Ces deux paragraphes sont raturés dans le manuscrit
lumière^ et la grâce divine^ et la receyés d^un bon cœur ouvert à toute humilité. Car vous savés bien que despuis assez longtemps^ celui qui est riche en miséricorde, est à la porte de vostre cœur, et y frappe. Et que des ténèbres d'hérésies, et des espais brouillards d'erreur où TOUS estes, il vous appelle à son nom admirable, c'està dire à la connoissance de la vraie foy et de la vérité Catholique.
«Et affin que nous passions sous silence que le souvenir de vos Ancestres vous appelle à l'Église Catholique, laquelle seule ils ont recongneue et respectée, et dont le Souverain Pontife de Romme est le Chef. Dieu vous y a naguères appellée par l'exemple domestique d'un personnage de singulière prudence, qui vous attouche de fort près, qui est le Roy très-chrestien Henri IV« vostre frère. Duquel la Conversion entreprise, non avec légèreté, mais avec grand jugement et délibération, approuvée de Dieu et de tous les gens de bien, sera célébrée par l'étemelle mémoire de la postérité. Il vous y a aussi appellée par le soin et bons ofQces de nostre cher fils Alexandre Cardinal de Florence, personnage comblé de toute vertu, fort affectionné au Roy vostre frère, et très-désireus de vostre Salut, lorsqu'il estoiten France Légat du St. Siège Apostolique, auquel, bien qu'indigne par la grâce de Dieu nous présidons. Il vous y a appelle par plusieurs discours et conférences de l'Evesque Prélat nostre domestique lorsqu'il estoit en France avec led. Légat Cardinal. Homme excellent en zèle de Dieu, et en doctrine, lequel vous affectionnoit
infiniment; et qui naguères est mort heureusement en Nostre Seigneur. Lequel par commandement dud. Légat^ TOUS le désirant^ tous est plusieurs fois allé trouver pour le salut de Yostre conversion. Enfin^ Dieu vous y a appellée par le ministère de nostre humilité^ qui bien que très-indigne^ suis son Lieutenant en terre. Car nous ne pensons pas que vous aies oublié les lettres que vous escrivismes il y a quelques mois, combien elles estoient paternelles et procédantes du cœur, par lesquelles vous invitions si amiablement de toute nostre affection d'entrer au sein de l'Église Catholique et Apostolique, en laquelle sont-nais les princes très-Chrestiens, vos prédécesseurs. Et encores maintenant vous y convions par une semblable affection d'amour en Christ, parce que la charité et le zèle éternel de vostre âme nous presse. Et combien qu'il semble que nos Remonstrances vous aient jusques ici peu profité, toutesfois la Sollicitude de nostre charge de pasteur ne nous permet pas d'en demeurer là, et l'espérance ne nous abandonne point, car Dieu est puissant d'amollir vostre Cœur, et d'oster le voile qui est dessus. Par quoi, il nous a semblé bon de vous escrire derechef ceste ci, en tesmoingnage de nostre volonté et désir, par laquelle derechef nous vous exhortons et prions par les entrailles de la Miséricorde de Dieu, qui vous a parée de tant d'ornemens et comblée de tant de dons et grâces extérieures, que vous ne bouehiés point vos aureilles à sa voix et vocation, et que vous ne metiiés point vostre Cœur endurci pour obstacle de sa divine grâce, mais qu'en toute
yérité et simplicité de Cœur et candeur d'esprit^ tous vous prostemiés devant lui^ qui est droit et juste^ et qui Yoid les secrets de nos Cœurs plus clair qu'en plain midi^ et que vous le priés d'un Trai et ardant désir qu'il vous monstre la voie de vérité^ et la voie de Salut. Car si bien vous considérés toute chose^ si tous ne mettes au loing toutes les raisons du monde, et perturbations d'esprit, et tous ne Toulés tous tromper tous mesmes, et tous offusquer de ténèbres, certainement TOUS apperccTrés et entend rés que tous n'estes point en l'Église de Dieu. Hais entièrement hors d'icelle, qui est la plus lamentable et malheureuse chose qui puisse estre ni ditte, ni pensée, car en nul autre lieu, la Térité, le Salut, la grâce ni la gloire ne se trouTent qu'en rÉgUse, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, de