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huit heures du matin^ arrivèrent en ce lieu le Milhord Bucchurst^ grand trésorier d'Angleterre^ commis par la Roine pour présider au jugement comme grand Seneschal. Devant lui marchoient six huissiers^ portant les masses roiales^ les héraux d'armes^ et le clerc de la Couronne. Après yenoient neuf Ck)mtes^ un Vicomte^ et quatorze Barons^ qu'ils appellent ici Pairs^ les huict Juges ordinaires d'Angleterre. Le Conseil de la Roine qu'on appelle Sages^ composé de six hommes^ versés es loix du pays. Le sergent qui est nommé Soliciteur^ et TAtoumé^ comme procureur général de la Roine^ avec plusieurs Chevaliers et Gentilshommes de la Cour.
Le Seneschal prinst sa place sous le dais^ et les Comtes et Barons à ses deux costés. Le reste en divers autres Ueus. Peu.de temps après les prisonniers furent amenés par le Millhord Howard lur Connestable^ c'est à dire garde de la Tour depuis leur emprisonnement^ et marchoit un pas devant le Comte Dessex^ lui et un homme portant une hache dont le dos estoit tourné vers le Comte.
Estant entré dans la salle^ ledit Howard fust appelle par un héraud qui lui dit : Qu'il représentast en ceste assemblée les prisonniers qu'il avoit en garde. Ce qu'il flst; et les mist vis à vis du Seneschal hors ledit parquet, estant tousjours près du Comte Dessexe celui qui tenoit la hache. Ce fait^ le clerc de la Couronne leut la commission que la Roine donnoit ausdits Comtes et Barons d'examiner et juger la cause des dits prisonniers, et audit Burchust d'y présider.
Puis le clerc demanda ausdits prisonniers, de qui ils Touloient estre jugés. Qui respondirent, de Dieu et de leurs Pairs. Lors il commença à faire lecture des chefs d^açcusations, et dépositions des tesmoins. Le premier estoit que depuis trois mois le Comte Dessexe avoit donné charge comme il apparoissoit par escrit de sa propre main, à cinq de ses plus intimes amis à savoir, le Comte de Soudhainton, aux S". Christophle Blond, beau père dud. Comte Dessexe, Jean Danne, Charles DauTers, et Ferdinand George d'aviser et consulter entre eux, lequel seroit plus expédient pour l'avancement du dessein qu'ils avoient de se saisir de la Tour, ou se rendre maistre de la ville, ou aller droit trouver la Roine. Et que suivant cela, les susdits s'estoient assemblés en la maison appellée Divri, et traicté longtemps ceste affaire.
La seconde accusation estoit, d'avoir retenu prisonnier en sa maison quatre Seigneurs du Conseil d^stat à lui envoies de la Roine, et d'avoir commandé qu'ils fussent tués.
Pour le troisiesme chef d'accusation, l'on disoit qu'il estoit sorti de sa maison, accompagné de plusieurs honunes armés, et auroit marché par la ville, esmouvant le peuple à sédition.
Le quatriesme, qu'il avoit empesché de faire la proclamation commandée par la Roine, courant sus aux officiers qui en avoient la charge.
En cinquiesme lieu, que depuis ladite proclamation faite, il auroit continué sa rébellion et seroit allé en la
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maison d'un Chérif (c'est un officier de la YiHe) pour rinduire à faire prendre les armes au peairie.
En sixiesme lieu^ qu'il avoît touIu forcer une des portes de la TiUe, où lui aiant esté fait résbtanœ, il avoit ccMumandé à ses gens de charger, où |dusieurs subjects de la Roine avoient esté tués.
Et pour le dernier, qu'il avoit tenu fort en sa maison contre les commandemens de la Roine.
