Yoy.. Mémoires de Bassompierre, p
Tieux et ennemi^ comme il en ayoit beaucoup^ principalement de ceux de ceste maison.
Le Grand en vadn d'un lasche effort Mist sur son cul sa madn meurtrière, ^iî eust deu mourir par derrière Longtemps y a qu'il en fiàst mort.
En ce mois fost présentée Requeste au Roy pour Cure reyenir les Jésuistes ausquels le Roy se monstra &yorable, comme aussi flst Mons'« de Rosni contre TopinioD de beaucoup.
Le dernier de ce mois^ un de mes amis me flst Toir la lettre suivante, escrite par Mons'. d'Evreux à Mons'. le nouTeau Chancelier, du xxv* de ce mois.
« Mons^, encore que je sois des derniers à vous teftmoigner la joie que j'ay receue du bien qui est arriré à toute la France par l'inspiration que Dieu a donnée au Roy d'bonorer de Yostre personne la dignité de Chancelier, néantmoins je ne doute point que tous ne croies que j'ay esté des premiers et plus ardants à la ressentir* Deux causes ont retardé l'intention que j'aTois de m'ao* quitter plustost de ce dcToir, l'une que je sçai combien YOstre esprit, qui yoid toutes sortes de Trais honneurs au dessous de son mérite, est peu ambitieux de tels applaudissemens externes; l'autre que je préToyois qu'à la nouveauté de ceste resjouissance publique, vous sériés salué, Yoire importuné d'infinis semblables offices. J'ay donc youIu différer jusques à ce que la première foule se soit escoulée, afin que ceste mesme congratu-
ia&ùtïy tpû se fiist pêrdUid en la pte!Bse^ puhse sinoti méfiter, poui" le moins obtettii" une particulière audiance de ^us. En quoi j'ay encoi*e recueilli le fruit de Tusure de mon retardement, qu'au lieu que ceux qui m'ont préyenu tous ont seulement représenté l'espérance du bien que la France attendoit de Tostre promotion. Je puis desjà passer plus outre et me resjouir a^ec vous du succès de leur attente, car la commune renonunée m'en vient dire des nouvelles Jusques au lieu de ma solitude, et de toutes parts Je n'entends autre chose que satisfaction et contentement de la façon dont vous procédés en l'administration de vostre nouvelle dignité. Et tacitum pertetUant gaudia pectus. Car que me pouvoit il arriver de plus cher que de voir la résolution que j'ay prise de tout temps de vous honorer plus que personne du monde, confirmée non seulement par l^ection du Roy, mais par le Jugement de Dieu et la voix et approbation de tout le peuple. Poursuives donc. Monseigneur, et continuer de faire reluire sur ce beau théâtre, esdairé des yeux de toute TEurope, la inesme prudence, intégrité, fermeté et sévérité qui vous ont eslevé. Vous avés donné jusques ici tant de gages et d'hostages de l'asseurance qu'on doit avoir pour jamais de tous vos déporteniens, que ce seroit sacrilège d'en douter. Mais l'intérest que je prétends à la part de vostre gloire me contraint de vous conjurer de ne vous lasser point de la voir croistre et augmenter de jour en jour. Mais au contraire de vous fortifier contre l'appréhension du faix des affaires, lequel ne peult à la vérité qu'il
ne semble du premier coup insuportable à un esprit qui veult combattre et arrester le cours de la corruption en un siècle entièrement déprayé comme est le nostre; mais si vous ne vous ennuies point de ce glorieux labeur^ Dieu espandra sa bénédiction dessus^ comme sur toutes Yos autres actions^ et vous en fera recueillir des fruits plus prompts et plus grands que tous n'osés espérer. Vous verres par tos commandemens et par tos exemples^ qui serviront de vive voix de réformation i tout le monde ; refleurir la piété envers Dieu^ l'obéissance envers le Roy^ la Justice^ Concorde et Amitié entre le Peuple, renaistre les lettres et les disciplines ^ périr rignorance et la barbarie