laquelle est le Chef, la Ste. Église Romaine, mère et maistresse de toutes les Églises. Laquelle Église Catholique, colonne et fondement de Térité, n'est pas d'hier ou aTant-hier seulement, mais a esté instituée par l' Aucteur mesme de Tie, le S^ Jésu8-<::hrist. Et lui qui est le très-haut. Ta fondée sur lui mesme qui est la maistresse pierre du coing, et sur le très*Saint Prince des Apostres, Pierre, auquel Dieu mesme, et nostre S' qui peult toutes choses, a donné ceste fermeté par la Tertu de sa parole, qu'il fust la pierre de foy, et comme la très ferme et immobile roche, sur laquelle Jésus<3irist (sur lequel tout bastiment fondé s'élèTc) a édifié et édifie son Église jusques à la consonmnation des Siècles, par la suitte des Aages et la Succession continuelle des
Papes de Romme. Car tous les Catholiques et Évesques ont adhéré au père des pères^ et au pasteur des pasteurs, comme membre à leur Chef, savoir le Pape Successeur de St. Pierre, car de toute Antiquité, comme encores à présent ils y adhèrent, et sont unis avec nostre humilité tous les fidèles et Catholiques qui reconnoissent et confessent en nous bien qu'indignes, les mesmes Clefs du Ciel, la foy qui ne défaudra jamais la mesme Auctorité de confirmer nos frères et ÉTesques, de paistre les brebis et agneaus de Christ, et la mesme souTeraine puissance de lier et deslier que fust donnée par le Seing'. Jésus Christ à TApostre St. Pierre, duquel la dignité et hérédité ne défaut point, mesmes à celui qui en seroit indigne. Cest à ceste Sainte, Une, Église Catholique, Apostolique, que nous tous convions de toute l'afTection de nostre charité. Là est la vraie foy et impollue qu'a tousjours enseingné ceste Ste. Église Catholique Romaine, bonne mère de tous les fidèles. Laquelle foy, droite, stable, et tousjours accordante avec soi-mesme, a esté annoncée dès le commencement, l'est, et le sera tousjours par tout le monde, non pas comme les sectes des hérétiques, misérablement divisées, qui depuis peu de temps eslevées d*eux mesmes et de leur propre Orgueil, n'ont ni Tantiquité, ni la suc* cession, ni une mesme foy, mais comme petits enfans qui flottent et sont emportés de tout vent et doctrine, errans et faisans errer l'imprudente crédulité de plusieurs, desquels ils amènent les Ames en la captivité du Diable, et les engloutissent en dannation étemelle.
Mais en ceste Église^ Une^ Catholique^ Apostolique, ont esté couronnés les courageus martyrs, ont flori les très Saints ÉTesques et les très sages pasteurs et docteurs. En ceste Église tant de Sacrés et Célèbres Conciles Œcuméniques, où présidoit le St. Esprit, ont esté tenus ausquels toutes les hérésies qui sont en Tigueur en ce temps misérable, ont esté condamnées par de très graves décrets, tous les Monstres des erreurs tués par le glaive de l^sprit, et renversés par un souverain consentement de la mesme Église universelle. En ceste Église sont les fidèles Chrestiens, régénérés en Christ, en nourris du lait de piété, sont parvenus en gloire par la vive foy qui opère par la dilection, aydée de la grâce divine. Enfin en ceste Sainte et Catholique Église, les Rois de France très Chrestiens, vos prédécesseurs, qui ont obtenu ce nom illustre de défenseurs de la foy Catholique, sont morts au Seingneur, et principalement cestui là duquel la mémoire est en bénédiction, le Roi St. Lois duquel vous avés tiré une extraction, a combattu le bon combat en ceste Église, a consonuné sa course, a gardé sa foy afin qu'il méritast de recevoir au ciel par le juste Juge la Couronne de Justice. Et en sonune, s'est retiré à ceste mesme Église, par un don singulier de Dieu, conune en un port tranquille et seur, le Roy très Chrestien Henri IIII« vostre frère et nostre fils qu'à bon droit nous appelions très Cher, lequel derechef nous avons engendré à Christ. Lequel conune frère, Roy, honune courageus et prudent, doit estre suivi et imité de vous qui estes sa Sœur, et ne craindre pas ce qui a
esté si glorieux à un si grand Roy^ soit mal séant à une femme.
