‹ Journal inédit d'Arnauld d'Andilly, 1614-1620Chapitre 94 sur 109 · Le Roy va à Blois, et le lendemain , à Amboise · texte numérisé non relu

Le Roy va à Blois, et le lendemain , à Amboise

17. Ceux qui estoyent dans Pont à Moulins, pour M. de la Vallette, ayant seû que le canon que M. de Nevers attendoit estoit arrive , ils sortirent tous la nuit, et ne laissèrent que dix mousquetaires, qui ouvrirent les portes à M. de Nevers, sans aucune résistance, lorsqu'il se présenta le lendemain matin.

Depuis la Pentecoste qui fut le 19, jusques au 23, M. de Nevers prit, sans résistance, trois autres chasteaux, savoir, la Horgne, Vry, et Amery ; pour achever le tour entier de Metz, il devoit prendre le lendemain la Douchant.

23. M. de Bérule arrive à Amboise, ne mettant point en doute la conclusion de la paix, qu'il tenoit entièrement achevée, dès le jour de l'Ascension. Et de fait , il ne vint point en diligence, mais en carrosse avec M. le Cardinal de Sourdis, qu'il rencontra par occasion.

M. de Marousan arrive le mesme jour , qui rapporta aussi toutes bonnes nouvelles, et que ce que la Reyne désiroit , estoit, que si le Roy avoit agréable qu'elle prist les places qu'il lui offroit, il lui pleust le luy témoigner par un mot de lettre.

k^k JOURNAL INÉDIT

m«> M. de Marousan retourna à Angoulesme trois ou

quatre jours après.

28. On licencie l'armée, qui estoit à la suite du Roy, en la sorte qui s'en suit. On casse entièrement les Régimens de la Rinville et du Ménillet, et quant à ceux de Picardie, Piémont, Navarre et Beaumont, les dix compagnies qu'ils avoyent de cent hommes chacune, sont réduites à cinquante hommes, qui est une augmentation d'entretenement qu'ils n avoyent jamais eu auparavant en temps de paix ; car outre ces dix compagnies des vieux Régimens entretenus maintenant à la Campagne, les vingt vieilles Compagnies demeurent toûjours dans les garnisons.

Des seize cens Suisses de nouvelle recrue, en sont conservez six cens ; le reste renvoyé.

Quant aux Régimens de Champagne, Chapes \ Bourg, Vaubecour, et Rambures2, j'estime qu'ils seront traittez comme les sus dits. — Ce qui s'est fait aussi.

Quant à la gendarmerie et cavalerie légère

» Ce régiment portait le nom de Jacques d'Aumont, baron de Chappes, gentilhomme ordinaire de la Chambre, colonel dudit régiment au siège de Rouen en 1501, sous le Maréchal d'Aumont son père, Prévôt de Paris en 1594, mort en 1614. Le baron de Chappes eut entre autres enfants le Maréchal duc d'Aumont. ( Voy. P. Anselme, t. iv, p. 876.)

2 Charles, sire do Rambures, capitaine de cinquante hommes d'armes, gouverneur de Doullens et du Crotoy, dit le brave Rambures, maréchal de camp et mestre de camp d'un régiment entretenu par le Roi, chevalier des ordres on 1619, mort en 1633, .« après avoir été » contraint, 'dit le P. Anselme, de se faire couper le bras droit pour » deux vieilles blessures reçues l'une à la bataille d'Ivry et l'autre au »> siège d'Amiens. » (Voy. P. Anselme, t. VII, p. 68.)

d'à RN a u i.d d'andilly. < 425 Ce mesme jour, le Roy va à Tours'. tu». M. le comte de Brenne vient trouver le Roy, avec lettres de la Reyne-inère ; n'ayant point encore veû Sa Majesté, et estant dans l'antichambre, teste nue, comme tous les autres, M. de Luynes passe, le chapeau à la main, et jettant les yeux sur M. le comte de Brenne, M. le Comte de Brenne se tint ferme , et se recula, plustost que de s'avancer ; et M. d'Elbeuf passant après, il luy alla faire une très grande révérence, et ensuite à quelques autres. Le Roy, qui en fut fâché, ne receut pas trop bien M. le comte de Brenne, lorsqu'il luy rendit sa lettre, laquelle se trouvant estreen plus fâcheux termes, qu'aucune des précédentes, et M. le comte de Brenne s'estant comme laissé entendre , que ce qu'il n'avoit point salué de Luynes, n'avoit pas esté sans que la Reyne le trouvast bon, on commençoit à entrer en défiance qu'il y eust quelque chose de caché là dessous. Mais enfin, on découvrit que tout cela procédoit de l'artifice de

Ruscellay et de sa cabale, comme le M de Mou. . . *

qui estoyent très marrys de la paix , et cherchoyent un moyen de rompre. Ce qui fut encore confirmé, parce que le comte de Brenne, estant pressé, et enquisde diverses personnes, s'il avoit commandement de la Reyne Mère, de faire ce qu'il avoit fait, il reconnut que non ; et M. de Marousan écrivit en mesme temps, que la Reyne Mère estoit tellement résolue à

4 Voy. Pontchartrain, p. 285.

* Le marquis do Mouny ou Mosny, premier écuyer do la Reinc-mère, grand ami de Russelay.

May ici». faire tout ce qu'il plairoit au Roy, qu'elle avoit approuvé, sans aucune difficulté, toutes les propositions que M. le Cardinal de la Rochefoucaut luy avoit fait de sa part.

30. Le Roy renvoyé M. le comte de Brenne, sans lettre, (on en avoit fait une de quatre lignes, mais qu'il ne voulut pas que l'on luy baillast), avec quelques paroles de compliment à la Reyne, et charge de luy dire, qu'il luy feroit réponce par un Gentilhomme exprès.

juin. Samedy 1. M. de la Chesnaye part, pour aller à

Angoulesme.

2. M. de Bérule part, pour aller en poste à An goulesme, et porte la réponce du Roy à la lettre qu'il avoit receue de la Reyne-môre.

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