‹ Journal inédit d'Arnauld d'Andilly, 1614-1620Chapitre 93 sur 109 · Le Roy va à Saint-Germain · texte numérisé non relu

Le Roy va à Saint-Germain

M. de Bérule repart en poste, pour aller à Angoulesme.

M. le Cardinal de La Rochefoucaud part, pour aller à Àngoulesme, où il arrive le vendredy 19, avec pouvoir d'offrir Angers, Chinon, Pont de Cé. Il revient le 15 juin4.

12. L'abbaye d' Uzerche prise par M. de Schomberg, qui la fit attaquer par cinq ou six endroits, pendant que ses gens entroyent par un trou de cave

1 Voy. note 3, p. 413.

2 Voy. Pontchartrain, p. 280.

» Voy. Pontchartrain, p. 279.

* Voy. Merc. p. 180. Le Père do Bcrulle et le Cardinal de la Rochefoucauld étaient chargés ainsi quo M. de Béthune de traiter de la réconciliation entre le Roi et la Reine-mère.

d'ARNÀULD D'ANDILLY. &17

que leur avoit enseigné un prestre. M. d'Epernon A.ruici». n'estoit qu'à deux lieues de là, avec cinq ou six cens bons chevaux. On dit qu'il avoit laissé son canon à dix lieues de là, avec son Infanterie, qui estoit de deux ou trois mil hommes de pied'.

13. Le Comte de Boullay arrive comme Ambassadeur extraordinaire du duc de Lorraine. On luy donne un brevet de Colonel des Vuallons, et une pension de six mil écus. et quatre mil écus à quatre gentilshommes qu'il nomma, dont Chamble estoit un. Lesdits quatre mil écus en pension.

18. M. de la Valette ayant reconnu l'affection que les habitans de Metz avoyent au service du Roy, fit entrer la nuit dans la citadelle les Régimens de Chamble et de Gastinois, montant à dix-huit cens hommes, et le matin, estant sorty avec toutes ses troupes et ce qu'il avoit auparavant, avec deux pièces de canon, et ayant disposé ses gens dans toutes les principales places et aux portes des églises, où il savoit que les habitans avoyent leur rendezvous, il envoya des soldats, avec des flambeaux, et de la paille allumée, crier par toutes les maisons, que s'ils n'apportoyent à l'heure mesme toutes

1 Voy. Fontenay-Mareuil, p. 439; Richelieu, p. 5/i0 ; Pontchartrain, p. 279; Merc. fr., p. 172. Le Mercure donne de grands détails sur la prise de l'abbaye d'Uzerches. Le duc d'Épernon était possesseur de cette abbaye, située dans son gouvernement de Limosin ; le comte de Schomberg était lieutenant du Roi dans la môme province. On trouve dans le récit du Mercure une lettre de la Reine -mure au Roi au sujet de cette affaire, et la lettre par laquelle le comte de Schomberg annonce au Roi le succès de son entre-pri-ve.

liiS JOURNAL INÉDIT

Avril i6i9. leurs armes, chacun en l'Église de sa Paroisse, on mettroit le feu à leurs maisons ; à quoy ils obéirent à l'heure mesme. Mais ils ne rendirent pas tout. Et un d'entr'eux qui se vanta, quelque temps après, qu'ils n'estoyent pas encore désarmez, fut cause que l'on fit une seconde recherche , en laquelle il s'en trouva encore quantité. Cependant, les portes de la ville ayant esté fermées quelques jours, et y ayant eu quelques coups de canon tirez en l'air, M. de Vaudemont, qui creut qu'il y avoit eu émotion, en donna avis au Roy, qui dépescha en mesme temps à M. de Praslin, avec commandement, ou en. son absence, à M. de Feuquière, de mener toutes les troupes de Sa Majesté à Metz, ce que M. de Praslin fit; mais il estoit trop tard. 11 n' avoit que quinze cens hommes de pied et deux cens chevaux. Depuis, M. de la Vallette fit faire encore une recherche d'armes, et fit oster aux habitans jusques aux broches, serpes, fourches, etc.

21. Le Roy revient de Saint-Germain à Paris, et y retourne le mardy 23 \

27. M. de Branle, pourveû de la charge de capitaine des chevaux légers de la Compagnie du Roy, qu' avoit M. de la Curée pour le prix de cent mil écus, savoir soixante quinze mil écus comptant et la charge de capitaine au Régiment des Gardes, qu'avoit M. de Branles, baillée à M. de , neveu de

4 Voy. Richelieu, p. 560; Pontchartraic, p. 280; Mere. /r., p. 186. 1 Voy. Merc. /r., p. 180, une longue lettre du Roi, datée de Paris le 23 avril, en rOponsp à celle de la Reine-mere du 11 du mùme mois.

d'arnauld d'andilly. ki9 M. de la Curée, estimée à trente mil écus. M. de avhi uim Brantes vend sa charge de Cornette à M. de Vie1, quarante mil écus.