a Au surplus tous les Princes Lorrains^ en la maison desquels tous avés pris alliance^ ont esté Catholiques^ et ont esté appelles fils de ceste Église Catholique^ et n'ont estimé plus grand honneur, et n'ont esté célébrés d'illustres Los par toutes les nations pour aucune chose que pour la défense de la foy Catholique. Et est estrange que yous refusiés l'alliance de la foy de ceux dont tous avés désiré celle du mariage. C'est pourquoi d'autant que nous aimons au Seigneur le Roy vostre frère^ la maison de Lorraine et tous mesmes, nous sommes esmeus du malheureux estât de tos affaires, lequel si TOUS ne reconnoissés estre tel, tant plus estes tous malheureuse. Car nous tous mandons^ que tous estes hors de l'Église Catholique, tous estes sans Dieu, et sans espérance de Salut, détenue prisonnière sous le joug du diable. Hais que peult il estre plus malheureux à une femme de tel lieu que d'estre femme non légitime d'un sien garant. Car jusques à ce que tous aies obtenu de nous, et de ce St.-Siége, la permission et dispense d'aToir peu estre légitimement mariés ensemble, laquelle toutesfois nous aTons protesté de n'accorder qu'après que tous aurés répudié l'hérésie, et les erreurs, et fait profession de la foi Catholique, il n'y a point de mariage entre tous, or d'autant que des nopces illégitimes, il ne peut naître des Enfans légitimes, tous fériés un tort signalé aux Tostres, si tous en aTiés. Car ils ne seroient pas Traiment âe la Race des Lorrains et
n'en pourront estre Successeurs ni héritiers. Et à peine pouvons nous croire que Youliés de gaieté de Cœur vous exposer à une si grande calamité et trouble de toutes choses^ avec la perte de vostre ftme propre. L'unique, bon et fidèle remède à tous ces maux est, si tous obéisses à Dieu qui vous appelle par nostre voix, si vous retournés à rÉglise Catholique et d'un vrai Cœur^ faites confession de la foy Catholique. Aies donc pitié de vos enfans y aies pitié de vostre Ame mesme. Car que vous servira si vous sauvés tout le monde, et que vous perdiés vostre Ame? Et que pourries vous bailler pour la racheter? Escoutés donc, ma fille, et voies et enclines vostre aureille, oubliés et détestés vos vieilles erreurs, et venés à vostre Seingneur qui désire le Salut de vostre Ame. Rejettes bien loin de vous les ministres de Satan, les ministres de perdition, les Enfans des ténèbres, encor qu'ils vous soient intimes et que vous les aimiés conune vos mains et vos yeux, couppés les et les arrachés de peur que pour le prouflt particulier ils ne vous empeschent la lumière de vérité , et ne vous tirent en la Géhenne. Au reiste, escoutés les docteurs Catholiques, eschauffés de l'Amour de Dieu, et du Zèle de vostre Salut. Escoutés nous mesmes, qui d'une souveraine affection d'Amour paternelle vous désirons ces choses, estans avec vous présens d'esprit, et qui prions continuellement Dieu que nous puissions voir le Jour très désiré auquel nous vous puissions recevoir au giron de l'Église Catholique, et en icelle vous embrasser comme nostre fille en Christ, et qu'ainsi nostre joie et celle de
l'Église universelle soit plaine et accomplie parla Conversion du frère et de la sœur. Voies donc à bon escient de ne refuser ce don de Dieu^ et ne mespriser les richesses de sa bontés et que par la dureté et impénitence de vostre Gœur, vous ne faciès un trésor d'Ire au jour de l'ire de la révélation du Juste Jugement de Dieu. Car nous avons fait nostte devoir envers vous^ amiablement et suffisamment^ et n'avons rien obmis pour vous annoncer la volonté de Dieu et la voie de Salut. Partant, nous protestons devant Dieu et les hommes que nous sommes nets de vostre Sang.
