Cette dernière phrase est raturée sur le manuscrit
après avoir voiagés par divers provinces de l'Europe, arrivèrent à Paris, où ils apportèrent les premiers les nouvelles d'un très grand remuement en Angleterre par le Comte Dessexe.
MARS
/\u commencement de ce mois, arrivèrent à Paris les Ambassadeurs de FArchiduc et de l'Archiduchesse pour congratuler le Roy de l'heureux mariage de Sa Majesté, à laquelle ils firent de beaux présens de très riches tapisseries. On disoit à la Cour que ce n'estoit qu'un accessoire de leur volage et qu'ils venoient pour traicter avec Sa Majesté sur quelques terres enclavées dans TArtois qui avoient autrefois esté engagées pour 300 mil escus, que Sa Majesté vouloit retirer en paiant ceste somme. Le principal de ces Ambassadeurs se nommoit dom Roderiguo di Lasso, capitaine des gardes de FArchiduc, et l'autre estoit un Hespagnol qu'on lui avoit donné pour adjoint. Us furent logés à THostel de la Roine et desfraiés par Sa Majesté les treize jours durant qu'ils séjournèrent à Paris.
Le VI' Mars, jour de Quaresme prenant, quelques Princes et Seingneurs, en nombre de 22, tirèrent la quintaine sur le pont Nostre Dame à Paris en présence du Roy, de la Roine et de toute la Cour. Us estoient tous masqués et vestus diversement, montés sur de très
beaux chevaux^ fort à leur avantage. Il y eust des coups de lance tirés^ et des combats à l'espée blanche : les cavaliers estant armés de toutes pièces.
Les principaux d'entre eux estoient. Messieurs le Duc de Nevers et d'Aiguillon, le Prince de Jainville^ Messieurs de Rohan^ de Soubise^ Le Grande de Termes^ Moret^ MarillaC; TraneU et quelques autres, n y eust si grande affluence de peuple à voir ces beaux mistères^ qu'un homme y fust estouffé et mourust en la presse^ et plusieurs autres furent blessés. Mais tout estoit de Quaresme prenant.
Au sortir de là le Roy s'en aUa souper chés Gondi, où après souper y eust ung long ballet que Messieurs les Princes firent en l'Abbaye St. Germain^ auquel estoient représentées les quatre Saisons de l'année.
Le Samedi x« de ce mois^ à une heure après minuit, arriva un courrier qui apporta nouvelles que le Duc de Savoie après beaucoup de délais et remises, avoit signé la Paix^ et que les gens du Roy estoient entrés dans Bourg *.
Le Mercredi xiv« de ce mois, fust publiée une dédaration sur le traicté de paix qui portoit en scmune : que le Pape, par l'entremise du Cardinal Aldrobrandin son nepveu et légat, avoit composé tous les différends motifs de la guerre, commencée Tan dernier entre Sa Majesté et le Duc de Savoie, et qu'elle vouloit à l'avenir vivre en bonne paix et amitié avec lui suivant le traicté
k . Voy. de Thou, I. CXXV, l. XIII, p. 56S et 572.
fidd à Verrins le ii* Hay 1598 entre Sa Majesté et le Roy d'Espagne.
Le Jeudi xr* de ce mois^ Mons'. de Rohan reœust lettres de Hons^. de Thnmeri, Ambassadeur pour le Roy en Angleterre^ portantes certain adyis de Tarrest de mort donné contre le Ck)mte Dessexe et des procédures qu'on ayoit tenu en lui faisant son procès et à ses comfdices. Ensemble se» exécution et les propos qu'U a¥oit tenus au supplice ^
Desquelles procédures, arrest et exécution pour estre fort notables et non imprimées, je tirai la copie suivante d'ung mien ami auquel M(»is'. de Rohan (qu'il gouyerfioît fort) Tavoit prestée.
Desquelles qui sont notaUes coururent force copies à Paris et partout. Hais qui depuis ont esté imprimées, au moins pour la pluspart. Le reste est dans mes papiers.
Les Comtes Dessexe et de Sudhainton furent devant hier condamnés à la mort. L'ordre du jugement fust tel».
D y avoit dans la grande salle de Wesmander un parquet, environné de barrières, dans lequel estoient des sièges dressés de tous costés, et un au milieu jdus eslevé que les autres avec un dais au dessus. Sur les
4 . Yoy. la relation de ce procès dans de Thou, 1. GXXY, t. XIII, p. 574.