J. de Rohan arrive à la Cour
26. M. le Maréchal de Thémines part pour aller en Champagne, commander l'armée du Roy, en l'absence de M. de Guise. (On tient que M. le Maréchal d'Ancre avoit dessein de l'éloigner de la Cour). Lorsque M. de Praslin avoit sceû, quelque temps auparavant, que Ton luy donnoit cette charge, il en avoit témoigné un mécontentement extrême, et M. de Fossez ayant esté envoyé a Sainte-Menehoud le trouver sur ce sujet, il l'avoit trouvé résolu de se retirer chez luy ; mais enfin, il le ramena à se conformer à la volonté du Roy [Voyez 17 février) 2.
M. de Thémines estant arrivé a Rheims, n'y trouva forces quelconques.
Environ ce temps, on envoya six canons à Chalons, par terre.
Environ ce temps, le sieur de Lousse, exempt des Gardes de la Reyne-mère, ayant esté envoyé faire la reveùe de quelques compagnies de vieux régiments, et ne les ayant trouvé complettes , cassa les sieurs de Puyerlet, Trion, Porcheux, etc.. frère de M. le maréchal de Montigny. Depuis, lesdits capitaines étant venus trouver le Roy, ils se plaignirent extrêmement, disant, qu'on les avoit cassez contre toutes
i Voy. Fontenay-Mareuil, p. 3G5 ; Richelieu, p. 387; Pontcliartrain, p. 201. loy. Merc. />•., p. 20, le texte de cette Déclaration.
' loy Fontenay-Mareuil, p. 360; Richelieu, p. 380; Pontrliarlrain, p. 201.
jnmier w«. les formes de la Guerre, attendu qu'ils n'estoyent pas responsables du manque du monde de leurs soldats, (dont plusieurs s'en alloyent après avoir reçeu la montre, sans qu'il soit possible de les en empescher) , pourveu qu'ils offrissent, comme ils font, de bailler par écrit , le nom des lieux de leurs demeures* et de les y aller prendre, si on veut leur bailler un prévost pour ce sujet, avec charge de leur faire faire leur procès ; que si c'estoit qu'en faisant la montre de leurs compagnies, il s'y trouvast des passevolants, en ce cas, ils reconnoissent qu'ils méritoyent d'estre cassez et lesdits passevolans d'estre pendus, suivant les ordonnances.
Sur ce que le Roy trouva bon de rétablir lesdits capitaines en leurs charges, mais que l'on avoit mis dans les lettres expédiées pour cet effet, que Sa Majesté leur avoit fait grâce, ils dirent qu'ils ne pouvoyent souffrir ce mot de grâce, pour ce que n'ayant point failly, ils ne devoyent point recevoir de grâce, et que s'ils avoyent failly, il les faloit chastier et les juger en conseil de guerre.
Environ la fin du mois, M. de Luines remis bien avec la Reyne-mère, et puis avec le Maréchal d'Ancre.
Vers ce temps-là mesme, M. de Nevers va à Soissons, où M. de Vendosme se trouva \
1 Voy. Richelieu, p. 387; Pontehartrain, p. 201 ; Uêtr. /"/•., p. H. l'oij, tferc. flr.y p. 36, le manifeste du duc de Nevers, en réponse à la Déclaration publiée contre lui.
d'arnauld d'andilly, 261
Mécredy i. M. le comte d'Auvergne part, avec NwnwHn. un canon, et une couleuvrine, pour aller commander l'armée du Roy destinée pour servir ès provinces de Normandie, Perche, Mayne, Pais Chartrain, Nivcrnois, etc. — Un des desseins estoit pour nettoyer toutes les places, estant en quelques unes desdites provinces qui favorisent les Princes , comme la Ferté- Vidame, la Louppe, la maison du marquis d'Alligre \ la Ferté-Bénard, Nogent-le-Rotrou, etc. — 11 fit trèsbien en ce voyage, car toute la noblesse du pais estoit preste à se soulever, et néantmoins, avec quinze ou seize cens hommes de pied, et environ trois cens chevaux, il contraignit tout de se tenir en devoir, et fit abattre le chasteau du Mans. Le marquis de Laverdin Gouverneur de la Province, qui a épousé une nièce de M. du Mayne 2, et favorisoit son party, ne parut point. Monsieur le Comte commit en sa place au gouvernement du pays, quatre des principaux seigneurs de la Province, sçavoir, M. de la Flotte, M. de Horée, M. de Bouillé, et M. de Vassé \
1 Estieiinc d'Haligre ou d'Aligie, conseiller au grand Conseil, chef du Conseil de Charles de Bourbon, comte de Soissous, tuteur honoraire de Louis de Bourbon, comte de Soissons son flls, conseiller d'État, président au Parlement de Bretagne, garde des sceaux et chancelier de France en 1624, destitué en 1626, mort en 1633. {Voy. P. Anselme, t. vi, p. 350.)