Le Comte Dessexe avant que respondre» demanda aux Juges, si ce qui estoit IcnsiUe aux moindres d'Angleterre, lui seroit pas permis aussi. A sçavoir de rejetter du moins des Juges ceux qui lui estoient suspects, pour ce que la plus grand part de ceux qu'ils 'vdoient assis pour le juger, estoient ses ennemis. Sur quoi le grand Sénéchal demanda l'avis des juges ordinaires, qui re^ pondirent : Qu'attendu la qualité du fait^ et que les Comtes et BarcMis disans leurs opinions^ avoient aocoustumés de jurer sur leur honneur (qui estoit œ qu'Us avoient de plus cher), il ni avoit lieu de les récuser. Et sur ce le Comte Dessexe entra en deflènse^ déniant tout à plat le premier fût Et ccmibien que l' Atonmé en deust avoir preuve par escrit, elle ne fust produite. Ains on flst lecture des dépositions desdits Seingneurs Blond, Danne et autres que Ton prétendoit avoir conféré ensemble par le commandement du Comte, et de Soudhainton^ qui fust aussi interrogé là dessus qui dirent tous avoir bien entre eux devisé de ladite entreprise, nuds non pas en intention d'en rien exécuter, et qu'il n'en avoit esté pris aucune résolution. Au i* point le
Comte disoit^ que pour la seureté desdits S", du Conseil^ il les avoit fait entrer en une chambre^ voians ses gens esmeus par l'avis qu'il avoit receu que ses ennemis le vouloient venir assaillir^ et que peu de temps après il les ayoit fait délivrer. Sur ce le premier juge^ que Ton nomme chef de justice^ lui dit et soutinst d*aToir esté retenu^ avec les autres Seingneurs du Conseil comme prisonnier^ et gardé par des soldats; et qu'il entendist quelque Toix qui disoit : Qu'il les faloit tuer^ mais ne Youloir asseurer que ce fust la Toix dudit Comte Dessexe. A tout le reste il respondit : Qu'estant adverti de bonne part que Cobham et Raleq avoient entrepris de le tuer^ et qu'ils estoient beaucoup plus accompagnés que lui^ ftist contraint de sortir de sa maison, pour se mettre en plus grande seureté^ et alla cbés le Maire de Londres pour le prier de le prendre en sa garde. Ce qu'il refusa^ puis s'adressa au Chérif ^ qui en fist de mesme. Et voulust retourner en sa maison^ rencontra quelques uns^ n'aians aucune marque de ministres de justice^ qui le proclamèrent traistre par la ville^ ce qu'il ne peust endurer^ ne se sentant coupable d'aucune trahison^ et sur ce qu'il eust adyis que le Comte de Comberland estoit à la porte de Lurquet pour parler à lui de la part de la Roine^ il s'y achemina^ dont il fust repoussé à coups d'harquebouzes : et pourtant se retira par eau dans sa maison^ où il ne s'est point deffendu^ mais bien ne s'est voulu rendre à ses ennemis et à gens qui ne fussent de sa qualité. Remonstrant au reste que la façon dont il avoit usé marchant par la ville sans que
lui ni ceux de sa suite eussent autres armes que leurs espées^ justifloit assés qu'il n'avoit aucune mauyaise entreprise. Après cela^ le Sergent, et FAtoumé de la Roine^ et un nommé Baccon qui est du sage ConseU^ accusèrent Tun après l'autre ledit Comte Dessexe^ amplifians les chefs d'accusations de raisons^ et d'exemples; en y adjoustans plusieurs autres faits dont ils le chargèrent^ mesmes l'Âtourné qui l'accusa d'avoir affecté la Couronne d'Angleterre et d'intelligence avec le Tiran dlrlande^ les Hespagnols^ le Roy dEscosse^ les Puritains^ les Jésuistes^ les Catholiques^ calomnié les actions des fidèles Ministres de la Roine^ flatté le peuple et recherché sa bonne grace^ le tout au préjudice de l'Estat. Ce que le Comte réfuta fort^ et s'en purgea assés suffisamment. Puis led. Latourné lui demanda : Quand il fust venu à bout de son entreprise^ et qu'il eust occupé le logis de la Roine (ce qui ne se pouYoit faire sans espandre beaucoup de sang)^ quel estoit son desseing? n respondit : de se jetter aux pieds de la Roine^ pour lui faire entendre plusieurs choses très importantes à son estât et honneur^ particulièrement les desservices que lui faisoit Corbham^ Raleq et Secile^ lui desguisans toutes les affaires^ et ne permettans qu'aucun approchast d'elle qui ne fust à leur dévotion. Sur ce^ ledit Corbham demanda que ledit Comte eust à déclarer particulièrement en quoi il prétendoit^ qu'U eust offensé le publiq^ ou seulement son particulier^ dont ledit Comte estant sommé par le Seneschal dit : Qu'il n'estoit en estât d'accuser personne. Ledit Raleq en
flst de mesme. Et pour ce que led. Comte lui soustenoit qu'il avoit entrepris de le tuer^ ledit Raleq s'en rapporta au tesmoignage de Ferdinand Geoif^es qui dit : que le jour de Fesmotion il avoit trouvé led. Raleq le matin en son logîs^ peu accompagné qui l'avertist de quitter le Comte Dessexe pour ce que son entreprise estoit descouyerte^ et lui conseilla qu'il s'en yinst à la Cour avec lui. Ledit Cécile aussi se présenta qui se plaingnoit d*estre faussement accusé par le Comte^ contre lequel il parla longuement^ l'appellant plusieurs fois traistre^ à quoi ledit Comte respondit qu'il triompboit de lui., et qu'il y avoit longtemps que par ses faux rapports^ il s'estoit essayé de l'emmener en ce lieu où il le voioit. Et d'autant que ledit Cécile pressoit le Comte des intelligences qu'il prétendoit qu'il eust avec le Tiran d'Irlande et les Catholiques du pays pour s'emparer de l'Estat^ le Comte lui dit^ que c'estoit lui mesme qui vouloit establir l'infante^ et qu'il l'avoit dit à un des Seingneurs du Conseil; que son droit estoit le meilleur. De ces paroles ledit Cécile s'esmeust fort et dit : qu'il ne feroit jamais service à la Roine en sa charge^ que la vérité n'en fust congneue^ requist que ledit Comte nommast celui duquel il le tenoit^ dont ledit Comte flst difficulté^ disant^ que le Comte Soudhainton en avait bien ouï parler. Lequel interrogé dit^ que le Comte Dessexe lui avoit dit^ et que c'estoit le S'. Ruelles^ son oncle^ qui lui avoit tenu ces propos.
