‹ Journal inédit d'Arnauld d'Andilly, 1614-1620Chapitre 64 sur 109 · M. le Maréchal d'Ancre va en Normandie · texte numérisé non relu

M. le Maréchal d'Ancre va en Normandie

Environ ce temps, le Prévost des Maréchaux de. .. prit à... un vallet de pied de M. du Mayne, portant une lettre a Mme de Nevers, toute écrite de la main de son maistre, contenant que tout estoit pour eux, qu'il avoit taillé en pièces la cavalerie légère du Roy à Villers Cotterets, d'où M. de Rohan s' estoit à peine sauvé ; qu'ils avoyent fait lever hautement à M. de Guise le siège de Chasteau-Porcien ; qu'elle conti-

1 Voy. Pontchartrain, p. 212 ; Ba*sompiftrrc, p. 141 ; Merc. fr., p. 16G.

2 Foy. Merc. /h, p. 173.

d'arinauld d'an di l ly. 277

nuast à bien faire, etc... La Reyne-mère mit dans Avmi«i7. sa boiste l'original de ladite lettre.

8. Retel investy par M. de Guise. Aux approches, il se fit une rude charge par MM. de Thémines et de Praslin, suivis de cinquante gendarmes de la Reynemère. Ils menèrent battant et tuant jusque dans leurs retranchemens, quatre-vingts ou cent chevaux de l'ennemy. 11 en fut tué vingt ou vingt-cinq. M. le Marquis de Thémines fut blessé d'une mousquetade au bras. Monsieur le Maréchal son père témoigna une valeur extrême en ce combat , et dégagea son fils. M. de Praslin lit aussi merveilles. Nul des nostres ne fut tué. Lacoste y fut blessé.

M. de Marolles vint trouver M. de Guise, sur un passeport, luy dit de la part de M. de Nevers qu'il remettoit Retel entre ses mains, pourveû que l'on y laissast seulement dix soldats de sa part, auxquels M. de Guise bailleroit tel capitaine et leur feroit faire tel serment qu'il voudroit ; et que, sur la moindre lettre de cachet du Roy, M. de Nevers viendroit trouver Sa Majesté. M. de Guise en donna avis au Roy, qui luy fit réponce le jeudy 13, portant, qu'il approuvoit la réponce qu'il a voit faite à M. de Marolles, et que si le Duc de Nevers vouloit remettre effectivement entre ses mains Retel et Mezières, il le pouvoit venir trouver en toute sûreté ; Et que, cependant sans s'arrester à ces propositions, il continuast toujours sans que rien le pust divertir, d'aller à Mézières après la prise de Retel

* Voij. Pontckartrain, p. 216 ; Bassompicrrc, p. 143 ; Mcrc. fr., p. 183.

278 JOLKNÀL INÉDIT

Ami im. Environ ce temps, M. le Baron cTUxelles 1 qui estoit mal avec M. le Grand, envoyé un gentilhomme en poste, dire à la Reyne, qu'un passant estant arrivé au Parlement à Dijon, M. le Grand y estant, et dit, que la Reync-mère avoit esté poignardée, M. le Grand avoit témoigné publiquement une extrême joye, et dit qu'elle ne pouvoit attendre autre chose, et qu'un Gentilhomme amy du Baron d'Uxelles estoit présent. La Reyne estant en une extrême colère de cela, et M. Barbin ne sachant comme y remédier, enfin, s'avisa de dire à la Reyne, que cette méchanceté estoit si énorme, et l'affaire de si grande conséquence qu'elle méritoit bien d'estre eclaircie, et qu'il faloit mander au Baron d'Uxelles que, sous prétexte de quelque autre affaire, il envoyast le gentilhomme qui luy avoit donné cet avis, afin d'apprendre la vérité par sa bouche. La Reyne ayant approuvé ce conseil, et dit sa résolution à l'homme du Baron d'Uxelles, il répondit, qu'il ne croioit pas que le Gentilhomme voulust venir; ce qui donna lieu à M. Barbin, de dire a la Reyne qu'il croioit assurément que c'estoit une calomnie ; et sur ce que la Reyne, estant en carrosse, dit quelque chose de l'affaire tout haut, et en s'addressant à la Princesse de Conty2 , sans toutefois nommer

1 Jacques du Bit4, baron puis marquis d'Huxelles, gouverneur de Châlon et lieutenant-général en Bourgogne en 1611, mestre de camp d'infanterie en 1613, conseiller d'État en 1615, maréchal de camp en 1625, mort de blessures au siège de Privas en 1629.

2 Louise-Marguerite de Lorraine, fille de Henri 1*', duc de Guise et de Catherine de Clèves, comtesse d'Eu, née en 1577, veuve depuis 1614 de François de Bourbon, prince de Conty, qu'elle avait épousé en 1605,

d'arivauld d'akdilly. 279 personne, et la Princesse de Conty ayant conjecturé awb mit. que c'estoit de M. le Grand qu'elle vouloit parler, envoyé quérir le Breton, qui alla trouver M. le Grand, lequel fit faire un acte public dans le Parlement, contenant tout ce qui s'estoit passé, lorsque ledit homme inconnu estoit venu dire la nouvelle cy-dessus, et envoya cet acte à la Reync pour justifier son innocence, et faire voir la calomnie. Mais il n'arriva qu'après la mort du Maréchal.

16. M. de Guise prend Retel, par composition : que les soldats sortiroyent tambour battant, etc. Le mesme jour de la capitulation , M. de Praslin fut blessé dans les tranchées, d'une mousquetade à travers la cuisse, et M. de Bassompierre fut un peu effleuré au petit ventre, d'une balle qui avoit déjà frappé contre une muraille.

La Reyne-mère envoyé M. de Mailloc, l'un de ses Gentilshommes servans, visiter MM. de Praslin et de Bassompierre, et témoigner à M. de Guise et aux principaux chefs, le contentement qu'elle avoit d'eux * .

