‹ Journal inédit du règne de Henry iv, 1598-1602, publChapitre 29 sur 68 · Louise de Budos · texte numérisé non relu

Louise de Budos

Ed ce mois^ le Roy nomma Mods'. de Villiers Séguier^ Président en sa cour de Parlement^ pour estre son Ambassadeur à Yenize % où il fust contraint d'aller^ encores qu'il n'en eust point d'envie^ aiant emploie pour s'en excuser tout le crédit de ses amis et des plus grands^ et entre autres celui du Duc d'Espemon et de la Duchesse de Beaufort, qui en flst la requeste à Sa Majesté^ dont elle fut esconduitte^ encore qu'elle n'eust guëres accou»tumé de l'estre. Le Roi disoit que Messieurs de Yenize estoient ses bons compères et amis qu'il désiroit d'entretenir^ et que Séguier les iroit un peu gouyemer pour lui. Que s'il n'eust bien aimé et estimé led. Séguier il ne l'eust honoré de ceste commission.

On disoit (et croi que c'estoit la yérité) que ceux de la Religion lui ayoient brassé enyers le Roy ce yoiage^ à cause de leur Edit qui estoit sur le bureau^ auquel ils sçayoient que led. Séguier se monstreroit fort rétractaire^ et qu'ils ayoient remonstré à Sa Msgesté combien deux frères Présidens en une mesme Cour^ de pareille humeur et opinion^ tous deux habiles honunes et romuans (principalement le dernier}^ y pourroient apporter de destourbier et d'empeschement^ ce que le Roy gousta fort pour le désir qu'il ayoit que son Edit eust lieu.

Les Ecclésiastiques le sachans en murmurèrent^

4 > De Thou prétend qu'il avait été chargé de cette ambassade, mais que les difficultés de Tédit nécessitant sa présence en France, on envoya Séguier. Voj. Mémoires, coll. Micbaud, i** série, t. II, p. 371, et Hhtoire», 1. CXX, t. XIII, p. 225.

disans que c'estoit ainsi qu'on se défaisoit peu à peu des bons catholiques.

Le Palais lui dit à Dieu avec regret comme à sa principale lumière; bon juge, docte et incorruptible et fort expéditif j principalement aux causes criminelles^ où sa présence est encore désirée tous les jours.

En ce mois les rougeoUes et petites yéroUes furent fort fréquentes à Paris^ où de vingt enfans ne s'en trouvoit pas ung qui en eschappast. Force cloux^ apostumes et charbons^ ayec danger et sans danger y régnoient aussi^ encores que la constitution du temps^ fort belle et agréable^ y contrariast du tout.

Monsieur Bourguignon^ Adyocat du Roy au Chastellet^ mourust à Paris en ce mois. Mons'. de Revigni^ auditeur des comptes^ qui estoit mort dès le mois précédent^ et qu'on aToit gardé pour sauver TEstat^ fust descourert^ à ^ heures près de 40 jours^ par la trahison d'un coquin sien valet^ auquel on avoit promis cinquante escus.

OCTOBRE

J^B mardi vi'' de ce mois^ ung nommé Coraillon^ doyen des sergens de Paris^ fust mis en prison pour avoir appelle une pauvre revandeuse qu'on nommoit la grande Jacqueline^ chienne de huguenote^ et lui avoir dit en plaine rue force injures^ la menassant de la faire trainer

à la riTiëre arec tous ceux et celles qui lui ressembloient. Ce Coraillon estoit un des restes des massacreurs de la S. Bartbdemi ^ qui ayoit tué ce Jour à Paris le BailliTf d'Orléans^ et auquel estant mort il avoit donné tant de coups de pied par le yentre^ qu'il lui en avoit fait regorger le sang par le nés et par la bouche. Avoit aussi assisté au massacre du Président de la Place^ auquel on disoit qu'il avoit donné son coup comme les autres.

Ces yieux pecchés ne lui furent pas ramantus pour ce que c'estoient pecchés oubliés^ mais si furent bien ceux de la Ligue^ qui estoieiit encores tout frais et symbolisoient fort avec les autres. Entre lesquels y en eust un bien yérifié d'un pourtraict du feu Roy^ auquel y ayoit un crucifix et une yierge Marie que ce Ck)railloay ayec M* Pierre de la Rue^ publiquement et sur le pont S. Michel à Paris^ ayoient fendu et mis en pièces pendant la Ligue, sans espargner le crucifix ni la yierge, encore qu'ils ne fussent ni politiques ni hérétiques. Ce qui le fist tremper assés longtemps en prison, d'où peu s'en Must qu'il ne fust eslargi pour estre pendu comme il l'ayoit bien mérité.

