‹ Journal inédit du règne de Henry iv, 1598-1602, publChapitre 36 sur 68 · Pierre d'Espinac. Voy.deThou, 1. CXXII, t. XIII, p · texte numérisé non relu

Pierre d'Espinac. Voy.deThou, 1. CXXII, t. XIII, p

FEVRIER

JLe Samedi vr de ce mois, un gentilhomme de la Ligue ^ nommé de Bretteau, Lieutenant de Mons'. de Bois Dauphin au pays du Maine ^ fust décapité en Grève à Paris^ pour un nombre infini de Tôleries^ concussions^ Tiolemens et autres excès et cruautés perpétrés par lui, et entre les autres^ une horrible et remarquable, d'un yieil gentilhomme de la Religion, aagé de quatre vingt et trois ans, lequel après avoir tenu dans Teau longtemps jusques à la ceinture^ lui donna le fironteau de telle façon qu'il y mourust entre ses mains.

Le Roy, à la requeste de Hons'. le Mareschal de Bois Dauphin, lui avoit donné sa grftce, mais il la révoqua à la remonstrance de Messieurs Séguier et de Thou, Présidons, mais principalement pour une parole libre qu'ung de ses gardes lui dit, comme il s'alloit mettre à table, laquelle l'en garda de disner : Qu'a, dit il. Votre

Mfi^esté, Sire face hardiment Justice de ce me»-

chant acte, sinon vous pouvés... asseuré que Dieu en

prendra le fait en mains contre * Ce qui toucha

tellement le Cœur au Roy qu'à l'instant qu'il vist Messieurs les Présidons, leur aiant conté ce que son archer lui avoitdit, et comme il s'en estoit trouvé esmeu,leur

4 . Ces paroles du garde, mises en marge du maniucrîl , ont été rognées par le relieur.

dit qu'il estoit bien aise de ce que sa cour ayoit député par vers lui pour cest efPect. Qu'ils fissent justice et qu'il ne les en empescberoit jamais. Dont Sa Majesté fost fort louée.

Le Gentilhomme auquel ledit Bretteau avoit donné le fronteau, et icelui Cedt mourir, se nommoit Cour* teuvre, gentilhomme aimé en tout le pays, et tenu pour fort homme de bien. Et toutefois en haine de la Religion de laquelle il estoit, un iacobin, nommé Ragot, preschoit dans la ville de Laval, excusoit ce fait en plaine chaize et publioit les vertus de Bretteau comme d*un ▼rai protecteur de la Religion Catholique^

Ung des soldats dudit dé Bretteau fust pendu avec lui.

La nuict du Mardi ix** advint à Paris un grand inconyénirat sur le Sire de La Haye, Maistre de la Monnoie, demeurant sur le Pont au Change, au logis duquel furent trouvés morts et estouffés dans leurs lits deux pauvres garsons, estouffés de la fumée du charbon qu'ils avoient allumé le soir. L'un estoit frère du fer* mier de feue ma mère à Vaugirard, l'autre un pauvre Flammand, bon ouvrier, que La Haye, le jour de devant avoit loué.

Le Jeudi xi"" du mois, le Capussin dont Mons'. de Lorraine avoit donné advis au Roy de se garder, pour avoir ung mauvais dessein contre sa personne, fust pris à Paris au quarrefour du logis de Mons'. le Chancelier, près la Croix du Tirouer , aiant esté suivi du logis de l'Escouvette en là rue St. Honoré dont on l'avoit veu sortir. Il avoil ung habillement de couleur de Roy et

un grand poingnart^ dont il se Touloit revencher^ mais lui aiant esté osté ^ il fust mesné à l'hostelerie de FEstoille où estoit logé le train de Mons'. de Lorraine^ où je l'allai voir, estant pour lors en ce quartier^ et le vis sur un lit sur lequel il s'estoit jette ^ et force gens autour de lui qui Tinterrogeoient de diverses choses, et entre autres s'il estoit bien possible qu'il lui fust tumbé en Tesprit de tuer le Roy, auxquels il respondit qu'il n'estoit là pour leur en rendre conte. Là dessus un gentilhomme l'appella mastin, et lui dist qu*il en mourroit. n lui respondit résolument que c'estoit tout le moins qu'il craingnoit, et que ce n'estoit que le passe temps d'une demie heure.

Au sortir de là il fust mis entre les mains de Lugdi, et aiant esté fouillé, lui furent trouvés sur lui cent doubles ducats.

Le Roy estoit lors à Fontainebleau.

Le Samedi xui'' de ce mois, la Dame du Rarillet, demeurant au coing de la rue de HeuUeu à Paris, fiist pendue et estranglée en la place de Grève, comme ré* celeuse, avec deux jeunes voleurs de soldats; et furent tous trois pendus à une mesme potence.