On fist incontinent venir ledit Ruelles^ qui dit qu'autres fois^ ledit Cécile lui avoit dit^ que les bannis d'An-
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gteterre escrivoient des liTres touchant les droits de eeux qui prétendoient succéder à la Couronne et les «QYoioit en ce pays^ et qu'il en estoit tumbé plusieurs aitre ses mains qui préféroient le droit de Tinfenteaux autres. Led. Cécile avoua qu'il pouvoit avoir tenu œ langage^ comme il estoit notoire à tous que tels moiens couroient en ce pays, et qu'à cause de sa charge il en avoit tousjours des premiers, mais tant s'en falloit qu'il eust jamais parlé en faveur de l'infante, qu'Q abborrrât et détestoit ceste nation Espagnole plus que les diables mesmes, et s'estendit avec tant de véhémence sur ce subject que quelques uns des députés de la Paix ont dit qu'ils craingnoient que cela préjudiciast à leur traicté.
Ce fait l'Âtoumé et Baccon reprindrent leurs accusations, comparans le Comte Dessexe au feu Duc de Guise, et que s'il eust pu s'emparer de la personne de la Roine, il l'eust conservée tant qu'U en eust eu besoing pour son establissement, puis se fust mis en sa place.
Après, ledit Comte parla d'oraison continue, et rendist compte de toutes ses actions passées, mettant en avant les grands services qu'il avoit faits à la Roine, et à l'Estat, qui méritoient bien que ses déportemens fussent autrement interprétés que ne prétendoient ses ennemis, qui le vouloient opprimer sous l'apparence des loix et de la Justice. Et fust remarqué qu'en tout ce qu'il avoit dit, il ne s'estoit point soubmis à la miséricorde de la Roine.
Le Comte Soudhaintmi parla fort bien aussi, et meost
à pitié qadques-tms des Juges^ dont n'est besoin faire mention particulière^ pour ee que cela résulte des deffenses du ecMnte Dessexe.
Et après le Conseil leur demanda s'ils avoient antre chose à dire. Aians respondu que non, le grand Seneschal commanda aux Comtes et Barons de se retirer^ et juger la cause^ selon qu'ils verroient estre bon. Ce qu'ils firent etestans assemblés en une chambre proche de là^ mandèrent les juges ordinaires d'Angleterre^ pour estre instruits de ce que les loix du pays ordonnoient en telles affaires. Et après avoir conféré tous ensemble l'espace d'une heure^ retournèrent en leurs places.
Lors un héraud les appella les uns après les autres par leurs noms, et conune chacun d'eux esloient nommés, ils se levèrent, et faisans une grande révérence au Seneschal, disoient ces mots, « Guiltei usson mi konner, »— c'est à dire— tl est coupable sur mon honneur. Les voix ainsi dcmnées, le Seneschal parlant au Comte Dessexe, dit zYous voies que vos Pairs vous condamnent, et sur ce, lui prononça le jugement de mort, lequel fini, le Comte dit : c Amen. » Et pour ce que le jugement portoit, que son corps seroit mis en quartiers, le Comte dit, que si on les eust laissés ensemble, ils eussent peu faire quelque service à l'Angleterre. Que sur son salut, il ne lui estoil jamais tnmbé au cœur d'attenter à la personne de la Roine ni de l'Estat, mais bien d'empescher ses ennemis qu'ils ne le ruinassent, comme ils avoient délibéré; qu'il prioit aussi qu'il fust rapporté à la Roine, qu'il lasupplioit de n'imputera désobéissance.
s'il n'imploroit sa miséricorde ni sa grâce^ pour ce qu'il estoit las de vivre^ et désiroit^ comme il avoit souTent exposé sa vie pour son service^ la sacrifier à ce coup pour tesmoignage de sa fidélité et obéissance.
Hesme jugement fust prononcé au Comte Soud* hainton^ sur quoi le Comte Dessexe supplia les juges d'y adyiser mieux^ et qu'il n'estoit aucunement digne de mort et dit tout ce qu'il peut à sa descharge et de ceux qui l'avoient suivi.
Les condamnés furent ramenés à la Tour par le S'. Howard; aiant celui qui portoit la hache devant le Omite Dessexe^ le tranchant d'icelle tourné vers sa face^ en signe de condamnation.
La contenance dudit Comte a esté merveilleuse^ n'aiant en toute cette action qui dura huict heures monstre aucun estonnement ni trouble quelconque d'esprit^ ains tousjours parlé avec une grande asseurance et disertement. Et ouï son jugement ^ sans qu'on ait apperceu ni en son visage^ ni en sa contenance aucune altération^ et disoient aucuns que s'il eust esté aussi résolu à mal faire^ comme il a esté à bien dire^ qu'il n'en fust jamais venu là.
Retournant à la Tour^ le peuple ne se pouvoit tenir d'en dire du bien et de le plaindre. Aussi y eu U bien d'avantage à Londres de ceux qui se sont ofiPensés de ce jugement que non pas des autres qui l'ont approuvé. Hais quoi? Ce sont partialités qui sont tousjours dommageables à ung Estât.