qui les estouflènt^ et brief, tout ce Roiaume recouvrer sa vraie dignité et sjdendeur, œuvre qu'il faut croire que Dieu veut accomplir en nos Jours, puisqu'il a choisi pour en estre l'instrument celui que les veus et les souhaits de tout le monde y destinoient. Et moi, outre le contentement que les autres en recueilleront, j'aurai encore ce particulier subject de joie de penser que tel bien soit arrivé à ma Patrie par le mérite d'une personne avec qui je suis lié de tant d'estroicts liens d'obligation, fomiliarité et servitude, qu'il me semble que ma condition est insépa* raUe de la sienne. Voilà, Monseigneur, ce que la licence de mon affection, mal séante peult estre à mon aage et à mon peu d'expérience, mais non du tout eslongnée de la liberté de ma profession, me conjure de vous dire. Vous n'attribuerés , s'il vous plaist, ces paroles ni à présomption ni à flatterie, choses desquelles
la séyérité de tos mœurs et la pudeur des miennes sont du tout incapables, mais à leur yraie cause et racine, qui est une âme toute plaine de l'estime de yotre yertu et du contentement de la yoir esleyée comme une parfaite image de suffisance et d'intégrité sur la base qu'elle mérite il y a si longtemps. VI luceal omnibm qui in domo suni. Je prie Dieu S » etc.
SEPTEMBRE
Lje Dimanche y* Septembre, aux huguenos reyenans du presche de Grigni, furent faits plusieurs affronts par un tas de populasse ramassée, dont il y en eust quelques uns d'emprisonnés, et aussitost eslargis, pour ce que ce n'estoit que paroles, il y eust seulement une garse qui eust le fouet sous la coustode, au petit Chastelet, pour ayoir rué une pierre.
Un bon garson de libertin qui mesmes autres fois en ayoit esté , et n'en estoit plus , s'estant rencontré ayec d'autres à la porte St -Victor, qui broccardoient ceux qui reyenoient du presche, ne youlant estre des derniers, demanda à ung en riant, comme se portoit le petit troupeau de Grigni , et quel pseaume on y ayoit chanté. L'autre sans s'estonner, promtement et fort à
i . Cette lettre est raturée dans le manuscrit de L*Estoile.
406 JOURNAL DU RËGNE
propos lui respODdit : On y a chanté le vostre et de ceux qui vous ressemblent.
Le fol mcUin en son ccBur dit et croid Qfue Dieu n'est point ce
OCTOBRE
JLb Mercredi xiir de ce mois^ la Damoiselle Baptiste^ Italienne, femme ainsi qu'on disoit de mauvais gouvernement, fust esgorgée la nuit par sa chambrière, en son logis des fauxbourgs St. Germain des Prés, à Paris, près la porte Bussy. Elle se doutoit dès longtemps de ceste chambrière, en avoit eu des songes et l'avoit inesme dit à son Procureur, et toutes fois ne peult fuir à son malheur.
En ce mois, l'accord du Prince de Gainville et de Mons'. le Grand fust fait de l'exprès commandement de Sa Majesté, conclud et couché en ces termes : a Mons'. le Prince de Gainville dira à M', le Grand : « Monsieiur, il y a quelque temps que le Roy logeant chez le Seigneiur Zamet, il me fust dit que l'on m'avoit brouillé avec le Roy et que cela venoit de vous. Nous retirans après le coucher du Roy, au sortir du logis, je voulus m'esclaircir de ce, et eusmes quelques propos. Enfin poussé de desplaisir de me voir brouillé avec le Roy, je mis la main à l'espée, et sans que vous en eus-
DE HENRY lY (4599). 107
siez une, je tous ai frappé. Ce m'est un extrême regret de TOUS ayoir blessé ayec cest ayantage. Je Youdrois ayoir domié de mon sang^ et que je ne Teusse fait, croiant que si eussiés eu une espée, que m'eussiés fait courir autant de fortune comme tous en courustes. Je tous prie donc oublier et excuser cest affaire et que nous yiyions amis. Que si pareille chose m'estoit adyenue, je me contenteroisde ceste Satisfaction.
