‹ Journal inédit du règne de Henry iv, 1598-1602, publChapitre 37 sur 68 · Voy., sur ceUe célèbre Marthe Brosiîer, prélendue démo · texte numérisé non relu

Voy., sur ceUe célèbre Marthe Brosiîer, prélendue démo

ainsi qu'on disoit^ fust amenée de Loches en ceste ville de Paris et mise près Ste GenevièTe^ où chacun^ par ad* miration et curiosité ralloit voir. Elle disoit merveilles contre les huguenots, et son Diable alloit quérir tous les jours quelque âme nouvelle à la Rochelle et ailleurs pour mettre en sa chaudière, disant que tous les huguenots estoient à lui ; et estoit hérétique à Paris qui ne le croioit et qui doutoit que Marthe fust vraiment possédée du Diable. Mais pour ce que non obstant tous ces artifices, il se descouvroit de la pipperie en ce fait en beaucoup de sortes, et que mesme la mère avoit eu le bruict de se mesler de sorcellerie, et la fille de l'amour, cinq médecins de Paris furent nommés et députés pour la revisiter qui estoient Marescot S Hautin, de Helm, Duret et Riolant, qui tous dirent que, selon leur art, elle n'avoit point de Diable. Enfin toutesfois Duret revinst et dit qu'il 7 en avoit un, s'estant trouvé le seul des cinq de ceste opinion, encores avec variations.

Finalement le Roy adverti de tout, et que par ses contes elle esmouvoit son peuple et donnoit pied à quelques Ecclésiastiques de nouveaux remuemens, envoia Lettres à Monsieur d'Estrées , par lesquelles il lui enjoignoit de la tirer de là où elle estoit et de la mettre entre les mains de sa justice. Ce qui fust fait, et mise entre les mains de Rappin, qui la mena au Chastelet . Dont

niaque, deThou, 1. GXXIll, t.lLIll, p. 392; P. Gayet, Chron. Bept.y p. 64.

I . Ld Discours véritable sur le fait de Marthe Brossier, in-S, Paris 4599, est attribué à Marescot.

les prédicateurs crièrent fort^ principalement le Capussin qui taxant ceux de la Justice en ses sermons^ prescha que ce n'estoit à eux à faire^ que telles matières n'estoient de leur gibier^ et qu'il eust mieux valu que la ville de Paris et tous les ponts eussent esté abismés, qu'une âme eust esté perdue. De quoi Mons'. le Premier Président adverti^ réprima led. Capussin, l'aiant envoie quérir pour cest effect.

Sur ceste prétendue démoniaque, furent semés et divulgués, à Paris, les poèmes suivans :

De Martha Daemoniaca.

Martha mcdo dum correptam a Bamone fmgit, Figmentoque adhibet credtUa tu/rba fidem.

Fœmineos sensere dolos, fraudemque supinam, Mens quibus et qutbiu est nasus odore sagax,

BestàbcU res mira, novum cœlo addere civem Hoc unum est, tU vert Desmonis esset opus.

De la prétendue Démoniaque.

On ne verra point le miracle Que Messieurs avoient prétendu ; La Justice y a mis obstacle, Et leur Diable a esté tondu»

Si leur dessein eust respondu, Ceust esté chose bien estrange Qu'un pauvre diable morfondu Eust fait un nouveau saint d'un ange.

De ses médecins.

Quoi qu'il en soit, ces médecins.

Furent impiteux et mutins

D* avoir chassé ce pauvre Dtahle, Et est bien à craindre pour eiLX Qv,'un matin ce Diable impiteux Sans verd les prenne et les accable.

Et pourquoi aassi n'ont^ls craint De desdire ce Peuple saint, Qui a du Diable comunssance !

FaJoit il descouvrir le pot De ce pauvre Diable trop sot Qui ne les fist de Vintelligence !

Cest mal fait, et je crains pour eux, Quoiqu'ils soient fins et cauteleux.

Que le Diable ne les esbarbe.

Et croi que cela fustj'a fait Si ce diablotin contrefait Ne les sentait à la rheubarbe.