Ijg Comte de Rutland n'est point encores jugé et tient
on qu'il sera doucement traicté tant pour sa jeunesse que pour ce que ses biens sont substitués. Il y a trois jours qu'un Gentilhomme nommé Thomas Lés a esté exécuté à mort en ceste ville pour avoir dit entre ses amis^ que s'il eust peu trouver six hommes seulement aussi résolus que lui^ qu'ils eussent fait entendre à la Roine l'innocence de ces pauvres Seingneurs^ et la grande perte qu'elle feroit en leur mort. Et quand il en eust deu mourir^ qu'il estoit délibéré de le dire à Sa Majesté. Comme de fait il fust prist un soir assés tard près la chambre de la Roine^ et disoit qu'il lui vouloit présenter une requeste. L'aiant entrepris de son propre mouvement^ et n'aiant esté en aucune sorte trouvé compris au fait du Comte Dessexe ni prouvé contre lui aucune chose que ce que dessus^ aussi ne l'a il jamais dénié; mais librement confessé et en la prison et au supplice.
Noms des Juges qui ont assisté au jugement des Comtes Dessexe et Soudhainton.
Le milhord Boucchuost^ grand trésorier d'Angleterre^ ordonné par la Roine pour y présider comme grand Seneschal d'Angleterre.
Les Comtes et Barons :
Offord, Darby, Cherosberi^ Yuoccherster^ Grey, Compton^ Stafford; Lumley^ Sussex^ Comberland^ Hartford; Lincoln^ Nottingham, Bindon (Vicomte)^ Horlez^ Burgley^ Hunsdon^ Ritche^ Chaudes^ La Yuaye^ Daray^ Cobhan, Vuindsori^ Hovard.
Outre les saœomméS; seuls juges en cette cause, y estoient les hauts juges ordinaires d'Angleterre^ pour leur servir de Conseil en ce qui touchoit les loix du pays^ à sçayoir^ le Chef de Justice^ le Chef des C(»nmuns plaids^ le Chef Baron de l'Eschiquier et dnq autres.
Pour la Roine y estoient : le sage ConseU composé de six hommes de Loix; — ^le Sergent et Latoumé de ladite Dame^ le clerc de la Couronne.
Six huissiers portans les masses roiales deyant le grand Séneschal et les Hérauds en armes.
Jugement prononcé par le grand Conseil.
Puisque vos Pairs vous condamnent^ je prononce que vous estes traître^ et comme tel^ vous serés traîné sur une claye^ jusques au lieu de Fexécution^ où vous serés pendu jusques à demi mort^ et la corde couppée, vous verres vos membres divisés en quatre parts, et vostre teste sera mise sur un Pau, en tel lieu qu'il plaira à la Roine.
L*Ezécution.
Lb Mercredi xxv^* Février 1601 ,sur les huict heures du matin fiist exécutée la sentence de mort donnée contre le Comte Dessexe dans la Tour de Londres, ou aiant esté dressé un eschaflàut au milieu de la cour, et près d'ioelui ung banc, où s'assirent les Comtes de Gomberland et de Haieford, le S'. Thomas Hauvart, Connestable, ou
gouveroeur de la Tour, le Vicomte de Vaindon, le S'. Darsy, le S'. Campton et le S'. Paieton, lieutenant de lad. Cour accompagné de seize hommes de la garde. On envoya quérir ledit Ck)mte Dessexe qui vinst vestu d'une robbe de veloux figuré, et d'un habit de satin, avec un chapeau de feutre, le tout noir et une petite fraize.
Estant arrivé près deFeschaffaut avec trois ministres «^voir le docteur Hainford, le docteur Mainloint et le S'. Dainscheton, ostantson chapeau, salua lesditsSeingneurs et leur dit ce qui s'ensuit :
« Messieurs, et vous mes frères en Jésus Christ, qui estes tesmoins de ce mien juste supplice, je confesse à la gloire de Dieu, que mes pecchés sont en plus grand nombre que ne sont les cheveux de ma teste, que j'ay employé ma jeunesse en folie, luxure et toute impureté et que je suis un misérable peccheur; que j'ay esté enflé de vaine gloire, et de l'amour des plaisirs, et que nonobstant plusieurs bonnes inspirations que l'esprit de Dieu mettoit en moi, je n'ay fait le bien que j'ay deu et voulu; mais le mal que je ne devois ni ne voulois. Pour lesquelles causes je te supplie, ô Christ, mon Sauveur, d'estre mon médiateur envers la Majesté éternelle, pour impétrer mon pardon, spécialement pour ce mien dernier pecché, auquel pour l'amour de moi tant de geos se sont abandonnés à offenser Dieu, le monde et leur Souveraine Je vous supplie, mon Dieu, BOUS le vouloir pardonner à tous, et à moi sur tous le plus coupable. J'en sui^lie aussi Sa Majesté, son Estât
et tous les ministres d'icelui. Je prie Dieu donner à la Roine un règne heureux si telle est sa volonté. Seigneur 1 bénis la^ et sa noblesse^ tous ses ministres et officiers de son Estât. Seingneur Dieu I octroie lui un esprit de sagesse et d'intelligence^ que le monde ait une charitable opinion de mes desseins et intentions envers elle^ à la mort de laquelle je proteste que je n'ay jamais pensé ni à faire aucune violence à sa personne. Je prie aussi tout le monde me pardonner, comme franchement et de bon cœur je pardonne à tout le monde. Je n'ay, grâces à Dieu, jamais esté Athéiste pour n'avoir creu à sa parole, ni Papiste pour mettre ma fiance en mes œuvres, mais j'ay attendu mon salut de Dieu seul parla grâce et les mérites de Jésus Christ mon Sauveur. J'ay esté nourri en ceste foy, et j'ay vescu et maintenant suis prest d'y mourir, vous suppliant tous de disposer vos âmes en prières avec moi, à ce que mon âme^ lorsque je prierai, puisse estre enlevée pardessus toutes choses terriennes, car je m'en vais maintenant prier à part moi. Toutes fois pour que je désire que vous priés aussi avec moi, je crierai haut, à ce que me puissiés entendre. »
Lors, il mist bas sa robbe, son chappeau et sa firaise, et se présentant devant le bloc, un desdits ministres s'approcha pour l'encourager ce sembloit, contre la crainte de la mort , auquel il respondit : Qu'ayant esté plusieurs fois en lieu de danger, où toutesfois la mort n'avoit jamais été si présente, ni si certaine, il avoit senti la foiblesse de sa chair, et pourtant main*
tenant en ce grand combat^ il prioit Dieu de le fortifier.
