Voy. Sully, Mémoires, p
3. On voit par la ieUre du duc de La Force, t. I, p. 297, que ce bniil sVHait propagé jusqu au fond des provinces.
ans^ nommée Loyse Jaquinot^ qui avoit fait tuer son père afin de jouir plus à son aise de sa paillardise^ qu'elle exerçoit avec un jeune prestre nommé Gloria, natif de Suresne, vicaire de Téglise S. Antoine du Buisson, à quatre lieues de Paris, appellante de la sentence du Prévost de Suresne, par laquelle elle avoit esté condamnée à estre pendue et bruslée, la sentence aiant esté confirmée, fust renvoiée à S. Antoine du Buisson pour y estre exécutée; comme elle fut le samedi xn* du présent mois, avec une aussi rare et constante résolution, contrition et repentance de son péché pour une jeune fille de son aage qu'on en ait jamais veue. Sa seur, qu'on nommoit Geneviève, beaucoup pire que ceste ci, comme l'aiant incitée au meurtre de leur père et fait tuer son mari pour jouir plus à son aise de ses amours avec un autre jeune prestre qui Tentretenoit, eschappa des prisons, comme aussi se sauvèrent les deux prestres putiers, n'y demeurant que celle ci, en la fin de laquelle on peut contempler la justice de Dieu et sa miséricorde tout ensemble.
Le mercredi xvi"" de ce mois, un coche passant par la rue S. Antoine à Paris, tua deux enfans et en froissa un autre qui en fut malade à la mort.
Le vendredi xviii*, Mons'. le Procureur général présenta un homme à Messieurs de la Cour, qui avoit une corne de cerf à la teste qui lui estoit venue depuis Taage de cinq ans. Elle lui prenoit au dessus du front et se recourboit par derrière, en sorte que pour le mal qu'elle lui faisoit il estoit contraint par fois d'en faire couper.
Il estoit petit de stature^ tirant sur le roux, serviteur d'un charbonnier qui se tenoit dans les liois du Haine^ et y avoit vingt ans qui n'en bougeoit de desplaisance^ ainsi qu'il disoit^ de son imperfection.
Il fut pris dans les bois par Mons'. le Mareschal de Lavardin, qui Tenvoia au Roy à Fontainebleau^ où Sa Hiyesté le vid et le voulut faire baiser aux dames ^ et après le donna à un de ses otQciers pour en faire son prouflt^ qui l'amena à Paris où il tira argent de la curiosité de beaucoup de personnes ^
Le samedi six"" de ce mois^ un gantier et sa femme^ recelleurs de meubles dérobés^ demeurans près la porte S. Victor à Paris^ en une maison qu'il y avoit xviii ans qu'ils tenoient^ furent pendus et estranglés en la place de Grève avec quatre jeunes soldats qui portoient des escriteaux devant et derrière^ où il y avoit escrit en grosse lettre : Voleurs de nuict; comme aussi le receleur et la receleuse portoient aux leurs : Receleurs de meubles dérobbés. La femme dit au supplice qu'elle estoit cause de la mort des quatre soldats voleurs; et estoit Paris si rempli de ces gens là qu'il fut proposé de faire corps de garde et sentinelle la nuit pour la seureté des maisons.
Le dimanche xx* de ce mois arrivèrent à Paris Monsieur le Duc de Lorraine et le Cardinal son fils^ avec Madame^ seur du Roy^ en la maison de laquelle ils logèrent^ où Son Altesse fit faire le presche comme de
«.DcThou avait VII cet homme. Voy.K CXXlll,t.Xin,p. 407.
coustume; et pour ce qu'il y eust des trompettes du Duc de Lorraine qui commencèrent à sonner dans la cour pendant qu'il se faisoit^ Madame leur enyoia dire qu'ils se teussent^ ce qui fust fait.
Mons'. le Cardinal^ son fils^ passant devant la salle où on preschoit^ comme on y chantoit le Pseaume^ tourna seulement la teste de l'autre costé sans dire autre cbose^ et se signa de trois grands signes de la Croix.
