‹ Journal inédit d'Arnauld d'Andilly, 1614-1620Chapitre 63 sur 109 · J O I) H !N A L INÉDIT · texte numérisé non relu

J O I) H !N A L INÉDIT

mot i6i7. dc large, et un terre-plein dehors, avec quatre bastions, dont tout le terrein est terre glaise, où la balle ne fait que son trou^ et puis, la terre se referme. M. de Guise estoit foible. Les ennemis estoient assemblez à Retel avec huit cens chevaux, et ce qu'ils pouvoyent tirer de leurs garnisons. Ils pouvoyent empêcher que M. de Guise ne receust aucune des forces qui le devoyent joindre, d'autant qu'il leur estoit facile de les charger en chemin, y ayant douze lieues de plaine à passer. Ils le pouvoyent incommoder de vivres, et deux mille coups de canon ne pouvoyent cependant faire prendre la place, qui estoit munie de vivres pour six mois. La témérité de M. de Guise les étonna, et cette action leur a fait perdre créance envers les leurs mêmes, et témoigner a tout le monde leur impuissance.

M. de Guise fit démolir Richecour, mais d'autant que les matériaux en estoyent si bons que l'on avoit très-grande peine à en venir à bout, on mit le feu dedans'.

Environ ce temps, messieurs les Princes, qui s' estoyent assemblez à Rétel2, se séparèrent assez mal

1 Voy. Pontchartrain, p. 20j ; Merc. fr., p. 116.

2 Le résultat de cette conférence fut un long et curieux factum contre lo maréchal d'Ancre, daté de Rethcl, le 5 mars, et publié sous ce titre : Déclaration et protestation des Princes, ducs, pairs, officiers de ta couronne, Gouverneurs des Provinces, Seigneurs, Chevaliers, Gentilshommes, villes et communautez, associez et confederez, pour le restablissement de Cauthoritê du Roy et la conservation du royaume, contre lo conjuration et tyrannie du Mareschat d'Ancre et de ses adhà'cnts. Le Merc. fr. donne en entier ce document, p. 124 et suiv. Il est précédé

d'arnauld d'andili.y. 269 satisfaits les uns des autres. Car M. de Nevers les m*™ mit. avoit voulu obliger à aller, avec tout ce qu'ils avoyent de forces, harceler M. de Guise ; et MM. du Mayne et de Vendosme disoyent au contraire, qu'il n'y avoit point d'apparence qu'ils abandonnassent leurs Places, lesquelles ils avoyent laissées derrière eux, sur l'assurance que M. de Nevers leur avoit donnée qu'ils trouveroyent de grandes forces en Champagne, ce qu'il n'avoit nullement exécuté, et ainsi, les avoit mis en hazard de leur honneur et de leur vie. M. de Buillon s'en retourna aussi à Sédan.

10. Déclaration du Roy portant confiscation, et réunion a la Couronne des biens de MM. de Nevers, de Vendosme, de Mayenne, de Buillon et Président le Jay. Vérifiée en Parlement, le 16 du mesmn mois '.

11. Nouvelle arrive au Roy de la prise d'Antrin, par M. deMontigny. Il y avoit trois ou quatre cens hommes dedans. Cette place avoit esté autrefois démantelée, depuis raccommodée et se pouvoit rendre très-bonne.

M. de Villedonné2, frère de M. de Montigny, apporte nouvelle de la prise de Clamecy, aux condi-

d'une lettre écrite au pape par le duc de Nevers, et suivi d'une défense pour M. de Nevers contre la déclaration publiée contre lui.

* Foy. Richelieu, p. 393. Voy. cette déclaration et l'arrêt du Parlement, Merc. fr., p. 152. Le nom qui échappe à Arnauld d'Andilly ou que le copiste du temps n'a pu lire est celui du Marquis de Cœuvres.

2 Charles fîtienne d«' la Grange, seigneur de Villedonné, gentilhomme ordinaire de la Chambre, mestre de camp d'un régiment, maréchal d<camp des armées du Roi et chambellan de Gaston, duc d'Orléans.

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tions qui en suivent : que les soldats sortiroyent.. . ; que les habitans payeroyent huit mil écus, pour se racheter du pillage; que Ton remcttroit entre les mains de M. de Montigny quatre chasteaux.

