M. de Guise et M. le Prince de Joinville
4 Voy. Merc. fr., p. 249, la lettre du duc de Nevers au Roi, au sujet du refus qui lui fut fait de le recevoir à Châlons. {Voy, aussi Fontenay- Mareuil, p. 359 et suiv. ; Pontchartrain, p. 170.
2 Voy. Merc. /r., p. 269.
» Voy. Merc. fr., p. 272. Suivant le récit du Mercure, Rochefort ne voulut aucune récompense pour la reddition de Chinon. (Voy. Fontenay- Mareuil, p. 350 ; Richelieu, p. 360 ; Pontchartrain. p. 171.
septembre nie. viennent à Paris trouver le Roy, et M. de Chanvalon avec eux'.
La nuit d'entre le samedy au dimanche, environ minuit et demy, on mena Monsieur le Prince du Louvre à la Bastille, pendant une très-grande pluye. Il y avoit cinquante chevaux devant, conduits par M. de Thémines-,
Ledit jour samedy, M. de Rohan s'en va en Poitou, ayant obtenu payement des cent mil livres qui luy avoyent esté promis, après l'affaire de Saint- Jean-d'Angely.
27. M. de Guise retourne à Soissons, trouver les Princes, avec bonnes réponces de Leurs Majestez. M. de Joinville demeure à Paris.
M. de Sully s'en va chez luy, pas trop content.
M. de la Chastaigneraye, capitaine des Gardes de la Reyne-mère, meurt. M. le marquis de Thémines a sa charge.
•29. M. de Guise revient de Soissons, après avoir entièrement fait résoudre le Traitté à Messieurs les Princes, lesquels s'en retournèrent chacun chez soy. Rameine avec luy M. le cardinal de Guise. — Il n'avoit rien fait signer, pour ce que la Reyne ne l'avoit désiré ; mais depuis, ayant esté conseillée de les faire signer, on parla que M. de Guise y retourneroit. Toutefois, M. de Thianges y fut seulement envoyé, et M. de Boissise aussi, à cause que M. de
« Voy. Mere. /h, p. 258 ; Richelieu, p. 350 ; Pontchartrain, p. 168. » Voy. Merc. /r., p. 258 ; Pontchartrain, p. 169; Bassompierre, p. 129.
d'àrnauld d'andilly. 217 Guise eust eu trop de peine à les voir tous, estant septembre un séparez comme ils sont, et éloignez les uns des autres. — On tient qu'ils ne se sont tous accommodez que par force, et pour ce qu'ils n'avoyent point moyen de lever des hommes, à cause que tous ceux dont ils pouvoyent faire estât, estoyent en Savoye, et que le Duc de Savoye se voyant pressé de deux armées du Roy d'Espagne, l'une de quarante mil hommes du costé du Piémont, et l'autre de vingt mil hommes du costé de la Franche-Comté, conduite par M. de Nemours', il ne souffroit sortir de son service un seul soldat françois (dont il avoit le nombre de vingt mil au moins), mais faisoit pendre tous ceux qui se débandoyent, et pour cet effet, faisoit garder les passages des montagnes2.
2. M. le Maréchal d'Ancre revient à la Cour, octobre accompagné de quantité de Normans. On dit qu'il entra par la porte Saint-Honoré , et que le peuple luy donnoit tout haut infinies malédictions. On dit , qu'ayant salué la Reyne dans la cour du Louvre, lorsqu'elle descendit de carrosse, elle luy dit qu'il estoit gras, et qu'il avoit bon visage, et que sur cela,
1 Henry de Savoie, du nom, duc de Nemours, né en 1572, élevé à la cour du duc de Savoie, commanda ses armées, s'empara du marquisat de Saluccs, fut du parti de la Ligue, fit la guerre en Dauphiné en 1591, s'accommoda avec Henri IV en 1596, eut un différend avec le duc de Savoie en 1615, fit sa paix avec lui en 1616. Il mourut en 1632.
