voy. Richelieu, t. xxi bis, p. 246 ; Footenay-Mareuil, t. l, p. 271-

Avril «13. 40. Le Roy allant donner de l'eau béniste à la reyne Marguerite, et sa queue devant (selon la coustume) estre portée par trois Grans, et n'y ayant que Monsieur le Prince et Monsieur le Comte1, des princes du sang, il se meut contention entre M. de Guise et M. de Longueville. La Reyne jugea en faveur de M. de Guise. Sur cela, M. de Longueville s'en retourna à Amiens, et Monsieur le Prince et Monsieur le Comte (qui veut marier Mademoiselle sa sœur 2 à M. de Longueville) n'y voulurent estre. Tellement que MM. de Guise, du Mayne et d'Elbeuf3 portèrent la queue.

On tient que pendant le séjour de M. de Longueville à Paris, on voulut envoyer 500 Suisses à Amiens; que M. de Longueville, en ayant eu avis, vint prendre congé de la Reine, disant qu'il avoit esté averty que Sa Majesté envoyoitdes Suisses à Amiens; qu'il craignoit que le peuple, qui estoit assez fâcheux, ne les

276; Merc. /r., t. [V, p. 37-42, où se trouve le Kommaire des discoure prononcés en cotte occasion.

1 Louis de Bourbon , comte de Soissons, fils de Charles de Bourbon, mort en 1612 et d'Anne do Montafié, né en 1604, grand maître de France et gouverneur du Dauphiué en 1612, lieutenant- général dans Paris et chef du Conseil pendant l'absence de Boi en 1626, gouverneur de Champagne en 1631. S'étant révolté contre le Boi, il fut tue à la bataille de la Marfée qu'il gagna en 1641 sur le maréchal de Chatillou. Le comte de Soissons, à qui Aruauld d'Andilly donne une volonté, n'avait alors qu'onze ans.

2 Louise de Bourbon, sœur du comte de Soissons, née en 1603, morte en 1637, devint en effet la première femme du duc de Longueville dont elle eut la duche>se de Nemours, l'auteur des Mémoires.

s Charles de Lorraine, IIe du nom, duc d'Eliieuf, pair, gouverneur de Picardie, blessé au siège de Saint-Jean-d'Angely en 1621, retiré en Flandres de 1631 à 1643, mort en 1657.

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voulust recevoir. Joint qu'en telles occasions, c'es- A*rtl toit aux Gouverneurs de province à y donner ordre. C'est pourquoy il la supplioit de trouver bon qu'il y allast. Sur la résistance apportée par la Reyne, paroles.... Service du Roy.... Maréchal d'Ancre

Traitteroit en vallet.

26. M. de Candale ' fait le serment de premier gentilhomme de la Chambre.

Logement de quelques Suisses de la reyne Marguerite. Sur quoy on fit courir le bruit que la Reyng vouloit mettre des Suisses dans la ville et désarmer le peuple.

On disoit que Monsieur le Prince vouloit répudier Madame sa femme \ Elle le va trouver le soir, comme il estoit couché.

30. Monsieur le Prince voit la Reyne en présence de Mme la comtesse de Soissons qui s'en est rendue la médiatrice. Luy dit : que quelques mauvais rapports qu'on luy eust faits de luy, il n'a voit jamais eu autre intention que de servir le Roy et elle ; qu'il ne mettoit point de différence entre les personnes de Leurs Majestez, etc. ; que quant à ce qu'on estoit entré en ombrage de ce qu'il se mettoit bien avec Messieurs du Parlement, c'estoit a tort, parce qu'en cela, il n'a voit esté porté d'autre désir que de ce qu'il es-

1 nenry de Nogarct de la Valette, duc de Candale, premier gen» tilhomme de la Chambre, gouverneur d'Agenate et de Saintonge, duç et pair en 1021, se signala dans les guerres de Hollande, d'Italie, fut généralissime des années de Venise et mourut en 1639.

» Charlotte Marguerite do^Montmorencv, fflJt du Cow>etfcW».

Avni leis. timoit que cette compagnie fust fort affectionnée au service du Roy; que pour le regard du Conseil, il n'y venoit point à cause de l'extrême confusion qui y estoit, et qu'il supplioit Sa Majesté de le dispenser d'y aller jusqu'à ce qu'on y eust mis un autre ordre, etc.

