‹ Journal inédit d'Arnauld d'Andilly, 1614-1620Chapitre 58 sur 109 · Leurs Majestez de retour de Saint-Germain · texte numérisé non relu

Leurs Majestez de retour de Saint-Germain

Environ ce temps , M. de Refuge , le Conseiller d'Estat, est envoyé vers M. de la Force.'

17 ou environ. M. du Mayne de retour de Soissons où il estoit allé quelque temps auparavant.

Monsieur le Prince de retour. 11 avoit laissé M. de Vendosme à Villebon \

1 A l'occasion du retour de Monsieur le Prince à Paris, le Mac. fr. cite le passage suivant qu'il emprunte à l'auteur de l'Apologie pour Leurs Majesté» : « Monsieur le Prince donc, après plusieurs remises recherchées pour raccommodement do ses affaires et pour l'establissement de son authorité, se rend enfin à la cour, où il se trouve an milieu do la pompe et de la gloire. II est plus recherché et suivy que le Roy mesme : sa maison rend presque le Louvre désert : Tout le monde, seion la légèreté françoise, adoie ce Soleil levant; chacun s'efforce de s'acquérir se* bonnes grâces : Aussi tout passe par ses mains; il est absolu au Conseil ; il dispose des finances ; il fait entrer aux charges ceux qui ont suivy sa fortune, et en recule ceux qui ont fidellement servy le Roy ; et s'il faut dire franchement la vérité aux affaires d'Estat, il ne laisse à Leurs Majestez que le nom et les vaines images de la Royauté. [Mcrc. /V., t. iv, 2e partie, p. t'oy. aussi Richelieu,

p. 307; Pontchartrain, p. 152.

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1er. M. le Milord duc Hayect, ambassadeur ex- Aou»tieiê. traordinaire du Roy d'Angleterre, sur le sujet du mariage de Madame Christine, arrive en magnificence • à Paris, conduit par M. le Prince de Joinville, lequel avoit esté au-devant de luy jusques à Saint-Denis. Il eut audience de Leurs Majestez le dimanche 7, M. de Guise le conduisant depuis le logis de la Reyne Marguerite, où il estoit logé, jusques au Louvre. Depuis, il eut audiance particulière dans le petit Cabinet de la Reyne-mère, où il fut deux heures avec le Roy et la Reyne. Depuis, il fut festiné par tous les Crans et principaux Seigneurs de la Cour, comme Monsieur le Prince, M. de Nevers, M. de Guise, M. de Rheims, M. de Buillon, M. de Vitry, etc. , avec des superfluitez extraordinaires, jusques là que Monsieur le Prince fit faire quatorze services 1 •

Environ ce temps, M. de Sully arrive.

9. Après plusieurs propositions faites pour reigler les Conseils, enfin il fut résolu que les mardy et jeudy au matin à huit heures, on tiendroit dans le Louvre un Conseil des finances tout semblable à celuy qui avoit accoustumé d'estre tenu auparavant, et au-

* Voy. Merc. fr., U iv, p. 149, le récit de toutes les fêtes qui eurent lieu pour honorer le représentant de la Grande-Bretagne. Suivant le Mercure, cet ambassadeur extraordinaire était Jacques Hay, baron de Saley, maître de la garde-robe. Voy. aussi Fontenay-Mareuil, p. 337. D'après ce dernier, Lord Hay, depuis comte de Carliste, vint à Paris pour féliciter le Roi de son mariage, et parler de celui de Madame Chrétienne (quelques Mémoires du temps portent Christine comme notre manuscrit), sœur du Roi, avec le prince de Galles. Cette union ne se fit pas. Madame épousa peu de temps après le prince de Piémont. {Voy. encore Richelieu, p. 314 ; Pontchartrain, p. 153.)

Aoust i6i6 quel la mesme confusion est demeurée (et ce jour fut tenu le premier desdits Conseils) , et où Monsieur le Prince se trouveroit (comme il a toujours fait) , et signeroit les arrests.

10. Quant au Conseil de la Direction, il fut ordonné qu'il se tiendroit les mercredy et vendredy, et qu'il n'y auroit que Monsieur le Prince, M. Jeannin, M. Barbin, et les quatre Intendans. Et ce jour fut tenu le premier desdits Conseils, auquel ces sept personnes assistèrent.

Monsieur le Prince et M. de Buillon vouloyent que la Reyne prescrivit l'ordre de règlement des Conseils, afin de rejetter sur elle la hayne de tous ceux qui en seroyent exclus ; ce qu'elle voulant éviter, elle envoya M. Barbin, qui prit heure pour se trouver chez Monsieur le Prince sur ce sujet, où M. de Buillon se rendit. Et là , M. de Buillon voulant faire parler M. Barbin, il dit qu'il n'avoit autre charge de la Reyne, sinon de faire tout ce qu'ils voudroyent, et qu'elle trouveroit tous bons avis, pourveu que elle pust dire qu'elle l'avoit fait avec leur conseil. . Quant au samedy, ce jour fut destiné pour lire le matin la Semaine en un Conseil de Direction ; après, la faire arrester à la Reyne ; et le reste du jour devoit estre employé au Conseil des Dépesches, c'est-à-dire, pour les affaires d' Estât, auquel assistoyent les Princes et officiers de la Couronne.

Cet ordre s'exécutant, Monsieur le Prince se rendit si assidu à tous les Conseils , et y prenoit tant d'autorité, que la Reyne en entra en jalousie. En ef-

d'arinauld d'andilly. 185 fet, il faisoit le Surintendant des finances, et arrestojt aouh :ei«. de sa main les roolles de l'Espargne et autres estats. Là dessus, M. de Sully se jetta à la traverse, et vid la Reyne, M. Mangot, M. Barbin, afin de rentrer aux affaires1.

Environ ce temps, après plusieurs difficultez sur difficultez apportées par M. de Villeroy au traitté de sa charge avec M. Mangot, dont ils estoyent convenu le prix à quatre cens mil livres, enfin il dit qu'il ne pouvoit conclure sans M. de Pisieux ; et fit venir ledit sieur de Pisieux, lequel dit qu'il ne vouloit traitter en façon quelconque. Tellement que sur cela , le traitté se rompit entièrement ; et on expédia et scella le 12 une commission à M. Mangot pour faire la charge entièrement, tant en l'absence qu'en la présence de M. de Villeroy, lequel ayma mieux cela que de quitter sa charge (d'autant qu'il vouloit, comment que ce fust, mourir Sécretaire d' Estât). Le lendemain samedy 13, M. Mangot presta le serment2.

14. Les habitans de Péronne s' estant assemblez en leur hostel de ville, tant sur ce que M. de Longueville leur avoit mandé qu'il vouloit faire son entrée le 25, que sur ce qu'ils avoyent eu avis que l'on leur vouloit envoyer toute la garnison qui sortoit d'Amiens, M. de Favrolles8, qui commandoit dans

1 Voy. Pontchartrain, p. 153.

2 Voy. Fontenay-Mareuil, p. 344; Brienne, p. 312 ; Richelieu, p. 298 ; Pontchartrain, p. 151 et 154.

* Lo sieur de Favrolles (suivant d'autres Mémoires, de Favolles ou do FavolsJ, gentilhomme gascon, était lieutenant du maréchal d'Ancr* au gouvernement do Pérontic.