Le soir de ce mesme jour, M. de Bérule arrive au faubourg Saint- Jacques ; et le lendemain, va à Saint- Germain. La Reyne-mère demandoit Amboise, outre ce qui luy avoit esté accordé ; ce qui luy fut refusé. Il repart le li may, pour retourner à Angoulesme3.

29. M. de Traisnel 3 part pour aller Ambassadeur extraordinaire en Angleterre, avec charge de parler du mariage du Prince avec M"10 Henriette. M. le Prince de Piémont s'est pleint de ce qu'ayant travaillé à nous remettre en bonne intelligence avec Angleterre, et mesme luy ayant esté dit qu'il faloit penser à ce mariage avec une des Infantes de Savoye, néantmoins, on a donné la commission cy dessus à M. de Traisnel, sans luy en communiquer4.

Mardy 7. Le Roy part de Saint-Germain et va M«ycoucher à Linas, le mécredy à Estampes; le jeudy, jour de l'Ascension, il y séjourne; le vendredy à

* Gédéon do Vie, seigneur d'Ermenonville, fils du Garde des Sceaux Méry do Vie, maréchal des camps et armées du Roi, cornette do la compagnie de deux cents chevau-légers de sa garde ordinaire en 1619, mort en 1636.

* Voy. Mém. d'Arnauld d'Andilly, p. 388, ce qu'il dit de l'effet produit sur la Reine par une lettre du Roi dont Arnauld, à la demande de Déageant, avait rédigé la minute.

» François Jouvenel des Ursins, marquis de Traynel, chevalier des Ordres, Ambassadeur à Rome et en Angleterre en 1619, maréchal des camps et armées du Roi, mort en 1659. {Vog. P. Anselme, t. vi, p. o97.)

4 Vûij. Pontchartrain, p. 281.

Ma)* Mut* Toury, et le samedy à Orléans. La veille de son partement de Saint-Germain, il avoit esté assuré de la paix. Grande faute en ce voyage; car il ne faloit point partir de Paris, pour ne pas amender sa condition

Mort de la Maréchale de Fervaques2. M. de la Trémoille y gagna vingt cinq mil livres de rente , qu'elle tenoit pour douaire, et M. d'Elbeuf, dix sept millet

9. Jour de l'Ascension. La Reyne-mère commanda au Père Suffren de faire entendre en son sermon, comme la Paix estoit achevée; et après, fit chan-

« « En l'année suivante, 1619, M. le duc d'Épernon ayant enlevé » la Heine-mère de Blois et l'ayant menée à Angouleme, chacun sait » qu'il se passa une longue négociation dont M. de Bérulle, qui ne » fut Cardinal que longtemps après, faisoit toutes les allées et venues. » Le Roi, pour presser davantage l'effet de cette négociation, en s'ap- » procliant plus près d'Angouléme, partit de Saint-Germain le 7 mai » et alla à Tours, où il demeura jusqu'à ce qu'elle fût terminée, et » n'en partit, pour revenir vers Paris, que le 19 septembre. » (Mém. d'Arnauld d'Andilly, p. 386). Les détails d'Arnauld d'Andilly sur le voyage du Roi sont d'autant plus exacts qu'il suiv ait la Cour et qu'il resta avec elle à Tours, ainsi qu'on l'appreudpar ses Mémoires, p. 386 et suiv. Voy, aussi Pontcliartrain, p. 282.

* Anne d'Alègre, fille de Christophe d'Alègre, seigneur de Saint- Just, et d'Antoinette du Prat, veuve en premières noces de Guy Paul de Coligny, comte de Laval, remariée en 1599 et veuve de Guillaume de Hautemer, comte de Grancey, seigneur de Fervaques, maréchal de France en 1595, lieutenant-général au gouvernement de Normandie, mort en 1615. {Voy. P. Anselme, t. vu, p. 393 et 395.) Il s'agit ici du douaire dont jouissait la maréchale de Fervaques comme veuve du comte de Laval, qui n'avait laissé pour héritier que Guy de Coligny, comte de Laval, XX* du nom, mort en 1605. « Par sa mort sans al- » liance, dit le P. Anselme, tout le bien de la maison de Laval fut dé- » volu à Henry, sire de la Trémoille, duc de Thouars. » (loy. P. Anselme, t. vu. p. 156.)

ter le TeDeum en sa présence, en la principale Église. Et suivant cela, MM. le Cardinal de la Rochefoucaut et de Béthune, envoyèrent à M. du Mayne une lettre de cachet, qu'ils avoyent du Roy, pour faire retirer ses troupes Il estoit à Ghasteauneuf , que douze cens hommes de M. d'Epernon luy avoyent quitté, s1 estant retirez de nuit, et bloquoit Gongnac, où estoyent MM. de Thoulouse, de Biron a, Ambleville 3.