On dit qu'il insista sur deux points; l'un de réformer le Conseil, en telle sorte qu'il n'y entrast que fort peu de personnes (qui seroit rejester sur Leurs Majestez la hayne de ceux qu'on mécontenteroit) , et l'autre de donner contentement à Messieurs du Parlement sur les choses qu'ils demandent (qui seroit s'acquérir une entière créance parmy eux, et se faire reconnoistre tout puissant.)

La Reyne luy répondit : qu'elle l'avoit toujours aymé, et faisoit cas de luy selon que son rang le méritoit; qu'elle désiroit qu'il eust part dans les affaires, et que rien ne se fist sans son avis ; que quant à ce qui estoit du Conseil, elle estoit bien aise qu'il y vint; que néantmoins, puisqu'il estoit d'avis de le régler, l'on rapporteroit cependant ce qui s'y estoit résolu , et qu'au plustost on travailleroit à régler ledit Conseil. Et sur cela, ayant appellé MM. le Chancelier, de Villeroy et Jeannin, qui estoyent un peu à l'écart, leur dit comme Monsieur le Prince cstimoit qu'il estoit besoin de régler le Conseil, et qu'elle le trouvoit bon, et qu'il y faloit travailler. Ils répondirent tous qu'ouy, et chacun d'eux salua Monsieur le Prince. M. de Bullion se voulant aussi avancer, il lui tourna le dos. Après, Mme la maréchale d'Ancre

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vint, et rendit toutes sortes de témoignages à Mon- awu sieur le Prince du contentement qu'elle avoit de cette réconciliation, et comme elle y avoit apporté tout ce qui luy avoit esté possible

9. Combat de M. de Losière 2, fils de M. de Thé- M.y. mines *, contre M. de Madaillan, tué. — Querelle venue à cause du vicomte de Parât.

11. M. le président Nicolay, pour la Chambre des Comptes, et M. le président Chevalier pour la Cour des Aydes, furent haranguer au Louvre, pour supplier le Roy de rétablir le droit annuel. Au milieu de la harangue du président Chevalier, deux solives du plancher de dessous croulèrent, et une poutre s'ébranla. Le Parlement ne voulut y venir.

12. On tient conseil au Louvre, où estoyent MM. de Guise, officiers de la couronne, etc. Monsieur le Prince, mandé par deux fois, ne s'y voulut trouver. M. le président Jeannin fit la proposition, dit que le Roy, pour plusieurs bonnes raisons, avoit accordé à Messieurs des Estats d'abolir la paulette et la vénalité; qu'il en avoit esté fait des dépesches dans les provinces, mais que depuis on avoit eu avis de tous endroits de tant de mécontentemens des ofli-

* Voy. Pontchartrain, t. xvn, p. 81.

2 Charles, seigneur de Lauziires, second fils du maréchal, tué du vivant de son père au siège de Montheur en 1621.

3 Pons de Lauzièrcs de Thémines de Cardaillac, marquis de Thémines, sénéchal et gouverneur de Quercy, nommé maréchal de France en 1610 pour avoir arrêté Monsieur le Prince, gouverneur de Bretagne en 1626, mort en 1627.

Mayms. ciersqui ont toujours fidèlement servy le Roy, qu'il sembloit à propos de leur donner ce contentement, que de surseoir pour les trois années qui restoyent du bail, l'exécution de la suppression de la paulette. Sur cela, le Reyne prit la parole, et dit, qu'à la vérité, il y avoit eu tant de pleintes d'officiers que elle désiroit leur donner quelque contentement pour les trois ans qui restoyent à expirer du bail. Monsieur le Chancelier demanda à la Reyne, s'il luy plaisoit pas qu'il en demandast les avis de quelques-uns de la compagnie? Elle dit qu'ouy. M. le président Jeannin opina le premier, et dit qu'il estoit d'avis de dresser un édit que l'on feroit vérifier au Parlement, portant la révocation de la paulette et de la vénalité, mais que néantmoins il y auroit surcéance pour trois ans de l'exécution. M. de Chasteauneuf 1 dit qu'il estoit d'avis que cela se fist seulement par un arrest du Conseil, afin de ne s'engager à aucune vérification, comme il n'y en avoit point jusques icy. M. de Thou, idem. Après cela, Monsieur le Chancelier demanda à la Reyne, s'il lui plaisoit qu'on en opinast davantage? Elle répondit, qu'il n'en estoit point besoin, pour ce que c' estoit une chose qu'elle avoit déjà avisée. M. le Chancelier fut d'avis d'arrest, et non pas d'édit. Ainsi il passa Jà.