Soissons fut investy le 6, ou environ.

morte en 1631. Cette princesse, célèbre par sa beauté et par son esprit, que Henri IV voulut épouser, avait été en commerce de galanterie avec le duc de Bellegarde, grand écuyer. Elle s'attacha depuis au Maréchal de Bassompierre et mourut, dit-on, de chagrin quelques mois après que son vaillant amant Tut mis à la Bastille. On attribue à la princesse de Conty l'Histoire des Amours du grand Atcandre. {Voy. la Notice de M. Weiss sur cette princesse, Biographie Michaud.)

1 Voy. Bassompierre, p. 143; Mere. fr.y p. 183. Le récit du Mercure qui donne les articles de la capitulation confirme entièrement celui d'Arnauld d'Andilly.

Environ le 13, M. de Fcuquières fait en huit heures un pont de bastcaux.

M. Arnaud, maistre de camp des carabins, y perdit M. de Montarsis, sergent major de son régiment, et du costé de M. du Mayne, le Baron de Montenant y fut extrêmement blessé *.

17. Le Maréchal d'Ancre revient de Normandie à Paris. On dit, que ce qui le ramena, estoit, qu'on luy avoit donné avis que sa femme vouloit faire la paix.

Le Maréchal d'Ancre tué par commandement du Roy. — Exécuteurs : M. de Vitry (fait Maréchal de France, et eut un don de deux cent mil livres sur l'argent de la Maréchale; M. du Hallier 2H son frère, succéda à la charge de Capitaine des Gardes) donna le premier coup de pistollet. M. le Baron de Persan 3 eut le jeudy 27 la Capitainerie de la Bastille au lieu de M. de Vouzay, auquel on donna onze mil écus, deux mil écus de pension, une charge de Maistre d'hostel. Il donna le trois ou quatrième coup de pistollet4.

Guichaumont, exempt des gardes, donna le

1 Voy. Richelieu, p. 395; Merc. /*/•., p. 188 et suiv.

2 François de l'Hôpital, seigneur du Hallier, d'abord évèquc deMeaux, puis capitaine des gardes du corps en 1617, gouverneur de Lorraine, de Champagne en 1640, maréchal de France en 1663, gouverneur de Paris en 1649, mort en 1660. Il s'est rendu célèbre sous le nom de maréchal de l'Hôpital. (Voy. P. Anselme, t. vu, p. 533 )

s Henry de Vaudetar, baron de Persan, gouverneur de la Bastille en 1617. Ayant épousé en 1607 Louise do l'Hôpital, il était le beaufrère de MM. de Vitry et du Hallier.

* Voy. Fontcnay-Mareuil, p. 388 ; Richelieu, p. 42a; Pontchartrain, p. 232 ; Rricnnc, p. 328.

d'arnauld d'andu.ly. 284 deuxième coup de pistollet Ayant , après la mort kn**m. du Maréchal, appris qu'il avoit une belle croix de Diamant sur luy, il vint à Cortadc, archer de la Prévosté de l'hostel, qui gardoit le corps, et la luy demanda de la part du Roy. Cortade, qui ne savoit que c' estoit, le déboutonna, trouva ladite croix pendue à une chaîne d'or, entre le pourpoint et la camisole, et la luy bailla.

La Chesnaye, Taran, Gêniez, de Menait, du Fay2, Boyer ordinaires.

Sarroques, Galeteau3, porte-arquebuse du Roy.

Sur les dix heures du matin, le Maréchal d'Ancre estant au Louvre...., qui estoit sur le pont de la porte, fit signe avec son chapeau, à un autre, qui fit signe à M. de Vitry, lequel vint, suivy de quelquesuns des susnommez'; et ayant demandé M. le Maréchal (lequel estoit entré avec cinquante Gentilshommes), on luy dit : le voilà ; et il le trouva, qui lisoit une lettre sur le pont du Louvre. M. de Vitry s'approcha, et luy dit en le saisissant : le Roy m'a commandé de vous arrester et de vous mener parler à luy. Le Maréchal répondit : J'ay affaire à mon logis. Sur cela, M. de Vitry luy bailla un si grand coup de

» Suivant le récit de Fontenay-Mareuil, Guichaumont aurait tiré le premier coup de pistolet et aurait tué le Maréchal.

2 Jean Hurault de l'Hôpital, seigneur du Fay, gentilhomme do la Chambre du Roi. Il était fils de Robert Hurault, seigneur deBelesbat, et de Madeleine de l'Hôpital, fille unique et héritière de l'immortel Chancelier.

3 Galebeau, suivant Fontcnay-Marcuil. Il eut pour récompense la place de premier valet do chambre.

282 JOIRNAL INÉDIT

poin dans le ventre, qu'il le jelta contre la barrière ; et lors, il luy fut tiré tout de suite quatre coups de pistollet, par les susnommez. (Toute la journée, son corps mort fut veû dans une petite chambrettc ou passage des soldats des Gardes de la porte du Louvre). Quelques-uns de ceux qui suivoyent le Maréchal voulurent mettre la main à Pépée; mais plustost pour se retirer que pour faire résistance.

M. le Colonel d'Ornano 1 qui estoitdans la cour du Louvre lorsque cecy s'exécutoit vint dans le cabinet

des 2 dire au Roy que c'estoit fait, lequel, tout

plein de joye vint à une des fenestres qui répondent sur la cour, et ayant son épée à la main , cria tout haut : Courage, mes amis, je suis maintenant Roy. Et lors, tous ceux qui estoyent dans la cour du Louvre mirent l'épée à la main, et haussant les bras, firent un cri de réjouissance, et de protestation de service, au Roy.