A la porte de Paris fust ce même jour pendue une garse pour avoir jette son fruict dans les privés.

Le Mardi xvn% ung qui en son dicton portoit le tiltre de Capitaine des voleurs de nuict, fust pendu en la place de Grève à Paris.

Ce jour le Roy aiant mandé ceux de sa Cour de Parlement pour la vérification de son Edit de pacification.

leur tinst les propos suivans, recueillis fidèlement de la

bouche de Sa Majesté peu divulgués et toutefois

très notables \

Le Mardi xmWy jour de Quaresmé prenant, en la rue St. Jacques, à Paris, une fille qui alloit puiser de Teau tua ayee sa courge ung laquais qui l'avoit barbouillée.

Le Jeudi xxy% Madame sortist de Paris pour aller en Lorraine.

Ce jour, après plusieurs débats et altercations, fust publié au Parlement FEdit de ceux de la Religion, remis du Mardi, qui estoit le jour du Quaresmé prenant, au Jeudi, de peur (disoit Ton), qu'on ne dist : Que c'estoit l'Edit de Quaresmé prenant.

Le Dimanche xxviii'', un docteur nommé Gremer, qui preschoit à St. Nicolas des Champs, dit en son sermon : Que pour avoir de la faveur à la Cour, il falloit

avoir celle des p , que tout passoit par leurs mains

et par celles des m , et que telles gens pouvoient

tout aujourd'hui; pour lesquelles paroles ainsi dites, lui fust interdit de prescher.

I . L^Estoile D*a pas donné ce discours dans notre manuscrit.

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MARS

JLb Lundi premier de ce mois, sur le bruict qui oouroit partout que le Roy espouseroit la Duchesse de Beaufort sa maistresse^ les mesdisans de la Cour, où on ne bruioit d'autre chose que de ce mariage, semèrent les vers suivans :

Mariés vous de par Dieu, Sire,

Vostre lignage est bien certain,

Car un peu de plonib et de cire

Légitinent un fUs de p

P dont les tewrs sont putatUes

Comme fust la mère jadis

Et les cousines et les tantes.

Hors mis madame de Sourdis.

H vaudroit mieux que la Lorraine

Vostre roiaume eust envahi.

Qu'un fUs hastard de la Varaine

Ou fils hastard de Stavahi.

Le Roy estant à St. Germain en Laye, yisitant ses orangers, trouva entés sur le pied d'un, les yers susdits, qu'on j avoit mis exprès, sachant que Sa Ifagesté ne faudroit à les y trouver. Le Roy les aiant leus dit : Ventre saint gris! si j'en tenois l'auteur je ne le ferois pas enter sur un oranger mais sur un chesne.

Le Vendredi v« de ce mois, un marchand de vins de Paris, nommé Jean Antoine, demeurait près St. Nicolas du Chardronnet, aiant esté trouvé mort et assassiné en la vnllée de Villejuifve, comme il revcnoit de sa

maison de place près Gorbeil. Le coup aiant esté fait par un nommé Claude Jumeau^ qui avoit le bruict d'entretenir sa femme fort belle^ mais de mauvais gou- Temement^ et qui s'entendoit pour ce meurtre avec son rufBen, fust pris prisonnier au logis de du Presnoi^ son procureur, et la Dame Antoine chés elle, après qu'on lui eust monstre le corps mort de son mari, auquel on avoit laissé son argent et ses anneaux.

Estans convaincus Fun et Fautre de ce malheureux assassinat, furent exécutés à la place Haubert, le Mercredi !• de ce mois. La femme , qui se nommoit Marguerite Dauge, fust pendue, et enterrée à six heures du soir à St. Gosme, avec six torchas. Son RufBen, combien qu'il fust condamné à estre nmé tout vif, ne le fust toutesfois que mort^ par grâce de la Cour, et enterré à St. Innocent. Son père se tenoit à la Rochelle et estoit de la Religion, comme aussi cestuici en avoit esté, mais ne Festoit plus, au contraire s'estoit rendu ennemi formel de ceux qui en estoient.

Leur dicton portoit : pour avoir commis adultère ensemble bien un an et demi durant, et avoir ensemble participé au malheureux et cruel assassinat de Jean Antoine.

Le Lundi tiu* de ce mois, le Duc de Joieuse reprist Fhabit de Capussin aux Capussins de Paris, à sept heures du soir ^ Ce que le lendemain prescha le Ca-

4. Voy. de Thou, l. GXXII, t. XIII, p. 367; P. Cayet, Chron. 9ept,, p. 52.

pussin Bradart à St. Germain^ avec un magnifique éloge d'honneur à la piété de ce bon Seingneur.