Hons'. le Grand lors lui dira : a Mons'., puisque reconnoissés que me blessastes, et que Mons'. le Gonnestable et Messieurs les Hareschaux de France trouyent ceste Satisfaction suffisante, je la reçois etyous demeurerai ami et senriteur *. »
Autre accord fust fait en ce mois de Madamoiselle d'Entragues et du Roy, mais qui cousta autre chose à faire que des paroles *. On dit que M. de Rosni en déliyrant l'argent, disoit : Que la marchandise estoit bien chère. Ce qu'on disoit aussi que le Roy quelque temps après, en s'en gossant lui mesme ayoit adyoué. Car en marcbandantune bague pour elle sur le pont au Change, après qu'il eust arresté le prix, dit qu'il la youlut encores faire yoir ayant que la paier, de peur d'estre trompé. Car ces jours passés, dit il, on m'en a
\. Voy. Lettres missives de Henri IV, U V, p. 177, l'accord rédigé par le roi, p. <78, VOrdre et formalité qui s*observera à Ventrevue et accord de Messieurs le Prince de Joinville et le Grand; et B. I., fonds Dupuy, 440, fo 106.
2. Mademoiselle d*Entraigues obtint cent mille écus et une pro* messe de mariage. Voy. Sully, Mémoires, t. I, p. 319.
Tendu une cinquante mil escus qui n*en yault pas la moictié.
NOVEMBRE
ErN ce moiS; mourust à Paris le trésorier Dolu^ le lendemain du mariage de sa fille ayec Mons'. Olier^ Conseiller en la Cour de Parlement.
DECEMBRE
JLb Samedi iv* de ce mois^ le frère du Commissaire CoUetet fust tiré à quatre cheyaux en la place de Grève à Paris^ pour avoir tué son frère en sa maison.
Le Lundi yi% Monsieur de la TrimouiUe ^ fust receu Pair de France et vinst au Palais accompagné d'environ quatrevingts housses^ où en la grand Chambre dorée il presta le serment à la Cour de bien et fldellement servir le Roy et ne point descouvrir ses conseils. Mons'. de Blancmesnil^ Président en la grand Chambre^ receust de lui le susdit Serment ^ après qu'Antoine Arnaud, Advocat en Parlement, eut, par une belle et longue
4. Voy. P. Anselme, t. IV, p. 458. L*trrèt est dtté du 7 déoembre, mm L^Estoile donne le jour, et le 6 est eifecUvement le lundi.
harangue^ dédaré la grandeur^ Pancienneté et les mérites de ses Âncestres^ et singulièrement les siens ^ qui aToient meu et incité le Roy à le décorer de ce tiltre d'honneur.
Les Ducs de Guise et de Monbazon^ les Seigneurs de Souyrai et le Grande qui TaToient accompagné^ séoient du costé des Seigneurs laics^ et se mit led. S', de la Trimouille au milieu d'eux quatre après le serment preste.
Le Jeudi ix*" de ce mois^ le Président Forget fist en la grand Chambre l'oraison funèbre du feu Chancelier de Cheyemi^ lequel il décora de grandes louanges^ plus en considération (comme il se fait souyent) du grade qu'il ayoit tenu que non pas de ses mérites. U inyita la Cour d'assister à son senrice qui lui fust fait aux Augustins ayec grandes cérémonies ^
Le Hardi xxr de ce mois^ arriya de Fontainebleau à Paris le Duc de Sayoie^ qui yinst descendre ayec le Roy à l'hostel de Zamet, le lendemain à celui de Gondi^ les jours subséquents à celui de Nemours^ jusques au xxym^du mois, que le Roy le logea dans le Louyre, d'où il sortist aussi au bout de dix jours, et yinst prendre son logis à l'hostel de Nayarre *.