Après, le Roy s'en alla dans sa galerie, et se mit sur le billard, où il recevoit, avec une contenance trèscontente, et très-assurée, toute la noblesse qui luy

» Jean-Baptiste d'Ornano, eomte de Montlor, né en 1581, capitaine des chevau-légers et colonel des Corses en 1595, lieutenant du Roi en Normandie, gouverneur de Quillebamf, du Pont-de-PArche, du Pont- Saint-Esprit, gouverneur de Gaston, duc d'Orléans, en 1619, disgracié et mis à la Bastille, rappelé et nommé premier gentilhomme de la Chambre et surintendant général de la maison du duc d'Orléans, maréchal de France en 1626, disgracié une seconde fois par la haine de Richelieu et enfermé au château de Vincennes, où il mourut empoisonné le 2 septembre 1626. Voy. le récit détaillé de sa première arrestation, par Arnauld d'Andilly, son ami. Appendice.

2 Le cabinet des oiseaux, suivant Fontenay-Marcuil.

d'arnauld d'andilly. 283 venoit faire la révérence. Il y fut encore une partie awiiimt. de l'après-disnée, et donnoit ordre luy-mesme à plusieurs choses. Il dit, qu'il y avoit cinq nuits qu'il n'avoit dormy,

Ce fut une chose incroyable, que la quantité de Noblesse qui se trouva ce jour-là au Louvre.

Aussitost après la mort du Maréchal, MM. du Conseil, qui estoyent aux greffes, allèrent trouver le Roy, lequel vint à eux, les larmes aux yeux de joye ; et dit, que pour empeseber les mauvais desseins que le Maréchal d'Ancre avoit contre sa personne, et son Estât, il avoit esté contraint de le faire mourir, et qu'à présent, avec la grâce de Dieu, il estoit Roy.

Mme Catherine, femme de chambre de la Reynemère, ayant ouy le bruit et sceû la mort du Maréchal, l'alla dire fort brusquement à la Reyne-mère, * laquelle se leva avec émotion, de dessus son siège, fit trois ou quatre pas, puis, s'arresta tout court, et dit : Quels conseils !

Depuis, elle se témoigna très-constante, et incontinent après, envoya dire au Roy par M. de Bressieux que s'il luy eust fait entendre le sujet des mécontentemens qu'il avoit contre le Maréchal d'Ancre, elle eust esté la première qui luy eust conseillé de faire ce qu'il avoit fait; qu'elle prioit Dieu que tout réussist pour son bien, et pour celuy de l' Estât, et luy de se souvenir toujours qu'elle estoit sa mère, et de luy faire ce plaisir de prendre la peine de descendre en bas, afin qu'elle le pust voir. — Le Roy répondit qu'il la supplioit de l'excuser, s'il ne la voioit,

284 JOIIINAL INÉDIT

Ami i6i7. pour ce qu'il avoit maintenant tout plein d'affaires Madame la Princesse de Conty, allant voir la Reynemère, et ayant seû que le Roy vouloit luy oster ses Gardes, elle luy dit, pour l'y amener doucement, qu'elle estimoit qu'il seroit bon, pour donner toute sorte de confiance au Roy, qu'elle témoignast ne vouloir point d'autres gardes que les siens. Ce que la Reyne-mère ayant bien entendu, elle dit, que ses Gardes se retirassent. — M. de Vitry estant venu dire, de la part du Roy, à M. de Presle, lieutenant de la compagnie, qu'il fist retirer ses compagnons, il luy répondit, qu'il lesupplioit de l'excuser de leur porter cette parole, et s'il luy plaisoit d'en prendre la peine, leur faire luy-mesme ce commandement. — Ce que M. de Vitry fit; et ainsi, on fit retirer les Gardes de la Reyne-mère, et on luy bailla des Gardes du Roy.

Depuis, on ne la vit plus qu'avec permission du Roy, et ne sortit plus de sa chambre, que lorsqu'elle partit pour aller à Blois; et l'on mura quelques-unes de ses portes2.

La permission de la voir fut baillée à Mesdames3, à M. de Rressieux \ à M. de Luçon 5, et à M. de Ville-Savin\

« Foy., sur l'assassinat du maréchal d'Àucre, Fontenay-Mareuil, p. 363, 374 et suiv.; Richelieu, p. 395 et suiv., où se trouve un jugement très-remarquable sur le maréchal d'Ancre, et l\\ k et suiv.; Pool" ehartrain, p. 217 et suiv.; Biienne, p. 323 ; Mém. de Mathieu Mole, p. \hk \ Bassompierre, p. 167; Merc. />•., p 193 et suiv.

2 Vo\j. Pontchartrain, p. 227.

» Mesdames Henriette et Chrétienne, ses filles.

* Son premier écuyer.

■ Son aumônier et chef de son Conseil.

6 Son secrétaire des commandements.

d'arnauld d'andilly. 285 11 avoit pleû incessamment quinze jours ou trois avhi un. semaines durant, jusques à ce jour-là, et dès lors il ne plut plus, jusqu'au jour que la Reyne-môre partit.

11. de Saint-Géran, qui avoit un Brevet de Maréchal de France , s'en alla mal-content de ce que Ton avoit fait M. de Vitry Maréchal de France et luy non. Ce fut le premier mal-content.