Le mercredi vu* octobre, un voleur de nuict avec une femme receleuse furent pendus et estranglés à la Croix du Tirouer, à Paris; et y avoit en leurs escriteaux : Voleur de nuict. Receleuse.

Le jeudi vni* de ce mois, le Roy estant à Monsseaux, se trouva saisi de la fiebvre pour s'estre eschauffé à jouer au Palemail, et après lui survins! une inflamma-

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tioD de verge pour laquelle il le fallust saigner du pied en Veau, ce qui Tallegea ^

Le lundi xxvi*' de ce mois^ Messieurs d'Espamon et Rosni eurent une prise sur Mons'. le Chancelier dans la Chambre du conseil. Le subject de leur querelle et les propos qu'ils eurent ensemble ont esté fidèlement recueillis de leurs bouches en la forme et manière qui s'ensuit * :

Mons'. d'Espamon aiant eu commandement du Roy de l'aller trouver à Monsseaux^ voulant partir ce jour xxvr Octobre^ vinst voir Hons'. le Chancelier sur les neuf à dix heures du matin , tant pour lui dire à Dieu que pour lui parler d'un advis qu'on lui avoit donné qu'on avoit fait plainte au conseil^ qu'il avoit ordonné des finances du Roy^ dans l'estendue de son gouvernement^ contre l'intention et Testât de Sa Majesté^ et mesme qu'il avoit fait levée de deniers par ses commissions particulières sur les subjectsUe Sa Majesté ^ pour s'en prévaloir en son particulier.

Estant arrivé sur ledit sieur Chancelier^ il le trouva accompagné de Messieurs d'Estrées et Belièvre^ et en le saluant lui dit qu'il estoit venu pour lui baiser les mains avant que d'aller trouver Sa Majesté^ et pour le supplier sur la plainte susdite qui avoit esté faite de lui^

i. Voy. Sully, Mémoires, t. I, p. 298.

2. Voy. Sully, Mémoires, p. 298, et B. L, fonds Dupuy, n" 140, (^ 104 : Discours de ce qui se passa lundi 29 octobre 1598, au logis de M. le Chancelier, entre M. d'Espernon et le sieur de Rosny, Il y a quelques différences avec le texte de Lestoilc.

savoir la yérité de la chose^ affln que si elle estoit trouvée telle qu'on lui avoit rapportée^ qu'il fut jugé comme coulpable; que si aussi elle ne Testoit pas^ Sa Majesté et ceux de son Conseil le congneussent innocent. A quoi M. le Chancelier respondit ne sçavoir bonnement ce que c'estoit^ et que le Seigneur Dincarville en pourroit dire des nouvelles. Ces propos flnis^ il en fust entamé d'autres du tout eslongnés du subject de ceux là; sur lesquels les Seigneurs de Sanssi^ de Messe et de Rosni entrèrent dans led. Conseil, ce qui donna subject à M. Despamon, les voiant arriver tous trois, les prier d'approcher, comme ils firent.

Lors Mons'. Despamon commença de réitérer les mesmes propos qu'il avoit tenus, au milieu desquels Mons'. de Rosni se prist à dire assés haut et comme par desdain, que c'estoit lui qui en avoit fait la plainte sur un estât que les trésoriers de France de Limoges lui avoient envoie. Il lui fut respondu par Mons'. Desparnon. Je ne sçavois pas que ce fust vous, mais s'il vous eust pieu l'apprendre de moy, vous en eussiés sceu la vérité; et ne pense pas qu'il soit raisonnable d'ajouster plustost foy aux paroles de ces gens là, desquels j*ai veu faire tous les jours des plaintes au Conseil, qu'à mes actions qui ne sont et ne seront jamais autres que d'un homme de bien. A quoi Mons'. de Rosni respondit qu'il n'estoit tenu d'en parler qu'au Roy et à son Conseil, et que si Moqs'. Despamon lui fust venu demander^ il lui eust dit. Hons'. Despamon lui respondit en ces mots. Mons% quand il lous plaira de considérer que