AOUSt 1616. Péronne, vint à leur assemblée avec M. de Plainville, et commença à user de paroles fort hautaines pour leur faire rompre leur assemblée. Ils répondirent qu'ils vouloyent obéir au Roy, mais qu'ils n'avoyent nul commandement de Sa Majesté pour ne point recevoir M. de Longueville, et pour recevoir les garnisons qui sortoyent d'Amiens ; que durant les dernières guerres, il n'y avoit jamais eu que cinquante hommes au plus en garnison en leur ville ; et que maintenant, durant la paix, on leur en vouloit bailler deux cens d'augmentation ; se qui n'estoit pas pas raisonnable ; qu'au reste, il ne fist plus tant le mauvais, et qu'ils n'estoyent plus résolus de l'endurer. (On dit qu'il avoit baillé, il y a quelque temps, quantité de coups de baston, en plein auditoire, à un sergent qui l'avoit fâché). Comme sur cela, M. de Favrolies voulut répondre aigrement, ils Tarrcstèrent en leur Uostel de Ville, et en mesme temps mandèrent à M. de Longueville, qu'il y arrivast aussitost. Le lundy 15, la nouvelle de cela arrive à Paris, à deux heures après midy, et le soir mesme à sept heures, M. Mangot part pour aller trouver M. de Longueville. Le mercredy 17 , estant à sept heures du matin arrivé auprès de Péronne, il trouve un capitaine avec quelques cavaliers qui l'arresta jusques au soir, quoy qu'il luy pust dire; et le soir, lorsqu'il l'amena pour parler à M. de Longueville, il le fit encore attendre trois ou quatre heures aux portes. Tout cela, afin de donner, cependant, le loisir à M. de Longueville de prendre le Chasteau, comme il

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fit, par composition avec les soldats , de leur faire payer quatre montres , moyennant quoy ils enfermèrent Rame1, qui les commandoit, et se rendirent. M. Mangot trouva M. de Longueville en résolution de ne point rendre Péronne , et mesme il luy dit que l'on se moqueroit de luy, s'il le rendoit; et qu'en ce temps-cy, on ne rendoit point de tels morceaux. Enfin, lorsqu'il revint, il croioit l'avoir davantage adoucy ; et fut icy de retour le vendredy 19.

M. du Mayne envoya quatre compagnies de gens de pied, enseignes déployées, se jetter dans Péronne, lesquelles il avoit tirées de ses places. M. Barbin a dit qu'il y avoit cinq cens hommes.

Lorsque la nouvelle de Péronne arriva , Monsieur le Prince estoit allé à une maison nommée... qu'il avoit achetée sur le chemin de Vallery. M. de Buillon luy envoya dire en diligence par un gentilhomme ce qui s'estoit passé, et luy manda qu'il le prioit instamment de ne parler à âme vivante, jusqu'à ce qu'il l'eût veû chez M. du Mayne. où il Pattendoit, et par où il faloit nécessairement qu'il passast. M. Vignicr dit que, sachant cela, il fut, avec Monsieur l'Archevesque de Bourges2, au devant do Monsieur le Prince; luy dit que M. de Buillon Pattendoit ; mais qu'il le supplioit de ne point se laisser emporter à ses persuasions; que l'action estoit honteuse ; ne se pouvoit défendre ; et que ce seroit à ce coup, que la Reyne

1 Le sieur de Rames Raqueville, capitaine de la garnison de Péronne. » André Fremiot, archevêque de Rourges, député du clergé aux Etats de 1614.

Aoust i6i6 reconnoistroit ce qu'elle devoit attendre de la sincérité de ses intentions. Monsieur le Prince le luy promit. 11 alla chez M. du Mayne, où M. de Buillon le persuada à ce qu'il voulut.

J'ay oûy dire à M. Barbin, le 23 mars 1618, comme j'estois un de ses trois Conseillers, que les affaires du Roy estoyent lors en un estât si misérable, et celles des Princes si relevées, qu'ils témoignoyent tout haut trouver mauvais quand le Roy et la Reyne parloyent à des gens de qualité, et jusques à des gentilshommes de dix mil livres de rente , disant qu'ils leur vouloyent débaucher leurs serviteurs ; que M. du Mayne dit un jour à M. de Lusson, qu'il né pouvoit trouver bon que l'on l'envoyast vers Monsieur... pour le leur débaucher; que Monsieur le Prince manda un jour à la Reyne, qu'il ne se soucioitplus qu'elle parlasttant qu'elle voudroit à M. de Guise, parce qu'il estoit maintenant très assuré de luy. Sur quoy la Reyne, par le conseil de M. Barbin, parla à tous les Seigneurs de la Cour, afin de témoigner qu'elle ne se vouloit pas laisser aller aux entreprises et aux insolences de ces Princes ; que M. du Vair , amenant un jour M. de Buillon par la main à la Reyne, luy dit : Madame, il ne faut plus que vous ayez de défiance de M. de Buillon et de ces Messieurs, car ils ne désirent que de bien servir le Roy. Sur quoy la Reyne devint rouge ; que par l'avis du Maréchal mesme, la Reyne estoit résolue de s'en aller au Parlement, pour se démettre de l'administration des affaires ; ce que M. Barbin luy déconseilla en-

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tièrement, luy disant que si elle le faisoit, le Royaume, aomi îeie, le Roy, et ses enfans estoyent perdus; d'autant que Monsieur le Prince prendroit toute l'autorité, et que chacun des Grans penseroit à tirer sa pièce; sur lequel discours, le Roy estant entré dans le cabinet, la Reyne frémit et dit : Ho ! je ne quitteray point les affaires, quoy qui en puisse arriver.

Environ le mardy ou mercredy 17, M. le Comte d'Auvergne part, pour aller investir Péronne avec les compagnies de gendarmes et de chevaux légers qui se trouvoyent icy autour et dix compagnies du régiment des gardes. M. de Créquy n'y fut point, soit qu'il refusast ou autrement. Ils trouvèrent que M. de Longueville estoit demeuré dans Péronne avec cent ou six vingts gentilshommes et deux cens hommes de pied (quelques uns dient sept cens ; mais je ne le croy pas)

16. M. le Maréchal d'Ancre ayant eu avis qu'il y avoit eu dessein fait par M. du Mayne et M. le Prince de Joinville, de l'enlever de sa maison du faubourg Saint-Germain et de le faire passer l'eau à un bateau qu'ils avoyent prest, puis l'emmener à Soissons, il part en diligence, la nuit d'entre le mardy et le mercredy, pour s'en aller à Caen.

Monsieur le Prince ayant donné charge à M. PAr-

1 Sur la sédition de Péronne qui, en rompant le traité de Loudun, commença ce qu'on a appelé la troisième guerre civile, et décida la Reine-more à faire arrêter Monsieur le Prince. {Voy. Merc. fr., p. 179- 196 ; Fontcnay-Mareuil, p. 345 et suiv. ; Brienne, p. 312 ; Rohan, p. 1^0 ; Richelieu, p. 316 ; Pontchartrain, p. 154.

Aoust m: chevesque de Bourges (qui se mesloit fort avant dans ses affaires et qui n'est pourtant qu'un triboullet) de porter rudes paroles à M. le Maréchal d'Ancre, et de luy dire, entr' autres choses , qu'il ne le pou voit ni ne le vouloit plus garantir, et qu'il se conservast comme il l'entendroit; il envoya quérir, quelque temps après, M. Barbin, qui le vint trouver à Saint-Martin. Là, il luy fit plusieurs honnestetez, et pour ce qui estoit de Monsieur le Maréchal, et particulièrement pour ce qui estoit de luy.