J'ay ouy dire à M. Barbin, le 23 mars 1618, que véritablement les affaires du Roy estoyent en tel estât, que tous les Princes ne pouvoyent pas durer encore trois semaines, et estoyent réduits, ou à mourir sur la brèche, ou à se jetter entre les bras du Roy et en sa miséricorde, en rendant toutes les places qu'ils tenoyent; et que, de fait, M. le comte d'Auvergne avoit écrit, que M. le Président le Jay le pressoit de résoudre le traitté, avec M. du Mayne, dont il demeureroit pour ostage ; et qu'afm de donner lieu de l'accomplir honorablement, le Roy s'acheminast à Compiègne où M. du Mayne le viendrait trouver, et qu'en effet, M. Barbin avoit le traitté dans sa pochette, lorsque le Maréchal fut tué ; que Mme de Nevers traittoit aussi, et que la capitulation que le Roy luy fesoit, estoit qu'elle s'en vinst à la Cour, et qu'elle y seroit la mieux venue que jamais, en laissant ses places entre les mains du Roy , qui estoit le mestre et le seul party que l'on faisoit à tous les autres Princes ; que le tiers-parti que l'on alléguoit estoit une chimère ( M. Déagent dit la mesme chose , mais le Roy se servoit de ce bruit, pour retenir en devoir le Maréchal d'Ancre) ; et que ceux qui estaient tous les

Avril 1*17 . plus assurez au service du Roy et de la Reync sont ceux, qui aujourd'hui, pour se rendre considérables, veulent faire croire qu'ils eussent mis sus de grandes forces pour ce tiers-party (imaginaire) ; que M. de Montmorency n'eût pas seulement pensé à remuer : que M. de Lesdiguières offroit de venir trouver Leurs Majestez, avec toutes ses forces, si elles le luy commandoyent, et pour ne pas recevoir un affront, en demeurant sans Gouvernement, le Roy luy en ayant promis un, et Monsieur le Comte ne voulant pas làcher celuy de Dauphiné, on luy bailloit le Gouvernement de Rerry ; que M. le Grand avoit offert tout ce qui estoit en sa puissance, et mandé, qu'il ne séparoit point le service du Roy d'avec celuy de la Reyne; que M. d'Espernon demandoit seulement quelques commissions, afin de contenir toutes choses en son Gouvernement etc.

La nuit d'entre le lundy et le mardy, on vint à coups de coignée, abattre le pont qui alloit de la chambre de la Reyne-mère, au Parterre. Ce bruit la surprit. Elle mit la teste à la fenestre, leur demanda que c' estoit, et leur commanda de s'arrester. Ils répondirent que le Roy l'avoit commandé. Lors, elle referma la fenestre , et dit : Il faut que le Roy soit obéy. Elle dit aussi : On a tort d'avoir peur que je m'enfuye. — Ce déplaisir a esté un des grans qu'elle ayt reçus. On demeura trois heures à toujours frapper, pour abattre ce pont.

1 Voy. Pontchartrain, p. 227.

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Depuis, elle désira de s'en aller. On proposa Mou- Avm te»?, lins, Tours, Blois. — Elle choisit Blois. Le Roy luy rebailla, et luy promit d'entretenir la compagnie entière de ses Gardes.

Incontinent après la mort du Maréchal d'Ancre, et la matinée mesme,M. de Vitry envoya..., exempt des Gardes, arrester la Maréchale d'Ancre dans sa chambre, et luy y vint après, et la mena dans la chambre du Louvre, où l'on avoit mis Monsieur le Prince. Elle luy demanda permission d'emporter ses bagues, ce qu'il luy accorda, et elle les prit dans ses cabinets et ses coffres, et les emporta dans ses Cassettes, dont on en porta une au Roy, qui la donna à la Reyne sa femme. Mais on dit que l'autre ne fut point baillée, et fut prise à ladite Maréchale, laquelle, l'ayant demandée , lorsqu'on la mena à la Bastille, et luy ayant esté répondu, qu'on ne la trouvoit point, elle s'écria qu'il y avoit dedans pour trois cens mil escus de pierreries.

Ladite Maréchale témoigna , et encore depuis, une résolution extrême, et peu de regret de la mort de son mary, disant, qu'il esloit cause de leur malheur, et que s'il l'eust creùe, il y a longtemps qu'ils eussent esté en Italie, et qu'elle s'y en alloit sans luy; ce qui estoit vray. Et de fait, on trouva plusieurs coffres emballez chez elle, et la plus part de ses meubles de Lésigny, jusques aux chenets, estoyent déjà arrivez à Florence, où elle les avoit envoyez par mer d'Amsterdam.

J'ay ouy dire à MM. les Aubry , maislres des Re-

Axriii«iv questes, députez pour l'interroger et faire P inventaire de ce qu'elle avoit dans la chambre où on l'avoit menée, qu'ils n'avoyent jamais veû femme plus constante, ou de meilleur esprit. Ils ont dit à d'autres qu'elle leur avoit dit, que s'ils la vouloyent sauver, sans doute cecy s'accommoderoit ; qu'elle pourroit toujours sur l'esprit de la Reyne, autant que jamais, et qu'elle feroit des merveilles pour eux.

Après avoir esté fort questionnée par MM. Aubry, enfin elle reconnut avoir pour six cens mil livres de promesses de Lumagne 1 (en la maison duquel on avoit esté, et interrogé, il l' avoit reconnu) et les bailla.

Elle avoit sur soy son filet de grosses perles , et ayant esté fort pressée de dire où elles estoyent, elle les baillast volontairement, après les avoir cachetées, et prié qu'on les baillast au Roy en main propre. On dit que le Roy les voulut donner à M. de Luynes, lequel ne les voulut accepter, et fit que le Roy les donna à la Reyne sa femme.

Elle avoit acheté de la succession de M. le Cardinal de Joyeuse pour cinq cens mil écus de principal en rentes sur les monts de Rome 2.

11 ne fut jamais une si infatigable avarice ; car elle ne dépensoit pour toutes choses généralement

1 Banquier originaire d'Italie.

2 Ce passage en explique un des Mémoires de Fontenay-Mareuil, où il est dit que le Maréchal avait acheté à Rome quatre ou cinq cent mille livres de lieux de monti. Le sens de ces mots échappant au savant éditeur de Fontenay-Mareuil, il met en note : On lit ainsi au manuscrit autographe (loi/, Fontenay-Mareuil, p. 300).