ma condition n'est pas si abjecte qu'elle m'oblige d'aller chez TOUS; si bon ne me semble^ vous ne me tiendras pas ce langage. Auquel Mons'. de Rosni répliqua fort hautement qu'il estoit gentilhomme et fort homme de bien^ et qu'il ne le cédoit à homme de France qui ne portast aultre tiltre. Voire qu'il estoit des plus anciennes maisons de ce Roiaume. Ce qu'il répéta trois ou quatre fois ayec des gestes fort brayaches^ qui fust cause queMons'. Desparnon lui dit : Si advouerés tous qu'il y a de la difiTérence entre tous et moi. Il ni en a point, lui respondit il, que celle que les Roys y ont mise. Si y a il avec celle là (dit Mons'. Desparnon) celle que mon espée y a mise ou y pourra mettre.

Sur ces propos. Mess, le Chancelier et Belièvre se mirent entre les deux débattans, craingnans que les choses piassassent plus avant qu'en paroles. Lors led. sieur de Rosni réitéra encores qu'il estoit Gentilhomme, voire Gentilhomme des meilleures maisons de la France|, qu'il ne le quittoit à homme du monde qui ne portast que ce tiltre, et qu'il ayoit une fort bonne espée. Il lui fust dit par Hons'. Desparnon qu'il ne débattoit point cela ayec lui. Alors Mons'. le Chancelier et Mons'. de Belièvre leur dirent à tous deux qu'ils n'avoient point de subject de rentrer en dispute. A quoi Monsieur de Rosni respondit qu'il n'avoit rien à démesler avec Mons'. Desparnon, que c'estoit les afTaires du Roy qu'il débattoit. Mons'. Desparnon lui respondit qu'il n'estoit besoing qu'il se servist de ce prétexte, que cela n'avoit rien de commung avec le service de Sa Majesté ; qu'il

aYoit fait toute sa vie et faisoit encores profession d'aimer passionnément Fmi et l'autre et d'honorer ceux qui aYoient sa bonne grâce; que bien pouvoit il faillir par ignorance , mais que de malice il ne le pouvoit pas faire. Mons'. de Rosni lui respondit : Vous ne faudrés jamais par là, et ne scauriés croire ce que je tous estime en esprit et en courage. Mons\ Despamon lui respondit en ces termes : Sauf Yostre grâce, Mons'., j'avoue d'estre imparfait plus que tous les autres hommes, et par conséquent je puis faillir plustost. Le sieur de Rosni lui dit : Vous avés parlé à moi comme si j'estois quelque petit financier. Non ay, lui respondit Mons'. Desparnon, vous ne trouvères point que je sois venu a vous à pouilles ni à injures. Mons'. de Rosni répliqua. Je ne suis pas aussi homme de pouilles et injures, et ne les souffrirois d'homme qui vive. Je ne vous dis pas cela, dit Mons'. Desparnon, mais je vous dis que je ne suis point venu à vous aveq des injures. Lors led. sieur Rosni lui dit : Mons', vous n'avés pas possible bien considéré avec quel mespris vous m'avés parlé, la passion vous en a empesché. Je n'ai pas eu autant de passion, lui dit Mons'. Despamon, qu'elle m'ait fait oublier une seule parole de celles que je vous ai dit, ni de celles que vous avés proférées. Je pense que de vostre costé vous n'en perdrés pas le souvenir. Non, dit Mons'. de Rosni, je m'en souviendrai tousjours très bien, etsuis bien aise que ne m'avés point offensé. Je n'offense personne (lui dit Mons'. Despamon), et quand cela m'adviendroit, je porte de quoi contenter ceux qui

sont de ma condition^ et satis£aire les autres selon ce qu'ils sont.

Voilà au vrai les principaux points du discours qui se passa en ceste affaire^ et les mesmes parolles qu'ils eurent ensemble; desquelles on disoit que Hons'. Despamon s'estoit trouvé fort offensé^ jusques à avoir dit que le seul respect du Roy, et non la bonne espée de Rosni, de laquelle il l'avoit tant menasse, l'avoit rendu sans action en ce subject.