M. Barbin luy ayant remontré les grans sujets de mécontentement qu'il donnoit à la Reyne , il luy dit qu'il le reconnoissoit bien ; niais qu'il ne sa voit comment faire, et s' estoit trouvé fort empesché, pour ce que M. de Buillon et ses Princes luy faisoyent entendre que s'il abandonnoit ses amis, ils l'abandonneroyent aussi ; et qu'après, il se trouveroit dans le mépris, et plus bas que jamais ; mais qu'ayant esté encore, le jour de devant, plus de quatre heures avec eux, enfin il s'en estoit débarrassé, et qu'il vouloit bien que le Roy et la Reyne sceussent qu'ils luy avoyent plus d'obligation qu'à leur père, et qu'il le prioit de le dire à la Reyne.

M. Barbin s'en allant, trouva l'Archevesque de Bourges qui luy dit qu'il estoit bien aise de l'avoir rencontré, et qu'ils s'en iroyent ensemble trouver M. le Maréchal d'Ancre ; où estant arrivez , M. de Bourges luy dit, de la part de Monsieur le Prince, d'extrêmement mauvaises paroles, suivant ce que dessus. Monsieur le Maréchal se mit en grande colère,

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et dit que Monsieur le Prince estoit Prince du sang, Aonst m*. mais qu'il s'assuroit qu'il ne diroit point cela devant luy. — M. Barbin, sur cela, dit ce que le Prince luy venoit de dire, et le lendemain, Monsieur le Prince ayant envoyé quérir M. Barbin, dit que M. de Bourges n' avoit dû dire cela.

La Maréchale d'Ancre couchoit aussi lors au faubourg Saint- Germain. On dit que le dessein estoit de les tuer tous deux. Monsieur le Prince manda à M. le Maréchal d'Ancre, qu'il luy avoit promis de le garentir, mais qu'il ne le pouvoit plus faire. Et sur cela, le Maréchal d'Ancre se résolut de s'en aller en Normandie ; où estant près de Caen, il fut visité et accompagné de quantité de noblesse. On dit que M. Dumesnil Morant* dépença deux mil pis toiles à le traitter. On dit aussi qu'il caressoit fort les bourgeois de Caen, et se familiarisoit avec eux, au contraire de ce qu'il faisoit à Amiens. Il couchoit dans la ville.

J'ay oûy jurer à M. Barbin, qu'il n'y avoit point dessein de tuer ni de prendre M. le Maréchal d'Ancre, et qu'il avoit résolu d'aller en Normandie, avant que Monsieur le Prince luy eust mandé ce que dessus ; et qu'il est vray que le Maréchal s'en alloit pour ne plus revenir, et se devoit embarquer sur la mer, et sa femme aussi, qui estoit malade, et monta mesme en litière, pour s'en aller. Mais l'accès de sa fièvre

1 Thomas Morant, baron du Mesnil-Garnier, trésorier de l'épargne, grand t résorier do* Ordres en 1621.

Aou»t laie. luy ayant lors redoublé, elle descendit, et remit le voyage, lorsqu'elle se porteroit mieux \

On dit que l'inimitié de M. de Guise avec le maréchal d'Ancre venoit de ce que M. le Cardinal de Guise, ayant désiré instamment d'estre du conseil de la Direction, M. le prince de Condé en supplia la % Reyne avec affection. Sur quoy, elle dépescha, à

l'heure mesme, un courrier à Lésigny, où estoyent Monsieur le Maréchal et Madame la Maréchale ; alors qu'elle eut receu réponse, M. de Guise estant venu luy renouveller la mesme supplication, elle répondit : J'ay fait deux fois la guerre pour empescher que Monsieur le Prince ne fust de la Direction, et je la feray encore deux autres fois, plustost que votre frère y entre. — On dit aussi que MM. de Guise allant tous trois voir Monsieur le Prince, ils trouvèrent le maréchal d'Ancre qui en sortoit, et les salua ; que lors, M. de Guise et M. de Joinville le saluèrent, et qu'au contraire, M. de Rheims enfonça son chapeau, et dit haut : Si ce n'estoit le respect du lieu où je suis, je luy baillerois d'un poignard dans le sein.

Environ ce temps, M. de la Douze-Gharton 2, con-

* Suivant le duc de Rohan (Mém., p. HO), le projet de l'assassinat du maréchal d'Ancre aurait été discuté, dès cette époque, dans un conseil présidé par le Roi, où se trouvaient, entre autres grands do l'Etat, le duc du Maine et le maréchal duc de Rouillon. Le maréchal d'Ancre averti aurait pris la résolution de se retirer dans son gouvernement et de faire arrêter le prince de Condé et ses amis pour rétablir son autorité et celle de la Reine-mère. (Voy. Richelieu, p. 322- 334; Pontchartrain, p. 158.)

2 André Charton, conseiller au parlement depuis 1587.

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seiller en la Cour, vint trouver M. Barbin, pour le aou* i«ie. faire parler à la Reyne-mère, touchant affaires qui importoyent au salut du Roy, d'elle, et de F Estât; ce qu'il fit, encore que la Reyne eust prit médecine.

M. Charton ayant parlé à Sa Majesté, M. Barbin le suivit, d'autant qu'il luy avoit dit, qu'après qu'il auroit parlé à la Reyne, il luy diroit à luy les particularités de l'affaire et les remèdes. Mais lors, il le remit à M. de Sully, qui informeroit de tout cela, le lendemain, le Roy et la Reyne. — Le lendemain, M. de Sully vint trouver le Roy et la Reyne, à heure assignée, qui commença par ces mots : Pleût à Dieu que Vos Majestez fussent maintenant au milieu de douze cens chevaux ; et fit un grand discours de deux heures, dont la substance estoit, que tout estoit perdu. Et estant sorty, il rentra le corps à demy dans la chambre, et dit qu'il déchargcoit sa conscience, ayant averty Leurs Majestez; qu'il les souhaiteroit au milieu de douze cens chevaux; qu'il n'y avoit autre remède au mal que d'armer puissamment; mais que cela ne se pouvoit pas; et qu'il estoit trop tard

25. M. de Buillon, de retour de Provence, où il avoit esté quatre ou cinq jours auparavant, avoit porté parole à M. de Longueville, que le Roy luy donneroit le choix de quatre gouvernemens, avec l'un desquels, tel qu'il voudroit, M. le Maréchal traitteroit le gouvernement de Péronne, Montdidier, et Roye. — M. de Longueville, au contraire, vouloit en nom-

* Voy. Richelieu, p. 326.

Aoust îeie. mer quatre, l'un desquels seroit choisy par le Roy, et olïroit de remettre la place entre les mains d'-un exent des gardes, pourveu qu'il n'amenast point d'archers avecque luy.

Environ le 20. La Reyne se voyant en peine de l'affaire de Péronne, et reconnoissant qu'il estoit nécessaire que le Roy se meslast de la conduite des affaires, afin de conserver l'autorité royale qui s'affoiblissoit journellement, elle lui dit, et luy en parla avec affection. ( M. le Maréchal estoit alors à Lésigny. ) — Le Roy dit que, puisqu'elle le désiroit, il le feroit; et deux heures après, comme on lisoit la dépesche que M. de Buillon devoit emporter, il y remarqua deux grandes fautes, dont l'une estoit, que l'on vouloil bailler à M. de Buillon le pouvoir de loger l'armée, qui estoit le mettre en pique avec M. le Comte d'Auvergne. Aussitost que M. le Maréchal fut de retour, elle rompit ce coup-là, et empescha que le Roy ne prist connoissance des affaires.

septembre. Jeudy 1er. Monsieur le Prince arresté prisonnier dans la chambre de la Reyne, par M. de Thémincs et ses deux fils 11 avoit esté au Conseil des finances toute la matinée , et estoit sorty, et monlé chez la Reyne, suivy de M. de Rohan, Monsieur le Garde des sceaux, M. le président Jeannin, et quelques autres. 11 avoit trouvé le Roy dans ladite chambre, auquel il

1 Antoine deLauzières, marquis do Thémines, tué au siège de Montauban en 1621, et Charles, seigneur de Lauzières, tué au siège de Montheur, la même année 1021.