* Voy. Mcrc. pr.% p. 259 et suiv., les treize articles présentés par le duc de Guise au Roi, au nom des Princes, et les réponses du Roi. Ces articles étaient relatifs à l'exécution de quelques clauses du Traité de Loudun. Voy. Pontchartrain, p. 168.
•218 . JOORNAL INEDIT
ottobr*- il luy répondit : Est-ce pour cela que vous m'avez envoyé quérir si viste \
ft. La Reyne remet M. le Maréchal d'Ancre avec M. de Guise. On dit qu'ils se firent froid à l'abord ; et qu'après, Monsieur le Maréchal ayant esté reconduire M. de Guise jusques à son carrosse, M. de Guise luy dit : c'est un excès d'honnesteté à M. le Maréchal d'Ancre que, de vouloir mesme faire las honneurs du Louvre. — M. le Prince de Joinville et le cardinal de Guise ne se raccommodèrent point lors avec M. le Maréchal d'Ancre. — Par le Traitté avec les Grans, M. de Longueville remit Péronne, et on acheta Han cent mil livres de M. le Vicomte de Brigueil2, pour le luy bailler.
7. Leurs Majestez receurent avis par le retour de M. de Boissise, de la signature de la paix, par tous les Grans. M. de Nevers continuant néantmoins à faire plusieurs choses en Champagne, contraires au service du Roy.
Le matin, M. le Maréchal d'Ancre vint à la Direction ; après leur avoir parlé quelque temps , il leur dit , qu'ils ne laissassent pas pour luy de continuer comme ils avoyent commencé ; et se tint là trois quarts d'heure, les écoutant rapporter.
Environ ce jour, M. l'Ambassadeur des Hayes s'en
* Voy. Pontchartrain, p. 169.
* Louis de Crevant, vicomte de Brigucil, puis marquis d'Humières, chevalier des ordres en 1619, conseiller d'Etat, capitaine de cinquante hommes d'armes et des cent gentilshommes de la maison du Roi, gouverneur de Ham, puis de Compiègoe, mort en 1648.
d'arnàuld d'andilly. 219 alla. Environ ce temps, arriva la broûillerie entre octobre tm. M. cTEpernon et ceux de la Rochelle, qui sçachant la prise de Monsieur le Prince, se saisirent de Rochefort, maison de M"e de Loseraye, située sur la Charente, à cinq licites de la Rochelle, et à de l'env
bouchure de la Charente. M. d'Epernon qui se prétend gouverneur de la Rochelle et du pays d'Aunix (Messieurs de la Rochelle soutiennent le contraire, et dient, que c'est le Maire qui en est Gouverneur, et que les provisions de M. d'Epernon ne peuvent préjudicier à leurs privilèges) envoya diverses fois dire à celuy qui commandoit dedans, qu'il eust à sortir ; à quoy il fit réponce qu'il y avoit esté mis par le Maire de la Rochelle, Gouverneur du païsd'Aunix.
Messieurs de la Rochelle voulant avoir le chemin libre, depuis la Rochelle jusqu'à Rochefort, envoyèrent un grand vaisseau hollandois sur la Charente. M. d'Epernon ayant envoyé visiter ce vaisseau et le capitaine par deux gentilshommes, avec charge, à ce que disent ceux de la Rochelle, 4e gagner ledit capitaine , les dits gentilshommes furent arrestez, et menez à la Rochelle, où ayant esté enquis sur plusieurs choses, ils furent renvoyez à M. d'Epernon , lequel estant indigné tout ce qui se peut, jetta dès hommes en garnison dans Surgères proche de.... lieues de la Rochelle 1 , afin d'incommoder les habitans de la Rochelle ; et les choses s'estant de plus en plus aigries, M. d'Epernon mit deux mil cinq cens