Le mardi urn'' Octobre, mourust à Paris Hons'. Emeret, sieur de Veluize, maistre des comptes, doien de ceste compagnie, homme violent (ainsi qu'on disoit) et grand blasphémateur du nom de Dieu. Lesquels vices nous devons désirer, comme les nostres, estre couverts de la miséricorde de Dieu.

Le vendredi xxx*" de ce mois, la Cour estant à Honsseau, la ville de Paris fust fort troublée des nouvelles qu'on 7 apporta de l'extrémité de la maladie du Roy, qui estoit une camosité provenant d'une chaudepisse, laquelle pour avoir esté négligée, lui causa une rétention d'urine qui le cuida envoler en l'autre monde. Accident autant craint des bons conune il estoit désiré des meschans. Les médecins de Paris les plus experts y furent mandés dès la nuict, entre les autres Marescot et Hartin ^ Mons'. de Montpensier, le Duc de Joieuse et le Comte de S. Pol, avec plusieurs autres Seigneurs et Gentilshommes, montèrent aussitost à cheval et sortirent

1. Rosset et Regnault, chirurgiens. Voy. Sully^ Mém,, p. 288.

de Paris ceste nuict pour aller trouver Sa Majesté, comme aussi se retirèrent les Gouverneurs en leurs gouvememens.

L'efhroy fust grand à Paris (où on le fist mort) jusques au soir bien tard de ce jour, que Mons'. de Mont* pensier arriva, qui asseura la ville de la disposition de Sa Majesté beaucoup meilleure , mais qui avoit esté si malade qu'elle avoit esté deux heures sans parler ne mouvoir. Mons'. Rouillé, mon nepveu. Auditeur des Comptes, auquel le Prévost des marchans avoit baillé les clefs, ouvrit la porte audit Sieur de Montpensier, qui arresta Madame à Paris, preste de partir pour s'y en aller.

Quand Marescot prist congé de Sa Mcyesté, elle lui dit qu'il sçavoit que beaucoup avoient basti sur sa mort tout plain de beaux chasteaux, mais qu'on leur dit hardiment qu'ils les allassent bastir en Hespagne, car il n'estoit encores mort et si n'avoit envie de mourir. Qu'on lui avoit dit qu'à Paris on avoit murmuré de ce qu'il y faisoit venir Cazaubon pour ce qu'il estoit huguenot; mais qu'il n'avoit eu esgard en cela qu'à faire florir son Université. A quoi led. Marescot respondit qu'il n'en avoit point ou! parler, et qu'à Paris on ne s'y battoit plus qu'à coups d'Évangile, à qui feroit le mieux. Ce que le Roy lui dit qu'il trouvoit très bon, et que c'estoit sou intention que celle là. Le médecin Martin, sur la maladie qu'il avoit eue, l'exhorta de se mieux garder, et qu'il estoit d'une très bonne disposition pour vivre longtemps s'il vouloit un peu

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mesnager sa Yie qui estoit la ifie de son peuple^ auquel le Roy ne respondit que par gosserie, estant d'une humeur toute contraire à cela.

Ce jour^ les portes de Paris demeurèrent fermées jusques à dix heures du matin, ce qui augmenta Teffroy entre le peuple qui se persuada incontinent qu'il y avoit pis du Roy qu'on ne disoit, encores que la yérité fust qu'on avoit fermé lesdites portes pour se saisir de la personne du Gouverneur de Cran en Bretagne, la yille ayant eu mandement du Roy de ce faire.

Le samedi, veuille de la Toussaints, mourust à Paris le fils de la marquise de Henelet, aagé de neuf ans, avec un indicible regret de la mère et de tous les siens, comme estant demeuré seul de ceste maison.

En ce mois, le Roy estant à Monsseaux, flst prendre prisonnier un nommé Le Thuilier, fils du Procureur du Roy de Gien, qu'on disoit estre de ces fols qui se meslent de parler au grimoire, lequel après avoir amusé quelque temps le Roy de son vain babil, s'adressa à madame la Duchesse, et entre autres goguenettes, lui dit : Qu'il y avoit danger que le Roy la laissast quelque jour. Hais si elle se vouloit aider, il lui bailleroit de l'eau d*une phiole que son père lui avoit laissé pour tout bien, de laquelle s'estant frotté les lèvres et baisé le Roy après, elle en feroit tout ce qu'elle voudroit et jamais ne se pourroit desfaire d'elle. Ce que le Roy ayant sceu, fist emprisonner ce charlatan avec son eau, sa phiole et ses receptes.