« Donné à Romme à St.-Pierre soubs le cachet du pescheur le xxvi* Janvier 1600. L'an du Jubilé et de Nostre Pontificat le viii*.
a Signé : Stlvius Antovanus, Cardinalis. s
A ceste lettre qui n'a esté imprimée, ung de la religion fist au nom de Madame les deux sonnets suivans en forme de response et protestation.
Vivre et mourir je veux en ceste Catholique, Non celle qui se dit, mais qui Vest vraiment, N'aicmt autre que Christ pour chef, pour fondem£nt, Eglise Ste et vraie, Eglise Apostolique,
Je ne voi rien de saint en reste Papistiqus Que de nom, où tout eut poilu non seulement En mosurs, mais en doctrine universellement.
Qu'à bon droit on peut dire Eglise Apostolique.
On a beau donc crier. Temple, Temple de Dieu, Si l'homme, homm>e ma/udit qui la tenir le lieu De Dieu s'ose vcmter par là se manifeste.
Il m'y attire en vain, Dieu, mon Dieu, mon Sauveur M'en tire et garde, et fait par sa grâce et faoeur Qu'en son Eglise et vivre et mourir je proteste.
. Sur ce que le Pape par ceste lettre se dit Arrogamment et en toute huinilité le chef de TËglise et le Lieutenant de Dieu en terre.
Ce Lieutenant de Dieu, ce vice dieu en terre Bien qu'indigne, dit il, de ceste dignité, Ne parle en son orgueil, sinon d'humilité Se vestant en pasteur du manteau de St. Pierre, N*est ce point un des loups dont est dit, si je n'erre, Qu'il faut se donner garde, et dont admonesté On est d'estre prudent en la simplicité.
Mais c'est par ses propos que soi mesme il s'enferre, Quand ce loup desguisé, quand ce vrai imposteur Se dit Chef de l'Eglise et des Pasteurs Pasteur. N'est ce pas dire assis pour se faire congnoistre Cest homme de Péché, en somme l'Antéchrist S'attribuant l'office et tiltre d'un seul Christ, Qui, quoique serviteur, se die fait du Maistre.
Servvs Servorum Dei, ce, dit il, mais de faict est. Dominus Dominantium.
AVRIL
JLe jour de Pasques de cest an 1600 fiist le ii* de ce mois, auquel il pleust et neigea tout du long du Jour aTec un vent de bise très froid , qui causa une gelée la nuit, dont le lendemain et tout le reste de la semaine.
il flst plus froid qu*il n'avoit fait en tout le mois de Janvier.
A ceste bonne feste^ y eust deux Conversions des deux religions^ Tune duSr de Ste. -Marie de Normandie^ converti à la Religion Catholique. L'autre de Haupeou Intendant des finances qui fist profession à Ablon. Sur quoi le Hareschal de Rrissac faisant une rencontre^ dit au Roy^ que Sa Majesté avoit joué aux eschects^ et que pour un fol qu'il avoit perdu^ il avoit gagné un brave cavalier.
Le Lundi xiii'' de ce mois^ Hons^ de Rosni disna aux Celestins^ où il disputa de la Religion toute Taprès disnée trois heures entières contre le général des Cordeliers et le docteur du Val. Le lendemain il envoia ausdits Celéstins un Mandement de quatre vingts escus^ adressant à l'espargne^ pour refaire leurs verrières que le son de ses canons avoit rompues.