3 Henri de Beaumanoir, Marquis de Lavardin, lîls du maréchal et gouverneur des comtés du Maine, du Perche et de Laval, avait épousé en 1614 Marguerite de la Baume, fille de Hostaing de la Baume, comte de Suze, et de Madeleine des Prez-Montpezat. Le marquis de Lavardin étant mort en 1633, elle se remaria avec le comte de Modènc.
3 Voy. Fontenay-Mareuil, p. 365; Richelieu, p. 389; Pontchartrain, p. 202 ; Merc.fr. , p. 111.
Février i«n, La nièce de M. du Mayne, que M. le Marquis de Laverdin a épousée, est fille de M. et M",e de Suse, laquelle est sœur de II. le Marquis de Vilars, et Mme de Montpesat , enfans de feu Mn,e du Mayne et de M son premier mary '.
M. le Maréchal d'Ancre part pour aller en Normandie, (toute la cour estoit à son lever pour luy dire Adieu). On tient que c' estoit à dessein de fortifier Quillebeuf, et que P armée du comte d'Auvergne estoit pour favoriser cette entreprise. Depuis, il s'est veu par effet, qu'il a fortifié Quillebeuf, mais il avoit des trouppes pour ce dessein, autres que celles de M. le Comte d'Auvergne2.
5. La nuit d'entre le Dimanche et le Lundy gras, la compagnie de Gendarmes de M. de Candale, commandée par Récourt, estant d'environ quarante
maistries, logez à près la Fère, est chargée par
des troupes envoyées par M. de Vendosme. Trois maistres tuez, trois valets brûlez dans une maison,
1 Henriette de Sa\oie, marquée de Villars, fille du maréchal et amiral de Villars, épousa 1° Melchior des Prez, seigneur de Montpezat, maître des eaux et forêts, sénéchal de Poitou, lieutenant du roi en Guyenne ; 2° Charles de Lorraine, duc de Mayenne, le chef de la Ligue. De son premier mariage elle eut, entre autres enfants , Emmanuel Philibert des Prez, marquis de Villars, chevalier des ordres en 1618, mort des suites des blessures qu'il reçut au siège de Montauban eu 1621 ; Henri des Prez, marquis de Montpezat, évêque de Montauban, puis capitaine de cinquante hommes d'armes, gouverneur de Muret, de Grenade, mort en 1619; Madeleine des Prez, comtesse de Suze. (f'oy. P. Anselme, t. vu, p. 100.) C'est donc a tort que notre manuscrit porte madame au lien de monsieur de Montpezat, parmi les enfants de la feue duchesse du Mayne.
2 yoy. Mcrc. fr., p. 158 ot 102.
d'ahnauld d'aindilly. 263
Récourt, et tout le reste de sa troupe pris prisonniers, avec tout leur équipage, où il y avoit plus de cent bons chevaux. Trois hommes de ceux de M. de Vendosme tuez. 11 y avoit fort longtemps que cette troupe faisoit tous les désordres du monde, et logeoit partout, sans département, et mesme, avoit voulu loger sur les terres de Mme de Candales qui les en avoit empêchez
12. M,,e de Vienne enlevée par Saveuse. Sa Gouvernante la trahit, l'ayant menée à la porte, après souper, sous prétexte d'oûir une Musique. Le Carrosse attendoit au Coin de la Rue des Billettes. Il se rompit près la porte Saint- Denis, où l'on fit monter M* de Vienne sur un cheval.
