Alexandre, dit le cheyalier de Vendôme
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nable» aiant souslenu entre autres propos que Jésus Christ n'avoit point souffert (comme on disoit) la mort pour les hommes, et qu'il estoit en un certain lieu où il Msoit bonne chère, et besongnoit cependant par une Yertu invisible, et autres sots propos qu'on eust jugé d'un esprit égaré et troublé de son sens, n'eust esté qu'il feust deument prouvé et vérifQé qu'il ne l'estoit nullement, mais meschant tout outre, voire des plus meschans que la terre ait jamais porté. Car il fust avéré (ce qu'il confessa à la fin en pleine Cour) qu'il avoit mangé quatre enfans à belles carbonnades, lesquels tous quatre il avoit assommés avec des maillets, après les avoir fait coucher avec lui. Ne croioit ne Paradis ni Enfer. Disant à Messieurs, que Paradis estoit partout où on estoit bien à son aise, et Enfer où on estoit mal, conune vous, Mons^ le Juge, dit il, qui estes là assis bien à vostre aise, vous estes véri^lement en Paradis, et moi qui ay les fers aux pieds, suis bien en Enfer. Fust la sentence confirmée et ce misérable renvoie sur les lieus pour estre exécuté.
En ce temps et pendant ce mois, à la suscitation et par l'exhortement de quelques prédicateurs de Paris et du Capussin Brulart entre les autres, qui preschoit les Advents à St. Estienne du Mont, fust proposé de porter le fit. Sacrement par les rues, sous un Poisle (à la mode d'Espagne), avec pareille pompe et cérémonie que le jour de la feste Dieu, et que quand on oiroit sonner la cloche de la paroisse, que les paroissiens seroient advertis de sortir pour le venir accompagner et lui foire
rhonneur qui lui estoit deu. Aussi que devant les maisons par où il passeroit, il y auroit toujours quelcun à la porte^ qui se tiendroit là avec une torche ardente à la main pour Tesdairer . Geste nouvelle façon et cérémomonie fiist autorisée par le nouveau Évesque de Paris^ encores qu'eu égard au temps où nous vivons^ elle fust jugée par tous les hommes d'esprit, quelque grands catholiques qu'ils f ussent, une cérémonie de sédition plus que de dévotion. Et ainsi fut elle jugée par la Cour assemblée en corps qui arresta que M', de Paris seroit admimesté de se contenter de faire observer les anciennes traditions et cérémonies de l'Église sans y rien innover ni changer, mesmement en celle ci, autrement que la Cour y pourvoirroit. Non pbstant lequel arrest, aux paroisses de St. Severin et de St. Estienne, St. Benoist et quelques autres (mais peu], on ne laissa de pratiquer ceste nouvelle cérémonie et porter en pompe led. St. Sacrement, dont il advinst à Paris en ce mois un scandale, qui fust que le valet d'un gentilhomme, passant par la rue de la Harpe conune on le portoit, pour n'entre descendu de son cheval, faillist d'estre saccagé, encores qu'il eust osté son chapeau et se dit estre catholique , car non obstant cela ils le firent descendre de son cheval, et lui portans les torches au nés, après l'avoir fait mettre à genouil, lui donnèrent force gourroades et horions.
Aussi toutes les prédications de ce temps n'estoient que contre, les huguenos et leur édit, par lequel ils donnoient à entendre au peuple qu'U y avoit temples
accordés à Paris pour y prescher, avec deux coDéges pour instruire les enfans à la Religion, et là dessus esmouYoient le peuple contre eux, jusques à parler de saingnées qu'il estoit besoin de renouveller en France de 25 ans en 25 ans; et que tant qu'on y souflMroit deux religions, qu'on auroit jamais que mal. Taxoient le Roy mesmes en paroles couvertes, et disoient que la caque sentoit tousjours le haranc, tellement qu'on munnuroit sourdement d'une St. Barthdemy, de plus hors de Paris que dedans. Car en beaucoup de Tilles ils s'enquestoient, de ceux qui venoient de Paris, s'il estoit vrai le bruit qu'on faisoit courir que ceux de Paris es* toient prests à jouer des cousteaux. Ce qui se faisoit exprès pour empescher la publication et exécution de l'Édit, contre lequel il y avoit tous les jours des oppositions nouTclles qui venoient de tous les quartiers et endroits de la France, ausquelles le Roy se trouroît bien empesché, estant des uns poursuivi aussi instamment comme il estoit traversé par les autres. Enfin Sa Ibyesté envoia l'Édit à ceux de la Sortwnne , pour leur monstrer que c'estoit celui mesme du feu Roy de Tan 1577, comme c'estoit à la vérité excepté fort peu de chose, ce qu'ils sçavoient bien, craingnant la réalité de l'exécution de cestuici, au lieu que celle de l'autre n'avoit esté qu'en papier, ce qu'il faisoit qu'ils ne se pouvoient appaiser. Et là dessus n'osant pas s'en attaquer au Roy, donnoient sur M* Jean et M* Théodore, pour rendre tellement odieuse leur Doctrine, qu'on ne la vouloit jamais approcher ni sentir^ comme aussi ils in-
terdisoient toute communication avec eux, comme avec hérétiques très abominables.