Le Mercredi xxii*" de ce mois, la dissolution du mariage du Roy, émologuée par la Cour de Parlement, fust publiée solennellement et publiquement, à huis
4 . Voy. pour les détails de la cérémonie, Ph. Hurault» p. 585, coll. Micbaud et Poujoulat, série l^e, t. X. 2. Voy. Palma-Cayet, Chron. sept., p. 66; Ph, Hurault, p. 586.
440 JOURNAL DU RËGNE
ouyerts^ dans VEf^ St. Germaiii de FAnxerrois. Geste pauvre Roine^ qu'on commença d'appâter la Roine Marguerite, escriTit sur ce subject une lettre an Roy qui lui tira les larmes des yeux, si que Sa lùôesté après ravoir leoe dit tout haut : EHe se phînl qne je suis cause de son maibenr, mais il n'y en apoînt d'antres qu'elle mesmes. Men m'au est témoing K
J'ay a papiers la sentence de la dissolution avec
un advis notable du cardinal Dossat sur iceUe ■.
La teneur de la lettre estoiitdk, extraite fidèlement de l'originaL
ff Monseigneur, puisqu'il faut déférer à lUen la glmre des heureux événemens, comme à FAuctenr de tons biens. Je le loue de ce qu'au plus fort de mes desplaisirs, et lorsque mon repos estoit désespéré, il n'envoie sa bénédiction en me donnant vostre paix, en laqueUe Vostre Majesté fait reluire sa démence. C'est un vrai dlLce de frère, et pardonnes moi si j'use de ce mot, vostre Cftveur m'y aiant transportée par le emd[>le de tant de félicités. Le coup qui vient de veus mesarassstonne mon malheur et asseuni ma tranqnillité, qœ je n'eusse jamais recouverte si vous ne m'eussiés remise en l'honneur de vos bonnes grâces. Je les ay espérées tant qne cest espoir a peu accompagner mon désir, et ne les ay désirées lossque rsus avés vouhi qne j'en
4 . Voy. LgttrêB de Marguerite de VaMê, publiées poor la Société de rilistoire de France par M. Guestard, p. 340. 2. Cette note en marge a été rognée par le reKeor.
DE HENRY IV (4599). m
fusse priyée> aiant tousjours creu que ce m'estoit une espèce d'hoimeur de m'accommoder à tos dessaBS^ bieo qu'ils feusseut contraires à mon contentement^ et que Yostre belle âme pouvoât estre autant contrainte en ses passions que la mienne tourmentée en son obéissance*
a Si TOUS avés autresfois consenti à mes afflictions^ ce sont plustost des excès du temps que des dBTects de Yostre humeur qui répaxe à présent le tort qu'elle a^oit £ait à ma qualité, en me gratifiant de yostre iM:otectim^ à l'object de laquelle 4^ mets, te reste de ma Tie. U est vrai qu'en ce gam je perds beaucoup^ et le contre pdds du mal que je trouYO en la Gonqueste affoibliroit ma consolation et me ferait mesconnoistre le changement de ma fortune^ si je ne considérois que ce sont yos to-lontés^ et que tous croies que mon dommage réussit au bien du Publiq. Je me range donc, à ceste loy^ non pour TOUS contenter^e mais poux tous obéir. Et chan** géant mes plaintes à louanges ^^ je glorifierai Dieu conmseTostre Roy^ et tous louerai conune le mien de la grâce qu'il m'a faite de celle que je reçoi de Toa Roialles et fraternelles offres^ et prie sa diTlne M^esté de maintenir la Tostre en sa grandeur^ et me conser- Ter la bieuTeillance que tous promettes à Tostre très humble^ très fidèle et très aflèctionnée seur^ servante et subjecte i. »
I . Palma-Gayet, Chron. sept., p. 65» a tronquècettelettrew M. Guessard la donne comme elle est ici, mais à la date du 27 avril 4600.