13. Déclaration contre MM. de Vendosme, du Mayne et de Buillon2.
Nouvelle arrive, que M, le Maréchal de Thémines,
1 Voy. Merc. fr., p. 113.
2 Voy. Fontenay-Mareuil, p. 305 ; Pontchartrain, p. 202; Richelieu, p. 388. Cette déclaration, qui comprenait aussi le Marquis de Cœuvres et le Président le Jay, a été recueillie coll. Petitot, 2e série, t. m, p. 24i. On la trouve aussi dans le Merc. />•., p. M, avec les Remontrances des Princes et les Réponses qui y furent faites, où on lit le passage suivant concernant l'évCque de Luçon : « Celuy qui a esté fait » secrétaire d'Estat est un Prélat si plein de gloire pour l'innocence de » sa vie, pour l'eminence de son savoir et pour l'excellence de son » esprit, que tous ceux qui sçavent quel est son mérite advoueront » aisément que Dieu l'a destiné pour rendre de grands et signalez scr- » vices à Leurs Majestez, au milieu des tempestes de leur Estât. » À la suite de ces pièces, le Mercure donne la Déclaration du Roy, en date du M février 1017, sur le subject des nouveaux remuements de son royaume. Ce document remarquable, coin resigné Richelieu, est probablement de sa main.
irvr.pr i«it. ayant seùque M. de Nevers retournoit à Chasteau- Porcien, avec quatre cens chevaux, l' avoit suivy, mais n'avoit pû le joindre. Il luy prit quelque bagage, tua douze ou quinze de ceux qui le conduisoyent, et s'estoit allé mettre en bataille à la portée du Canon de Chasteau-Porcien, où il avoit demeuré assez longtemps sans que personne osast sortir, encore que M. de Nevers y fust en personne.
Environ ce temps, M. de Joinville fait serment de la charge de chambellan, qui fut ostée à M. du Mayne'.
17. M. de Guise ayant la charge de Lieutenantgénéral pour le Roy en ses armées, part pour aller à Chasteau-Thierry. M. de Commartin, estoit intendant de la justice et des finances de ladite armée 2.
MM. de Thémines et de Praslin ne s' accommodant pas bien ensemble, M. de Guise envoya M. de Feuquières vers M. de Praslin, lequel dit, que puisqu'il avoit plû au Roy d'élever M. de Thémines au-dessus de luy, il luy porteroit le mesme honneur qu'à un Maréchal de France ; qu'en l'absence de M. de Guise, il luy obéiroit entièrement; mais que de désirer de luy qu'il se relàchast aux fonctions de la charge de Maréchal de Camp, ce n'estoit chose raisonnable; qu'il vouloit bien, après avoir fait des logemens, aller trouver M. de Thémines, pour savoir s'il les approuverait ; mais que M. de Thémines n'eust le mot de
• Voy. Pontchartrain, p. 207. C'était la charge de grand chambellan de France.
2 Voy. Merc. /h, p. 116.
n'ARNAUl.D D'ANDILLY, 205
M. de Guise, et puis le luy baillastà luy, c'estoit n*ifcr hit. chose qui ne se devoit et ne s'estoit jamais pratiquée ; et que, pour le montrer, M. de Biron\ qui faisoit la charge de Maréchal de Camp au Siège d'Amiens, prenoit le mot du Roy et non pas de M. le Connestable ; et que, de fait, si le Roy venoit en son armée, il supplieroit M. de Guise mesme de trouver bon qu'il reçeust le mot de Sa Majesté, et non plus de luy ; ce qui témoignoit assez que ce n'estoit pas manque de respect à la personne de M. de Thémines, mais pour ce que Tordre de la guerre estoit tel ; et que pour faire connoistre l'affection qu'il avoit de servir, il demeureroit dans l'armée en qualité de gentilhomme particulier, au cas qu'on ne luy voulust laisser faire sa charge. — M. de Guise dit, sur cela, qu'au voyage de Bayonne , M. de Vignolles, Maréchal de Camp, prenoit le mot de luy, encore que M. le Maréchal de Brissac y fust, et qu'estant de retour à Bordeaux , M. de Vignolles le supplia de trouver bon qu'il prist le mot du Roy. M. de Thémines, au contraire, insiste sur sa commission , à la fin de laquelle, (après le pouv oir qui luy est donné, de faire, en l'absence de M. de Guise, les mesmes choses que luy) , il y a une clause qui porte pouvoir d'exercer les mesmes fonctions, tant en présence qu'en absence.
