Yoy. de Thon, l. CXXUI, t. XllI, p
428 JOURNAL DU RËGNE
Sur quoi un médisant composa le huitain suivant^ qui fust trouvé semé dans le Palais.
Puisqu'on publie en l'audiance Des Lorrains la fidélité, Il faudra mettre en la balance Des trésoriers la loyauté, Et de Ballagni la vaillance.
Et de Sourdis la chasteté, De Martingan < la sapience, Et de Rosni Vhurmlité,
Le Dimanche, xn* de ce mois^ le Roy vinst ouïr à St.-André Mons'. de Joieuse, qu'on nommoit frère Ange^ qui avoit toute la presse de Paris^ et y mena quant et lui Mons' de Rosni.
Au sortir de ce sermon^ se vinst présenter à lui un gentilhomme^ que Sa Majesté connaissoit dès longtemps pour un de ses plus yieux et fidèles serviteurs. Mais pour ce que c'estoit un demandeur qui importunoit le Roy de quelque récompense, n'y prenant plaisir, lui flst assés mauvais visage et froide response. De quoi le gentilhomme indigné ne se peut contenir de lui dire : Sire, je vois bien qu'à l'endroit de Yostre Miyesté, les premiers de vos serviteurs seront à la fin les derniers, et les derniers premiers. Ventre St. -Gris, respondit promptement le Roy, aussi est ce le texte de l'Évangile, je le viens d'ouïr prescher tout à ceste heure. Et «rtmi primi novtf «tmt, tt novîMimt pnmt .
4 . C*élait un fou qui courait les rues de Piris. Voy. p. 466.
Quelque temps auparavant^ comme il estoit à St.-Ger* main^ le Président Fauchet * y estant allé trouvé Sa Majesté, pour lui présenter un de ses livres et lui demander quelque récompense de ses labeurs (comme il mérltoit bien)^ le paia semblablement d'une gausserie; car aiant dit au Duc de Bon... * qu'il s'estoit souvenu de lui^ lui alla monstrer dans le coing d'une grotte ledit Président, qui estoit ung des quatre vents repré-sente là pour souffler en enflant les joues, dont le pauvre président s'en revenchant sur le papier, flst les vers suivants^ qui ont esté assés communs à Paris et partout :
ray trouvé à St, Germain
De mes grands labeurs le salaire,
Le Roy de Pierre m'a fait faire,
Tant il est courtois et humain.
S'il me 'préservoit de la faim
Aussi bien que mon image,
Ah! quefaurois fait bon voia^e!
Je y retoumerois dès demain.
Corneille Tacite, Scdluste et toi.
Qui as tant honoré Tadoue,
Venés ici faire la moue
En quelque coing ainsi qu>e moi.
Le Lundis xx« de ce mois, fust publiée à Paris une sommation de Mons' du Plessis pour la défense de son
4. Claude Fauchet, né le 3 juillet 4530, premier président de la Cour des Monnaies, mort en 4 604 .
2. La fin de ce nom mis en marge a été rognée par le relieur.
livre à Mons' TÉvesque d'Évreux, qui y flst response incontinent et fust criée à Paris par les quarrefours le Vendredi xxiv' de ce mois*.
Ce jour^ Hons' Guillaume Rose^ Ëvesque de Senlis^ qui preschoit le Quaresme à St.-Honoré, estant tumbé sur les desbordemens et superfluités de la Cour^ dit qu'il y avoit à la Cour un Gentilhomme qui avoit fait faire ung manteau qui lui revenoit à xii cens escus.
Frère Ange^ ce jour transporté d'un trop grand zèle en son sermon^ après avoir monstre un Crucifix qu'il avoit apporté^ se mist devant tout le monde la corde au col. Ce qui fut assés mal receu de beaucoup^ et diversement interprété selon les divers.jugemens et esprits des hommes de ce siècle.
En ce mois^ à cause du mauvais temps et pluvieus qu'il faisoit^ régnèrent force maladies à Paris, principalement des pleurésies, dont il en mourust beaucoup.
Paumier, Secrétaire du Roy, en mourust, et le jeune Holevault, qu'on appelloit le Comte Guillaume, qui mourust fort chrestiennement et en Dieu, lequel pendant sa vie, il n'avoit guères recongneu.
Trois enfantemens prodigieux remarqués à Paris en ce mois.
Le dernier jour dudit mois» qui estoit le Vendredi ori, ung Seigneur signalé de Normandie, qu'on appelloit Ste. Marie du Mont, aiant abjuré la Religion prétendue de laqueUe il avoit tousjours fait ouverte et