1 Guillaume de l'Aubespine, baron do Chateauneuf, conseiller au Parlement en 1568, maître des requêtes en 1572, ambassadeur en Angleterre, conseiller d'Etat, chancelier de Louise de Lorraine, reine do France, et chancelier «les Ordres en 1600, mort On 1629. Son fils, le marquis de Chàteauneuf, devint garde des sceaux.

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20. Monsieur le Prince part le soir, pour aller Mayieu. à Valéry. Il a voit parlé quatre heures auparavant

à Madame sa femme qui le suit le lendemain \

On fit courir le bruit que la Reyne n'a voit pas voulu qu'il se trouvast aux remonstrances que devoit faire le Parlement. Mais le vendredy ensuivant, Sa Majesté dit à Messieurs du Parlement, lors de leurs remonstrances, que c'estoit très-faux, et que tant s'en faut, elle luy avoit envoyé dire par un gentilhomme, qu'elle le prioit de s'y trouver, et que c'estoit chose qu'elle desiroit extrêmement; et que Monsieur le Prince, au lieu de cela, s'en estoit allé, sans prendre congé, ni du Roy, ni d'elle.

On fit aussi courir le bruit que Monsieur le Prince s'en estoit allé pour ce qu'on se vouloit saisir de luy.

21. M. de Loménie père2 leut au Conseil les réglemens faits sur le sujet de l'ordre et des affaires qui se doivent traitter aux Conseils du Roy.

22. Messieurs du Parlement députent cinq présidens de la Grand Chambre (MM. de Blancmcnil :l et Séguier n'y estoyent) et quatre conseillers de chaque chambre pour présenter leurs remonstrances au Roy. Monsieur le Premier Président porta la parole et dit en substance les raisons qui les avoyent

1 l'oy. Pontchartrain, t. xvu, p. 81.

2 Antoine de Loménie, comte de Brienne, secrétaire d'Etat sous Henri IV et Louis XIII, à qui l'on doit la précieuse collection des manuscrits de Brienne, pore de l'auteur des Mémoires.

3 Nicolas Potier île Blancmesnil, né en 1541, conseiller au Parlement en 1504, maître des requêtes en 1567, président a mortier en 1578, chancelier de la Heine-mère, mort en 1035.

M*) lais. meus à donner l'arrest du 28 mars portant que les Princes, Pairs , et autres Officiers de la Couronne seroyent assemblez, et depuis, à dresser leurs remonstrances sur ce que l'on n' avoit pas trouvé bon leur arrest ; qu'il y avoit plusieurs exemples de remonstrances faites au Roy sur les affaires d'Estat, en diverses occasions. Protesta toute sorte de service au Roy1.

Après, le jeune M. de Loménie 2 leut les remonstrances qu'ils présentèrent. Ensuite, la Reyne les fit retirer, et dit qu'elle aviseroit avec son Conseil ce qu'elle avoit à leur répondre. Lorsqu'ils furent sortys, la Reyne se mit à la fenestre avec Monsieur le Chancelier, M. le président Jeannin

Puis, on les fit rentrer, et lors le Roy leur dit....

Et la R«yne, ensuite , prenant la parole, leur dit : qu'elle estoit bien malheureuse de voir qu'au lieu de recevoir des remercîmens et de la reconnoissancr de tant de peines et de travaux qu'elle avoit souffert

4 Voy. Pontchartrain, t. xvu, p. 81.

> Henri Auguste de Loménie, comte de Brienne, né en 159û, mort en 1001, ministre et premier secrétaire d'Etat sous Louis XIII et Louis XIV, auteur des mémoires qui portent son nom. « Le Roy me commanda d'en faire lecture (des remontrances) à la place de mou père qui ne le pouvoit que très-difficilement à cause de la foiblessc de sa vue : ce qui donna occasion à prédire que j'aurois bientôt la survivance de sa charge. » (Mémoires du comte de Brienne, édition Pctitot, 2e série, t. xxxv, p. 300.)— Voy. dans les mémoires de M. Molé, p. 28 et suiv., le texte officiel des remontrances du Parlement. C'est un document très-important pour l'histoire du temps. Ces remontrances se trouvent aussi dans le Merc. fr., t. iv, p. 51 et suiv. avec le compte rendu de cette séance mémorable.