Le Roy Talla voir peu après aux Gapussins, auquel le Prieur^ à l'entrée de l'Eglise, flst une si belle et sainte exhortation qu'elle lui tira les larmes des yeux. Entre autres propos notables^ il lui dit ; Que Dieu l'aToit tiré des montagnes de Béart pour le faire Roy d'un grand peuple^ mais à ceste charge de le reconnoistre et lui. en faire hommage^ faisant régner ses loix et se monstrant yrai défenseur et protecteur de son Eglise. Siaon que le mesme bras qui l'avoit eslevé le pouYoit abaisser. Car c'estoit ce grand Dieu seul qui faisoit et défedsoit les Rois comme bon lui sembloit.

Le Mercredi x% Hons^ le Lieutenant Civile adverti que le Gapussin^ à St. Germain, preschoit un peu trop violenunent contre ceux de la Religion, principalement contre le livre de du Plessis, qu'il appelloit le grand Rabbin, lui envoia dire qu'il preschast plus modestement, auquel le Gapussin fist response qu'il flst sa Charge et qu'il feroit la sienne, et qu'il talloit que chacun se meslast de faire son mestier.

Le Dimanche xini% le Roy le voulut ouïr et fust à son sermon à St. Germain, où il mena M ons'. de Bouillon et M^ de Rosni. Il ne cria jamais tant, principalement contre le livre de du Plessis, qu'il dit estre le plus meschant et abominable livre de tous les livres; maintenant de faux les passages des Pères qui y estoient allégués, et exhortant le Roy là présent de le faire brusler publiquement à la Grève. Puis, se modérant, dit qu'il

n'entendoit pas de l'auteur^ duquel il demandoit la Conversion; mais quant au livre, que les Catholiques à Paris ne dévoient pas avoir moins de privilèges pour ce regard qu'avoient les Huguenots dans les villes où ils estoient les plus forts, qui n'eus-* sent jamais souffert un livre semblable contre leur religion.

Au sortir du sermon, le Roy dit qu'il vouloit qu'on dist à M', de Paris qu'on eust à défendre ce livre, et qu'on ne le vendist plus; et à un sien valet de chambre qui lui dit que ce Capussin estoit un séditieux, il lui fist response : Que pour un qui le disoit il s'en trouveroit dix mil autres qui soustiendroient le contraire. De lui, qu'il l'avoit ouï et qu'il trouvoit qu'il preschoit bien.

Le Hardi xvi' Mars, Mons'. de Chomberg », revenant de Conflans à Paris, mourust tout saoul dans son coche, d'où estant tiré mort, fut mis au Pot d'Estain, en la rue SL Antoine, où Madame la Duchesse l'alla voir et y mena son petit Cœsar, qui le voiant mort, dit qu'il estoit bien laid et qu'il ne le vouloit point regarder. Monsieur de Villeroy avoit festoie ce jour le Roy à Conflans, où led. Comte de Chomberg s'estant trouvé,

4. Gaspard de Schomberg, gentilhomme allemand, colonel des retires, obtient ses lettres de naturalité en 4570; gouirerneur de la haute et basse Marche, conseiller d'État par breyet du 5 décembre 4573, confirmé dans ses charges par Henri III en 4580 et par Henri IV en 4594; prit possession du comté de Nanteuil en 4578. Le P. Anselme ûtù sa mort au 47 mars, t. IV, p. 334.

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avoît donné sur le bon vin et mangé un peu trop d'ung poisson qu'on appelle le Flettan '.

Le Samedi xx% ung jeune garson du Perche fust pendu à Paris^ en Grève, pour avoir assisté au meurtre de deux gentilshommes, et pour ce qu'il estoit de la Religion, demanda un Ministre, qui lui fust accordé pour en la prison l'aller consoler en une chambre, et non autrement

Le Vendredi xxvi", le fils d'un Conseiller présidial de Nismes fust pendu aux Halles , et puis bruslé pour la fausse monnoie, y aiaat esté surpris le jour de devant par le Prévost de l'Isle de France, qui luy flst son procès en vingt quatre heures, et fust décelé par une femme de laquelle il avoit acheté du vif argent, laquelle il avoit paiiée pour la seconde fois en douzains faux. Aussi en portoit il le collier. Il voulust mourir en la Religion prétendue réformée qu'il avoit abjurée. Et dit depuis le renoncement de la profession d'icelle tout malheur Favoit suivi , et que finalement il s'estoit adonné à œ beau mestier.

Le Samedi xxvh% fust pendue en Grève une Damoîselle qui avoit tué son enfant.

Le Lundi xxix% furent roués à la Grève deux hommes qui avoient volé le Cabinet du Cardinal de Gondi,

Le Mardi xxx*de ce mois, une fille aagée de S6an8, qu'on nommoit Marthe*, qui avoit le Diable au corps.

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