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demanda s'il pourroit voir la Reyne. Le Roy dit qu'il septembre «aie. alloit y voir ; et estant entré dans la Garde-Robbe ou cabinet, M. de Thémines sortit, et dit à Monsieur le Prince : Monsieur, le Roy m'a commandé de vous dire, qu'il a besoin de vous pour une affaire qui se .doit résoudre cette après disnée, et qu'il vous prie de ne bouger d'icy d'aujourd'huy ; et, pour ce sujet m'a donné charge de vous arrester. — Comment! m'arrester, moy ! ce dit Monsieur le Prince. Et en mesme temps, voulant mettre la main à l'épée, il trouva que M. de Thémines i'avoit saisie de la main gauche, et il commença à crier : Comment ! arrester un Prince du sang ! vous n'estes point capitaine des gardes. — Non, répliqua M. de Thémines, mais je suis gentilhomme, et obligé d'obéir aux commandemens du Roy, mon maistre et le vostre. — Sur cela, Monsieur le Prince se retourna vers M. de Rohan, et luy dit : Mon cousin, soulfrirez-vous que l'on arreste ainsi prisonnier un Prince du sang? — M. de Rohan répondit : Je suis tout seul ; il faut obéir au Roy. — Après, Monsieur le Prince dit : Monsieur le Garde des sceaux, qui vit jamais une pareille injustice ! Faitesmoy parler au Roy ou à la Reyne. Lors, Monsieur le Garde des sceaux et les autres baissèrent la vue. Puis il s'écria : Hé quoy ! n'ay-je point d'amis. Sur cela, M. de Praslin entra, qui dit : Monsieur, il faut obéïr au Roy. — Et M. de Thémines luy dit : Monsieur, ne vous émouvez point, s'il vous plaist, et n'entrez en aucune appréhension, car je vous répons sur mon âme et sur mon honneur, que le Roy entend que vous soyez

septembre i6i«. traitté comme luy-mesme. Après, il le mena dans une chambre qui estoit proche , où luy M. de Thémines avoit trois siens gentilshommes; et en passant, Monsieur le Prince ayant apperçeu M. Delbene, lieutenant de la compagnie de chevaux légers de Monsieur, avec douze ou quinze de ses compagnons, il s'é- . cria : Je suis mort, voilà un homme qui ne m'a jamais aymé. Que Ton m'ameine vistement un prestre, et que Ton me donne au moins le loisir de penser à ma conscience. Lors, M. Delbene luv fit une révérence jusques à terre, et luy dit qu'il avoit toujours esté son très-humble serviteur; qu'il le supplioit de ne le point prendre pour un bourreau, et de croire qu'il n'y avoit personne qui eust le pouvoir de luy faire accepter une telle charge. — Monsieur le Prince estant un peu revenu de cette appréhension, demanda M. de Rochefort, son apoticaire, un certain valet de chambre, et un certain cuisinier. On luy fit venir les trois derniers, mais non le premier, qui estoit chez Mme la Comtesse de Soissons, et à une heure, avoit pris la poste au Bourg-la-Reyne, pour aller à Ghinon (où l'on dit que l'on fit écrire Monsieur le Prince, et à Bourges aussi, où du Roger, oncle de Rochefort, s'en * alla, afin de faire remettre lesdites places entre les mains de qui le Roy voudroit) . Le Roy ayant envoyé de sa viande à Monsieur le Prince, il la refusa, et Sa Majesté s'en fascha. — Monsieur le Prince se trouva estre malade de chancres, et autres vilenies, qu'il avoit gagnées chez un maquereau nommé Ghercaut, lequel tient des femmes chez luy, et traitte en festins. Deux

d'àrnauld d'andillï. 197 jours après, on grilla une autre chambre au Louvre, septembre où on mit Monsieur le Prince, et on luy osta tous ses gens hormis Luisible, qui luy sert de valet de chambre et d'apoticaire. Un nommé le capitaine Robert, auquel il se fie, appreste ses viandes, et les luy apporte à la porte de la chambre, entre les mains de Luisible, et Monsieur le Prince veut voir le visage de Robert, afin d'estre assuré qu'elles n'ont passé que par les mains des siens.

Monsieur le Prince avoit esté averty, par diverses fois, qu'il y avoit un dessein de Tan-ester, et encore le mercredy au soir, allant au bordel, avec un seul gentilhomme près Saint-Martin-des-Champs , il en eut avis, et répondit : La beste est trop grosse.

Pendant que Monsieur le Prince estoit au Conseil, on avoit fait redoubler les gardes tant suisses que françaises à la porte du Louvre, où estoyent MM. de Créquy et de Bassompierre, et dedans le Louvre, on avoit disposé toutes les gardes du corps du Roy.

La Reyne-mère ne se coucha point toute cette nuit là. Elle manda le mercredy au soir h M. de Bassompierre qu'il la vint trouver inconnu à trois heures du matin. Il vint à deux ; il la trouva seule dans son cabinet avec M. Barbin qui, estoit contre la table, et elle se promenoit.

Après avoir tenu quelques discours à M. de Bassompierre sur la confiance qu'elle avoit en sa fidélité, elle luy dit le dessein qu'elle avoit pris de faire arrester Monsieur le Prince, M. du Mayne, M. de Vendosme, M. de Buillon, M. de la Trémoille; qu'il

198 JOUUINAL INÉDIT

septembre i«i6. essayast de faire que les Suisses fussent plus forts que les gardes du Roy, dont elle ne se fioit pas ; et pour luy montrer combien elle se fioit en luy, elle a voit résolu, si l'affaire réussissoit mal, de se mettre avec le Roy, ses enfans, et ses bagues, au milieu du bataillon de ses Suisses, et ainsi s'en aller à Mante. M. de Bassompierre qui avoit mandé dès le soir à ses cnpitaines dans les quartiers, qu'ils se tinssent prests au premier coup de tambour, luy dit qu'il luy répondoit de se rendre le plus fort devant le Louvre ; mais qu'il croioit qu'elle se pouvoit assurer de M. de Créquy, en l'engageant par générosité et ne le luy disant que sur le point de l'exécution. Ainsi, elle l'envoya quérir à six heures du matin, et le retint avec elle, jusquesà l'heure qu'il fut besoin d'agir; et M. de Bassompierre se tint toujours auprès de luy, luy disant qu'ils se serviroyent chacun de témoin de leurs actions. Sur les six heures du matin, il vint un gentilhomme de Poitou demander à parler à la Reyne ; elle se jetta sur son lit, et fit mettre derrière la ruelle M. de Bassompierre, M. Barbin et M. de Fossez. Il luy dit que tous ces messieurs estoyent avertis, et qu'ils vouloyent monter à cheval et s'en aller. On y envoya ; il se trouva qu'ils ne bougeoyent. Sur les huit heures, le Roy estant avec la Reyne, on leur vint dire que Monsieur le Prince estoit entré, dont ils furent très-aises. Et puis, on leur dit que M. de Vendosme estoit aussi venu (ce qui n'estoit vray). Et lors, le Roy dit : Bon, voilà ce fils de putain pris. Et quelqu'un dit en riant : Et deux. La Reyne dit :

d'arnauld d'andilly. 199 Il n'est pas heure de rire; il faut prier Dieu, septembre me.