d'arnauld d'andilly. 77 pendant sa Régence, pour conserver la paix et la M»y«u. tranquillité de Y Estât, elle ne recevoit d'eux que de l'ingratitude ; qu'ils entreprenoyent directement sur l'autorité du Roy, mais qu'elle connaissoit par noms, par surnoms , et connoissoit les maisons de cinq ou six de ceux qui avoyent principalement fomenté ce dessein, et que le Roy les sauroit bien faire châtier. Et puis dit : mais je voy bien que je m'emporte et que je me pourrois laisser aller à la colère ; c'est pourquoy Monsieur le Chancelier vous dira le reste. Après, Monsieur le Chancelier prit la parole , et répondit à tous les exemples qu'ils avoyent alléguez , et soustint qu'il n'y en avoit pas un formel pour témoigner une entreprise semblable à celle-cy ; qu'à la vérité les Roys s'estoyent souvent utilement servis des avis du Parlement, en plusieurs affaires importantes, mais que jamais on n' avoit souffert que le Parlement se meslast de conseiller le Roy 6ans que S. M. le luy eust commandé ; que quant aux évocations, il n'en avoit point scellé de plein mouvement ; que pour les autres , estoyent eux-mesmes qui en estoyent cause, à cause des officiers qu'ils avoyent reçeus outre le dégré de l'ordonnance, et des faveurs et parentez qui estoyent entre eux ; que comme ils n'avoyent que voir sur les chambres des Comptes , cours des Aydes, etc. , pour ce que leurs jurisdictions estoyent toutes séparées , de mesme , ils n'avoyent que voir sur le Conseil du Roy ; que, quant à plusieurs désordres sur lesquels ils avoyent fait des remonstrances, s'ils eussent eu la patience d'attendre les

May m*. réponces des corps des Estats, ils eussent veu que Ton eût satisfait à tout cela, et eussent aussi veu qu'il y avoit plusieurs articles sur les désordres qui estoyent en leur compagnie.

Après, M. le président Jeannin dit : que puisqu'ils avoyent taxé, le maniement des Finances, la charge qu'il avoit l'obligeoit de répondre pour luy et pour ses compagnons; que les finances n'avoient jamais esté plus sincèrement ni plus innocemment administrées \ que Messieurs du Parlement ne devoyent point taxer ainsi tout le monde en général , mais qu'il faloit accuser en particulier ceux qu'ils estimoyent estre coupables, et qu'il répondoit pour luy et pour ses compagnons qu'ils ne demanderoyent jamais ni grâce, ni pardon, ni abolition ; que quant aux dépences, tant s'en faut qu'elles fussent moindres, depuis la mort du feu Roy ; qu'au contraire, elles estoyent de beaucoup augmentées; que quant aux impositions, tant s'en faut qu'on les eut augmentées ; qu'au contraire, on avoit remis au peuple, chacun an, sur diverses fermes, plus de 2,000,000 de livres ; que quant à l'argent de la Bastille , on n'y avoit touché qu'en ces derniers mouvemens.

Après , M. de Guise dit qu'il offroit au Roy son épée et sa vie pour maintenir son autorité envers tous et contre tous.

M. de Rheims1, M. de Vendosme, M. de Yen-

1 Louis de Lorraine, cardinal de Guise, archevêque- duc de Reims, pair de France, né en 1585, archevêque de Heims en 1005, cardinal en 1615, suivit l'armée de Poitou en 1621, se signala à l'attaque du

d'àrnauld d'andîlly. 79 tadour et M. de Montmorency1 parlèrent aussi. M«yi«5.

M. d'Espernon dit qu'autrefois le Parlement avoit esté dit le Parlement des Pairs, lorsque le Roy, assisté des Pairs de France, rendoit luy-mesme la justice ; que depuis que Ton eut rendu le Parlement sédentaire, il retint bien toujours le nom de Parlement des Pairs, mais que, néantmoins, il n'avoit plus r autorité de convoquer ni d'assembler les Pairs, lesquels n'estoyent obligés d'y aller , que quand le Roy le leur commandoit. Ensuite, ayant esté dit quelques autres choses, M. d'Espernon dit encore : Messieurs, vous parlez de réformation, mais si on . en vient à réformer, prenez garde que quelques-uns de votre compagnie n'y aient part.