1 A quatre lieues de la Rochelle, suivant le Merc. fr.
Od^re m: hommes de pied en campagne, et six ou sept cens chevaux, et ainsi, incommodoit fort ceux de la Rochelle, lesquels M. de la Trémoille voulant assister, les alla trouver avec deux cens chevaux. Mais, estant trop foible, il fut contraint de se tenir dans les murailles de la Rochelle. Sur la fin d'octobre, le Roy envoya M. de Boissise, qui vit premièrement M. d'Epernon, duquel il tira parole qu'il désarmeroit, en mesme temps que Messieurs de la Rochelle désarmeroyent. Après, il fut à la Rochelle, où il fit une grande et trèsbelle harangue en l'assemblée de Thostelde ville, qui fit venir les larmes aux yeux à plusieurs habitans. Enfin, il les disposa à tout ce qu'il désiroit, et receut d'eux de très grans honneurs. Et ensuite, ils désarmèrent et remirent Rochefort entre les mains de la Brosse, exempt des Gardes. Ensuite, M. d'Epemon désarma aussi. — On tient qu'il y a voit des lettres patentes pour le déclarer criminel de lèze Majesté, s'il y eust manqué, et que M. de Thoulouse son fils fut l'en avertir. Cecy fut au commencement de novembre.
11 s'est trouvé depuis, que M. d'Epemon n'avoit pas encore désarmé, mesme le dernier novembre, que M. de Boissise estoit déjà de retour , tellement que l'on résolut d'envoyer vers luy M. de Vignolles
7. M. le Comte d'Auvergne estoit prest à faire passer la rivière d'Oise à la plus grande partie de
1 Voy.y sur le différend entre les Rochelois et M. d'Epernon, le âlerc. fr., p. 272-300 ; Pontchartrain, p. 172.
Parmée du Roy, pour aller charger huit cens hommes octobre de pied et cent cinquante chevaux , que M. de Longue ville a voit vers Roye, lorsqu'il receut avis que tout le traitté estoit conclu, et que„partant, il n'eust plus rien à entreprendre.
Environ ce temps, il fit faire monstre à Farmée, et faisoit luy-mesme écrire par son secrétaire le nombre d'hommes de chaque compagnie, tant d'infanterie que de cavalerie, et les comptoit luy-mesme.
12. M. Barbin dit à Messieurs du Gonseil des * finances, au sortir de la Direction, que la Reyne avoit perdu une robbe valant soixante quinze mil écus, au pillage de la maison de M. le Maréchal d'Ancre ; que Monsieur le Maréchal avoit aussi fait plusieurs grandes pertes ; que pour les récompenser la Reyne luy avoit commandé de faire signer un comptant de cent soixante quinze mil écus. — M. de Ghevry répondit : C'est bien peu. M. le président Jeannin dit: Puisque la Reyne l'a commandé, il le faut faire. — Depuis, la dite somme de cent cinquante mil écus fut employée dans un comptant, pour payer- trois cent mil livres sur Rouen, et cent cinquante mil livres sur Caen, des deniers de 1617.
On dit que le Maréchal d'Ancre, voulant pouvoir dire que le Roy l'avoit entendu, il luy dit qu'il avoit beaucoup perdu pour son service, au pillage de sa maison, et qu'il le supplioit de luy faire donner quelque récompense; que sur cela, le Roy le laissa, et s'en alla, que Monsieur le Maréchal luy dit : Vostre Majesté ne me dit rien ; et que le Roy luy répon-
oeu>tM* dit: Entendez-vous pas bien ce que je vous dis? — On dit aussi que lorsque le Roy sceut que Ton avoit baillé les dits cent cinquante mil écus à ML le Maréchal d'Ancre, il dit : On dit qu'il n'y a point d'argent à l'Espargne lorsque je veux faire donner des ordonnances de trente francs ; mais on trouve bien quatre cent cinquante mil livres pour le Maréchal d'Ancre.
Environ le 19. M. de Luynes achète la charge * de Grand Fauconnier quarante cinq mil écus. — On dit qu'il bailla six rail écus à M. de la Rochefoucaud, pour sa prétention des oiseaux du Cabinet.