Le Lundi xxiV" de ce mois^ f ust pendu en Grève à Paris, le Prévost de Sens. Son cri (que j'ouïs) portoit, pour vols, meurtres, ravissemens de femmes et filles, et autres forfaits exécraWes et excès en grand nombre perpétrés par lui. Il estoit aussi chargé d'avoir volé le frère du premier président, ce qu'il nioit si assurément et avec telle impudence, qu'entrant en la charrette, maudissoit là dessus le premier président, le donnant tout haut au Diable avec ceste vilaine adjonction et indigne d'un Chrestien qui s'en va mourir : f... pour lui. Ce qu'il répéta plusieurs fois.
Le Mardi, xxv*" jour St. Marc, la miict en la rue de la
Huchette Aux Trois Chandeliers^ le feu se prist en une chambre^ où il y eust un pauvre garsou bruslé dans son lit jusques à ses entrailles qu'on lesToioit sortir. La chambre fut entièrement bruslée^ et la maison presque toute Tolée par de meschans gamemens qui se fourrèrent avec le grand nombre de personnes qui y accoururent de tous costés pour la secourir au son du toquesain.
Ce jour la conférence fust accordée entre Hons'. d'Éyreux et le S' Du Plessis Homay^ et fust semé à Paris le suivant Sonnet adressé à Mons'. des Portes.
Des Portes, ceste Cour ne nous seroit pas bonne, Les Pages et les Laquais parlent du Sacrement, Ce discours n'appartient qu'aux doctes seulement. Si je voulais douter, f irais à la Sorhonne»
Mais on dit cependant que du Plessis s'estonne. Si Luther et Calvin sortaient du monument, Je croi qu'ils parleraient un peu plus hardiment. Ils n'en sortiront pas, il ne revient personne. L'on n'ouït jamais parlé si ce n'est par destin Qu'un brave cavalier sache St. Augustin.
C'est pourquoi je m'en vois avec mes nouvelles. Aussi bien ces discours n'accroîtraient point ma foy ; n y aja longtemps qu'en l'Eglise je croy.
En amowr seulement je suis des plus rebelles.
MAY
L^E Jeudi quatrième jour du présent mois de May^ la conférence accordée par le Roy entre Mons'. TÉTesque d'Évreux et Mons'. du Plessîs Mornay fust faite à Fontainebleau^ Sa Majesté y séant en personne et y assistant *, de laquelle la victoire fut adjugée à Hons'. d'Éyreux parle Roy mesmes qui en prononça le Jugement contre Hons^. du Plessis; lequel s'estonna^ et pour le dire en un mot^ ne flst rien qui vaiUe. Tellement qu'il s'en retourna chés soi malade de despit et de fascherie; s'ayisant (mais bien tard) de la faute où sa présomption Favoit conduit; pour n'avoir voulu suivre le Conseil de ses amis qui tous Favoient desconseillé d'entrer en ceste Conférence^ prévoians le mal qui en aviendroit encores par la desfaite ne fust si grande qu'on la crioit partout et principalement à Paris ou pour neuf passages de quatre mil qu'il y avoit dans un livre qu'on avoit examinés et réfutés, on publioit la réfutation de toute la religion des Huguenos, qui de leur part eussent volontiers fait gloire d'avoir esté battus et vaincus.
Le Roy a dit depuis à Hons^. Casaubon que la femme duS^ du Plessis, femme fière, présomptueuse, et haulte à la main estott cause du malheur de son mari, et qu'elle
4. Voy. de Thou, l. CXXIIl, t. XIII, p. 445; P.-Cayet, Chron, sept., p. 88.
lui avoit fait faire un faux pas de son ambition. Ce qui estoit bien vrai.
Hais la lettre qu'en escrivist Sa Majesté à Hons^. d'Espanion à Paris^ où tout aussi tost elle fust imprimée^ donna le grand branle au bruict qui en fust espandu partout jusques dans Romme^ où Sa Majesté estoit bien aise de donner ce contentement au Pape^ de pouvoir dire que du Plessis avoit esté vaincu '.