En ce mois, on faisoit à Paris un plaisant compte du

Roy et d'un bastelier, lequel du commencement fùst réputé pour fable, et enfin avéré pour histoire. Cesloit un pauvre homme de bastelier et fort simple, qui un des jours de ce mois passa Teau au Roy au port Malaquest, lequel revenant de la chasse mal accompagné, et à ceste occasion n'estant point congneu du basteUer, se mist à arraisonner ce bon homme et lui demander ce qu'on disoit de la paix. Je ne sçai quelle paix (va il dire) nous avons plus de mal que devant et paions plus d'imposts que durant la guerre, il n'y a pas jusques à ce meschant basteau que je meine qui ne paie impost, et si j'ay assés de peine à vivre sans cela. Et que dit le Roy là dessus (va respondre le Roy lui mesme), ne parle il point d'y donner ordre? Le Roy est assés bon homme (dit Je bastelier), je croi que cela ne vient pas de lui;

mais il a une meschante p qu'il entretient qui nous

ruine tous. Car sous ombres des belles robbes et affiquets qu'il lui donne toute jour, le pauvre peuple en patist, car il paie tout. Encores si elle estoit à lui seul, ce seroit quelque chose, mais on dit qu'U y en a bien d'autres qui y ont part. Le Roy voiant la naifveté du bonhonome, se prend à rire et sort du basteau sans paier. Mon bastelier crie après et les donne tous au diable. Le Roy riant plus fort que devant commence à dire : Retirons nous, nous avons nostre charge. Et le lendemain manda son bastelier, qui aiant sceu que c'estoit le Roy, estoit pire que mort. Sa Mtyesté, en présence de Madame la Duchesse , lui flst dire tout ce qu'il a voit dit. De quoi, elle fort irritée, dit au Roy qu'il le

falloit pendre. Non, non, ma maistresse, dit le Roy, au contraire, c'est un bon homme qui y est allé tout à la bonne foy et n'a dit que ce qu'il a ouï dire. Je lui pardonne et si ne veux plus qu'il paie l'impost de son basteau, car c'est de là qu'est venue toute la querelle. Et de fait, après lui avoir remis ledit impost, renvoia son bastelier de ceste façon, qui en fut quitte pour la peur de laquelle il cuida mourir.

En ce mois d'Octobre moururent à Paris, Mons^ Parent, Conseiller en la cour, jeune homme en la fleur de son aage, et le greffier le Sueur, secrétaire du Roy, honune j à décrépit et fort aagé. Ainsi se joue la mort des jeunes et des vieux.

Le dernier jour du présent mois d'Octobre, ung de mes amis me communiqua une lettre qu'on lui avoit escrite de Strasbourg en date du mercredi xxi^ de ce mois, de laquelle je fis le suivant extrait pour quelque particularité de nouvelles qu'elle contenoit.

a Monsieur, je reprends la plume pour vous entretenir des nouvelles de ce pays , desquelles je vous prie faire part aux amis qui sont curieux.

c Vous sçaurés le retour du Transylvain en son pays. Il a envoie son Père confesseur Jésuite au Pape. Cependant il s'est establi moictié de gré, moictié de force, à la barbe de Maximilian qui se commence à remuer.

a Les Turqs, à ce qu'on dit, vont fondre sur son pays , et ont pris quelques places à leur chemin. Les dernières nouvelles, mais moins asseurées, disent que led. Transylvain s'est mis au devant et les a repoussés.

L'armée de l'Empereur s'est enfin remuée et semble tirer vers Bude. La peste est à Prage. L'Empereur s'en est retiré. On tient que les affaires du Roy de Pologne, en Suède, sont en mauvais état ^ Les vents ont combattu son armée, et son Oncle le Duc Charles, qui demandoit sauf conduit pour l'heure et de traicter , l'a acculé et assiégé. Le pauvre Roy ne se trouve guëres bien du conseil des jésuites.

a On nous vient d'asseurer ici, à propos des jésuites, qu'un des plus sufflsans des leurs, demeurant à Pontamousson, s'est desjésuité et retiré à Lausanne.