19. Le Roy se trouve mal d'une fort grande colique, quiiuy donne quelques jours des tranchées. M. Héroùard 1 estoit lors à Vaugrigneuse. On se voulut servir de cette occasion pour luy faire un mauvais office.
25. En vertu de lettres patentes du Roy, le Parlements'assemble, pour vérifier les Déclarations faites sur l'innocence des Grans, qui ont assisté Monsieur le Prince, et celle sur la prise de Péronne par M. de Longueville 2.
26. M. le Maréchal d'Ancre va, pour la deuxième fois, à la Direction. Leur dit, qu'il s'ennuyoit dans la Cour, et qu'il les estoit venu voir ; discourt avec
* Jeau Héroard, premier médecin et conseiller du Roi. Il fut médecin des rois Charles IX, Henri III, Henri IV et Louis XIII. Il a écrit plusieurs ouvrages, et, entre autres, un journal inédit de la santé du Hoi, dont la publication a été plus d'une fois annoncée.
2 Voy. ces lettres-patentes, Mere. /";-., p. 264-270. Voy. aussi Mém. de M. Molé, p. 137.
d'arnàuld d'àndilly. 223 M. Desfontaines-Boûer, touchant Maillac, roué à Fon- o*»»*"*
tainebleau, il y a quatre ou cinq ans. —M. Mangot, M. Mazurier...
M. le Maréchal d'Ancre commença environ ce temps à faire dresser des lettres d'érection du marquisat d'Ancre en duché-pairie. Il se trouva qu'il n'y avoit point de sûreté à cause que la terre est à sa femme, et que son fils qui, après la mort de sa mère, fust devenu seigneur d'Ancre, et par conséquent Duc et Pair, à cause que c'est une dignité réelle, luy eust disputé son rang ; comme aussi les Ducs et Pairs reçus depuis luy et les Maréchaux de France , non Ducs et Pairs le luy eussent disputé. — A quoi le seul remède estoit de faire comme avoit fait feu M. de Nevers (habile homme et qui avoit toujours près de luy trois des plus habiles advocats du Parlement), en l'érection de... en duché-pairie, qui est d'acheter une terre relevant du Roy et du marquisat d'Ancre, l'unir audit marquisat, et énoncer par les lettres, que l'un estoit à M. le Maréchal d'Ancre, et l'autre à Madame la Maréchale, et que le Roy les érigeoit conjointement en duché-pairie ; ce qui estant, et le mary et la femme deraeureroyent chacun Duc et Pair durant leur vie.
28. M. de la Chevalerie lieutenant de l'artillerie en l'arcenal de Paris, meurt. — La Reyne donna la charge à M. de la Motte son Écuyer. M. Desmarests, qui l'avoit demandée, et disoit avoir la nomination de M. de Sully, se veut battre contre luy. On luy baille des Gardes. Depuis, on les accommoda, avec promesse à M. Desmarests do faire pour luy.
oc»ot,r« tut. 31. Le Roy extrêmement malade. S' estant couché sur les trois ou quatre heures après midy. et le rideau estant tiré, le jeune Béringhen \ premier valet de chambre, entendit un grand ralement, et creust que c' estoit un chien qui dormist ; et ayant regardé deux ou trois fois , partout avec un autre valet de chambre qui estoitlà, enfin ils ouvrirent le rideau du Roy, et trouvèrent que c' estoit luy. Dequoy, extrêmement effrayez, ils allèrent chercher M. Héroûard. qui estoit dans la cour ; et estant arrivé il jetta le Roy hors du lit, et commença à le promener, et un valet de chambre luy voulant mettre un doigt en la bouche pour Tempescher de la fermer, il le luy tronçonna. Après, on luy bailla un manche de cuiller, qu'il serra si fort qu'il se fit saigner les dents. Enfin, on le fit revenir de cette espèce d'apoplexie, que M. Héroûard dit n'estre qu'une mauvaise vapeur des intestins.