En ce mois^ du Luat \ qui avoit fait un discours au Roi, intitulé le Confident, qu'il avoit fait imprimer par M'. Pâtisson (qui m'en donna ung), où il y avoit dedans quelque traict contre la maison du Connestable (toutesfois de si peu de recherche qu'il ni a historien qui n'en ait dit davantage), aiant esté emprisonné à ceste occasion et condamné par sentence de Chastellet à faire amande honorable la corde au col, banni à perpétuité de la Cour, et de la Prévosté et Vicomte de Paris pour dix ans. Ceste sentence estant modérée par la Cour de Parlement, fust dit qu'il s'abstiendroit seulement pour un an de venir à Paris et à la Cour, seroit blasmé et son

4 . Ange Cappel, sieur du Luat. Voy. Tailemaut, 1. 1, p. 3 et 424 , éd. Paulin Paris; Lettres missives de Henri /F, t. V, p. 27; et Marbault, coll. Michaud et Pouj., série 2^, t. III, p. 35.

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livre lacéré. L'imprimeur^ aimé et foyorisé de tous les hommes de lettres et d'bomieur, en fust quitte pour rien^ comme eust pu estre l'aucteur du livre, si ce n'eust esté qu'on vouloit contenter M', le Gonnestable. Geste sentence est du v* Mars 1599.

En ce mois de Mars, mourust Mons'. le Congneus, M« des Comptes à Paris, et La Rivière, Trésorier de France, qui mourust d'une apoplexie, maladie qui pour lors régnoit à Paris.

AVRIL

i^E Samedi in« de ce mois, le Capussin Langlet, dit le Poirier, Lorrain, avec un Jacobin Flammant % se disant prestre de l'ordre St. Dominique de Gand, furent roués en la place de Grève, à Paris, tous deux cbargés et convaincus d'attentat contre la personne et Estât du Roy. Le Hardi vi% à l'instigation principalement du Capussin, qui avoit prié le premier Président de faire brusler le livre du Plessis, puisque l'Edit empescboit qu'on en bruslast l'auteur, furent saisis, sur le Père de Yarannes et autres, plusieurs desdits livres, et défenses faites d'en vendre. Ils en avoient esté avertis de les destourner plus d'un mois auparavant, mesmes par

4 . Charles Ridicoux dit d^Avèoes. Voy. larehiion de œ oomplol dans de Thou, 1. CXXlll, t. XIII, p. 417.

Mons'. Servin et YiUemontée, et ne s'en pouToient prendre qu'à eux mesmes. Ce que le lendemain le Capussin prescha^ et pour ce que du Plessis^ quelques jours auparavant, s'en estoit allé^ il dit en plaine chaise qu'il n'estoit que sage^ pour ce qu'on lui eust fait un affront, et lui tout le premier.

Le Samedi V' de ce mois^ à six heures du matin, mourust à Paris la Duchesse de Beaufort. Mort miraculeuse et de conséquence pour la France, de laquelle elle estoit désignée Roine, comme elle mesme, peu auparavant, disoit tout haut : Qu'il ni avoit que Dieu et la mort qui l'en pust empescher ^

Sa Msgesté (qui la révéroit plus que Dieu, l'aiant tousjours dans la bouche et devant les yeux) aiant eu advis de l'extrémité de sa maladie, partist en diligence de Fontainebleau pour la voir, mais aiant sceu Testât où elle estoit, s'en retourna et levant ses yeux en haut, dit : C'est encore ici un coup du Ciel (comme c'estoit la vérité et un des plus grands), s'en monstrant fort attristé et mélancolique, sans toutesfois perdre la souvenance du Cabinet de ladite Dame, pour la conservation duquel, et de ce qu'il y avoit dedans de précieux, il donna ordre incontinent.

Quelques jours auparavant le Roy et elle, éstans couchés ensemble , firent un songe chacun fort remar-

\. Voy. de Thou,l. CXXIl, t. XIII, p. 388; P.-Cayet, Chron, itept , p. 53; et surtout Sully, Mémoires, t. I, p. 3M ; Bassompierre, p. 21 .