M. de Nevers, qui y estoit, ne dit mot.

Après, la Reyne parla encore, en colère, et particulièrement sur les libelles diffamatoires qui se fesoyent tous les jours, à quoy ils ne donnoyent aucun ordre ; et qu'encore le jour de devant, on luy en avoit apporté un intitulé Cassandre. Elle lit lire deux feuillets dudit livre à M. de Pisieux, et puis on le bailla à Monsieur le Procureur Général, pour en faire faire justice. — M. le maréchal d'Ancre parla sur le sujet de ces libelles diffamatoires2.

faubourg de Saint-Jean-d'Angely, mort en 1621. Il était AU d'Henri de. Lorraine, duc do Guise, tué à Blois. {l'oy. P. Anselme, t. u, p. 88.)

1 Henry, IIe du nom, duc de Montmorency et de Damvillc, premier baron, pair, amiral et maréchal de France, surnommé la Gloire des braves, né en 1595, filleul de Henri IV, eut la tète tranchée à Toulouse le 30 octobre 1632. (Voy. P. Anselme, t. u, p. 600.)

* Voy. Richelieu, Petitot, 2« série, t. \xi bis, p. 247 ; Fontenay-Ma-

Ma>ieis. 23. Messieurs du Parlement assemblèrent les Chambres le matin. Monsieur le Président rapporta tout ce qui s'estoit passé. Ils ordonnèrent que le tout seroit enregistré, et que Ton enregistreroit aussi comme M. le maréchal d'Ancre estoit assis et couvert derrière la Reyne.

L'après-disnée, après que Ton eut leû la semaine, Monsieur le Chancelier dit : que chacun savoit ce qui s' estoit passé le jour précédent, et que le Roy vouloit qu'on opinast sur cette affaire. Et puis dit à M. le président Jeannin qu'il opinast. M. le président Jeannin répliqua qu'il ne pouvoit opiner, si, aupavant, on ne proposoit ce sur quoy il faloit opiner. Monsieur le Chancelier répondit que chacun savoit comme le tout s'estoit passé, et qu'il pouvoit opiner sur cela. M. le président Jeannin s'opiniâtra et ainsi n'opina point alors. Monsieur le Chancelier, qui avoit auparavant fait appeller MM. de Vie ', de Commartin 2 , Jambeville, de Refuge, et de Boissise3, demanda

reuil, id., lf« série, t. !., p. 276; Merc. /V., t. iv, p. 73-80. Le récit du Mercure peut servir à contrôler l'exactitude de celui d'Arnauld d'Andilly.

1 Mery de Vie, chevalier, seigneur d'Ermenonville, maître des requêtes en 1581, président au Parlement de Toulouse et conseiller d'Etat en 1597, surintendant de la justice en Guyenne, ambassadeur en Suisse, garde des sceaux en 1621, mort en 1622. {Voy. P. Anselme, t. vi, p. 539.)

* Louis le Fèvre, chevalier, seigneur de Caumartin, né en 1552, conseiller au Parlement en 1579, maître des requêtes en 1585, président au Grand-conseil en 1587, intendant de justice en Poitou en 1588, intendant de Picardie en 1590, conseiller d'Etat en 1594, ambassadeur en Suisse en 1605, garde des sceaux en 1622, mort en 1623. {Voy. p. Anselme, t. vi, p. 542.)

» Tous les trois conseillers d'Etat.

l'avis à MM. de Commartin et de Vie, puis aux autres, et mesme à M. le président Jeannin. «Tous furent d'avis de casser l'arrest du Parlement, et ordonner qu'il seroit osté des registres et leurs remonstrances aussi. On ne demanda point l'avis de MM. de Guise, de Vendosme , et autres grans à cause de la dispute de leurs rangs. Mais la Reyne dit tout haut : s'il y a quelqu'un d'autre avis et qui ayt quelque chose à dire, qu'il le die.

L'arrest fut depuis dressé par M. le président Jeannin, et corrigé diverses fois. Il y avoit mis que tous ceux qui avoyent eu l'administration des finances se soumettoyent à toutes sortes de peines , au cas qu'ils eussent mal versé. Monsieur le Chancelier fit oster cette clause 1 .