Un valet de chambre s'en alla dire cette maladie avec effroy à la Reyne-mère, qui estoit à Vespres aux Feuillans. MM. Piètre et Seguin, médecins de Paris, furent appelez pour conseil2.
On continua de vouloir faire de mauvais offices à M. Héroûard, lequel, voyant le Roy guéry, luy fit demander son congé par M. de Luines, dont le Roy se fascha extrêmement, et dit qu'il ne souffriroit jamais qu'il le quittast8.
< Pierre de Béringhen, seigneur d'Armainvilliers, premier valet de chambre du Roi.
2 Voy. Fontenay-Mareuil, p. 359; Pontchartrain, p. 178. s Voy. Richelieu, p. 309.
d'arnàuld d'andilly. 225 Temps incertain. On traitté avec M. d'Arquien 1 ucuawmm. pour le gouvernement de Calais à quatre-vingt mil écus dont on luy baille quarante mil écus comptans; on tient que c'est pour M. le Maréchal d'Ancre. Depuis, le traitté fut rompu, et M. le Maréchal de Thémines eut les quatre-vingt mil écus \
En ce temps, ainsi que j'estime, M. de Lesdiguières passe les monts avec huit mil hommes de pied et huit cens chevaux et va secourir M. de Savoye. 11 écrivit à un de ses amis, que bien qu'il ne fust que simple. Gentilhomme, néantmoins, le Roy luy avoit fait l'honneur de l'obliger à maintenir le Traitté d'Ast entre Espagne et Savoye ; qu'il alloit pour cela, et que s'il ne mourroit, il feroit tenir la parole au Roy d'Espagne. On dit qu'on luy a prédit qu'il gagnera une bataille en Piémont, et puis, qu'il y mourra.
Environ 7 ou 8. On changea les ofliciers de Mon- Novembre, sieur le Prince, et on le fit servir par des ofliciers du Roy, dont il témoigna au commencement un déplaisir extrême, avec des fureurs et désespoirs merveilleux, disant, qu'on le vouloit empoisonner, et qu'il se laisseroit plustost mourir de faim. Incontinent qu'il eut faim, il mangea deux œufs, et tost après, il se mit à manger, et fut aussi gaillard comme auparavant, se réjouissant sur ce qu'il ne vivoit plus à ses dépens; et au lieu de deux pièces de rosty, et
1 Jean-Jacques de la Grange, seigneur d'Arquien, gouverneur de Calais en 1610.
2 t'oy. Pontcliartrain, p. 188.
Novembre ma. autant de bouilly, qu'il avoit à chaque repas, il en demanda quatre1.
Jours de Conseils changés. MM. les Secrétaires d' Estât prirent le mercredy et vendredy matin, pour Conférer avec MM. les Ministres, et de là, aller chez la Reyne. Et au lieu de ces deux matinées, qui estoyent Conseils de Direction, on prit les mardis et jeudis après-midy, pour la Direction. '
9. Exécution de Boursier, pendu à la Grève, et après, brûlé. Il estoit chevau-léger de la Compagnie de Monsieur le Prince, et un jour qu'il estoit dans le Jeu de Paume de Béquet, au faubourg Saint-Germain, ayant sceu que la Reyne alloit à Luxembourg, il alla chez luy, banda un pistollet, y mit deux balles, et y estant allé, comme il estoit prest de tirer, pour la tuer, M. le Cardinal de Guise survint, qui se mist entre deux ; et après, comme il cherchoit son temps pour faire son coup, lorsque la Reyne entreroit en carrosse, M. de Bassompierre survint, et tant de gens, qu'il ne put. Ainsi, il se retira, et s'en alla chez une Demoiselle, logée audit faubourg, nommée Durfort et l'ayant trouvée fort affligée, à cause qu'elle estoit accordée au Premier Brigadier des Gardes de M. le Prince, lequel s'en estoit allé après la prise de son maistre, il luy dit, devant une sienne nièce, qu'elle ne se fâchast point davantage, qu'il les vengeroit bientost, et qu'il ne s'en estoit guères falu que le coup n'eust esté achevé cette mesme après disnée ;