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quelconques, que deux mil cinq cens écus par an. ami mit. Elle n'avoit que quatre ou cinq vallets qui la servissent d'ordinaire. Une bavolette accommodoit son manger, qui n'estoit quasy rien, comme un pigeon, et un petit morceau de veau, et mangeoit dans cinq ou six écuelles d'or, disant que cela réjoûissoit le cœur.

Elle passoit quelquefois cinq ou six heures de temps à faire des boulettes de cire, dans de Peau, avec une bougie, et puis les mangeoit.

Le vendredy 28, elle fut menée à minuit à la Bastille. Fiesque parla à elle , comme elle passoit. Elle luy dit: Tais-toi, ingrat, etc.'.

Le jeudy 11 mai, elle fut menée à la Conciergerie. On luy laissa dans sa chambre, son apoticairc et deux archers écossais, fort agez, pour la garder. Quelque temps après, la Cour ordonne cent francs, pour sa nourriture, qui furent passez dans la semaine.

Le lundy 22 may, elle fut interrogée pour la première fois.

A l'instant de la mort du Maréchal d'Ancre, on envoya des Gardes en sa maison, proche du Louvre, où estoit son fils.

Les meubles qui estoyent dans la dite maison sont estimez trois cens mil écus. Us furent entièrement pillez par les Gardes, excepté quelques bagues emportées par les vallets de chambre du Maréchal , aussitost qu'ils surent sa mort.

* Voy. Poutchartrain, p. 228.

Le fils du Maréchal cT Ancre demeura là deux jours, couché sur de la paille, mourant presque de faim. Enfin, il fut mené au Louvre, et Fiesque le prit avec luy. — On dit que le Roy et la Reyne régnante en eurent pitié, ayant sceu cette inhumanité et que la Reyne le voulut voir. On dit, qu'il est fort gentil, et parle quatre ou cinq langues. Il dit à quelqu'un : Tout misérable que vous me voyez maintenant, j'ay eu Thonneur de bailler quatre fois la chemise au Roy, et de faire le serment de Premier Gentilhomme de sa chambre

Aussitost après la mort du Maréchal d'Ancre , M. de la Ville aux Clercs ayant trouvé M. Mangot qui venoit au Louvre, sur le bruit de cette nouvelle, il luy demanda les Sceaux de la part du Roy. Aussitost, il va chez luy, les apporte, et trouve ledit sieur de la Ville aux Clercs à la porte du Louvre, qui luy dit, qu'il avoit chargedu Roy de les recevoir. M. Mangot lui dit : Les voilà !— Sur cela, M. de Vitry survint, qui dit : Non Monsieur, s'il vous plaist de prendre la peine de venir, je sauray du Roy s'il aura agréableque vous montiez. Ils allèrent donc. M. Mangot attendit au pied du dégré. M. de Vitry revint, qui le fit monter; et estant arrivez dans la salle, M. de Luyncs vint, qui dit à M. Mangot, que le Roy luy avoit donné charge de recevoir les sceaux de luy;

* Henri Contint, né en 1003. L'arrêt qui condamna sa mère l'ayant déclare" ignoble et incapable de tenir états, offices et dignités en France, il se retira à Florence sous le nom de comte de la Pena. (f'oy. RicliPlieu, p. ft23; Pontcbartraiu, p. 223.)

n'ARNAurn d'andili.y. 291

ainsi il les bailla. Après, M. de Persan amena *vriiwn. M. Mangot dans la chambre de M. de Vitry, où il fit apporter son disner, et y demeura jusques à cinq ou six heures du soir, que M. de Brusselles-Courtin qui l'estoit venu trouver la avec quelques-uns de ses frères, ayant aussi trouvé au Louvre deux ou trois autres maistres des Requestes, s'en revint avec luy, et raccompagna jusques en son logis.

Au mesme temps, M. de Luçon estant venu trouver le Roy, Sa Majesté luy dit qu'il allast en son Conseil, avec les autres pour aviser à ce qu'il y avoit à faire, et commanda à M. de Vignolles de l'y mener. Y estant arrivé, MM. de Villeroy, de Chasteauneuf, Jeannin, etc., commencèrent à le regarder, et M. Arnaud seul fut au devant de luy. — M. de Vignolles dit à ces Messieurs la charge qu'il avoit du Roy ; sur quoy M. de Villeroy, ayant concerté avec M. de Chasteauneuf, le pria de retourner vers le Roy, pour savoir s'il luy plaisoit qu'il travaillast en qualité de secrétaire d' Estât, ou de conseiller d' Estât

Depuis, M. de Luçon a eu permission de voir la Reyne-mère (vide supra) , et a parlé diverses fois a M. de Luynes.

Aussitost après la mort du Maréchal d'Ancre , on bailla des Gardes à M. Barbin. On scella chez luy, et MM. de Castille et Aubry2 luy furent baillez pour

* Foy. Foutenay-Mareuil, p. 377 ; Richelieu, p. 620, qui conlirine do tous points le récit d'Arnuuld d'Andilly ; Voy. Pontchartrain, p. 222 ; Brienne, p. 327; Kolian, p. 1&5; Merc.fr.) p. 200.

2 Aubry, Maître des Requêtes et Président du grand Conseil.

frtiMH. commissaires, pour faire inventaire chez lui. Ils ne trouvèrent que cinq mil neuf cens tant de livres en argent, et pour quatre ou cinq cens écus de vaisselle d'argent. Sur quoy, il vint infinis créanciers. Enfin, il se trouva très-pauvre, et le capitaine Bourgongne, Exempt, et ses autres Gardes pillèrent tout son argent, et sa vaisselle. Parmy ses papiers, il se trouva plusieurs lettres du Maréchal d'Ancre, si insolentes qu'il ne s'est jamais rien veû de semblable, car entr'autres choses, j'ai oùy dire à M. de Castille, qu'il y avoit : qu'il l'avoit mis en la charge où il estoit, pour faire tout ce qu'il luy plairoit, et qu'il avoit rage jusques dans la moelle des osv contre luy de voir qu'il faisoit le contraire, et que cent diables, il vouloit qu'il fist avec des troupes sans argent, etc. '.