442 JOURNAL DU RËGNE
Le Mercredi xxix« de ce mois, le fils du Président Charron fust tué en duel au Pré aux Qercs par un autre Gentilhomme nommé Gouré, parent du Président Blancmesnil, qui estant blessé de trois grands coups d'espée et comme mort, tua ledit Châron qui, par grand hazard, se laissa tumber n'estant aucunement blessé ni offensé, tellement qu'en ce combat le mort tua le vif.
En ce mois, Mons'. de Champigni, Conseiller d'Estat, très homme de bien et craignant Dieu, Mons'. de la Boumalière, beau frère du feu Lieutenant Civil Séguier, et Sanguin, Chanoine de N. Dame, bon ligueur, selon le bruict commun, passèrent de ce monde en l'autre.
Sur la fin de cest an 4599, Mons" de Bauves «, fils de Hons'. du Plessis Momay, jeune Gentilhomme, un des plus doctes et accomplis pour son aage qu'il y eust en France, eust envie, comme beaucoup d'autres de la Religion, de voir Romme et le Pape. De fait il s'y en alla desguisé, et y fust quelque temps à s'y promener tout à son aise; mais enfin y aiant esté descouvert, sans le prompt advertissement que lui donna inopinémant par rencontre ung de Paris qui le recogneust, et hi prompte diligence de laquelle il usa à se sauver, couroit fortune de la vie et du feu, tant pour le nom de son
Notre manuscrit confinne Topuiion de Dopleix , et nous pensons que cette lettre doit être datée de la fin de décembre 4599.
4. Philippe de Momay, seigneur de Boves, tué le S3 octobre 4605 d*un coup de caoon devant Gueldres.
père, odieus à Romme plus que tous les hommes de la terre, que pour la profession de sa religion. Le jour qu'il sortist de Romme pour se sauver , il ayoit disné ayec Mons'. le Cardinal Dossat, qui lui avoit fait fort bonne chère, ne le connoissant point, et toutefois se doutant qu'il estoit autre qui ne se disoit, tellement qu'il le pressa fort de le lui dire, mais il ne voulust jamais, encores qu'il seust peu bien fier dud. Cardinal, envers lequel estoient bien yenus tous les hommes doctes et d'esprit, de quelque Religion et profession qu'ils fussent, comme aussi particulièrement il lui en ayoit rendu bon tesmoignage par une infinité de fayeurs et de courtoisies, faisant cas de son esprit et de sa doctrine. Qui fust cause que ledit S', des Bauyes, aussi tost qu'il se vid en lieu de seureté, escrivit une fort honneste lettre audit Cardinal Dossat pour le remercier de l'honneur qu'il lui avoit fait en sa maison et. de la bonne chère et faveur qu'il y avoit receue, s'offrant à lui et au surplus se descouvrant fils de Mons^ du Plessis Mornay, qu'il le serviroit partout où il auroit l'honneur de recevoir ses commandemens, s'excusant sur le lieu où il estoit, . de lui avoir desguisé son nom trop odieux à la pluspart de ceux de sa profession.
Auxquelles lettres Mons'. le Cardinal Dossat flst response par d'autres qu'il lui escrivit, autant honnestes et gracieuses qui s'en prisse voir, et par lesquelles il s'offroit fort à lui, honorant le nom de son père et louant grandement son sçavoir et bel esprit, comme aussi il faisoit le sien.
dl44 JOURNAL DU RÈGNE
Je tiens ce discours d'un mien ami fort ami dad. Seigneur des Bauyes, duquel il Ta appris^ et monstre les lettres du Cardinal Dossat.