« Qui est tout ce que, etc.

<x De Strasbourg, ce xxi Octobre. »

NOVEMBRE

l^E lundi ix« de ce mois, fust mis en terre à Paris, l'Evesque de Chartres ', aagé de 75 ans, honune bien entendu en sa charge et docte assés pour un Evesque de ce temps.

Il fust porté avec grande pompe et cérémonie dans l'église S. André des Arts, où il fust enterré avec ses

4. Voy. Palma-Cayet, Chron. sept., p. 38; de Thou, 1. CXXI, t. XIII. p. 3H.

2. Nicolas de Tbou, fiU d*Âugustia de Tliou et de Claude de Marie , frère de Christophe de Thou , premier président au Parlement de Paris.

prédécesseurs.. Tout Tieil qu'estoit ce bon prélat^ il avoit une si grande appréhension de la mort^ qu'il se destoumoit toujours pour ne point passer devant l'église S. Andréa sachant qu'il 7 devoit estre nterré.

Monsieur le Chancelier hérita de la pluspart de ses bénéfices^ lesquels il mist in corbanam avec les autres. A quoi il s'est tousjours monstre très habile homme et très entendu.

Le mardi xxiv^ de ce mois^ fust pendu à Paris, en la place de Grève, un jeune garçon qui, estant à la taveme, avoit tué un homme sur la dispute d'ung œuf que l'ung et l'autre voulpit avoir.

En ce mois, fust amené des prisons d'Angers à Paris, un pauvre misérable appellant de la sentence du Lieutenant Criminel d'Angers, par laquelle il avoit esté condanmé d'estre bruslé, pour se transformer en loup, et avoir par sa confession propre mangé là autour tout plain d'enfans et autres personnes, mesmes les bras et les mains à quelques pauvres fenunes. Laquelle trans* formation toutesfois S« Augustin tient pour fausse et imaginaire, disant qu'il ne faut pas croire que par art magique le corps de l'homme puisse estre converti en beste, trop bien changer et altérer nos sens et la phantasiepar Fémotion des humeurs, qui est aussi l'opinion de la Sorbonne et des principaux docteurs.

Ce loup garou qu'on appeloit fust mis aux cachots noirs de la Conciergerie, après avoir esté rasé, lequel je fus voir.

11 portoit les cheveux pendants jusques aux talons,

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la barbe de mesnœ et les ongles aussi longs que les mains.

Mons'. Le Congneus^ (Conseiller en la Cour, estoit son rapporteur, qui m'a dit que par ses interrogatoires il en confessoit plus qu'on ne lui en demandoit. Enfin par ses propos extra^agans, la Cour le jugea aliéné de son esprit et le renvoia et confina.

En ce mois mourust en sa maison Dallincourt près Ponthoise, le bonhomme de Yilleroy, aagé de soixante et dix huit ans, honune de grands biens et moyens, desquels il s'est donné pendant sa vie beaucoup de plaisir. En quoi il a continué jusques à la fin, aiant sa musique conune le Roy , et ne refusant rien à son cœur des plus exquises délices et vanités du monde. Son grand père (selon le bruit commun) estoit Tendeur de marée.

Monsieur de Victri, aiant pris querelle en ce mois à Mons^ de Rosni, le fist appeler. De quoi adyerti, le Roy envoia quérir Victri, auquel il dist qu'il se pourvetist d'un bon second, et que de lui il vouloit sec(»der Rosni. Ce qui appaisa en peu de mots la colère de Victri.

Sur la fin de ce mois, le Roy vinst secrettement à Paris pour Toir madame la Duchesse, qui s'estoit trou- Yée un peu mal et ayoit eu une foiblesse, et après s'en retourna à S. Germain avec elle dans sa litière.

La Toussaints de ceste année fust la plus belle qu'on eust veu depuis 50 ans; mais trois jours après on l'acheta bien cher par les continuelles pluies qui sur-

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Tindrent et rendirent le temps si fort mélancolique et maussade qu'il causa force rougeolles autant aux grands qu'aux petits^ et beaucoup d'autres maladies, principalement de petites yérolles aux enfans, desquelles il en mourùst à Paris grande quantité en peu de temps.