Ensuite , la Reyne fit commander par deux fois à Messieurs les gens du Roy de lire l'arrest du Parlement, et leur manda pour la troisième fois qu'ils eussent à n'y manquer, sur peine d'encourir l'indignation du Roy. Messieurs les gens du Roy viennent à la Grand Chambre apporter l'arrest2.

1er. Messieurs du Parlement leur dirent qu'ils estoyent assemblez (sçavoir la chambre de l'Edit et la Tournelle) sur ce sujet, et avoyent résolu de députer Monsieur le Premier Président et quelques

* Voy. Mém. de Math. Mole le texte de cet arrêt du Conseil, p. 52. Voy. aussi âferc. fr.^ t. iv, p. 80 et suiv.

» Voy. Richelieu, Petitot, 2« série, t. 21 bis, p. 249; Fontenay-Mareuil,id., lre série, t. l, p. 279.

juimeis. autres vers lueurs Majestez, pour leur faire toutes sortes%de soumissions et de protestations de service et d'obéissance , et leur témoigner comme ils n'avoyent entendu par un seul mot de leurs remonstrances de toucher à ce qui les concernoit. Mais qu'ils avoyent seulement voulu parler contre les désordres , et contre ceux qui en estoyent la cause. Et sur cela, prièrent Messieurs les gens du Roy de remporter Parrest. A. quoy ils répondirent que c'estoit chose qu'ils ne pouvoyent faire, ayant commandement exprès du Roy de le leur bailler. Voisin 1 prit Tarrest sans le lire. — La Reyne ayant sçeu que l'on vouloit députer vers elle le lendemain, manda à Monsieur le Premier Président qu'ils n'y vinssent point s'ils n'apportoyerit les registres où estoyent l'arrest et les remonstrances afin de les en oster. On dit que sur cela, Monsieur le Premier Président et Messieurs les autres Présidons de la Grand Chambre, hormis un, et quelques conseillers furent d'avis de se conformer aux volontez de Leurs Majestez, mais que le président le Jay et ceux de son avis en estant avertis, dirent que ce seroit faire faire amende honorable au Parlement et soutinrent que cela ne se pouvoit résoudre sans assembler les Chambres et faire opiner tout le inonde. Tellement que Messieurs du Parlement ne furent point au Louvre le lendemain2. Messieurs les maistres des Requestes vont trouver

* Greffier d'audience du Parlement.

* Merc. /r., t. iv, p. 83-87.

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Monsieur le Chancelier sur le sujet du règlement du -»"•» *««•• Conseil. M. de Beaumont portoit la parole. Monsieur le Chancelier se fâcha , et en vinrent , de part et d'autre, à des paroles si aigres que M. de Beaumont, transporté de colère, dit qu'il ne pouvoit plus parler, et laissa la parole à M. Masuyer qui recommença avec encore plus d'aigreur. Le 2 juin, ils furent en- 'core le matin trente ou quarante, trouver Monsieur le Chancelier qui leur répondit qu'il les avoit toujours est imez et affectionnez ; que le règlement n'estoit point encore signé, et qu'il ne leur seroit fait aucun tort. Ainsi ils s'en retournèrent , et ayant délibéré • entr'eux, trouvèrent que cette réponce n'estoit assez précise, et retournèrent encore le soir avec luy, en intention , au cas qu'il ne leur rendist réponce asseurée, d'en faire parler en plein Conseil par M. Mangot '. Monsieur le Chancelier leur dit qu'il leur donnait sa parole que le règlement n'estoit point signé et qu'il n'y seroit rien fait à leur préjudice.

Monsieur le Prince arrive à Saint-Maur où six conseillers furent souper.

2. Monsieur le Prince arrive à Paris avec quatrevingts chevaux (on dit qu'il avoit quinze garder), fut voir le président le Jay, Rencontra le Roy sur le Pont-Neuf, qui lui fit assez froide mine. Monsieur le Prince se retira sans luy dire à dieu. Il fut voir

1 Claude Marigot, conseiller au Parlement en 1592. maître des requêtes eu 1000, ambassadeur en Suisse, premier président du Parlement de Bordeaux, secrétaire d'Etat et garde des sceaux en 1016, destitué à la mort du maréchal d'Ancre, le 24 avril 1617.

84 J 0 li R M A L INÉDIT

juin icis. aussi puis retourna coucher à Saint-Maur. Dit

qu'il avoit eu avis qu'on se vouloit saisir de luy.