Vendredy 28, M. Barbin fut mené dans son carrosse au Eort-l'Evesque , à deux heures après midy.

Quelque deux jours après, la Reyne-mère envoya din1 à M. le Président Jeannin, que s'il avoit quelque souvenir d'elle , elle le prioit de s'employer pour M. Barbin, lequel elle connoissoit pour très-homme de bien. Et en disant à dieu au Roy, elle insista encore extrêmement sur cela.

>»»> Ee dimanche 7 mai, M. Barbin fut mené a la Bas-

1 I oi/. Richelieu, p. fine. Richelieu cite un passage d'une de ces lettres dans laquelle se trouvent presque textuellement les expressions rapportées par Arnauld d'Andilly.

tille, et mis à In chambre de dessous Monsieur le Prince.

M. Barbin, ayant seû la mort du Maréchal, voulut aller au Louvre, mais a cause de la presse, il ne put passer le coin de la chapelle de Bourbon , et luy ayant esté conseillé par MM. de Fontaines-Bouée, Lhoste et de Bragelonne d'entrer chez M. de Brcssieux , il y entra. M,ne de Bressieux, qui avoit pris médecine, vint demy-habillée le prier de monter en haut. M. de Luçon arriva aussitost, qui dit à M. Barbin, avec un visage fort content, qu'ils estoyent maintenant en repos, et à couvert (ou autres paroles semblables) , puisque le Maréchal d'Ancre estoit mort. A quoy M. Barbin luy répondit : Hé ! Monsieur, vous moquez-vous de ne juger pas que le Contre-coup de tout cecy tombera sur nous? Après, arriva M. Mangot, qui s'amusoit à regardera la fenestre sur la rue , et puis le Capitaine Bourgongne , Exempt des Cardes, vint dire à M. Barbin, qu'il avoit commandement du Boy de le mener en son logis.

Il ne s'est jamais veû plus grandes insolences que celles dont on usa envers M. Barbin. Il vit emporter tous ses meubles en sa présence , vendre ses chevaux et son carrosse, et sortit de chez luy, pour aller au Fort-l'Evesque, avec un seul demy quart d'écu dans sa pochette. Il a esté les six premiers mois à la Bastille si misérablement traitté, que le Boy donnant trois écus par jour pour sa nourriture, luy, et un homme, ne dépensoient pas quinze sols, et estoyent souvent réduits au pain et à l'eau, pour ce que

294 JOURNAL ÎNKDIT

Avni i6i7. le peu de viande qu'on leur bailloit, estoit puante, et le vin estoit aigre, et un jour, un soldat leur apportant à disner, une vive, la plus petite, et la plus puante qui fût jamais, dit à M. Barbin qu'il fist bonne chère, et que M. de Persan commandoit qu'il fust bien traitté, et que l'on luy baillast tout ce qu'il demanderoit

Dès que M. le Maréchal d'Ancre fut mort, on alla sceller chez M. Feydeau, auquel on bailla un Exempt des Gardes. On le crut dépossédé, mais il se remit, On alla aussi chez M. de Choisy.

Après que l'on eust pris tout ce que le Maréchal d'Ancre avoit sur luy, et dans ses quatre pochettes, on bailla le corps, presque dépouillé à un nommé Cortade , archer de la Prévosté de l'hostel, lequel trouva dans une cinquième pochette, une liasse de papiers, lesquels ayant montrez à la Rivière, l'un de ses Exempts, ils les présentèrent ensemble, à M. le Chancelier, et à M. le Président Jeannin. MM. de Meaupou et Arnaud furent commis à en faire l'inventaire. Il se trouva qu'ils montoyentà dix-neuf cens tant de mil livres. On ordonna trois mil écus de récompense à la Rivière et à Cortade. M. le Grand- Prévost fit mettre Cortade en prison pour ne luy avoir baillé les papiers; ce qui fut trouvé fort mauvais.

Le Maréchal d'Ancre estant mort, le Roy manda

1 Voy. Richelieu, p. 422. Los détails donnés par Richelieu sur l'arrestation de Barbin et le traitement qu'on lui fit subir confirment pleinement ceux d'Amauld d'Andilly.

d'aanauld d'aindillv. 295 incontinent M. de Villeroy (qui fut remis en sa Avrimn. charge), M. le Président Jeannin (fait surintendant des finances), M. du Vair (à qui l'on rendit les Sceaux), et M. le Chancelier pour estre chef du conseil. 11 estoit à Panfou et arriva le lendemain 25.— M. de Pisieux... \

M. de Maupeou eut le Controlle Général des finances. Le Roy écrivit aux Gouverneurs des Provinces une lettre très-bien faite2.

M. de Luynes eut les charges de Lieutenant Général en Normandie et de premier Gentilhomme de la chambre... Le pont de l'Arche et Quillebeuf... 11 commença dès cette nuit du2/i, dans la chambre du Roy3.