Lors l'exécuteur s'enclinant, lui demanda pardon^ auquel il dit : Je te pardonne^ tu es ministre de la justice. Ainsi s'estant mis à genoux^ commença sa prière en disant : Dieu, Créateur de toutes choses, et juge des hommes, tu m'as fait sçavoir par ta parole que lorsque nostre fin est plus prochaine, c'est lors que Sathan TeiUe le plus, et que si on lui résiste, il s'enfuit. Je te supphe,Monseingneur mon Dieu, dem'assister en ceste dernière complainte, et puisque tu acceptes nos désirs, aussi bien que nos œuvres, accepte le désir que j'ay de lui résister, comme si je lui avois deuement résisté, et supplée ta grâce, ce que tu vois dans ma chair de fresle et d'imbécile. Donne moi patience, mon Dieu, pour supporter comme il convient ceste juste punition qui m'a esté imposée en un jugement si favorable. Octroie moi la résolution intérieure de ton esprit parfait. Que ton esprit selle en mon âme l'asseurance de ta vérité, eslève mon âme par dessus toutes terrestres cogitations. Et quand ma vie et mon corps viendront à se séparer, envoie ton bon ange qui puisse recevoir mon âme, et la porte aux joies de Paradis.
Après, aiant prononcé la prière du Seingneur et Sa créance, il réitéra ceste requeste : Seingneur Jésus pardonne nous nos ofibnses, pardonne Jésus, reçoi mon âme en tes mains. Seingneur Jésus! je te remets mon esprit. Et ainsi après avoir demandé à l'exécuteur ce qu'il falloit qu'il fist, son pourpoint estant bas, et ne lui
restant sur son dos qu'une camisole d'escarlatte, il se disposa vers le bloc^ et avertit l'exécuteur qu'il lui feroit signe en estendant les bras. Puis s'inclinant vers le bloc^ il dit : En humilité^ et en obéissant à ton ordonnance^ à ton bon plaisir, ô Dieu ! je me prosterne à ma peine méritée. Ce disant il s'estendit sur Teschaffaut avec sa teste sur le bloc, et estendant ses bras, dit ces derniers mots : Jésus reçoi mon âme. Et à l'instant la teste se vid séparée du corps, et du premier coup de hache, fust privé de vie et de tout mouvement *.
Le Dimanche xxv* de ce mois, advinstà St. Germain en Laye, où estoit le Roy, qu'un Gentilhomme gascon nommé Dantiran, voulant entrer avec ses galoches contre les défenses qu'en avoit fait le Roy, dans la chambre de Sa Majesté, fut repoussé par un des gardes, en sorte qu'il fust contraint de laisser ses galoches à la porte. De quoi le gentilhomme se sentant offensé, aiant rencontré deux heures après son archer des gardes, lui donna deux soufflets, lequel sans autrement s'en revencher, en alla faire sa plainte au Roy. Lequel aiant fait venir tout aussi tost le gentilhomme, lui dit, que s'il ne Teust recongneu pour ung enragé, il lui eust fait tout à l'heure couper la teste. Au reste qu'il ne se trouvast jamais devant lui, s'il ne vouloit estre incontinent pendu, et le bannist de sa cour à perpétuité. Et quant à celui des gardes, pour ce qu'il n'avoit tué le Gentilhonune,
I , Tout ce procès est rayé sur le manuscrit.
comme il pouvoil et devoit faire^ Sa Majesté après Ten avoir rudement tansé et baffoué, lui en flst faire amende honorable les genouils en terre.
Le Mercredi xxviii' de. ce mois, sur les sept heures du matin, un nommé du Breuil Chalinot^ faisant profession de la Religion, et pour cest effect nommé par la province de Poictou, fust receu en la Gourde Parlement de Paris, sans autre examen que d'un long discours qu'il flst sur sa loy, qui estoit la première du tiltre de Pignoratitia Actione au Code, et ce pour avoir esté bien quarante ans advocat plaidant et consultant, avec preuve notable de sa suffisance, et entra dès ce jour dans la seconde Chambre des Enquestes.