13. M. de Nevers arrive en l'armée de Champagne, dont il avoit le commandement. M. de Praslin envoya M. de Feuquière le trouver, et puis y fut luy mesme, jusques à quatre lieues du quartier ; et M. de Nevers fut au devant de luy ; et se rendoyent de grans honneurs l'un à l'autre.

14. Le Roy reçoit par Picaut les nouvelles de la paix publiée à Angoulcsme ; mais d'autant que la Reyne-mère avoit dit à Messieurs les Députez du Roy , que dans quatre ou cinq jours elle leur rendroit réponce, si elle acceptoit les offres que le Roy luy faisoit d'Angers, Chinon, Pont de Cé, et Gouvernement d'Anjou, au lieu du Gouvernement de Normandie; ou bien, si elle se tiendroit à ce qu'elle avoit ; cette irrésolution mit le Conseil du Roy en

1 Voy. Pontchartrain, p. 283.

* Jean de Gontaut, baron de Biron, fils du premier Maréchal de Biron et frère du second Maréchal do ce nom, décapité en 1602, mestre de camp du régiment de Picardie en 1596, capitaine de cent hommes d'armes en 1615, conseiller d'État, maréchal de camp, mort en 1630. {Voy. P. Anselme, t. vu, p. 305.)

J Jean ou Berlin de Mornay, seigneur d'Amblcville. {Voy. P. Anselme, t. vi, p. 294.)

M.yi««. peine, craignant qu'il n'y eust quelque chose caché dessous; et on trouva mauvais que Messieurs les Députez eussent mandé à M. du Mayne de se retirer, avant que d'avoir eu une résolution finale ; de sorte que par la dépesche qu'on leur fit, on ne leur témoigna pas contentement de leur Procédure. Et m'a esté dit, que l'on manda à M. du Mayne de ne pas s'éloigner. On tient qu'il avoit dix à douze mil hommes de pied, et de quinze cens à deux mil chevaux, tous fort bons hommes1.

ïll. En mesme temps, on envoyé M. de Marousan à Angoulesme, et je croy que ce futluy qui porta la susdite dépesche. Il trouva que la Reyne-mère n'y entendoit point finesse ; mais que ce qui l'empeschoit de se résoudre, estoit que d'un costé, ceux qui estoyent près d'elle, comme M. de Meux2, Chante-

* Suivant Richelieu, p. 545, les conditions du traité d'Angoulôme qui rétablit la paix entre le Roi et la Reine-mere furent : l'oubli do tout le passé ; la sûreté que le Roi donnait pour les personnes et pour les charges de ceux qui avaient servi la Heine; 50,000 écus de récompense accordés au duc d'Épemon pour Boulogne; l'échange du Gouvernement de Normandie que la Reine avait en celui d'Anjou et des villes et châteaux d'Angers, du Pont-dc-Cé et de Chinon ; 500,000 écus accordés au Roi pour les frais de la guerre. Ce traité, comme tous les précédents, fut bientôt violé, et l'anarchie désola do nouveau le royaume. (Voy. aussi Pontchartrain, p. 284.) Le Merc. /r., p. 200, rapporte textuellement dix articles proposés au nom du Roi par le Cardinal de la Rochefoucauld et M. de Béthune et acceptés par la Reinemere le dernier jour d'avril. Ces articles ne renferment pas les principales conditions énumérées ci-dessus, qui firent l'objet d'un traité particulier.

* Jean de Rouville, seigneur de Meux, capitaine de la cavalerie légère en Allemagne, des douze compagnies d'ordonnances, {l'oij. P. Ausclme, t. via, p. 713.)

d'arnàuld d'andilly. £23 loube et autres, la vouloyent porter â accepter les places que le Roy luy offroit ; et de l'autre, son inclination, et le conseil de plusieurs de ceux qui s'estoyent engagez à la servir , la portoyent à ne rien prendre.

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