M. Mangot ne vint qu'à neuf heures du matin au Louvre, qui estoit beaucoup trop tard. M. Barbin y estoit venu devant cinq heures.

Monsieur le Prince avoit continué ses débauches de telle sorte, avec quelques conseillers de la Cour, que M. du Mayne et M. de Buillon ne pouvoyent parler a luy ; de quoy s* estant mis en colère, M. de Buillon, ou tous deux ensemble, luy mandèrent, que s'il ne chassoit ses petits conseillers, ilslesiroyent chasser cux-mesmes, a coups de baston. On dit que M. de Buillon, ayant une fois fort affaire à luv, fut contraint de l'aller chercher chez une nommée dame Marie.

Monsieur le Prince qui avoit couché à Saint-Martin, ayant esté le matin, dès cinq heures, chez M. de Buillon, M. de Buillon luy dit, qu'il avoit avis assuré, qu'on le vouloit arrester, s'il alloit au Louvre. Monsieur le Prince ne le voulut point croire, et luy dit qu'il alloit bailler des fermes. De là, M. de Buillon s'en alla chez M. du Mayne, auquel il dit les propos qu'il avoit eus avec Monsieur le Prince ; le pria de n'aller point ce matin là au Louvre, et de mettre des gens aux avenues du Louvre, afin de découvrir ce qui se passeroit, et se tenir sur ses gardes, de peur d'estre surpris ; que cependant, il s'en alloit à Charenton, et reviendroit disner avec luy et chez luy ; que, s'il survenoit quelque chose, il le prioit de luy en donner avis. Suivant cela, M. du Mayne envoya des gentilshommes aux avenues et dedans le Louvre, lesquels ayant découvert la prise de Monsieur le Prince, luy en vinrent

septembre «té. donner avis, à toute bride, dans les Jésuites, où il oyoitla messe. Aussitost il envoya les mesmes gentilshommes à M. de Buillon, et s'en alla après eux. Lesdits gentilshommes trouvèrent M. de Buillon à Saint- Antoine-des-Champs, qui revenoit en carrosse de Charenton. (M. du Tremblay m'a dit que ce fut luy qui luy porta la nouvelle, et que M. de Buillon dit : Ce petit brouillon nous a tous perdus. Où est M. du Mayne?) En mesme temps, il monta à cheval, sans bottes. Incontinent après, M. du Mayne arrive, et M. de la Tréraoille. Us ramassent six ou sept vingt chevaux, et se promenèrent assez long-temps le long du rempart, en tirant vers le Temple, sur ce que M. de Buillon disoit, qu'il croioit que l'on les envoyeroit charger et qu'il vouloit tailler en pièces tous ceux qui viendroyent. Mais l'on tient qu'en effet, leur dessein estoit de voir s'il n'arriveroit point quelque émotion dans Paris. M. du Mayne vouloit opiniastrement rentrer dans Paris, avec cinquante chevaux, et faire garder la Porte Saint-Martin par trente ou quarante autres, afin de tâcher à émouvoir le peuple, et, s'il se trou voit disposé à cela, s'en aller droit au Louvre. Mais M. de Buillon l'en empescha. En effet, M. du Mayne fut un gros quart d'heure à la Porte Saint-Martin, avec trente ou quarante chevaux, et envoya M. de Thianges le long de la rûe Saint- Martin, avec cinquante ou soixante chevaux, afin de tâcher d'émouvoir le peuple; mais chacun fermoit sa boutique, et nul ne se bougeoit.

La Reyne ayant sceu qu'il a voit paru de la cava-

d'arnauld d'andillv. 201 lerie vers le Temple, commanda à M. de Montmo- septembre tot«. rency de s'y en aller, lequel monta à cheval, sur les trois heures, avec M. de Rets et quelque cent cinquante gentilshommes, et alla jusques à Montfaucon , mais il ne rencontra personne. M. du Tremblay, qui avoit conduit M. de Buillon jusques à Claye, ayant rencontré M. de Montmorency, qui alloit après M. de Buillon et M. du Mayne, il luy dit : Monsieur, M. de Buillon m'a commandé de vous dire, que vous luy avez fait gaster aujourd'huy un bas de soie, mais qu'il vous fera gaster plus de quatre paires de bottes. On dit que M. de Montmorency marchoii avec si peu d'ordre, que s'il eust rencontré M. de Buillon, qui avoit disposé ses gens en trois trouppes et en trèsbon ordre, il y a grande apparence qu'il eust couru fortune.

MM. du Mayne, de Buillon et de la Trémoille, ayant ramassé le plus qu'ils purent de leurs amis, partirent sur les deux heures, pour aller à Soissons; mais craignant quelque rencontre, ils ne prirent pas le droit chemin, et allèrent coucher, c'est-à-dire, faire repaistre leurs chevaux à Nantoûillet et le lendemain arrivèrent à Soissons.

M. de Buillon, estant arrivé à Nantoûillet, se trouva si extrêmement las de la traitte qu'il avoit faite à cheval, qu'il dit, qu'il n'en pouvoitplus. On luy bailla trois œufs; après, il but un coup, et on luy chercha une charrette, dans laquelle il dit qu'il se mettroit, lorsqu'il ne pourroit plus aller à cheval. Enfin, il alla jusques à Soissons, sans entrer dans la charrette.

septembre 11 y avoit à Louvres, en Parisis, six vingts maistres

de la compagnie de gens d'armes de la Reyne, qui pouvoyent empescher ces Messieurs de gagner Soissons.

M. de Vcndosme estant au faubourg Saint-Honoré, ou dans sa maison, ou tout contre, M. de Saint- Géran reçut commandement de le prendre. Estant arrivé, il l'entrevit à travers la porte, et comme il heurtoit, et que Ton n'ouvroit point, on dit que Mme de Vendosmc luy dit : Monsieur, voilà M. de Saint-Géran qui vous demande ; à quoy vous amusez-vous? Que ne venez- vous? Cependant M. de Vendosme monta à cheval, luy quatre ou cinquième, et s'enfuit par derrière son logis.

M. de Saint-Géran courut après luy jusques vers Montmorency, où l'on dit que M. de Vendosme estoit prestde demeurer, à cause que son cheval, et de tous ceux qui le suivoyent, estoyent hors d'haleine. Il rencontra six gentilshommes auxquels il fit accroire qu'il avoit querelle, et ainsi, eut leurs chevaux ; tellement que M. de Saint-Géran, dont les chevaux estoyent plus frais que ceux de M. de Vendosme, ayant rencontré ces gentilshommes, et sceu comme il avoit pris leurs chevaux, fut obligé de s'en revenir. M. de Vendosme se rendit à Soissons, avec les autres.

M. de Guise estoit, comme l'on croit, du dessein contre le Maréchal d'Ancre. Lorsqu'il sceut que Monsieur le Prince estoit arresté, il envoya M. de Joinville faire toutes sortes d'offres à la Reyne, laquelle estant agitée par les mouvemens qu'une si grande

d'arinauld d'andilly. 203

alïaire luy donnoit, ne répondit pas à M. de Joinville septembre avec assez d'affection, selon son gré ; tellement qu'il sortit du Louvre étonné, et vint donner l'alarme à M. de Guise, auquel déjà plusieurs personnes vouloyent persuader qu'on avoit du dessein contre luy ; tellement qu'il se résolut de s'en aller, et partit sur les trois heures, avec M. le Prince de Joinville, et arriva le lendemain aux portes de Soissons, sans pouvoir entrer, jusques à ce que, trois heures après, M. du Mayne et ces autres Messieurs arrivèrent.