quable pour ce qui survinst depuis, et qui se rapportoit l'un à l'autre. Ce fust que lad. Duchesse songea qu'elle Yoioit un grand feu qui la gagnoit et ne le pouroit empescber sur quoi s'estant esyeiUée en sursault et grand effroi; voulut aussi esveiUer le Roy^ qui estant las de la chasse, lui dist qu'elle le laissast, comme elle fist, et se levant tout doucement d'auprès de lui, s'en alla pleurer en sa garderobbe à une de ses femmes de chambre qu'elle aimoit fort. S'estant puis après retournée coucher près 8a Majesté, le Roy songea qu*il la voioit mou* rir , et estant éveillé lui conta son songe, et elle le sien au Roy. Longtemps auparavant, aiant esté persuadée par des Nécromantiens qu'elle ne vivrait guères, se retiroit souvent à part pour pleurer. Ung entre les autres lui dit : qu'elle toucheroit du haut du doigt à son desseing, mais qu'un petit enfant l'en garderoit d'y parvenir. Ce qui la navra jusqu'au profond du Cœur, car tout son désir estoit de mourir au moins Roine de France. Hais Dieu en avoit ordonné autrement, qui lui donna une fin semblable à sa vie.

Le jour de devant. Madame de Martigues, qui lui assistoit fort, et lui parlant de se vouer à tous les Saints et Saintes dont elle se pouvoît adviser, lui tiroit cependant ses beaux anneaux des doigts, et si subitement qu'elle les avoit ja accommodés au bout de son Chapelet. Aiant esté veue et décélée par une Damoiselle de la Religion, qui s*estoit glissée dans la chambre, fust contrainte les rendre, pour ce qu'on lui dist qu'il en falloit rendre comte au Roy.

DE HENRY lY (1599). 95

Le petit Priace ^ receust des premiers la nouvelle de ceste mort; et la sceust avant sa mère^ qui Taiant trouvé pleurant ou au moins en faisant dextrement le semblant et se couvrant les yeux et le visage de son manteau, Sa Majesté lui aiant demandé ce qu'il avoit et le pressant fort de le lui dire, se démasquant à la fin lui va répondre tout en riant : Madame la Duchesse est morte. Et cependant à tous les autres faisoit une mine du contraire, et pour y agréer au Roy contrefaisoit naïfvement le fasché. Traict d'esprit qu'on admira en ce Prince ; qui n'avoit encore attaint l'aage d'onze ans.

La Duchesse estant morte , fust mise deux jours en son lit de parade, où chacun estoit bien aise de l'aller voir. Les Princesses y furent lui donner de l'eau bénite de bon cœur. Puis fust portée\à>St. Denis , où on lui fist un service, et de là à Maubuisson, où elle est enterrée.

Quand on en dit les nouvelles à M', le Chancelier, il dit ces mots, frappant de la main sur sa table : Ha! bon homme, que tu auras d'affaires, ne pensant toutesfois à la plus grande et plus fascheuse qui lui survinst bien- * tost après, qui le déchargea de toutes les autres.

£t ici faut monstrer les Epitaphes latins qui furent

&its sur la mort de lad. Dame avec sa vie sans rien

que j'ay entre mes papiers *.

1 . Henri de Bourbon, prince de Gondé, fils posthume de Henri, prince de G)ndé, mort à SaintJean-d'Angely en 4588.

%. Cette phrase en marge du manuscrit a été rognée par ie relieur^

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Le Vendredi xvi« de ce mois^ la femme d'ung pauvre gârson qui servoit les moines de St. Martin des Champs^ accoucha à Paris de quatre filles, qui toutes quatre eurent baptesme et furent baptisées dans l'Eglise St. Nicolas des Champs.

En ce mois d'Ayril, moumst Hons'. Verdin ^ Secrétaire du Roy, aagé de lxvii à lxvui ans, honune de bien et craignant Dieu. Mourust aussi un nommé Poucet, conseiller en la Cour des Aydes.

MAY

JLb Lundi x* de ce mois, le Capussin ^ qui aToit pre»ché le Quaresme à St. Germain fust mis prisonnier avec quelques autres qui avoient, comme lui^ parlé séditieusement. Us ne Youloient du commencement reconnoistre la Cour de Parlement pour leur Juge; mais enfin, aians mis de Teau en leur Tin, ils se desdi- ' rent de ceste proposition et furent mis dehors avec défenses au Capussin de prescher de six mois '•

Le Samedi xxu* de ce mois , une jeune Damoiselle Percheronne, fort belle, aagée de 21 à 22 ans, fust décapitée en la place de Grève à Paris, et son corps réduit

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