M. le Prince de Chasteau-Porcien second fils de M. de Nevers, pris dans Clamecy, et le marquis de Gallerande2, lequel avoit esté pris huit jours auparavant et avoit payé mil écus de rançon. M. le Prince de Chasteau-Porcien fut mené à la Charité et de là à Bourges \

M. le comte d'Auvergne part. On dit que c'estoit pour aller à Noyon. On envoyé avec luy la compagnie de chevaux-légers du Roy, commandée par M. de la Curée, et dix compagnies du Régiment des Gardes (entre lesquelles estoit celle de M. de Branles) , avec le régiment de Piémont, quelques autres troupes et quatre canons de baterie.

M. de Rohan part avec M. le comte d'Auvergne; MM. de la Curée, de Saint-Luc *, de Saint-Géran, Dandelot 5, Marcschaux de camp; M. Favier, Maistre

1 Charles de Gonzagucs-Clôves, prince de Mantouc et duc de Rethclois, Pair de France, né en 1009, mort en 1031.

2 Georges de Clermont, marquis de Gallerando, capitaine de cinquante hommes d'armes, Conseiller d'État.

3 Voy. Richelieu, p. .394 ; Pontchartrain, p. 212; 3ferc.fr., p. 100. * Thimoléon d'Espinay, seigneur de Saint-Luc , gouverneur de

Brouage et des îles de Saintonge, vice-amiral de France, contribua beaucoup à la victoire remportée sur lesîRochulois, en 1022, chassa M. de Soubise de l'ilc de Ré, maréchal de Fi ance et lieutenant-général du gouvernement de Guyenne en 1028, mort en 1044.

5 Charles de Coligny, fils de l'amiral de Coligny, né en 1504, maiquia d'Andelot, maréchal de camp, lieutenant-général en Champagne, mort en 1032.

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des requestes, Intendant de la justice et des finances mot mi. (ce disoit-on). M. de Chcvry y fut envoyé le 28 comme intendant des finances '.

Quinze jours auparavant, on a voit toujours creû de jour en jour, que le Roy et la Reyne partoyent, mais tout d'un coup cela fut changé, et Ton envoya les forces cy -dessus. On tient que ce changement si prompt arriva sur ce que ceux de Noyon mandèrent qu'ils estoyent aussy forts que la garnison et qu'ils supplioyent que Ton allast droit a eux. Cela s'est trouvé n'estre pas vray 2.

M. de Richelieu3, frère de M. de Luçon, ayant esté, environ ce temps, envoyé en l'armée de M. le Maréchal de Montigny en qualité de Maréchal de Camp, M. de Bourg Lespinasse \ qui a voit auparavant fait la charge très-dignement, se retira de déplaisir, en sa maison 5.

Environ ce temps, M. le Maréchal de Montigny ayant eu avis que les troupes de Mme de Nevers alloyent assiéger Saint-Pierre-le-Moustier, part, avec la fleur de ses troupes, pour les aller secourir ; et si ceux de Saint-Pierre-le-Moustier eussent eu le cou-

* Voy. Fontenay-Mareuil, p. 367 ; Pontchartrain, p. 207 ; Brienne, p. 324 ; Rohan, p. 163.

J Voy. Pontchartrain, p. 209; Merc. /r., p. 163.

3 Henry du Plessis, seigneur de Richelieu, frère aîné du grand Cardinal, maréchal de camp en l'armée du duc de Nevers et du maréchal de Montigny, tué en duel par le marquis de Thémincs en 1619.

* Antoine du Maine, baron du Bourg-l'Espinasse, gentilhomme ordinaire de la chambre, maréchal de camp, gouverneur d'Antibo? en 1608, mort en 1635.

* Voy. Fontenay-Mareuil, p. 368.

Mars «17. rage d'attendre seulement deux heures, le canon que Mme de Nevers faisoit mine d'v vouloir mener, M. de Montigny l'eustpris, sans doute, et taillé en pièces toutes les troupes de Mme de Nevers

M. de Fiesque2, escuyer de la Reine, disgracié et chassé de la Cour, par le commandement de la Reynemère. Il revint le jour de la mort du Maréchal d'Ancre, et eut don de l'office de M. Aimeras, secrétaire de la Reyne, mais il s'accommoda aveque luy moyennant deux mille pistolles. Il fit des reproches à la Maréchale d'Ancre, lorsqu'on la menoit à la Rastille, et depuis, prit avec luy son fils. (Vid. cy-après. )

Environ ce temps, M. du Mayne veut enlever le quartier des chevaux-légers à Villers-Cotterests, commandez par M. de Rohan, où M. Arnaud fit trèsbien avec ses carabins \

Environ ce jour, M. de Marolles, suivy de M. i\v Nevers donna dans le quartier de quelques compagnies de chevaux-légers de M. de Guise, où M. de la Feuillade* fit très-bien, et les repoussa.

