INTRODUCTION LI
et s'explique, dès lors, pourquoi elle vit en bons termes avec la famille royale. Le soir, au jeu de la Reine, l'heure étant venue de gagner les Cabinets, et la Marquise demandant à Marie Leczinska l'autorisation de quitter le salon, celle-ci la lui accorde en disant avec bonté : « Allez !» — « Belle remarque, ajoute l'auteur, à faire en philosophe et en chrétien, sur tout cela ! »
C'est à Mme de Pompadour qu'il doit, sur la recommandation des frères Paris et de M. de Tournehem, d'être porté sur la liste des gentilshommes admis dans les Cabinets. Toutefois, ne voulant « ni remployer trop, ni s'abandonner atout cela », il se borne à une visite de remercîment, dans laquelle il évite de prendre l'attitude servile de certains courtisans, du duc de Bouillon, entre autres, dont la bassesse lui répugne. Il imitera plutôt le duc d'Harcourt, qui le prend, avec elle, sur un tout autre ton !
Elle a eu l'adresse d'engager le Roi à « bien traiter » la Reine, par exemple à l'emmener dans ses voyages aux châteaux de Choisy, de Compiègne et de Fontainebleau. Reconnaissante de ses procédés, la famille royale s'intéresse à ses moindres indispositions. Un jour où une migraine l'a contrainte à sortir de table, M. de Croy voit les princes et princesses aller, tour à tour, après le repas, s'informer de ses nouvelles. Son amabilité ne l'empêche point de « passer avec aisance sur le corps des premières duchesses, en leur faisant politesse, au grand couvert, pour s'y asseoir ! » C'est sa revanche de l'opinion secrète de ces grandes dames sur son compte 1
Une telle situation fait gémir les vrais amis du Roi : ils espèrent, chaque fois qu'un grand malheur, — la mort d'une de ses filles, par exemple, — le frappe, « qu'il se laissera emporter par ses remords ». Mais il n'en est rien, et, la Marquise étant pleine d'obligeance, nommant, pour les Cabinets, plus de monde que ne le veut l'usage^ protégeant les Arts, faisant du bien et point de mal autour d'elle, on se dit