Le Curé de St. Benoist ne foiUoit point tous les Di« manches à son prosne de prescher qu'il les falloit traîner à la Yoirie, et quelque Édit qu'il y eust, qu'il n'en soufEriroit point en sa paroisse.
Le Mercredi xxni« de ce mois, le Roy et toute la cour revinst de St. Germain en Laye en ceste viUe, où Madame, dès le lendemain, fist prescher à huis ouverts, et s'y trooYa tant de peuple qu'A y en avoit plus dehors que dedans.
Le jour de Noël on y célébra la Cène, où fl y eust quatre presches avec si grande affluence de peuple, que pour la multitude des communians on fust contraint la continuer le lendemain, ce qu'on fist exprès pour monstrer qu'on ne soucioit guères des crieries des Curés et prédicateurs de Paris, qui cependant qu'il ne se &isoit ni Cène, ni presche à Paris, ne cessoient de crier et tumultuer, et le yoiant à leurs portes n'en disoient mot, non plus qu'ils n'en eussent bonne envie, mais estant retenus de la présence de Leurs Majestés, sous l'aveu desquels ils voioient bien que tout cda se faisoit, se modéroient de ce costé là. Et néanmoins ne laissoient de continuer sous main leurs coups et leurs trames plm fort que devant, se servant des confessions de Noël à cest efEpct, s'enquerrant de ceux qui y alloient, s'ils n'avoient point esté par curiosité ouïr le presche chés Madame , s'ils ne hantoient point avec ceux qui y alloient, s'ils n'avoient point de livres défendus, entre
autres celui du Plessis Momay contre la Messe ^ et ceux qui leur en confessoient quelque chose^ les renyoioient sans leur vouloir donner l'Absolution.
Ils passèrent encores plus outre^ car en quelques paroisses ils voulurent renouer la Ligue sous le prétexte de ces confessions^ demandans à ceux qui s'y présentoient s'ils ne se vouloient pas opposer à TÉdit avec tous les bons catholiques^ les exhortans de ce faire et en prenant le serment d'eux ^ devant que leur donner l'absolution^ la refusoient aux autres qui se trouvoient d'avis contraire, comme ils firent à un apoticaire de la paroisse St. Sevrin, qui me Ta conté lui mesme.
Un Gapitaineau de Paris fust bien si osé, à leur instigation, d'aller trouver le duc de Mayenne pour sentir de lui s'il se fust bien voulu déclarer chef de tels opposans, qui les renvoia fort vertueusement et sagement, de quoi le Roy fust adverti.
Madame la Duchesse mesme y fust emploiée et supplier d'en parler au Roy, à ce qu'il pleust à Sa Majesté que l'Édit n'eust point de lieu , à tout le moins pour le regard des charges et admission aux Estats de ceux de la Religion en ce Roiaume, et fust le président Séguier qui lui en porta la parole, dont elle l'esconduit et lui flst response qu'elle sçavoit fort bien queUe estoit la volonté du Roy pour ce regard, et qu'il n'en feroit autre chose, aussi ne voioit elle pas grande raison pour vouloir em« pescher ceux de la Religion qui avoient esté bons serviteurs du Roy d'entrer aux Estats, veu qu'ils l'avoient
trouvé bon des ligueurs qui toutesfois avoient porté les armes contre Sa Msyesté.
Monsieur de Bouitton aiant seu ceste response Talla Yoir pour l'en remercier.
Le Dimanche xxvii* de ce mois, feste de St. Jean, le prédicateur de St. Leu et St. Gilles dit en son sermon que nous avions peu de Saints Jeans en France, mais que.les Hérodes estoient bien multipliés. Chayagnac qui preschoit à St. André dit sur ce subject que c'estoit un dangereux monstre qu'une paillarde en la Cour d'un Roy, et qui y causoit beaucoup de maux, principalement quand on lui soustenoit le menton.
Mons'. de Valegrand, nouyeau Éyesque d'Âix, prescha ce Jour à St. Eustace, au sermon duquel le Roy assista tout du long et en reyinst fort content. Ceux de la religion disoient qu'il ne leur ayoit rien gasté.
Le Jeudi, dernier de ce mois et an 1596, le Roy séant en son conseil, flst opiner en sa présence sur l'Ëdit, lequel fust trouyé bon de recevoir purement et simplement. Chomberg, entre les autres, dit que ceux de la Religion estoient bons seryiteurs du Roy, et que l'entrée aux Estats ne pouvoit ni ne deyoit leur estre déniée.