1 « Le 24 avril 1617, le Roi ayant fait tuer le maréchal d'Ancre et » envoyé ensuite la Reine-mère à Blois, il rappela M. le chancelier de >» Sillery pour chef du Conseil, rendit les sceaux à M. du Vair, appela >• aus*i M. de Villeroy, relégua en Avignon M. de Richelieu, lors évèque » de Luçon et secrétaire d'État, depuis cardinal, et envoya M. Barbin « prisonnier au Fort-l'Evêque, d'où il fut transféré à la Bastille, et » toute la faveur et le crédit passèrent en un moment à M. de Luynes, » qui avait eu la principale part dans le dessin de la mort du maréchal a d'Ancre ; car M. de Vitry, qui fut ensuite maréchal de France, n'y » avait eu que celle qu'il lui avait donnée ; et M. de Modène, parent •■ de M. de Luynes, M. Déageant, dont j'ai ci devant parlé, et M. Fron- » cin, étaient ceux qui avaient principalement été informés du secret; n mais nul autre, pour ce qui était de mettre la main à la plume, n'y >» avait tant travaillé que M. Déageant ; et c'est ce qui fit sa fortune » et lui donna tant de part dans les affaires, qu'il fut non-seulement » ministre sans en porter le nom, mais celui de tous qui agissait da- » vantage, etc. » (Mémoires d'Arnauld d'Andilly, éd. citée, p. 371.)

* Voy. cette lettre, Merc. /h, p. 201.

* Au sujet de l'élévation de Luynes à la place du maréchal d'Ancre, , Richelieu rapporte un mot du duc de Bouillon i « La taverne, comme

» dit peu après le maréchal de Bouillon, étant toujours demeurée la

2(>f> JOURNAL INÉDIT

*vii"*,T 25. Le peuple déterre, dans Saint-Germain le rorps du Maréchal d'Ancre (que le Roy y avoit fait enterrer le soir d'auparavant, à dix heures), le traisne, pend au bout du Pont-Neuf, retraisne, met en pièces, brusle, en jette les cendres au vent, et outre toutes ces fureurs firent infinies autres insolences effroyables '.

M. de Longueville vient trouver le Roy.

M. du Maync envoyé le comte de Suse2, son neveu au Roy, avec des lettres et loutes sortes d'offres.

M. de Thianges vint trois ou quatre jours après, de la part de madame de Nevers, et M. de Marolles de la part de M. de Nevers3.

M. du Mayne désarme à Soissons. On dit que le Roy luy envoya dix mil écus sur ses appointemens, pour ce qu'il n'avoit aucun argent pour licencier ses troupes.

Deux et trois jours après, le Roy licencia tous les

>» même, n'y ayant eu autre'changement que do bouchon. »» Richelieu, p. 426. (Voy. Pontchartrain, p. 232 et 235; Brienne, p. 328; Rohan, p. 148; Mere.fr., p. 214 )

1 Votj. Richelieu, p. 427, le danger que courut on cette circonstance l'évêque de Lucon sur le Pont-Neuf, et la présence d'esprit avec laquelle il s'en tira (Toi/. Pontchartrain, p. 231, et Merc fr., p. 206, des détails horribles sur cette profanation des restes du Maréchal.)

1 Jacques Honorât de la Baume, comte de Suze, marquis de Villars, fils de Rostaing de la Baume, comte de Suze, et de Madeleine des Prez de Montpezat, sœur utérine du duc du Maync. D'autres mémoires disent que M. du Mayne envoya son beau-frère, ce qui me parait plus vrai. Rostaing, comte de Suze n'étant mort qu'en 1622, son fils ne devait pas porter son titre en 1617. Le comte de Suze présenta au Roi les clefs de la ville de Soissons.

3 Voy. Fontenay-Marcuil, p. 384 ; Richelieu, p. 431 ; Pontchartrain, p. 224 ; Hère, /y., p. 215.

n'ARNAlLD D'ANDILLY. 297

nouveaux Régimcns de l'armée de Soissons; et ceux *v,l> |fi17de Nivcrnois, incontinent après.

L'armée de M. de Guise demeura encore entretenue afin d'empescher rentrée des Reistres, et Wallons, qui venoyent pour les Princes. M. de Marollesdit qu'il y avoit dix-huit cens chevaux, et huit cens mousquetaires à cheval. Un nommé G and conduisoit quelque huit cens de ces chevaux, les deux Cadets, deux ou trois cens, et un nommé..... le reste. Ils avoyent esté arrestez six semaines, faute d'argent; enfin, M. de Nevers, ayant engagé le Duché de Retelois à M. de Buillon pour six cens mil livres, M. de Buillon répondit pour le payement desdils Gens de Guerre et trouva de l'argent sur son crédit en Allemagne '.

Il venoit par mer, pour le Roy, trois mil hommes des Païs-Bas, savoir, quinze cens François, et quinze cens Flamens commandez par M

On n'avoit pris que quinze cens François afin de choisir les soldats et les capitaines la plus part catholiques et affîdez. On leur bailloit un Colonel flamend, afin qu'ils n'obéissent point a un chef français qui n'eût pas entendu leur ordre.

Le Roy avoit demandé neuf mille hommes à MM. des Estats, sçavoir, les quatre mil qu'il leur entretient, et cinq mil qu'ils doivent fournir, suivant le traitté; mais ils s'estoyent exécutez d'en bailler plus de quatre mil, sur ce que les archiducs avoyent armé, et que cela les tenoit en al larme. La vérité es-

i Voy. Merc. fr.. p. 188.

Avril im. loit, qu'au lieu des quatre mil promis, il n'en venoit que trois mil

30. M. de Longueville marié avec MUc de Soissons, sans grande cérémonie. On croioit que le Roy y seroit, mais un avis qu'on donna de quelque entreprise, fut cause de rompre ce dessein \

M. le Prince de Joinville arrive d'Auvergne.

M„, Lundy, 1er. On fut la nuit en allarme au Louvre,

sur un avis qu'on avoit donné, de quelque entreprise contre le Roy, laquelle on disoit qui se devoit exécuter par la galerie.

Tous les prisonniers retenus durant ces derniers mouvemens sur plusieurs avis, mis en liberté par le Roy. — M. de Belébat % maistre des Requestes, corn- . missaire.