On dit que MM. de la Cave 1 et de Laubespin 2 furent ceux qui firent résoudre M. de Guise à s'en aller, afin de se faire après de feste, pour estre envoyez vers luy, ainsi qu'il fut fait; car le dimanche 4, M. de Laubespin y fut, et M. de la Cave depuis. M. le Cardinal de Guise estoit hors de Paris, lorsque Monsieur le Prince fut arresté, et fut trouver Messieurs ses frères. On tient que M. de Guise et sa troupe pensèrent mourir de faim et de froid. On dit qu'assurément la Reyne avoit si peu de dessein contre M. de Guise, que lorsqu'elle commanda, avec le Roy, à M. de Thémines d'aller arrester Monsieur le Prince, elle luy dit : Allez, Monsieur de Thémines, allez faire les affaires de M. de Guise.

Mn,c la Princesse de Condé douairière, sachant la prise de Monsieur le Prince, s'en alla courant en carrosse par les rues, criant, que l'on vouloit poignarder

1 Gilbert do Bcrthelon, seigneur de la Cave?

* François de Sainte-Colombe, seigneur de l'Aubcspin ?

.septembre 1616. son fils. Bref, elle faisoit tout ce qu'elle pouvoit pour exciter le peuple à sédition; et mesme fut vers le logis du cordonnier Picart ; mais il y eut des inarchans qui luy dirent que c'estoit elle qui estoit cause de cela , et qui avoit donné ces mauvais conseils à Monsieur le Prince , et qu'elle se retirast. Tellement qu'elle entra en grande appréhension, et se retira en grande haste. Il y en a qui croyent que, de ce pas, elle alla à Villebon. Quelques jours après, elle revint.

M. le président le Jay s'en alla a la Maison Rouge, aussitost qu'il sceut la prise de Monsieur le Prince, et écrivit à la Reyne, qu'ayant esté neuf mois en prison, il la supplioitde luy pardonner si, sur les appréhensions que l'on luy avoit données, ils'estoit retiré. Depuis, il fut trouver Messieurs les Princes à Soissons. Il estoit lors très bien avec M. de Guise, et non plus tant avec Monsieur le Prince, duquel il estoit mal content, et disoit qu'il ne se conduisoit nullement bien. Il avoitdit au Chevalier du Guet, quelques jours auparavant, qu'il se ruinoit en sa charge, et se mettoit mal avec Messieurs du Parlement. L'autre luy ayant demandé d'où venoit cela, il luy répondit : Je croy que vous feriez mieux de ne venir point si souvent au Louvre. — Nota, contre le service du Roy

1 l'oy., sur l'arrestation de Monsieur le Prince, le Merc. fr., p. 194 et stiiv. Le récit du Mercure confirme de tout point c<lui d'Ainauld d'Andilly qui est cependant plus complet et contient des détails nouveaux et curieux sur cet événement important. — Conf. Fontenay-Mareuil, p. 350 ; Briennc, p. 313; Rohan, p. 141; Richelieu, p. 336; Pontchartrain, p. 159; Bas^ompierre, 2* série, t. xx, p. 119.

d'arnauld d'andilly. 205

Quelques domestiques de Monsieur le Prince, ayant Septembre l«t6. crié partout dans le faubourg Saint-Germain, que Ton tùoit les Princes du sang, et que c'estoit le Maréchal d'Ancre, quelques manœuvres du Luxembourg et autres, furent à la maison du Maréchal d'Ancre, et commencèrent à piller. Incontinent le nombre s'augmenta. Monsieur le Gouverneur de Paris y fut, avec neuf chevaux seulement (c'estoit une faute, et il y devoit mener cinquante chevaux et force archers). Lorsqu'il arriva, le peuple se pressa de telle sorte pour sortir, qu'il y en eut deux d'étoulîez. Mais dix des gardes de Monsieur le Prince, gens résolus, qui estoyent en haut dans la maison , voyant qu'il n'y avoit que neuf hommes de cheval , descendirent en bas, encouragèrent le peuple, et tirèrent deux coups de carabine, dont l'un tua M. de la Douville. Ainsi, Monsieur le Gouverneur se retira, et le peuple continua à piller. Et quand il eut pillé la maison et écuries, commencèrent à démolir ; et le lendemain, en firent autant à la maison de Corbinelly, secrétaire du Maréchal d'Ancre, jusques à onze heures du matin, que M. de Créquy y fut avec deux compagnies des Gardes. Aussi tost qu'ils oûirent sonner le tambour, ils s'enfuirent. On estime cent cinquante mil écus la perte faite par M. le Maréchal d'Ancre. Il y eut une robbe de la Reyne perdue, qui valoit cinquante mil écus1.

1 Voy. Merc. /h, p. 202 et 205; Fontenay-Mareuil, p. 353 ; Brienne, p. 317; Rohan, p. 142; Richelieu, p. 345.

septembre i6i6. Leurs Majestez mandèrent T après disnée dudit jeudy, 1er septembre, Messieurs des Cours souveraines, Prévost des marchans et Lieutenant civil, pour les informer par la bouche de Monsieur le Garde des sceaux, des causes qui avoyent forcé le Roy de s'assurer de Monsieur le Prince. Et mandèrent aussi les principaux Ambassadeurs, comme Espagne et Angleterre.

M. de Thémines fait Maréchal de France. Trois ou quatre jours après, M. de Montigny le fut aussi \

M. le Comte d'Auvergne est redemandé de Péronne 2.

M. le duc de Savoye, ayant sceu la nouvelle de Tarrest de Monsieur le Prince, envoya quérir M. de Lesdiguières, qui estoit sur la frontière du Dauphîné, et furent cinq heures à parler ensemble. Après, M. de Lesdiguières s'en revint en Dauphiné, et M. le Duc de Savoye s'en retourna en Piémont.

On avoit estimé qu'en effet, M. de Lesdiguières estoit arresté par M. de Savoye.

2. Leurs Majestez firent dire par Paris, le soir, par les Capitaines, que l'on meneroit Monsieur le Prince, la nuit, à la Bastille, et que chacun tinst un homme armé, qui veillast. C'estoit pour voir ce que l'on diroit.

3. Ayant esté tenu Grand Conseil au Louvre, M. de Sully fut une grande heure à opiner, et com-

4 Voy. Merc. fr., p. 207; Fontenay-Mareuil, p. 355; Pontchartrain, p. 162.

2 Voy. Merc. fr., id. ; Pontchartrain, p. 163.

mença son avis, par dire, qu'encore qu'il ne sceust septembre ieie. si ç'avoit esté un bon conseil cTarrester Monsieur le Prince, d'autant que pour en juger, il eust esté besoin d'estre informé des mouvemens qui y ont porté Leurs Majestez, toutefois, puisque c'estoit une chose faite, il ne faloit pas abandonner les affaires, etc. Sur cela, la Reyne l'interrompit et se fâcha, disant, qu'il se devoit souvenir de ce qu'il luy avoit dit, à tels et tels jours, et à telles heures, et en tels lieux. — Surquoy, il faut savoir que quelques jours auparavant, M. de Sully avoit esté enfermé plus de trois heures avec la Reyne, n'y ayant que MM. Mangot et Barbin, luy disant que les affaires estoycnt perdues si on n'y pourvoioit promptcment par quelque grand coup. Surquoy la Reyne luy ayant demandé par plusieurs fois quel estoit ce grand coup, et ce qu'il estoit d'avis de faire , il rentroit en infinis grans discours, et conclùoit toujours de mesme sorte. Ce que la Reyne et ceux qui estoyent présens, interprétoyent tous à arrester Monsieur le Prince. On dit que depuis, M. de Sully a dit que, par ce grand coup, il entendoit que l'on luy rebaillast les finances. Plusieurs croyent qu'en effet, ilsavoit le dessein d'arrester Monsieur le Prince, et que M. de Rohan ne l'ignoroit pas. Témoin, ce que, incontinent après la prise de Monsieur le Prince, on luy vint dire, que le Roy le demandoit. 11 répondit : Je m'en vay fort assurément, car je ne crains rien. Et le mesme jour, il écrivit des lettres à coux de la Religion, de ses amis, et à quelques villes, pour les confirmer en l'obéissance du Roy. — Or,