Ce jour, une grande maison de pierres de taille, située près la porte St-Jacques, fondit ; en ses ruines furent ensevelies trois personnes. Tune desquelles y demeura morte, et les autres fort blessées, en furent tirées vifves.
En ce mois de Mars, se voioit un cheval à Paris, qui estoit à ung Escossois qui lui avoit appris une infinité de tours de passe-passe, au grand estonnement de tous les spectateurs. Le cheval estoit de moienne taille, de couleur baye, Guilledin d'Angleterre, aagé d'environ 12 ans. Iirappelloit Horaco. Il alloit quérir tout ce qu'on lui jettoit en la place, et Tapportoit tout ainsi qu'eust fait un barbet. Il sautoit tout ainsi qu'un singe> se tenant tantost sur les deux pieds, sur lesquels il marchoit, tantost en avant, tantost à reculions, cheminant aussi à genouils, ayant néantmoins les deux pieds de derrière tous droits.
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Or^ Toici une partie de ses souplesses^ tesraoingnée par une infinité de gens d'honneur qui les lui ont yeu faire, et entre autres par un mien ami qui les lui yid faire le Jeudi xxu* de ce mois^ au Lyon d'Argent en la rue St. Jacques.
Son maistre lui commanda d*aller amasser un gand qu'il avoit jette en la place et le porter à celui de la compagnie qui avoit des lunettes, ce que le cheval flst tout aussitost, s'adressant sans se tromper à un jeune homme de la compagnie qui les avoit devant les yeux, n lui commanda après de porter le mesme gand à ung de la compagnie qui avoit un manteau de peluche, ce qu'U fist. ^
Pour tesmoingnage aussi que ce cheval connoissoit les couleurs par la dextérité de Fart de son maistre, qu'on n'a jamais peu déscouvrir, il lui dit qu'il portast le gand à une damoiselle de la trouppe qui avoit un manchon de veloux vert, ce qu'il flst sans faillir, encores qu'elle fust tout au bout de la salle, après lui envoia porter à un autre qui en avoit un violet, et ainsi de plusieurs autres auquel il ne faillist jamais.
Après cela son maistre lui ayant couvert les yeux d'un manteau, demanda à trois de la compagnie trois pièces d'argent ou d'or. On lui bailla un sol, un quart d'escu, et un escu ; ayant mis ces pièces dans un gand, il osta le manteau de devant les yeux de son cheval, et lui demanda combien il y avoit de pièces en ce gand là. Le cheval frappa trois coups de pied en terre, pour
monstrer qu'il y en ayoit trois. Il lui demanda combien il y en avoit d*or. Il frappa seulement un coup^ pour monstrer qu'il n'y en avoit qu'une^ et deux de l'autre pied pour dire qu'il y en avoit deux d'argent. Il l'interrogea encores pour savoir combien de francs valoit l'escu; ledit cheval frappa trois coups de pied en terre, mais pour ce que c'estoit un escu d'or^ lequel estoit le poidS; il lui demanda combien entre les trois francs^ il valoit de sols. Le cheval frappa encore quatre coups, dénotant les quatre sols, ce que l'escu valoit lors à Paris. Pour un teston il frappa quatorze coups, et pour monstrer le demi, leva à demi le pied. Pour le quart d'escu, frappa quinze coups en terre.
Son maistre , après fist apporter un jeu de cartes, lequel après avoir bien remué, il présenta à un de la compagnie pour tirer une carte. Il tira un cinq de piques noir. Il commanda à son cheval de donner autant de coups en terre qu'il y avoit de points en la carte, et si elle estoit rouge de frapper du pied droit, si noire du pied gauche. Le cheval incontinent sans hésiter frappa cinq coups du pied gauche en terre.
n lui dist après, qu'il eust à marcher comme pour mener une Damoiselle. Alors le cheval fist deux ou trois tours par la salle, allant tout doucement l'Amble. Cela fait il lui commanda de marcher, comme s'il eust mené un valet. Ce cheval commença lors d'aller un trot rude et fascheus. Il lui demanda par après, comme il feroit si un escuyer estoit monté sur lui. U commença lors à faire courbettes aussi justes qu'un cheval eust
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sceu faire^ et à faire bons^ passades et autres tels sauts qu'on fait faire aux chevaux de manège.
Puis son maistre le rudoiant^ par ce (lui disoit il) qu'il ne vouloit rien faire, le menassa de le donner à un chartier qui le feroit travailler et si le battroit tout son saoul. Cest animal monstra par ses gestes^ qu'il ne le Youloit points et se laissa tumber en terre^ comme s'il eust esté bien malade. Il fust longtemps aiant les jambes toutes roides si qu'on l'eust pris pour estre mort^ tant il le contrefaisoit bien. Son maistre qui le fouloit aux pieds, dit, qu'il lui pardonneroit, pourveu que quelqu'un de la compagnie demandast pardon pour lui. 11 y eust un jeune homme rousseau qui estoit au bout de la salle qui le pria de lui pardonner. Le maistre Qst lors lever son cheval, et lui enjoignist d'aller remercier ceste barbe rousse, qui avoit obtenu son pardon, ce que le cheval fist incontinent, mettant la teste en son manteau, dont tous furent estonnés, croians la pluspart que c'estoit par magie.