Le Lundi dernier de ce mois de Novembre, Hons'. Guittard, Secrétaire de la Chambre du Roy, qui a ordinairement adyis certain de tous pays, pour avoir autant voyagé qu'homme du monde , m'en communiqua un qu'on lui avoit envoie de Constantinople, daté du xv' Septembre dernier, duquel j'ai fait le suivant extrait :

c Seulement je vous dirai que Monseigneur gouverne plus paisiblement ces barbares qu'il n'a fait par le passé, d'autant que YHogOrEffeadiy c'estoit le précepteur du Grand Seigneur, son grand ami, a esté fait grand Maufti (Moùfti signifie le Pape), et vous asseure. Monsieur, qu'il a esté bon besoin que la faveur de mondit Seigneur ait eu lieu auprès duidit Hoga, à cause d'un accident survenu aux frères de St. François la Madone et St. Pierre, pour avoir retiré trois Reniés, appartenans audit MoufU, qui se vouloit sauver pour aller en chrestienté, qui furent trouvés cachés dans ladite église St. François. Ce qui auroit provoqué ledit Moufti à une telle colère que le Bassa et janissaire Aga estoient sur le point de passer en Galata, tant pour ruiner et exterminer lesdites églises que pour faire mourir les religieus. De quoi mondit Seigneur estant averti, prévenant un si grand malheur, s'achemina devers le Moufti, envers lequel il peust tant qu'il pacifia toutes

choses , ce qui 66 peult nommer un œuvre très signalé pour le grand malheur qui s'en pouToit ensuivre et qui estoit très éminent.

cLe Grand Seigneur a reçu ungrand desplaisir de la prise de Javarin et de la paix foite entre Sa Meûesté et le Roy d'Hespagne. Il envoie un grand peuple en Hongrie, et ne se dit point qu'il y doive aller. U ne se Dût point d'insolence par telles gens suivant l'accoustumée, d'autant qu'ils s'en vont à la file se rendre à Andrinople. Depuis six mois il y a un grand changement en œsle cour Porte. Âbrahim^Bassa, beau frère du Grand Seigneur, a esté fait Hanzul. Assam-Bassa, qui estoit premier ViiUr (eanneêUMê), a esté estranglé, c'est à dire dégradé d'otOce aux sept tours par le Boustangé Bassi. Ga:a Mehemet Basse, qui estoit Général en Hongrie, est premier Visier à présrat, et s'acquitte fort bien de sa charge*

. « Gigalle a esté raïqpellé et fait Capitaine de la Mer au lieu Daly Basse, beau frère du Grand Seigneor, qui a esté fait Hanzul.

«Nous avons ici la peste très grande. Dieu nous en veuille préserver. Attendant quelque autre subject. Je demeure tousjours, Monsieur, etc.

« De Gonsiantinople, ce xv' Septembre 189B. »

DECEMBRE

JLb Dimanche xni* de ce moh, jour Ste Lnoe^ fust fait à St. Germain ^i Laye le baptesme du fils de Madame la Dachesse de Beaufort S avec les pompes et cérémonies aceoustumées. Le Roy, pour gratifier le Comte de Soiss(»is, le ;fist son Compère aTec Madame d'Angoaksme, senr bastarde du feu Roy Henri n, qui en fiist la Commère ayec led. Comte de Soissons. Messire Pierre de Gondi, Cardinal, le baptiîa. Au sortir d'iceltui, on fist le festin magnifique et Ton joua devant le Roy un balet qu'on appelloit des Cinq Nations, desquels les principaulx chefs estoient, Mons*. de Rohan, Mons'. de Nemours, le Ccmite d'Auvergne, Mons*. le Grand et le Marquis de Cœuvre. II y eust aussi un jeune homme natif des fauxbourgs St. Germain, fort habile et des I^QS soupples et adroits qui se soient veus de nostre temps, qui donna plaisir au Roy de danser sur une corde, voltiger, voler et faire autres tours de souplesse et gaillardise, que Sa Majesté admira et y prist plaisir, comme aussi firent tous ceux de sa Cour.

Le Lundi xui^ de ce mois, fust jugé à la Toumelle un pauvre misérable, tailleur de son mestier, demeuraift à St. Rémi près Chaalons, appeDant de la mort, à laquelle il avoît esté condamné comme hérétique très abomi-

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