Au mesme temps. Monsieur de Roban^ soubs le passeport du Pape (qu'on disoit estre le premier Pape qui ayoit donné des passeports aux huguenots]^ passa i Romme et y fiist onze jours, et pour ce qu'il sembloit se desfler aucunement de son passeport, le Cardiiial Gaietan, Cardinal de l'Inquintion, l'alla voir et lui dit que s'il ne se tenoit assés asseuré dans Romme pour le passeport que Sa Sainteté lui aroit baillé, qu'il loi mettrait entre les mains les sceaux de llnquisition, qu'il porterait dans sa pochette partout où il irait. Au reste que Sa Sainteté mesmes seroit fort aise de le voir, tant pour le respect de son grade et de sa maison, qu'il connoissoit et honorait que pour estre bien et deument informée de sa sagesse et modestie, et qu'il n'estoit de ces turbulens et médisans comme beaucoup de la raligion^ tellement qn*il le pouvoit bien asseurer de la bonne grâce du Pape, et qu'il ayoit toute occasion de se louer de la bonne chère et réception que lui ferait Sa Sainteté. Mons'. de Rohan le remercia fort, et cependant s'excusa de ceste yue, toutes fois il fdst tenté d'y aller pour le saluer, non en qualité de Pape, mais comme Prince de la Remanie, mais il lui fust remonstré qu'il ne pouToity estre receu qu'en taisant à Sa Sainteté les submissicms ordinaires de tous les autres, et qu'il faudrait qu'il hii baisast les pieds et se prasternast là par forme d'Adoration , qui estoit une chose du tout directement con-
DE HENRY lY (1599). 415
traire à la profession de sa Religion et expressément deffendue de Dieu. Tellement que ledit Seingneur prist sa résolution déni point aller, et toutes fois pour contenter le Pape, et se délivrer de Fimportunité de l'autre qui l'en pressoit fort, il s'avisa d'un expédient pour s'en excuser, la subtilité duquel fust louée mais non creue do Pape ni de son Cardinal, auquel il flst entendre pour toute résolution, qu'il y fust allé très volontiers, mais qu'il avoit pensé qu*il feroit autant de tort au Pape, duquel on ne faudroit de dire quand on auroit sceu la bonne Réception qu'il lui auroit faite, qu'il favorisoit les huguenos de France, ce qui lui concilieroit une enuie attendu la profession de religion que chacun sçavoit qu'il faisoit. S'en estant de ceste façon depestré, il reprist le chemin de France quelques joursaprès, aiant veu Romme tout à son aise, et y aiant fait fort bonne chère, et en partist bien content du Pape, et le Pape de lui, sans toutes fois lui avoir rendu les foys et hommages qu'il prétend lui estre deus par les plus grands Rois et Princes de la terre. Le Ministre dud. Seingneur de Rohan, qui sous la faveur du passeport de son maistre, qui comprenoit les Officiers de sa maison, s'estoit en ceste qualité glissé jusques dans Romme, y aiant (*sté descouvert, fust contraint d'en sortir bien viste, de peur d'y estre attrappé et bruslé, comme on croid infailliblement qu'il eust esté; car tant s'en fault que le Pape eust entendu le comprendre en son Passeport, qu'il en eust plustost accordé un au diable qu'à lui, sçachant bien qu'à Romme, il eust esté mieux receu que le Ministre.
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JANVIER
Lje premier jour de cest an 1600^ commença un Samedi matin^ tout lequel jour ne fist que Tenter et pleuvoir.
Les cinq autres jours continuèrent en pluies, et fust le temps très doux; et y eust pendant iceux tant en duels qu'en meurtres, sept hommes tués en ceste ville de Paris.
Le Dimanche ii* de ce mois, mourust à Paris Hons^. du Plessis de Thou.
Le Vendredi vif, ung des fils de Mons>r. René Choppin, advocat en la Cour, tua à Paris son frère aisné dans la maison de son père d'ung coup d'espée qui lui donna dont il mourust deux heures après.
Cestoit le deuxiesme fratricide qui estoit arrivé à Paris depuis ung mois.
148 JOURNAL DU RËGNE
Le Lundi xtii* de ce mois , le Roy yinst au Palais accompagné de plusieurs Seingneurs^ et entre autres du Duc de Savoie^ auquel il Toulust monstrer la grandeur de sa Cour de Parlement.