Après, il lui dit, qu'il le vouloit mettre à la poste, à fin de lui desgourdir les jambes, puisqu'il ne vouloit rien faire.
Le cheval pour monstrer qu'il ne pouvoit y servir, leva une jambe en haut, et feignant avoir mal ne marchoit que de trois pieds.
Il lui commanda d'estemuer trois fois. Ce qu'il fist, il lui dist après qu'il eust à rire, ce qu'il fist en monstrant les dents et chauvissant des oreilles.
Aiant donné un gand à un homme de la trouppe, il
lui commanda de le lui amener par son manteau. Ce que le cheval fist, et encores que l'autre n'y voulust aller, il Testreignist si fort avec les dents qu'il l'amena à son maistre, comme il faisoittous les autres que son maistre lui commandoit, les lui désignant par quelque marque, comme de pennaches de couleur, mesme par des sacs de papier, que ce cheval alloit chercher jusques sous leurs manteaux.
Après une infinité de semblables toyrs de passe-passe, il lui fist danser les Canaries avec beaucoup d'art et dextérité. Et pour le dernier, aiant fait un huict en chiffre sur un gand avec une espingle, il Tenvoia chercher à celui qui Favoit, lequel il trouva incontinent; et lui commandant de frapper autant de coups en terre que le chiffre valoit, il frappa justement huict coupiâ, comme s'il eust veu le chiffre, et en eust entendu la valeur.
Le magistrat, estimant que les tours de ce cheval ne se pouvoit faire que par magie, avoit quelque temps auparavant emprisonné le maistre et séquestré le cheval, mais aiant depuis conneu que ce n'estoit qu'art et industrie, le fist eslargir, avec permission de le monstrer où il voudroit. Cest Escossois asseuroit qu'il ni avoit cheval auquel en un an, il n'en apprist autant.
Le Jeudi xxix* de ce niois, ung nommé Âccacioli, qui avoit esté à madame du Maine fust pris pour avoir voulu attenter à la personne du Roy, et envoie prisonnier à la Bastille.
216 JOURNAL DU RËGNE
AVRIL
JLe Lundi ii'' de ce mois^ mourust à Paris un clerc du greffe nommé Bélanger^ que j'avois yeu au Palais le Samedi de devant.
Le Jeudi y"" de ce mois^ Messire Henri de Bourbon^ Prince de Condé^ ayec madame Catherine de la Trimouille sa mère^ se trouvèrent en Faudience en la grand Chambre^ où M' Loys Dollé leur advocat plaida une cause pour eux contre madame de Caumont^ fille de feue madame la Hareschale de St. André^ qui vouloit faire casser et révoquer une donation de la terre de Valeri qu'en l'an 4563 ladite Hareschale avoit laite à feu Messire Loys de Bourbon son grand-père.
Au commencement de l'audience, Hons'. le Prince s'assist sur les fleurs de lis, tenant son premier lieu de Pair, jusques à ce que sept ou huict causes du RoUe ayant esté appellées, il descendit en bas quand on voulut plaider la sienne, après avoir fait cinq révérences, une au premier Président, l'autre, aux deux autres Présidens, la troisiesme à Messieurs les Evesques de Noion et de Beau vais. Pairs de France, la quatriesme aux Conseillers d'Église, et la dernière aux Conseillers Laies.
Le Samedi vu* de ce mois, madame de Longueville *,
4. Marie de Bourbon, duchesse d'Estouteville, veoye de 4* Jetn de Bourbon, duc d'Enghien ; 2o François II de Clèves, doc de Ne^
aagée de 63 ans^ mourust à trois heures après-midi dans la ville de Pointoise^ après y avoir gangné le Jubilé. On disoit que Tennui qu'elle avoit pris de la mort d'un gentilhomme nommé Honchevreuil^ qu'elle ai^ moit fort^ décédé trois semenes auparavant^ lui avoit avancé ses jours ^
Le Lundi ix% on célébra dans la grande Eglise Nostre Dame de Paris les Vigiles de la feue Roine douairière, Loyse de Vaudemont, veufve du feu Roy Henri III* décédée à Moulins^ le lundi 39 Janvier, où la Roine et toutes les Princesses assistèrent, avec la Cour de Parlement et les autres compagnies. Et le lendemain y fust fait le service solennel avec Foraison funèbre par M**. René Renoist qu'on disoit y avoir fait rire les femmes au lieu de les faire pleurer.
Le Hardi x« de ce mois, M«. Canaie, Seingneur de Fresnes % Conseiller d'Estat, flst abjuration publique dans l'Eglise des Capussins à Paris, de la religion en laquelle il avoit esté eslevé, nourri et vescu, et pour la
vers; 3» Léonor d'Orléans, duc de Longueyille. Elle était fille de François de Bourbon, comte de Saônt-PoU et d*Adrienne d*Estouteyille.
4. La date de la mort de cette princesse, indiquée au 7, au 49 ou au 28 avril, étoit inconnue. Yoy. Mémoires de LestoHe, édit. Mich. et Pouj., p. 325, note de M. Ghampollion.