1 Voy. Mevc. />\,p. 303 ; Fontenay-Mareuil, p. 301 ; Richelieu, p. 374.
d'arnauld d'andillv. 227 et qu'aussi bien il estoit désespéré , et résolu de Novembre tcie. mourir, après l'avoir fait. Puis il leur conta ce qui s'estoit passé, ce que l'une d'elles ayant dit à un Aumosnier de Mme de Mercœur ', il en avertit M. le Maréchal d'Ancre, qui le dit à la Reyne, laquelle fit prendre Boursier par Défontis. On fit expédier Commission à Messieurs du Chastellet, pour le juger pré vostalement; et les Lieutenans Civil, Criminel et Particulier, et xi autres Conseillers firent le procès. Il dénia tout. Les deux femmes soutinrent tout, et ne varièrent jamais. Enfin, il fut condamné sur les conjectures, et ordonné qu'avant d'estre exécuté, il auroit la question, à laquelle deux Conseillers assis teroyent. Ils y voulurent estre tous, et en leur présence, il dit, que puisqu'il faloit mourir, il diroit tout : Et ensuite, avoua tout, et le signa, comme aussi firent tous les juges, et à l'eschelle, il confessa tout. Son père avoit quitté la marchandise de soye, et a vaillant cent mil écus. 11 avoit plaidé contre luy, etl'avoit battu deux fois. Après la prise de Monsieur le Prince, sur les défences faites a tous les siens de demeurer à Paris, où il avoit fait, à trois personnes, qu'il a nommées depuis pour enlever, ou tuer la Reyne, et
la paix estant faite, il estoit revenu à Paris. Il trouva au logis où il alla chez la Demoiselle de Durfort, l'abbé de la Trinité, oncle de ladite Demoiselle, lequel il fit tant qu'il fit sortir de la chambre, et puis
1 Marie de Luxembourg, duchesse de Penthievre, veuve de Pliilippe-Emmanuel dp Lorraine, duc de Mercœur, mort eu 1002. Ell<? mourut en 1623.
Nombre îeie dit à ces femmes qu'il avoit des choses à leur dire, dont elles seroyent bien réjouies4.
M. de Lassay 2 envoyé (par le moyen de M. Barbin, qui le vouloit favoriser), vers M. le Grand, pour le disposer à ne point empêcher le passage de M. de Nemours en Savoye, avec les forces que le Roy d'Espagne avoit sous sa conduite, en la Franche-Comté. Frésier, ambassadeur de Savoye, découvre ce voyage, prend la poste, atteint M. de Lassay, luy dit, qu'il avoit appris de M. Barbin le sujet de son voyage, et qu'il luy avoit dit, que s'il pouvoit raccommoder M. de Nemours avec M. de Savoye, il feroit un extrême service au Roy, et qu'il estimoit qu'il en recevroit bientost la dépesche. Enfin, il fit en sorte qu'il porta M. de Lassay à entreprendre cet accord, lequel on fit ensuite, y ayant employé toute la créance qu'il luy avoit baillée. Cela s'estant sceu icy, l'Ambassadeur d'Espagne en fut en une furie extrême, et lorsque Lassay fut de retour, menaça de le tuer, et le contraignit de s'en aller de Paris. La Reyne , et M. Barbin en furent aussi en une extrême colère. Il dit, pour s'excuser, que les Espagnols , au lieu de prendre un passage court, et par lequel (suivant le commandement qu'avoit M. le Grand de faire comme semblant de se boucher les yeux, pour ne les pas voir,) ils fussent plus tost passez que l'on ne s'en seroit ap-
* Foy. Mac. /h, p. 303; Richelieu, p. 373. 2 M. de Lassay, conseiller d'Etat. Suivant Richelieu, cet envoyé était La.sé, trésorier de France à Bourges. {Voy, Richelieu, p. 377.)