Aimé Robert^ et Antoine Arnaud^ Avocats très célèbres^ plaidèrent devant Sa Majesté la cause d'un boulanger de Paris^ qui avoit esté accusé d'avoir couppé la gorge et puis bruslé dan^ ^on four^ ung jeune garson son boste pour avoir son argent.
M* Loys Servin^ advocat général^ plaida après les dessusdits^ et firent tous de belles digressions en l'honneur de Sa Majesté là présente^ qui estoit dans Tun des tambourins. Monsieur de Harlay premier président prononça l'arrest, cbès lequel Sa Majesté disna ^
Ce jour y eust une telle batterie au Palais entre les clercs et les laquais^ qu'il y en eust bien une douzaine de blessés^ d'une part et d'autre^ et ung laquais tué sur la place.
Les 19^ 20, 31 et 22« Jours de ce mois furent consécutivement des bourses couppées en Taudiance de la grand Chambre à Paris à trois pas de Messieurs les gens du Roy.
Le Jeudi TV de ce mois^ ceux de la Religion en nombre de six ou sept vingts accompagnèrent le corps d'un nommé Balda de la Religion^ et l'enterrèrent à leur mode au dessus du pré aux Clercs^ au mesme endroit,
4. Voy. deThou, 1. CXXIll, t XllL p. 440; Palma-Cayet, Chrùn. $êpt,, p. 74.
DE HENBY IV (1600). 440
auquel Testé passé ayoit aussi esté enterré un des leurs nommé des Prises.
Ce jour, la Chambrière qui aux fauxbourgs St-Germain des Près à Paris, avoit esgorgé la nuict la Dam<Mselle Baptiste sa maistresse, après aToir esté tenaillée derant le logis, fust pendue au bout du pont St^Iichel et son corps réduit en cendres.
Le Dimanche xim« de ce mois, fiist baptisé au presche à Ablon, un jeune homme aagé de 25 à 26 ans qui n V Toit encores esté baptisé, pour ce que son père et sa mère estoient anabaptistes.
Le Mercredi xxyi*de ce mois, la cause d'unChartreus, nommé Nicolas du Rouvre, qui s'estoit fait de la Religion, et qui aiant quitté les Chartreus et Thabit, demandoitde reyenir à partage ayec ses frères, fust jugée en la Chambre de TÉdit, et l'arrest prononcé par le Président Forget, par lequel l'arrest du grand Conseil fust confirmé, et ordonné qu'il ne pourroit reyenir à partage. J'en ai le plaidoier entre mes papiers, fait par M* Isaac Araould qui est beau et notable.
Ung des jours de ce mois, le Roy prenant plaisir de jhire yoir ses gardes au duc de Savoie lui demanda ce qui lui en sembloit, auquel Son Altesse respondit, qu'ils lui paroissoient tous honnestes hommes et braves. Ce n'est rien, dit le Roy, de les voir ici, car en la campa*gne, ce sont tous dragœis et lyons : Et sur ce que le Roy lui dit qu'il leur donnoit de paie 4 escus par mois, le Duc lui respondit, que c'estoït trop peu , et là dessus prist occasion de demander à Sa Majesté, s'il ne lui des-
4iO JOURNAL DU RÈGNE
plairoit point qu'il leur fist à chacun la libéralité d'un mois de leur paie. Auquel le Roy fist response^ qu'il flst ce qu'il lui plairoit^ mais qu'il n'avoit pas ung d'eux qu'il ne fist pendre en sa présence s'il lui estoit ayenu d'avoir pris ung sol de Son Altesse.