2. Philippe Canaye, sieur du Fresne, né en 4554 , fils de Jacques Canaye, célèbre avocat. Il remplit plusieurs missions en Suisse, en Angleterre, à Venise, et mourut le 25 février 4640. Yoy» Lestoile à cette date, p. 559, et le jugement qu*il en porte.
profession de laquelle il avoit enduré et souffert beaucoup. Au reste^ homme qui avoit grande créance entre ceux de ce parti qui le tenoient pour habile homme^ et desquels il tiroit bons appointemens et pensions^ dont (ainsi qu'on disoit) il ayoit bien affaire. Estant plus ambitieus que riche. Ce qui le faisoit tourner du costé où il Yoioit que le vent donnoit plus à propos pour la commodité de ses affaires.
L'après disnée de ce jour, il alla voir Mons'. le Hareschal de Bouillon, lequel sur le fait de sa nouvelle conversion qu'il lui vouloit justifier, et faire trouver bonne lui dit : qu'il ne croyoit point que les mouvemens d'ung St. Pol encores moins les eslans du St. Esprit l'eust poussé à faire ce qu'il avoit fait, mais bien la commodité particulière de ses affaires. Sur lesquelles toutesfois, voire sur lui mesme, et sur tous ses desseins^ en tant que la parole de Dieu estoit tousjours une et véritable, et qu'elle ne pouvoit tromper ne mentir, il lui osoit bien prédire, encores qu'il ne fust prophète^ ni fils de prophète, un jugement de Dieu terrible et espouvantable comme il estoit à tous ses ennemis. Ausquelles paroles ledit de Fresnes ne répliqua rien, et prenant congé de lui s'en alla.
Il alla voir après Hons^ le Président de Calignon, qui estoit un de ses meilleurs amis, auquel il dit qu'à grand regret il les avoit quittés. A quoi l'autre repartist sur le champ : Qu'il ne trouvoit point cela estrange, pour ce que celui qui quittoit Dieu pouvoit bien quitter ses amis. Il en alla voir tout plain d'autres qui le payèrent
de mesme monnaie. Ung advocat du palais^ à qui on Touloit persuader d'en faire autant^ dit : Que Canaie estoit descendu des tainturiers et qu'il prenoit toutes couleurs.
Le Dimanche auparavant^ le Roy avait dit àMons'. le Chancelier qu'il vouloit rappeller de Venise le Président de Villiers, et y envoyer en sa place de Fresnes, qui estoit Conseiller d'Estat de Sa Majesté^ et qu'il eust à lui en expédier promptement la Commission. Auquel Mons'. le Chancelier respondit qu'il n'avoit encores fait sa profession (de la religion catholique)^ et qu'il y avoit longtemps qu'il la marchandoit. Que cela ne vous en empesche points dit le Roy, car cela vaut fait. Il est catholique dès ceste heure que je parle, je le sçai bien.
Le Mercredi xi* de ce mois, furent pendus et estranglés, en la place de Grève, trois larrons de nuict qui avoient volé tout plain de maisons* à Paris, entre les autres, celle de Mons'. de S^ Marthe, Avocat en la Cour. Ils furent jugés par Mons'. Lalemant, Lieutenant criminel, et portant en leurs escriteaux : Larrons de Nuict. Il y avoit une recelleuse de leur bande qui eust le fouet au pied de Teschelle, qu'on eust bien de la . peine à sauver des mains du peuple qui la vouloit assommer. Finablement elle se sauva dans la maison du Lieutenant criminel, la femme duquel la fist évader par une porte.
Le Jeudi xii"" de ce mois, ung gentilhomme nommé le baron de Roquetaillade, catholique, envoia, sur de fort légères paroles, ung outrageus desfy à un gentil-
homme de la Religion nommé Vignoles, qui estoit à Mons'. de Bouillon , et l'assigna pour se trouTer au Marché aux Pourceaux. Lequel estant empesché avec Hons'. de Bouillon^ son f rère^ qu'on nommoit la Nauve^ qui estoit aussi de la Religion, s'y youlust trouver pour lui : et de fait s'y estant rendu sur les neuf heures du matin avec une petite espée fort courte, volant que Roquetaillade en avoit une fort longue, lui dit que les armes n'estoient pareilles, mais s'il le vouloit accommoder d'un poingnard , qu'il se battroit tout à l'heure. Sur quoi aiant jet té ungescu à un laquais pour en aller quérir un, Taiant receu; s'estans commencés à battre, après que la Nauve eust receu une petite estafilade au visage, se rua d'une telle impétuosité sur son ennemi qu'il lui planta son espée et son poingnard dans le ventre et le laissa mort sur la place, et incontinent après s'en alla avec Hons'. de Lussans trouver Sa Majesté, armé de l'outrageus desfy que l'autre avoit envoyé à son frère, lui demandant sa grâce. Laquelle il obtinst, pour ce que le Roy connoissoit ledit Roquetaillade pour un fol et un querelleur.
Le Samedi xiui% une jeune garse aagée d'environ % ans ou environ, nativfve de Trois en Champagne, fust pendue et estranglée en Grève pour avoir tué de ses deux mains deux de ses enfans.
En ce temps le Roy passant, etc. *.
Le Lundi Absolut xix' de ce mois, M* René Benoist,