septembre i6j «. quant à M. de Sully, on dit, sur le propos que dessus, que M. Edmond, ambassadeur ordinaire d'Angleterre, l'alla voir et luy dit que l'on faisoit courir le bruit qu'il avoit esté du conseil d'arrester Monsieur le Prince , mais qu'il ne le pouvoit croire ; et avoit esté bien aise de savoir de luy ce qui s'estoit passé de sa part en cela, afin de pouvoir répondre à cette calomnie. M. de Sully fit un grand discours de tout ce qui s'estoit passé afin de justifier comme il n'y avoit point pensé. — Après qu'il eut achevé, M. Edmond luy dit : Monsieur, lorsque je suis entré céans , je croiois que c'estoit une imposture ; mais maintenant, vostre discours me fait estimer qu'il est véritable \

Incontinent après la prise de Monsieur le Prince, on estoit en grande appréhension de M. le Comte de Soissons; mais la Reyne le gagna, et Madame la Comtesse par le moyen du mariage de Madame Henriette Marie2; ce qui contenta fort aussi M"" de Longueville (laquelle vint alors à Paris. On tient qu'elle est la Princesse mentionnée en la Déclaration) , à cause du mariage de M. de Longueville avec M1,e de Soissons.

Environ ledit jour, samedy 3, M. d'Aumont3 fut

* Voy. Richelieu, p. 350.

2 Henriette-Marie de France, fille d'Henri IV et de Marie de Médicis, née en 1609, mariée en 1625 à Charles Ier, loi d'Angleterre, morte à Colombes, près de Paris, le 10 septembre 1669. Elle avait alors sept ans, et, d'après ce passage, aurait été promise au comte de Soissons; ce qui devait plaire à Mm* de Longueville, dont le fils était accordé avec MUe de Soissons. Voy. Pontchartrain , p. 165, dont le récit confirme celui d'Arnauld d'Andilly.

» Antoine d'Aumont, marquis de Nolay, gouverneur de Boulogne-

d'arnauld d'andilly. 209 envoyé par le Roy vers M. de Guise, avec beaucoup Membre m«. de grandes offres (mesme on parla de la charge de Connestable). Il rapporta plusieurs belles paroles, avec protestation qu'il n'estoit avec ces Princes, que poury servir le Roy

4. Environ le A, M. le Maréchal de Montigny va en Berry ; ceux qui estoyent dans la tour de Bourges, pour Monsieur le Prince, se trouvant sans munitions, capitulèrent de se rendre s'ils n' estoyent secourus dans dix jours. Depuis, ils se rendirent2.

6. Le Roy, qui n'estoit point sorty par la ville, depuis la prison de Monsieur le Prince, va à l'àrcenal en carrosse.

Le Maréchal d'Ancre, ayant sceu la prise de Monsieur le Prince, coucha depuis dans le chastèau de Gaen, et quelques jours après, alla à Rouen, où il fut receu magnifiquement.

Monsieur le Garde des sceaux dresse la déclaration pour porter au Parlement; mais sur ce qu'il n'y avoit pas mis, à beaucoup près, ce qui estoit porté par les mémoires qu'on luy avoit baillez, et résistoit à ce que l'on vouloit y faire ajouster quelques uns des points oubliez, la Reyne luy dit : Monsieur le Garde des sceaux, si vous ne voulez servir le Roy, il y en a

sur-Mer, chevalier des ordres en 1597, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances, mort en 1635. Il était fils de Jean d'Aumont, VI* du nom, maréchal de France, mort en 1595.

* Voy. Merc. /h, p. 210, la lettre que le duc de Guise écrivit en cette occasion au Roi.

« Voy. Merc. fr.% p. 270; Fontenay-Mareuil, p. 356; Rohan, p. Ift3; Pontrhartrain, p. 169.

210 JOUBNAL INÉDIT '

septembre uu. d'autres qui le serviront. — On dit qu'il avoit témoin gné par plusieurs actions, n'approuver nullement l'arrest fait de Monsieur le Prince. Et depuis ce temps, la Reyne ne témoigna pas faire tant de cas de luy, que de coustume.

7. Le Roy va à cheval au Parlement, faire vérifier la Déclaration contre les absens, et l'Edit du... engagement des greffes1. Monsieur le Garde des sceaux porta la parole. La Reyne-mèrey estoit, Monsieur, frère du Roy, MM. de Montmorency, de Rets, de Rohan, de Sully.

Mesdames estoyent dans la lanterne. Monsieur le Premier Président parla peu. M. Servin, beaucoup2.

Gorbie et Abbeville envoyent assurer le Roy de leur fidélité. Sancerre en fait de mesme. On dit que les habitans, se défiant de M. le Gomte de Sancerre:l parent de Monsieur le Prince, feignirent, un jour qu'il estoit allé à la chasse, qu'il y avoit un homme qui avoit fait dessein de le tuer, et s' estant assemblez

1 L'Édit du rachat des greffes mesure financière prise pour couvrir

les dépenses de la précédente guerre civile, qui, y compris les dons considérables faits aux princes, aux termes du traité de Ixmdun, s'élevaient à plus de vingt millions de livres.

a / oy. Mcrc. />., p. 213-2a8, le récit du Lit de Justice tenu par le lloi et la Déclaration contenant les nuttirs de l'arresiaiion du prince de Coudé.— l'oij. Fontcnay-Mareuil, p. 337 ; Richelieu, p. 331 ; Pontchartrain, p. 164. t'oy. aussi Mém. de Math. Molé, le conipte*»rendu dé. taillé de ce Lit de Justice et la Déclaration contre Monsieur le Prince. (Mém. de M. Molé, p. 125.)

5 Jean de Bueil, comte deSancerrc et de Marans, grand échanson de France, mort en 1638. Il était par sa mère, Jacqueline delà Trémoille, parent du prince de Condé, dont la mém était Charlotte Catherine de la Trémoille.

d'arnauld d'andilly. *J11

plusieurs sur ce sujet, firent semblant de le vouloir mettre prisonnier dans le chasteau, et ainsi, s'en firent ouvrir les portes, et s'en saisirent1.

11. M. le Comte d'Auvergne fait Général de Tannée du Roy, dit, en recevant la charge, qu'il protestoit à Leurs Majestez qu'encore qu'ils luy fissent cet honneur, il obéiroit à qui il leur plairoit cy après d'envoyer, et se contenteroit de faire sa charge de Colonel de la cavalerie légère.

On expédia estats et commissions pour mettre deux armées sur pied, l'une sous la charge de M. le Comte d'Auvergne, et l'autre, sous celle de M. le maréchal de Souvré, pour aller prendre Chinon. En la première, il y avoit... compagnies de chacun des vieux régimens; les régimens de Vaubecourt2, Rambures, Beaumont, la Mailleraye, Thorigny (chacun de douze compagnies de cent hommes), Cressia (qui avoit en 1615 servy Monsieur le Prince), de dix compagnies, et quelques autres nouveaux régimens, de six compagnies, de chacune cent hommes. Le rendez-vous estoit à Meaux. L'équipage d'artillerie estoit de six couleuvrines. Le pain de munition fut adjugé à un sol.