Le Connestable et le Chancelier furent bien de cest advis, mais que le Roy pour contenter sa Cour devoit aller en personne au Parlement pour l'y faire publier. Ce que Sa Majesté ne trouya bon; dit qu'il n'innoyoit rien en cela de ce que le feu Roy, son prédécesseur, avoit fait. Que c'estoit le mesme Edit.
Pour le regard des Estais^ il ne se devoit trouver plus estrange que les huguenots y fussent admis que ceux de la Ugue^ qui lui avoient fait la guerre^ et touterf<»s il aToit honoré les principaux d'entre eux de plusieurs charges et dignités^ voire des principales et plus grandes de son roiaume (cela dit 11 en jNrésence du Duc de Mayenne). Au reste qu'il estoit las de la guerre^ qu'il avoit porté les armes avec les huguenots xvm ans; que c'estoient gens qui n'estoient si aisés à battre comme beaucoup pensoient^ et qu'on en demandast à son cousin le Ck>mte de Soissons^ qui les avoit veus en besongne; qu'il s'asseuroit que trois ne quatre batailles ne les desferoient point. Il y avoit plus> c'est qu'ils l'avdent toujours fort bien assisté^ et leur dirmt librement que quand il les avoit eus auprès de lui^ il s'estoit tenu comme invincible. C'estoit pourquoi il désiroit et vouloit que leur Edit eust lieu, A quoi chascun baissa la
En ce mois mourust en sa maison de la Brétesche aux Gtiamps le trésorier Pommereus, aagé de soixante et dix huit ans^ un des (dus vieux officiers et serviteurs de la maison de Navarre, et des plus hommes de bien que le Roy eust point, de laquelle preudhonunie il a esté enfin récompensé (comme beaucoup d'autres) de la ruine de sa maison , laquelle il a laissée misérable , et vériffié en elle ce dicton autant véritable que omimung : que le service des Princes est un mauvais héritage.
Mourust en ce mesme mois à Paris, Madamoiselle
Gervais^ sagèe de 70 ans ou eaviron^ mon ancienne hostesse^ femme sage et vertueuse.
Point de fruicts en ceste année^ peu de Tins^ toutes choses chères à Paris^ fors le pain. La constitution du temps humide et fort pluTieuse xnesine le dernier jour de cest an^ auquel il pleust tout du long du jour. Ce qui causa coqueluches et cathairres presques à tout le monde. Force hallets àParis qui dès deux heures après disner estoient esdairés de flambeaux comme chapelles ardentes^ mais où on faisoit des prières à autres saintes qu'à celles du Kalendrier.
Le Comte d'Âuyergne d'autre costé gouvemoit le quartier de St. Pol à Paris avec telle modestie^ que pour les excès et ravages qu'y commettoient ses gens et lui^ les bourgeois dud. quartier se youlurent cottiser et lui &ire la somme de 500 escus pour en sortir.
Monsieur le Lieutenant Ciyil^ reyenant de soupper de la Tille^ fust un soir par ces nouveaux officiers de police^ encores qu'il fust esclairé de deux flambeaux, reuToié en pourpoint en sa maison, et contraint de leur quitter non seulement le manteau, mais aussi la grande casaque de damas. On disoit que c'estoient les jeux des jours gras, et que tout estoit de Quaresme prenant.
Sur la fin de cest an 1598, il couroit à Paris un tumbeau du Roy d'Espagne qu'un de mes amis me donna, et estoit tel :
Il est donc mort ce grand, ce tir an, ce monarque, Ce marrau hravedieu, ce monstre ambitieux, Qui pensoit cuitant l'ordonnance des deux.
62 JOURNAL DU RËGNE DE HENRY lY.
Braver Pluton, la mort, les destins et la Pii/rque, Mais Carron Va passé, qui avec lui embarque Ceste inquisition dont le feu furieux A si longtemps hruslé les hommes généreux.
Conduisant aux Enfers ce triomphe en sa barque. Il fist mourir sa femme^ et tua son enfant, U piUa Portugal, injuste, triomphant Des Roiaumes d* autrui, et puis insatiable, Pauvre en son abondance^ il brouilla les François, Fist mettre à mort le Roy, viola toutes lois. Ores jouet des morU, et des vivanU la fable.
En septembre 1598.
JANVIER
E Dimanche m* de ce mois^ se fist aux Augustins la Cérémonie des Chevaliers du St. Esprit^ différée à ce jour pour le mauvais temps qu'il fedsoit à Paris où il pleuvoit continuellement il 7 avoit huit jours. Le Roy créa dix Chevaliers S entre autres le Duc de Ventadour * et le Comte de Choisi '• Les pages et laquais y jouèrent leurs jeux accoustuniés^ mais extraordinaires^ car leur insolence passa si avant que le Roy fust contraint d'envoier ses gardes sur le pont St Michel^ à cause du peuple qui commençoit de s'esmouvoir et crier qu'on vouloit