d'arnautd d'andilly. w229
pcrceu , ils avoyent voulu en prendre un par lequel Ro»*«u« «'«•
il y avoit plus de dix journées d'armée de chemin,
et dont le passage estoit à travers une ville où le
Roy tient Garnison, et que luy, leur avoit offert trois
passages. Mais le mal est que ledit S' de Lassay ne
peut nier d'avoir esté présent, lorsqu'on a traitté de
l'accord avec M. de Nemours. M. Barbin m'a dit
que M. de Lassay avoit pris de l'argent du duc de
Savoye \
Madame de Nevers, v oulant aller à Rheims, (pour, disoit-elle, y faire ses couches,) M. de la Vieuville lieutenant du Roy audit baillagc, luy manda qu'il la supplioit très-humblement de n'y point venir. Sur cela, elle se mit en colère, et ne laissa de passer outre, et fit dire, tant à luy qu'aux habitans de Rheims, qu'elle estoit la Gouvernante de la Province, et qu'il n'avoit aucun pouvoir où elle estoit. Elle estoit en litière, et n'avoit que quatre hommes de cheval avec elle. Estant arrivée à la porte de la ville, M. de la Vieuville, appuyé sur la barrière, luy fit la révérence, un genou en terre, et luy dit, qu'il eust voulu qu'il luy eust cousté un bras, et n'avoir point le commandement qu'il avoit de ne la pas laisser entrer; mais qu'il estoit obligé d'obéir aux volontezdu Roy. Elle luy répondit, que c' estoit un menteur, la-
1 *oy. Merc. />., p. 395, le traité de paixlconclu le 14 décembre 1616 entre le duc de Savoie et le duc de Nemours. Voy. aussi le Merc. fr.y p. 371 et suiv., le récit de la lutte entre le^'duc de Savoie et le Roi d'Espagne, et les négociations auxquelles elle donna lieu. Conf. Fontetenay-Marcuil, p. 362; Richelieu, p. 374; Pontchartrain, p. 150, 184, 188.
Novembre quelle parole elle répéta quatre ou cinq fois, et qu'elle savoit bien qu'il n'avoit point ce commandement-là. A quoi il répliqua, un genou en terre, qu'il eust voulu qu'il luy eust cousté un bras, et n'estre point refuser la porte. Sur quoy, elle, luy ayant dit plusieurs paroles très-aigres, enfin, elle se retira.
Incontinent après, M. de la Vieuville, et les habitans de Rheims, envoyent demander un aveu au Roy, de ce qu'ils avoyent fait, lequel leur fut baillé.
On tient pour certain que M. de Nevers avoit fait son intelligence si forte dans Rheims, que Madame de Nevers estoit capable de s'en rendre maistresse, et mesme un des siens, G. de Th. a dit, que les habitans de Rheims luy avoyent écrit qu'il les vint délivrer de la tyrannie de M. de la Vieuville.
Après le refus de Rheims, Madame de Nevers alla h Troyes, où elle fut reçeue sans crainte, à cause que tous les habitans sont très bons serviteurs du Roy. De là, elle alla à Nevers, faire ses couches. On dit que les habitans de Troyes l'avoyent priée de se retirer après qu'elle eust demeuré quelques jours dans leur ville.
La Déclaration contre M. de Nevers, de 1617, porte que ladite dame fit commandement aux habitans et au Lieutenant de la ville de Rheims, de se saisir de M. le Marquis de la Vieuville'.
Le Roy va à Saint-Germain, avec la Reyne Re-
* Voy. Merc, fr.. p. 306; Fontenay-Mareuil, p. 359 et suiv.; Richelieu, p. 362 : Pontchartrain, p. 182.
d'arnauld d'andilly. 231 gnante, d'où il revint le vendredy en suivant. 11 de- "owmiwim. meura des Compagnies du Régiment des Gardes auprès de la Reyne-mère, laquelle, quelques jours auparavant, trouva bon d'estre servie, par chacun quartier, par cinquante Gendarmes de sa Compagnie. Elle fit difficulté de s'y rendre, pour ce qu'elle a voit résolu de se faire servir par ses chevaux-légers. M. de Fossez surmonta cette difficulté, en offrant de servir pour rien , c'est-à-dire, sans avoir Pécu par jour de récompense.