* Voy. Pontchartrain, p. 212.

2 Je ne sais si ce gentilhomme, écuycr de la Reine régnante était François de Fiesque, comte de Luvergne, tué au siège do Montauban •:n 1G21 {Voy. P. Anselme, t. ix, p. 50), ou bien Hugues de Fiesqm-, qui servit contre les calvinistes, fut du siège de Montauban en 1620, et, de retour à Gènes, remplit des emplois importants, fut ambassadeur en Angleterre et général des galères. (Morcri, t. v, p. 152.) Voy. Pontchartrain, p. 224. Il Ut des reproches à la maréchale, parce qu<> c'était elle qui l'avait fait chasser de la cour sous prétexte qu'il avait mai parlé contre le Maréchal.

> Voy. Fontenay-Mareuil, p. 308 ; Rohan, p. 143; Mere. />-., p. 104.

4 Georgps (PAubnssoii, comtr de la Fonilladc, conseiller d'État, ca-

d'arnauld d'andilly. 273 18. M. le Prince de Joinville va en Auvergne, «a™ un. où il leva quatre ou cinq cens très-bons chevaux, et un régiment de douze cens hommes de pied, dont tous. les capitaines estoyent gentilshommes, qui avoyent au moins chacun dix mil livres de rente. Cette cavalerie n'estoit pas encore sur pied '.

Le Marquis de Portes chargea Andredieu avec quatre cens hommes des Sévènes, qu'il avoit encore de reste, de ceux qu'il avoit assemblez contre le Roy. Il le défit, le contraignit de se retirer à Gresay, où il l'assiégea, et le contraignit de se rendre 2. 23. M. de Nemours arrive à la Cour \ M. de Rohan vient à Paris, sur ce que ceux de Saint-Jean d'Angely avoyent nommé trois Maires, pour en estre choisy un par luy, au lieu qu'il vouloit qu'ils en prissent un qu'il leur avoit nommé. Il repart le lundy 27 \

2/j. M. le Comte d'Auvergne investit Pierrefons. Villeneuve5, le Capitaine Saint- Martin , Desvaux, trois autres hommes de commandement, et quelque quatre-vingt soldats. Au commencement, M. le Comte

pitaine lieutenant des chevau-légers de la Reine-mère, Sénéchal dos Marelles, Maréchal de camp, mort en 1628.

1 Voij. Merc. />•., p. 174.

2 Voy. Pontcliartrain , p. 203. Andredieu (suivant Pontchartraiu, Andrieu) était un gentilhomme de la Religion réformée, qui avait levi; des troupes pour le duc de Savoie et les avait mises au service des Princes rebelles,

J Voy. Pontcliartrain, p. 213.

s Voy. Fontenay-Mareuil, p. 369.

5 Le capitaine la Villeneuve commandait à Pierrefons pour le Marquis de Cœuvres.

Ma» «17. d'Auvergne vouloit faire un fort pour les bloquer, à cause qu'il n'y avoit qu'une avenue. Mais ayant appris enfin, que la place estoit la plus foible à l'endroit du portail, il fit tirer là, et fit brèche. Villeneuve ayant esté soupçonné par le Marquis de Cœuvres, fut mis dehors par son commandement. — Saint- Martin et Devaux furent tuez du canon ; ce qui ayant ébranlé ceux du dedans, et voyant qu'on alloit battre leur puits, ils se rendirent le 2 avril

26, jour de Pasques. On fait partir par eau, pour aller à Compiègne, et de là à poissons, huit canons de baterie, six couleuvrines , six bastardes, deux moyennes, cent dix milliers de poudre, et sept mille boulets2.

28. M. le Maréchal d'Ancre arrive à Paris. 11 avoit mené, quelques jours auparavant, en l'armée de M. le Comte d'Auvergne cinq mil hommes de pied, dont il y avoit trois mil Liégeois, et sept ou huit cens chevaux 3.