Batterie à la rue Saint- Martin entre les habitans et des soldats des gardes.

3. Les chambres estant assemblées, M. Servin requit que l'arrest du Conseil fust leu. Voisin le leut. Messieurs du Parlement le font relire jusques à trois fois. Après on vient aux opinions. M. le président' Séguier dit à Monsieur le Premier Président qu'il luy devoit dire qu'il parlast avec plus de modération. M. le Grand dit que ce n'estoit point la coustume d'interrompre les gens de bien en leurs opinions. Sur quoy M. le président Lescalopier, ayant pris la ' parole en faveur de Monsieur le Premier Président, et M. le Grand ayant encore répondu avec davantage de violence, M. le président Lescalopier dit à Monsieur le Premier Président : Monsieur, faites taire cet homme ! Sur quoy M. le Grand répondit : Gomment ! faites taire cet homme ! J'estois conseiller céans que vous n'estiez encore qu'un petit écolier, et vous n'estes assis plus haut que moy que parce que vous avez baillé 100,000 escus de vostre charge. Sur ces contestations, l'assemblée se rompit, tellement qu'il n'y eut que six qui opinèrent, les quels allèrent tous à supplier Leurs Ma j estez de casser l'arrest du Conseil, et, en cas de refus, de les aller trouver pour remettre à leurs pieds leurs robbes et leurs chaperons.

Il, Les chambres sont encore assemblées, et dix seulement ayant opiné, l'affaire fut remise après les festes de la Pentecoste, qui estoit le dimanche 7°.

d'arnauld d'andilly. 85

Monsieur le Prince traitte avec M. le prince de juioma. Joinville 1 pour le prieuré de Saint-Martin, au lieu duquel il lui baille 6,000 escus comptant et l'abbaye de Coulom, qu'il avoit achetée de M. de Sully.

M. de Nevers obtient lestres pour faire assigner M. de Sully touchant les terres qu'il avoit achetées de luy.

On dit que la Reyne envoya à M. de Rohan la survivance du gouvernement de Poitou, dont M. de Sully fut fort mal content. M. le marquis de Rosny 2 avoit demandé six mois à M. de Rohan pour l'obtenir de luy.

9. La Reyne eut plusieurs paroles avec Mme la comtesse de Soissons touchant le voyage auquel Sa Majesté dit que le Roy vouloit que M. le Comte assistast. Et sur ce que Madame la Comtesse luy dit qu'elle n'y pouvoit aller à cause qu'elle estoit incommodée, la Reyne lui dit qu'elle pouvoit donc de-

1 Claude de Lorraine, frère puîné du duc de Guise, connu sous le nom de duc de Chevreuse, porta d'abord le titre de prince de Joinville. Il naquit en 1578, se signala en 1506 au siège de la Fere, .et en 1597 à celui d'Amiens, alla guerroyer en Hongrie, fut créé duc de Chevreuse et pair de France en 1612, servit en 1621 aux sièges de Saint-Jcand'Augely, de Montauban, fut grand chambellan et grand fauconnier, gouverneur des Marches, de l'Auvergne, du Bourbonnais et de la Picardie, épousa, comme procureur de Charles Ier, la princesse Henriette, en 1G25 et la conduisit en Angleterre, fut au siège de la Rochelle en 1628, joua un certain rôle pendant la Fronde, et mourut en 1657. 11 avait épousé en 1622 Marie de Rohan, fille du duc de Montbazon, veuve du connétable de Luynes, cette célèbre duchesse de Chevreuse dont M. Cousin vient de rcfiaccr la vie romanesque.

2 Maximilicn de Béthuuc, IIe du nom, marquis de Rosny, fils du grand Sully, né eu 1588, grand maître de l'artillerie, mort en 163a.

juin leis. meurer, mais que Monsieur le Comte viendrait, etc.

43. M. de Canisv baille un soufflet au sieur... et met la main à l'espée contre luy dans les Tuilleries, le Roy y estant. Sur quoy les gardes ayant crié qu'on allast aux portes, cela fit appréhender qu'il n'y eust quelque entreprise sur la personne du Roy. Le dit sieur de Canisy fut mis à la Bastille.

Monsieur le Prince parla à Mme la maréchale d'Ancre, comme elle revenoit de Lésigny.

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