On envoya M. de Castille, Intendant des finances, faire une levée de quatre mille Suisses, laquelle il

1 Voy. Merc. /h, p. 253 ; Richelieu, p. 348.

> Jean de Nettancourt, Comte de Vaubecourt, Conseiller d'Etat, Maréchal de camp, Colonel du régiment de son nom, Lieutenant Général au gouvernement de Verdun, Gouverneur de Cuàlons, mort en 1642.

septembre m*, amena à Saint- Jean-de-Losne, environ le dernier d'octobre.

Environ ledit jour 11, MMe la jeune Princesse de Condé arrive fort affligée. On dit que M. de Montmorency fut mal content de ce que la Reyne ne luy voulut pas permettre de voir Monsieur le Prince.

12. M. de Brantes se bat contre Ryonne, qui se pleignoit partout de M. de Luynes. Il luy donne un coup d'épée à travers le corps, et la vie. Luy rebailla son épée, son chapeau et son manteau, le ramena penser. 11 revint après chez M. le Comte de Vitry ; le soir, il alla à Saint-Germain-cn-Laye, où M. de Luynes l'a lia quérir le jeudy, et le ramena.

13. MM. de Boissise et de Chanvalon partent pour aller traitter. M. de Chanvalon entra dans Soissons. M. de Boissise, lequel conféra toujours avec M. de Guise seulement, près d'une grange, distante d'une liede et demie de Soissons1.

15. M. de Termes2 arrive de Soissons, où M. le Grand l'a voit envoyé, avec lettres à M. de Guise. 11 dit que c'estoit pour l'exhorter au service du Roy : néantmoins cette action a esté calomniée ; car on dit, que M. de Guise ayant écrit à M. le Grand, et l'ayant

* Voy. Merc. /r., p. 248 ; Fontenay-Mareuil, p. 358; Richelieu, p. 352 ; Pontchartrain, p. 165.

* César-Auguste de Saint-Lary, baron de Termes, d'abord chevalier de Malte et grand prieur d'Auvergne, puis premier écuyer jusqu'en 1610 et grand écuyer de France par la démission de son frère, mort d'une blessure qu'il reçut au siège de CJérac en 1621. A sa mort, lo duc de Bellegardo reprit sa charge de grand écuyer.

d'arNauld d'andilly. 243

prié de luy donner conseil , comme voulant suivre entièrement ses avis, M. le Grand envoya M. de Termes vers luy, afin de s'offrir à luy ; que quand cela ne seroit point, il ne devoit point envoyer vers M. de Guise un homme de créance tel que son frère, sans qu'auparavant, il fust venu trouver le Roy, pour savoir sa volonté. Ledit sieur de Termes apporta toutes bonnes paroles de M. de Guise. '

Environ ce jour, M. de Nevers ayant envoyé ses Maréchaux des logis, marquer ses logis dansChalons, M. de Tresmes1, gouverneur, les fit sortir delà ville. Sur quoy M. de Nevers luy ayant mandé qu'il n'y vouloit entrer que luy sept ou huitième, il luy fit réponce qu'il avoit défences expresses de le laisser entrer, et montra des lettres patentes, scellées du grand sceau, pour cet effet. — On a découvert depuis que M. de Nevers avoit expédié quarante commissions, pour lever des gens de guerre, et qu'il alloit à Châlons pour s'en rendre maistre, et là, prendre de l'argent pour les payer; mais que son dessein n'ayant réussi, il retira lesdites commissions.

M. de Nevers s'en alloit en ambassade extraordinaire en Allemagne, sur le sujet du mariage du Roy, et estoit encore sur la frontière, lorsque Monsieur le Prince fut pris ; dont ayant sceu la nouvelle, il écrivit

* Réné Potier, comte de Tresmes, gouverneur de Châlons en 1608, gouverneur de Monsieur, capitaine des gardes du corps en 1611, conseiller d'Etat en 1629, duc et pair en 1648, mestre de camp de cavalerie en 1652, gouverneur de Pont-Audemer en 1661, mort en 1670. {Voy. P. Anselme, t. iv, p. 771.)

21ft JOURNAL INÉDIT

septembre une lettre au Roy, assez hardie, demandant comme raison de cette action \

M. de Nevers ayant, depuis le refus de rentrée de Châlons, témoigné estre extrêmement ulcéré, Leurs Maj estez eurent avis de divers endroits, qu'il assembloit des trouppes, et refusoit attache et rendez- vous à ceux que le Roy faisoit lever : Sur quoy, le traitté estant arreste avec les autres Princes et Seigneurs, on résolut d'envoyer une partie des forces de l'armée du Roy en Champagne, sous la conduite de M. de Praslin. Environ lequel temps, M. de Maroles* vint, lequel assura que tout ce que l'on disoit de M. de Nevers, estoyent calomnies ; et que si on vouloit y envoyer quelqu'un, on le reconnoistroit. Sur quoy, le 15 octobre, M. de Luçon3 fut envoyé vers M. de Nevers, lequel n'y trouva point de gens de guerre, et revint avec de bonnes paroles.

La Déclaration du 17 janvier 1617, contro \L de Nevers porte, qu'ayant passé Rheims, il y revint, lorsqu'il sceut la prise de Monsieur le Prince, assem-

1 Toy. Merc. fr.^ p. 21 1 , cette lettre du duc de Nevers.

2 Claude de Marolles, lieutenant colonel des cent-suisses de la garde du corps, capitaine des gendarmes et chevau-légers, maréchal de camp des armées de Champagne, de Picardie et de Piémont, mort en J633. Il était père de Michel de Marolles, abbé de Villeloin, à qui l'on doit un grand nombre d'ouvrages, des Mémo res intéressants, et la célèbre collection d'estampes qui est une des richesses du dépôt de la Bibliothèque impériale. {Voy. Moreri, t. \n, p. 268.)

1 Voy. Richelieu, p. 361 : « Elle (la Keine) me fit l'honneur de me choisir pour y faire un voyage de la part de Sa Majesté, croyant que j'avois quelque dextérité par laquelle je pourrois ménager son esprit et le ramener à la raison ; mais tout cela fut en vain, car il n'en étott pas capable. »

d'arnauld d'andïlly. 215 bla les habitans, leur fit entendre qu'il se résolvoit septembre m* de lever six cens chevaux et quatre mil hommes de pied, proposa aux esleus d'imposer une partie de la somme nécessaire pour les entretenir. Ce que ayant refusé de faire sans commandement du Roy, il offroit d'en faire l'avance, pourveu qu'ils consentissent la levée, dont s'estant excusez, et remis aux trésoriers de France à Châlons, il dit qu'il iroitdonc à Châlons, sur ce sujet. < — Envoya devant quelques-uns des siens, qui demandoyeut logis pour quatre cens chevaux, prirent deux hostellcries , proche des deux principales portes de la ville, voulurent, contre la coustume, marquer les maisons des chanoines, disant qu'ils en avoyent besoin pour des seigneurs de qualité. L'entrée de Châlons ayant esté refusée audit sieur duc de Ne vers, il sortit quelque temps après de Rheims*.

17. M. le comte d'Auvergne envoyé M. des Cures, et part le lendemain matin, pour aller à Meaux 2.

23. M. de Souvré part pour aller à Chinon, lequel fut depuis rendu par Rochefort, moyennant quatre-vingt-dix-mil livres, et M. Delbene en eut le gouvernement3.

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