1 Voy. Fontenay-Mareuil, p. 369; Richelieu, p. 393; Ponchartrain, p. 212 ; Mtrc. fr., p. 16fi.

2 Voy. Fontenay-Mareuil, p. 370; Merc.fr., p. 165.

* Voy. Pontcbartrain, p. 208. Le Mercure rapporte à ce sujet une lettre du maréchal d'Ancre au Roi, en date du 13 mars, qui mérite d'être reproduite :

« Sire, dernièrement que j'eus l'honneur de prendre congé de Vostre » Majesté, en vostre gallerie du Louvre, en luy faisant la révérence, » je l'asscuray qu'au besoin, en quoy je la voyois je ne luy dirais » comme force gens de ceux qui estoient obligez autant que j'ay l'hon- » neur de l'estre à Vostre Majesté, estoient accoutumez de luy dire, » que si Vostre Majesté leur commandoit et leur donuoit les moyens, » qu'ils vous amèneraient nombre de gens de guerre pour la servir : » mais que lorsqu'il serait temps, je la servirais avec six mille hommes

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$0. Chasteau-Porcien rendu à M. deliuise, après Mars mi. un siège de... jours. La place estoit beaucoup meilleure que l'on n'estimoit. 11 sortit neuf cent trente hommes de dedans. Ils avoyent toujours défendu leurs dehors. La rivière d'Aisne passoit dans la ville, et M. de Guise ne l'assiégeoit que d'un costé, tellement que les Assiégez avoyent le costé de Rétel et de Mézières entièrement libre; ce qui donnoit moyen à M. de Marolles de les faire rafraischir tous les jours à la veûe de l'armée du Roy. Mais les munitions de guerre et les farines leur manquèrent, à cause que Mézières et Retel ne soyent trop dégarnis ; et ainsi, ils furent contraints de se rendre. Montereau, cornette de la compagnie de chevauxlégers, brave et vaillant homme, élevé de peu

» de pied, et huit cens chevaux quatre mois à mes dépens; j'ay tenu, » sire, ma parole, et satisfaict à ceste obligation : J'ay levé en vertu » de vos commissions trois mille deux cents hommes de pied, Liégeois, » et cinq cens chevaux, et deux mille huict cens François, et trois cens » chevaux. Je meneray là où il plaira à Vostre Majesté cinq mille » hommes de pied, et huit cens chevaux, et le surplus de l'infanterie, » je la laisseray dans les places plus importantes de ma charge pour » les garantir de tous accidens qui leur pourroient arriver. J'attendray » donc, Sire, vos commandemens, et ne retienne Vostre Majesté au- » cune considération de la qualité qu'elle m'a donnée ny de la des- » pense que j'y faits pour son service, de m'ordonner librement là, et » comme elle veut que je la serve; que pourveu que la France me re- » connoisse obeyssant et fidel subjet et serviteur de Vosirc Majesté, » toutes conditions me seront agréables : J'obeyray dans vos armées à » tout le monde , et deferray à qui il plaira à Vostre Majesté, pour- » veu, Sire, que vous me permettiez que je conteste avec qui que ce soit » le rang que je deffendray le plus. Sire, de Vostre Majesté, tiès- » humble, trés-obeyssant, très-fldelle subject et serviteur, Concino. ■ Cette lettre provoqua de nouvelles attaques dont le Mercure donne la substance.

Mars MIT. par son courage, y commandoit. Tous les soldats firent serment de ne porter de trois mois les armes contre le Roy, et les Walons furent conduits hors le royaume. Montereau ne fit point ce serment. 11 en demeura plus de deux cens en 1' armée de M. de Guise et une compagnie de mineurs

Avni. Samedy 1. Messieurs les Princes, croyant l'ar-

mée de M. de Guise du tout fatiguée par le siège de Ghasteau-Porcien, M. de Guise part à six heures du soir, avec deux ou trois cens chevaux, et trois ou quatre cens hommes de pied qu'il mit sur sa retraite. 11 arrive à l'aube du jour à un village, tout contre le faubourg de Laon, charge le régiment de Balagny qui y estoit logé, avec une compagnie de chevauxlégers, tue vingt-cinq ou trente hommes, fait fuir le reste à ce faubourg, et emmeine quelques chevaux 2.

Environ le 6. Soissons investy.

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