Le mardi xxu* de ce mois, le Roy revinst de Fontainebleau à Paris, et s'en alla disner chez le petit More avec sa compagnie , à trois escus par teste, et Youlust que chascun paiast son escot; alla coucher et soupper sur Zamet, et le lendemain matin, après avoir ouï la messe aux Capussins, vinst disner chez Gondi, où il gagna deux mil escus à trois dés au Comte d'Auvergne etDucd'Espemon.
Le jeudi xxrv"" de ce mois, Robert Nivelle, libraire et imprimeur demeurant en la rue S. Jaques à Paris, mourust de peste comme il estoit sur le point d'estre marié, et peu de jours après décéda son frère de la mesme maladie.
Le lundi xxvni*' de ce mois. Messieurs du Clergé, par la bouche de Messire François de la Guesle, Archevesque de Tours, firent une remonstrance au Roy qui fust imprimée à Paris, le sommaire de laquelle tendoit principalement à la manutention de l'ÉgUse Catholique, ApostoUque et Romaine, abolition des nominations en l'Église, publication et observation du Concile de Trente. A quoi Sa Majesté fisl une response sommaire en
termes exquis et bien choisis, laqueUe a esté imprimée*.
a A la Térité^ je reeonnois que ce que tous m*aTez dit est Yéritable; mais je ne suis point auteur des nominations. Les maux estoient introduits avant que je feusse Tenu. Durant la guerre^ j'ai couru au feu plus allumé pour Testouflèr^ je ferai maintenant ce que je dois en temps de paix. Je sçai que la religion et la justice sont les fondemens et colonnes de cest Estât qui est conservé par piété et justice^ mais quand elles n'y seroient points je les voudrois establir pied à pied, comme je fais toutes choses.
a Je ferai. Dieu aidant, en sorte que l'Église sera aussi bien qu'elle estoit il y a cent ans. Mais Paris ne fust pas fait en un jour. Faites par vos bons exemples que le peuple soit autant excité à bien faire conune il en a esté cy devant destoumé.
a Vous m'avés exhorté de mon devoir, je vous exhorte du vostre. Faisons donc bien, et vous et moi. Allés par un chemin et moi par l'autre, et si nous nous rencontrons ce sera bientost fait.
a Mes prédécesseurs vous ont donné des paroles avec beaucoup d'apparat, mais moi, avec ma jaquette grise, je vous donnerai des effects. Je suis gris au dehors mais tout doré au dedans.
« J'escrirai à mon conseil pour vostre cahier et vous
4. Voy. Palma-Gayet^ p. 36, Chron, êept. Le Discours de lleorî IV est inséré entièrenifiit.
DE HENRY lY (1598). 35
pourvoirai le plus farorablement qu'il me sera possible M>
Ce jour furent apportées les nouvelles de la mort du Roy d'Espagne^ décédé le dimanche xiii*" du présent mois de Septembrcy qu'on avoit de la i)eine à faire croire^ pour ce qu'on ne s'en soucioit plus. Au lieu que pendant la guerre ^ pour le désir qu'on en avoit^ on le faisoit mourir et resusciter tous les ans trois ou quatre fois *.
Hourust aussi en ce temps^ à Cbantilli^ en la fleur de ses ans et de son as^e^ madame la Connestable '^ la fleur des beautés de la cour^ mais vrai miroir en sa fin de la vanité d'icelle et un tableau raccourci de la vie misérable et mœurs barbares et cruelles des grands de ce siècle^ voire contre leur propre sang^ qui sont les vrais diables qu'un a feint et la farce de la mort de ceste pauvre dame^ venus exprès d'enfer pour l'emporter. En quoi toutes fois ceux qui ne sçauront l'histoire auront de quoi admirer^ et au mari et à la femme^ une justice singulière et jugement mémorable de Dieu.
4 . Ce discours est biffé dans le manuscrit de Lestoile. Nous Ta- Tons reproduit cependant, car il offre quelque différence avec le texte de Palma-Cayet , Chron. sepL^ p. 37, et celui donné par M. Berger de Xivrey, Lettres missives ^ t. Y, p. 33, qui diffèrent entre eux. De Thou, 1. CXX, t. XIll, p. 224, a arrangé ce discours.
2. Voy. Palma-Cayet, Chron, sept., p. 21 ; Sully, Mémoires, t. I, p. 299 ; de Thou, 1. CXX, t. XIII, p. 225.