Puis (comme les Princes advisés ont accoustumés de faire) voiant que les Catholiques se prévaloient un peu beaucoup de Favantage qu'il leur avoit donnée et que le fait liroit en conséquence fist le hola entre les parties^ qui ne laissèrent pourtant de brouiller le papier^ et faire rouler sur la presse force beaux et vains discours plus passionnés que vrais^ sans une inOnité d'autres broccards et gosseries piquantes qui furent semées et dites contre Hons'. du Plessis. Ausquelles le Roy (encore qu*on ne s'en deust prévaloir) avoit comme donné entrée^ mesmes par ce dicton que Sa Majesté proféra tout hault :
Qu'un Ajax ne fut jamais hon St. Augtutin.
Ung quidam fist contre lui le sixain suivant :
St. Phàl et du Perron ont la gloire ahaitu De ce Momay docteur et soldai tout ensemble; St, PhcU par le haston, Perron par sa vertu SoM lesquels sa vaillance et sa science tremble,
4. Voy. cette lettre en date du 5 mai et la note de II. B. de Xivrey; Lettres missives, t. V, p. 231.
Se monstrant aux effècts de ce double conibcù Aussi mauvais docteur qu'il est brave soldat.
Le médecin qui estoit à la conférence le voiant malade d'un vomissement dit ces mots :
Caveat sibi ab exitu Arrii.
La rencontre du Roy n'est ici à oublier à celui qui lui dit qu'il n'estoit besoin que ses quatre Secrétaires d'Estat se trouvassent à la conférence pour ce qu'ils n'entendoient pas les langues^ et qu'ils y seroient inutiles. Auquel le Roy répartist sur le champ que s'il le prenoit là^ qu^il ni avoit gens qui y deust plus tost estre appelés qu'eux^ car il ne se trouvera possible (dit le Roy) encores en tout mon Roiaume autres quatre hommes qui entendent mieux les langues qu'eux. Premièrement j'en ay ung qui est bon hebrieu, l'autre est grand grœq, l'autre bon françois, et le quart parle et entend fort bien toutes langues^ mesmes Testrangère.
Le Vendredi v% on sema les suivants contre Hons^ du Plessis.
Si tu n'es pas mieux ervtendu A garder ime bonne place Qu'à ta nouvelle loy de grâce ^ Saunmr sera bientost rendu.
Ne parlons plus de Conférence, Car du Plessis se trouve mal.
Il faut ressusciter St. FhcU Pour recueillir sa conscience.
Le Samedi yi« de ce mois, une femme poictevine^ aagéede 50 ans^ fust pendue en la grève à Paris^ attainte
et coDvaincue d'avoir faict mourir son fruict dans son ventre, par un breuvage qu'elle avoit pris. Ce qu'elle toutesfois ne voulut jamais confesser. Et pour ce qu'elle ne vouloit baiser la croix, ni escouter ung prestre qu'on lui avoit baillé, à cause de la religion dont elle estoit, le peuple la fist depescher promtement, criant qu'on la pendist au premier eschelon.
Sur la fin de ce mois * Mons'. le Febvre *, &. Dormesson et Deaubonne, président en la Chambre des comptes à Paris, fust tué par son mulet comme U revenoit de s'esbattre de son lieu Deaubonne, et y passer le temps avec les Dames, comme il faisoit souvent.
Estant arrivé près la porte St. Martin, il lui prist fantaisie d'aller voir le gibet de St. Martin, où estant seul, les grands chiens de la voirie se ruèrent sur son mulet^ et attaquèrent ses jambes de si près, qu'enfin par ses sauts et ruades il jeta son pauvre maistre par terre, qui en tumbant rencontra une pierre qui lui offensa le tais et la cervelle, et sans une bonne femme des champs qui passant son chemin le reconneust et en advertist aussi tost ceux de sa Maison à Paris, estoit en danger de mourir en ce lieu et servir de pasture aux chiens de la voirie. Estant remporté en sa maison à Paris, il vescut environ ung jour ou deux, et mourust sans sentiment aucun, privé d'esprit et de parole. Il estoit aagé