‹ Journal inédit du règne de Henry iv, 1598-1602, publChapitre 46 sur 68 · Le · texte numérisé non relu

Le

t. Oliner Lelèvre, né le dernier novembre 4525, flls de letn Leièvre et de Madeleine Gaadart.

de '77 ans^ aussi dispost et vigoureux que s'il n'en eust eu que 50 ^

En ce mois mourust^ en sa maison de Goutaine aux Champs^ le Lieutenant Lugoli^ serviteur du Roy^ et qui eust bien servi d'un Tristant l'hermitte à un mauvais Roy^ comme estoit Lois XI qu'il servoit.

Le Vicomte Lalemant^ aagé de quatre vingts ans^ et Madamoiselle du Plessis le Grand, aussi fort aagée, moururent en ce mois à Paris, où il régnait force maladies. Car jusques au xxvi» il fist un temps de Toussaints, et depuis le temps se tourna à un chaud très grand et trop pour la saison.

La nuit du Dimanche de la Trinité le tonnerre tumba sur N. Dame de Paris.

JUING

J^A nuict du Vendredi n" de ce mois, il fist un grand tonnerre à Paris qui continua sans lascher depuis les IX heures du soir, jusques aux quatre du matin. Il tumba en quatre ou cinq endroits, mesmes sur le clocher de l'Église Str Germain de l'Auxerrois où il brisa la moitié de la pomme^ puis tumba dans l'Église sur une

4 . Voy. la Biographie d'Olivier Lefèyre d'Ormesson , par André Lefôvre d'Ormesson, son fils, publiée par M. Gbéruel dans V Histoire de V Administration en France^ t. 1, p. 218, in-8, 4855.

image de la Vierge qu'il brusla avec sa chemise et celle de son petit enfant.

En ce mois S une femme nommée Nicole Mignon, Dame de la Corne de Cerf à St. Denis^ fust pendue en la place de Grève à Paris^ et son corps réduit en cendres, pour avoir voulu attenter à la personne du Roy.

Plusieurs faussaires furent exécutés à mort à Paris en ce mois, et entre les autres ung notaire de la religion de la Rochelle, qui fust pendu à la Croix du Tirouer.

Monsieur le Chancelier avec Messieurs du Conseil partirent de ceste ville de Paris pour aller à Lyon le mardi vi* de ce mois.

Monsieur du Plessis Momay, retiré en son gouvernement, escrivit de Saumur quelques lettres en ce mois, par lesquelles il se complaingnoit de sa fortune et de son désastre.

Les trois suivantes tombèrent entre mes mains, dont je pris copie.

A Monsieur de Loménie.

a Monsieur, je me suis retiré par l'avis de mes amis, par ce que la procédure qu'on a tenue envers moi m'a fait croire que Ton en avoit envie. Si on en parle autie-

4 . Le 4 4. Le comte de SoissoDs avait averti le Roi. Voy. Mémoires de Duplessis Momay, in- 8, 48i4, t. 1, p. 382; P.-Cayei, Chron, sept., p. 94.

ment^ vous sçaurés assés en bon ami en faire comprendre la raison, et de quel visage on peult prendre t^ngé d'un Roy après un tel vacarme. Je passerai donc ici mon amertume le plus doucement que je pourrai, et comme j'espère, ne manquerai point de consolation contre ceste cbeute, certes qui ne peult estre honteuse pour la deflPense de la vérité qu'il est toujours aise de relever, et qui se relève assés toute seule. Périlleuse aussi peu, estant demeuré si humble en mon naturel par la grâce de Dieu, et si bas en ma condition, puisqu'il a pieu au Roy que je ne puis au pis aller estre tumbé que de mon hault, sans estonnement et sans froissure. Mon mal est, qu'es exemples de tant de grands serviteurs de Dieu qui ont esprouvé semblables desfaveurs, je me trouve en un point sans exemple; que ce qui leur restoit de bon de leur faveur leur rendoit leur défaveur plus supportable, dont nous avons ce mot du mareschal de Gié. Qu'à bonne heure lui prist la pluie, au lieu que vous sçavés qu'au bout de 25 ans je me retire sans acquisition, sans bastiment, sans office ni bénéfice, comme si c'estoit le Jubilé de mes services. Désespoir à qui n'auroit servi qu'aux hommes, mais j'ay servi à Dieu, et son loier ne manque point. Aussi ne lairrai-je de servir et souhaitter tousjours toute prospérité à mon Roy; car encores que le soleil nous hasle quelquefois et nous enteste, nous ne laissons pas de reconnoistre que sa chaleur nous est nécessaire. Ainsi à tous est salutaire la vie et la prospérité du Roy, laquelle avec le commung j'aurai à chercher le repos de

la mienne. Mais certes^ il me pardonnera^ si je dis et sans présomption qu'entre ceste influence générale^ je pensois avoir mérité quelque aspect particulier de sa bénignité^ au moins non si rigoureuse de sa colère. Je m'arreste là^ car je craindrois d'esmouvoir la mienne^ et ne me reste que tous prier que vous continués à m'aimer^ quelquefois aussi à me départir de vos nou- Yelles. Faisant estât de moi comme de etc...^ de Sau-* mur, ce tv*. May *.