1 Charles de Gontaut, duc de Bhon, second maréchal de ce nom, pair , amiral et maréchal de France, condamné à mort et exécuté en 1602. Il eut en 1597, comme maréchal général des camps et armées du Roi, toute la conduite du siège d'Amiens, quoique le connétable de Montmorency fût présent. (Voy, P. Anselme, t. vu, p. 363.)
ri»r mit. M. Barbin dit, que cela avoit esté fait, parce que M. de Thémines avoit dit ne pouvoir aller autrement, d'autant que M. de Guise commandant, et M. de Praslin estant seul Maréchal de Camp, il n'avoit sans cela, aucun pouvoir en Farmée.
Environ le 25. Cufy pris par M. le Maréchal de Montigny. Ils endurèrent deux cens coups de canon. 11 fut trois semaines devant, et l'eût pris plus tost, s'il eust voulu ; mais il se fâchoit de perdre M. de Meneton, neveu de sa femme, qui s'estoit jetté dedans. Le Roy ayant sceû la nouvelle, manda à M. de Montigny de faire raser la Place ; ce qu'il fit exécuter par un Prévost, qu'il mena avec luy ; et depuis, a fait le semblable à toutes les autres places qu'il a prises \
M. de Bersy fut envoyé. — Incontinent après M. de Montigny prend Vouzy 2.
Muri Environ le 1". Vincenze, secrétaire de M. le Ma-
réchal d'Ancre , pris prisonnier et mené à Soissons3.
La Grange, secrétaire de Monsieur le Prince, mis auChastellet pour ce qu'il se mesloit d'autres aflaires que celles que le Roy luy avoit permis de traitter.
M. de Guise, avec trois mil hommes de pied et
J Votj. Richelieu, p. 3<M ; Pontchaitrain, p. 204 ; Merc. //., p. 153. l Douzy, suivant le Merc ur<\ p. 100.
* II revenait d'une mission en Allemagne et dans les Pays-Ras, lorsqu'il fut arrêté par les gens des Princes rebelles, qui s'emparèrent de ses papiers.
d'ar.vyild d'an dii.lv. 267 quatre ou cinq cens chevaux, assiège Ribeeour et le n«rsi«i7. prend par composition le samedi 4e. Le premier jour du siège, M. de Guise et M. de Thémines allèrent, en pourpoint, reconnoistre la place. Le capitaine Saint-Martin (qui avoit salué M. de Guise, en quoy il avoit fait faute) , est tué d'un coup de pièce, par la teste, entre M. de Guise, et M. de Feuquières. Son chapeau tomba sur M. de Feuquières. 11 estoit du Régiment de Beaumonl. Ce jour-là, ceux de dedans, au nombre de cent vingt soldats, tirèrent plusieurs coups de pièce, et plus de quatre cens mousquetades. Sur le minuit, M. de Guise envoya M. de Feuquières à Châlons, quérir deux canons de baterie, et des munitions pour tirer mille coups. 11 ne trouva pas un officier de l'artillerie, un seul cheval, ni une seule charrette. 11 fit faire en vingt-quatre heures cinquante charrettes, assembla aux environs de Châlons deux cens chevaux, écrivit de tous costez pour ramasser et envoyer à M. de Guise les troupes qui ne Tavoyent pas encore joint, et avec cinq cens hommes de pied, et quelque soixante chevaux, mena le canon à M. de Guise, qui, ayant pris Richecour, luy command ade faire altc a et puis de ramener le canon à ChAlons.
La résolution d'amener ainsi du canon estoit bien périlleuse, car il estoit aisé aux ennemis de défaire ceux qui le condiiisoyent, et de le reprendre.
C'estoit témérité que de faire ce siège, car la place est excellente, estant une maison bastic de pierre de taille des quatre costez avec un fossé de douze toises