3. La Reyne-mère part. Le Roy parle à elle dans son antichambre d'elle, Monsieur estant avec luy. La Reyne commença. Ce qu'ils devoyent se dire estoit arresté. On avoit fait glisser dans ladite antichambre, environ vingt seigneurs et gentilshommes afïidez, lesquels entroyent en disant à l'Exempt le mot de saint Louis. Le Roy attendit dans ladite antichambre, environ la longueur de deux Pater. Puis la Reynemère sortit, avec une mine basse et alangourie. Le

1 Voy. Pontchartrain, p. 233-236.

2 Voy. Foutenay-Mareuil, p. 385 ; Pontchartrain, p, 233; merc. fr., p. 215.

s Pierre Hurault de l'Hôpital, seigneur de Hclesbat, conseiller au grand Conseil, maître des Requêtes en 1610, mort en 1623.

d'à an ad ld d'andilly.

Roy vint à clic, le chapeau à la main. Elle s en alla Ma> un. vers la fenestre, s'appuya sur son coude, pleura ; puis elle vint, et luy dit ce qui avoit esté résolu ; et le Roy luy répondit ensuite. Elle répliqua, et insista, (outre ce qui estoit convenu) sur le fait de M. Barbin ; à quoy le Roy ne répondit pas, de crainte de faillir. Le Roy alla ensuite sur le balcon.

Ce qui la suivit, pour demeurer avec elle : M. le marquis de Thémincs, M. de Bressieux, M. de Presle, M. de Villesavin, M. de Luçon.

Dames : Mffie de Guercheville Mn,e de Bressieux.

Ce qui l'accompagna jusques à Blois, (où elle arriva le 8) : M. de la Curée, par commandement du Roy, avec cinquante chevaux-légers.

Ce qui l'accompagna jusques au Bourg- la-Reyne: M. de Monbason, M. de Saint-Luc, M. deLiancourt.

Dames : Mesdames Christine, et Henriette Marie, M,ur la Douairière de Cuise, Mn,c d'Elbeuf.

MM. du Conseil, ni aucunes compagnies souveraines, ou autres, ne prirent congé d'elle.

* Antoinette de Pons, marquise de Guercheville, dame d'honneur de la Heine-mère, morte en 1632. Elle avait épousé en premières noces Henry de Silly, comte de la Rochc-Giiyon, et, en Fécondes noces, Charles du Plessis, seigneur de Liancourt, marquis de Guercheville, gouverneur de Paris. Elle prit le titre de marquise de Guercheville pour ne point porter celui de Liancourt qu'avait peu honoré la duchesse de Beaufort. On sait que la marquise de Guercheville fut plus célèbre encore par sa vertu que par son éclatante beauté, et qu'elle opposa aux poursuites de Henri IV une résistance d'autant plus louable à une époque de grande licence. {Voy. son article par M. Hipp. de Laporte, dans la Biographie Michaud, et les Mémoires de l'abbé de Choisy, coll. Petitot, 2e série, t. lxiii, p. 215 et suiv )

Mfl> ,fin Tout le peuple témoigna estre fort triste, en la

voyant partir, et plusieurs pleurèrent. La pluye, qui a voit esté depuis la mort du Maréchal, recommença ce jour-là, et il plut le lendemain, jeudy h, toute la journée1.

Aussitost qu'elle fut partie, le Roy alla coucher au bois de Vincennes, extrêmement acecompagné. 11 en revint le samedy 13, veille de la Pentecoste, et fut confessé par le père Arnoux2, son confesseur, pris au lieu du père Cotton3. Il toucha aussi les malades*.

Le matin, les Cours souveraines vinrent haranguer le Roy, pour louer Faction de la mort du Maréchal d'Ancre5.

M. le Premier président de Verdun. Sacrifice... Rencontre le Roy... Appelloit M. de Vitry, Aaron.

M. le Grand Écuyer arrive et va trouver le Roy.

Travail, (qui avait sceù le dessein de la mort du Maréchal) pris, sur ce qu'il avoit voulu persuader à M. de Luynes et à M. de Bressieux de tuer, ou cm-

1 Voij. Fontenay-Mareuil, p. 385 ; Richelieu, p. 433 et 438 ; Pontcliai train, p. 234 ; Bricnne, p. 329; Merc. fr , p. 215. Suivant la plupart de ces mémoires, c'est le 4 que partit la Reine-mère.

2 Le Père Jean Arnoux, jésuite, confesseur du Roi en 1617, à la retraite du P. Cotton, fut éloigné en 1621 et mourut en 1636. Prédicateur habile, il s'est surtout signalé par ses controverses avec les ministres protestants de Charenton.

3 Le Père Pierre Cotton, célèbre jésuite, né en 1564, confesseur de Henri IV et de Louis XIII, mort eu 1626.

* Voy. Fontenay-Marcuil, p. 385.

1 Voy. Mém. de Mathieu Molé, p. 144 et suiv., le texte pour ainsi dire authentique des paroles adressées par le Roi au Parlement lois de l'assassinat du maréchal d'Ancre.

d'arnauld d'andilly. 301 poisonner la Reyne-mère. Envoyé par le Roy au Ma> mi. Parlement. MM. Courtin... commis par la Cour', MM. de Luynes et de Bressieux déposent contre Travail, lequel reconnoist toute la déposition de M. de Luynes estre très-véritable, et qu'il luyen avoit encore dit davantage. Condamné le mécredy (et exécuté ledit jour) à estre roué, recevoir deux coups vif, puis, étranglé, son corps, et le procès bruslés, et les cendres jettées au vent

4. MM. du Mayne, de Nevers, de Vendosme, de Cœuvres et le Président le Jay viennent trouver le Roy au bois de Vincennes \

M. de Retz arrive de Bretagne.

7. M. de Thou meurt 4 ; sa place du Conseil et sa pension baillées à M. le Président Chevalier, qui. . . Sa place de Garde de la Bibliothèque baillée à son fils 5.

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