« Les lettres que le Roy a escrites à Monsieur d'Espar* non ont esté imprimées à Tours, et esmeuvent les peuples partout, et vous sçavés que le feu une fois allumé ne s'arreste pas à point nommé là où Ton veult*. b

A Monsieur de Mavpeou.

a Mons'., j'ay receu avec beaucoup de plaisir vostre lettre du xxix«. May. Le coup de Fontainebleau a semblé quelque chose en l'opinion du vulgaire, mais c'est une iUusion qui passe, qui, tous les jours à l'endroit des esprits solides, rabattra des prétentions de l'imposture et ajoustera au crédit de la vérité. Pour ce qui regarde ma vie, j'ay assés monstre que les plus rares chemins ne m'estonnent points quand j'ay servi les adversités de ce Prince tant d'années. Restoit à estre esprouvé par les prospérités, ausquelles le commung

4. Voj. Mémùireêde Duplesm Momay, U IX, p. 370. 2. Ce paragraphe maiMiue dans les mémoires de Duplessb.

DE HENRY IV (4600). 46i

bruict jugeoit que je devois participer. Dieu ne Ta pas Youlu^ ains le contraire^ pour ce que j'eusse esté pour y succomber. Je m'en remets donc à sa volonté^ et plustost avec plaisir qu'avec patience^ par ce que je m'asseure que les gens d'honneur ne jugeront point de mon mérite par le succès^ par ce aussi qu'il est malaizé que le Roy m'oublie^ quand il se souviendra de soi mesme. Or^ faites tousjours estât que je suis à vostre service; je salue^ Monsieur^ humblement vos bonnes grâces^ et prie Dieu vous avoir en sa Ste. garde. De Saumur, ce m* Juing L »

 Madame.

a Madame^ Vostre Altesse aura ouï parler de ce qui s'est passé à Fontainebleau. Quelques respects m'ont empesché un temps de vous en escrire^ mais si on vous a voulu faire croire^ que j'aye esté attéré en ceste luicte^ trop dure à la vérité contre Tintérest d'un si grand maistre^ je me confie que vous m'en aurés veu vigoureusement résoudre par la force de la vérité, plus puissante toute nue au dessus des rois, pour relever les siens, que ne sont les rois au-dessus du reste des hommes pour l'affaiblir en leur faiblesse.

a En somme, Madame, de cinq mil passages, allégués en ce hvre, accusés de faux, on en a choisi 500, des 500

4 . Cette lettre n'a pas été comprise dans la correspondance de Duplessis. Nous la croyons médite.

on en a tiré 60^ et des 60 examiné 9^ et cependant, sans vous en dire la forme, tous ces passages s'y trouvent, et en termes très clairs et très concluans. Comme vous avés veu, qu'il ni a que l'illusion volontaire qui les puisse révoquer en doute ; tellement que, puisque ce qu'ils prétendent le plus fort se trouve le plus vain et foible, que sera le reste du livre que solidité très esprouvée, et le reste de leurs accusations conséquemment que calomnie toute jugée.

a Or, Madame, je prends par la grâce de Dieu cest opprobre en patience, pour ce que de la main d'où il vient tout est supportable, par ce principalement que c'est l'opprobre du Christ. Peult estre mesme ni apprehendrai-je pas ma condition particulière pour ce que je me confle que Dieu est mon héritage, et ay tousjours estimé que bien heureux est qui peult édifiQer quelque coing de sa maison de la sienne. Ce qui me deult au fonds de l'âme, c'est Madame que chacun connoist par là ce que je n'osois croire, ce qu'encor je veux tascher de disputer contre moi, aussi que je ne puis certes escrire à Vostre Altesse sans souspirs, ni Vostre Altesse lire sans larmes.

a II faut. Madame, généreusement achever ceste course, en laquelle nous louons Dieu, que vous nous estes à tous ung très illustre exemple, pour combattre à l'envi, de douleurs et de douceurs, et qui, au milieu de tout cela, prouverés par vos actions à toute la Chrestienté, que vous préférés les afflictions du Peuple de Dieu aux délices de ce Siècle, résolue (et je n'en doute

point) que si yous souffres ici avec Christ^ vous régnerés là haut avec lui. Mais moi^ certes^ asseuré de plus qu'il vous fera triompher dès ici bas de toutes ces difficultés. Espérance^ à la vérité y contre apparance^ mais Dieu est fidèle et rémunérateur^ et la piété a des promesses de la vie présente^ et de la vie à venir. Aussi la nature mesme veult^ que ce qui est semé avec peine soit enfin moissonné en joye.

a Or^ Madame^ nos Églises sont en prières assiduelles^ qu'il plaise à Dieu magnifier ses bontés en yostre conduite^ et pour moi je le prie ardammant qu'il vous comble de ses grâces temporelles et spirituelles^ vous console contre tous ces prétendus maux^ vous fortifie contre tous ces faux biens, et vous doint^

a Madame^ après tant d'épreuves» en plaine prospérité^ longue et heureuse vie. De Saumur^ ce ivui*" Juin 1 600 ' . »

Sur la fin de ce mois de Juing le Roy partist pour s'en aller à Lyon^ tant pour la guerre quMl s'estoit résolu de déclarer et faire au Duc de Savoye^ au cas qu'il ne satisfist à sa promesse^ que pour l'accomplissement de son mariage avec la Sérénissime Marie de Médicis^ niaice de Dom Ferdinand de Médicis^ Grand Duc de Toscane.

Madamoiselle d'Entragues^ quand elle en parloit au Roy^ ne l'appelloit que sa banquière^ trop effrontément à la vérité et trop impudemment. De quoi Sa Majesté n'estoit contente^ et jà par deux et trois fois l'avoit re-

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