18. 11 vint nouvelle au Roy, que le mercredy 15, M. de Nevers, avec cent ou cent vingt soldats, avoit fait piller la maison de Si, appartenant à M. de la Vieuville, et qu'il menaçoit de la raser. A l'instant mesme on dépescha un exempt, nommé Barenton, à M. de Nevers, avec une lettre fort expresse, et fort ferme, portant, que Sa Majesté vouloit qu'il fist réparer le tort fait à M. de la Vieuville, jusqu'à ce qu'il en fust content. Qu'autrement, il le déclaroit criminel de Lèze-Majesté, et que ce baston seroit suivy de plusieurs espées. Et au mesme temps, on donna aussi charge à M. de Praslin, de partir, pour s'en aller droit en ladite maison, et où estoit M. de Nevers, avec la Compagnie de la Reyne, celle de Monsieur, et quelques autres de Cavalerie, les Régimens de Vaubecourt, et de Beaumont, et les Suisses qui estoyent en Champagne. Suivant ce Commandement, M. de Praslin, et M. de Fossez partirent le lendemain matin. La Reyne dit à M. de Fossez, que quand il luy verroit couper
Novembre la gorge, il ne s'y cmployast pas avec plus de courage.
Si, est une maison forte, où M. de Si n'a voit qu'un receveur, lequel deux hommes de M. de Nevers ayant fait venir sur le Pont, pour parler à eux, ils se rendirent maistres de la Place, et le soir, y firent encore venir huit soldats, et puis soixante ou quatre-vingt le lendemain, et jusques à cent ou six vingts.
Est à remarquer, que la saisie, et establissement de commissaire, ne furent faits par M. de Nevers, que quatre ou cinq jours après la prise de la maison, et lorsqu'il sçeut que l'exempt y venoit.
Lorsque l'exempt arriva la première fois à Si, celui qui y estoit luy offrit de luy remettre la maison, pourveu qu'il le fist décharger de ce qu'il avoit esté establi commissaire à la garde des fruits; ce que l'exempt ne voulant faire, il alla trouver M. de Nevers, lequel luy tint les paroles qui ont tant offencé la Reyne. — Lorsque l'exempt somma celuy qui commandoit dans Si, il menaça les soldats de les faire pendre, et ils jettèrent tous leurs bandoulières.
La deuxième fois que l'exempt retourna, Si luy fut remis entièrement entre les mains. Ledit Baraton s'estant troublé l'esprit, par l'appréhension qu'il prit des menaces de M. de Nevers, lequel dit, qu'il luy feroit couper la langue; on luy bailla des Gardes, lesquels, ayant oublié de luy oster un petit étuy, il se tua d'un coup de canif dans le cœur, le 13 décembre.
1 loy. Mac. />•., p. 307 ; Drienne, p, 310; Richelieu, p. 302; Pontchartrain, p. 186.
d'aunauld d'andiily. 233 19. M. le Président Jeannin va pour la pre- kovmbiwiw. mière fois, au Conseil de la Direction, chez M. Barbin, où les huissiers du Conseil a voient leurs chaînes d'or. Il n'y retourna plus depuis.
21. Bompar, premier page qu'ayt eu le Roy, assassiné par un qui a voit esté page de M",e la Maréchale d'Ancre, appelé Cusac, auquel, et a un de ses Compagnons, nommé qui estoit de l'assas-
sinat, M. le Maréchal d'Ancre a donné à chacun une compagnie au régiment de Normandie.
M. de Blérancourt* présenté par M. Arragon fait serment au Parlement, de la charge de Bailly et Gouverneur de Péronnc, Montdidier et Roye, qu'il avoit achetée, soixante mil écus de M. le Maréchal d'Ancre.