Le Dimanche xxx<^ de ce mois^ on me fist voir une femme Anglaise haute d'une coudée* aagée d'environ quarante ans^ qui n'avoit point de bras^ ains seulement deux pieds^ de Tun desquels encores ne se pouvoit-^Ue aider, qui estoit le droit, pour ce qu'il estoit immobile et roide comme un baston, de façon qu'elle ne s'aidoit que du gauche, duquel elle jouoit aux cartes et aux dés, enfiloit de très-petites aiguilles, et s'en servoit à tous autres usages nécessaires.
En ce mois se firent force festins et ballets à Paris, et plus qu'on avoit accoustumé à cause de la venue du Duc de Savoie, auquel le Roy estoit bien aise de faire monstre de la grandeur et magnificence de la ville de Paris K Entre les autres s*en fist un fort beau sur la présidente de Bouinville, où Sa Majesté se trouva avec Son Altesse. Et là advinst que le Roy aiant près de lui une Dame ou Damoiselle à qui il parloit, ung jeune GooseiUer de sa Cour qui estoit en masque, fust si mal advisé qu'il alla prendre ceste Damoiselle d'entre les mains du Roy, afin de la mener danser. Auquel Sa Majesté à l'instant demanda qui il estoit, et lui aiant tsài response, qu'il avoit cest honneur d'estre ung des Con-
i . Voy. Mémoires de Basêompierre, p. îî
seillers de Sa Majesté en Sa Cour de Parlement. Ventre Saint-Gris ! lui dit le Roy y si les autres Conseillers de ma Cour vous ressemblent, j'ay une Cour bien sotte. Et en demanda led. Conseiller pardon à genoux au Roy, sans lequel on lui èust fait un grand affront.
Au commencement de ce mois et an, Mons'. deRosni retrancha deux plats du service ordinaire de la table du Roy, et en ce faisant lui espargnoit, ainsi qu*on disoit, XXXVI mil escus tous les ans.
FEBVRIER
i^B Mercredi xxni* de ce mois, ung nommé Limeres fust pendu en la Grève à Paris, pour la fausse rronnoie.
Une jeune Dame nommée la Robichon, qui le Jeudi iLiLvr de ce mois, estoit accouchée dans les prisons de la Conciergerie, aiant esté condamnée par arrest de la Cour du Parlement de Paris à estre pendue et estranglée, pour le crime d'adultère perpétré par elle avec le commis de son mari, avec lequel elle avoit complotté mesme la mort de soûdit mari, et dont ledit commis avoit esté exécuté à mort dedans Paris, obtinst en ce mois sa grâce du Roy, à la requeste du Duc de Savoie, qui la demanda à Sa Majesté, et le prinst (comme on dit à bonne heure) jouant à la prime et gangnant, tellement qu'il lui octroya sa demande, à la charge que
ladite Robichon seroit mise entre quatre mundUes pour 7 faire pœitence et finir ses jours ^
Son Altesse en avoit esté priée par une Dame sa parente fl la recommandation de Madame deSourdis^ qui, pour ladite Robichon qu'elle aimoit^ avoit conduit oeste menée; digne d'dle et de sa qualité.
Le mari de ladite Robichon estoit recereur de Tours, homme mal famé qui pour ses malversations fust mis aussi prisonnier.
En ce mois mourust à Paris^ en sa maison le Président Ammelot^ d'une colère (ainsi qu'on disoit) que lui avoit donnée sa femme. Accidens toutefois qui surviennent assés souvent aux mesnages de Paris^ sans que pour cela la mort s'en ensuive.
En ce mois courust une lettre de Mons'. l'Évesqoe d'Évreux^ sur le fait de la Religion^ à Noos', de Rosni et qu'on trouva bien faite^ la response de Mons^. de Rosni aussi bien et mieux^ mais pour ce que Tun et Tautre sont suspects de suppositions^ je les ai voulu acouster ici.
Lettre de Mobs'. d*Eyreux à M', de Rosny.
« Mons'. Je ferois conscience de vous divertir de tant de grands affaires que vous avés tous les jours sur les bras> pour lire une fascheuse et inutile lettre, si l'hooneur que mon frère m*a mandé que vous me laites, de