Voy. Mémoires de Ph. HurauU, p
4 . Henri IV le Domme Uarlhélemy Cœurs. Voy. Lettres missives, l. V, p. 430.
d'heure durant^ dansoit sur une corde (lad. corde de la grosseur du bras, tendue fort haut en l'air) lousjours à la cadence dés violons, et en avant et à recullon, sans plus s'estonner que si elle eust esté au milieu dl'une salle.
Cela fait, elle se faisoit apporter un aix de la longueur de xni à VIII pieds, et de largeur d'environ demi pied, qu'à toute peine faisoit elle tenir sur la corde, puis marchoit en avant et à recullon dessus aussi asseurément qu'elle avoit fait sur la corde seule, bien qu'auparavant l'entreprendre, fust pour la crainte qu'elle eust, ou pour faire trouver meilleur son lieu, elle se fust munie par deux fois du signe de la Croix. Après qu'elle fust descendue de dessus ceste corde, deux autres hommes, l'un aagé d'environ 35 ans,rautre de 25, y montoient aussi, où ils faisoient des sauts si périlleus et autres traits si espouvantables, voire en grand nombre, et plus qu'on ne sçauroit imaginer, que beaucoup de dames, mesmes des hommes tournoient le dos, de peur qu'ils avoienl de leur voir rompre le côl. Ils marchoient tantost sans avoir aucun baston ni perche dans la main, tantost en aiant une fort grande et pesante, laquelle ils faisoient passer sur leurs espaules, dessous leurs jambes, mettant la teste entre deux, n'aians ores qu'ung pied sur la corde et l'autre sur l'espaule, ores se trouvant sur ung genouil, ou bien surles deux comme bon leur sembloit. Ils dansoient force danses à la cadance des violons, y faisans des caprioles, des sauts et soubressauts, aussi hardiment que des basteleurs dans
une salle ou sur ung théâtre, ^Tans tantost en haut sur ceste corde fort droicte en penchant et en retournant sans regarder derrière et souvent à recullon.
L'un d'eux n'aiant que le gros orteuil appuie sur la corde, et tout le reste de son corps pendu, la teste en bas, tira avec ung grand linceuil un garson plus haut qu'il n'estoit hault, puis mettant le bout du Imceuil en sa bouche et le tenant avec les dents, le faisoit aller ça et là comme une cloche qu'on sonne. Après avoir resté plus d'une heure sur ceste corde, il se faisoit apporter des eschasses à trois estages d'une demie toise de longueur, avec lesquelles, estans attachées aux jambes, il ne laissoit de seurement marcher et à recullon et en avant sur ceste corde, encores que le pied d'icelles qui appuyoit sur la corde, ne fust si large que la paume de la main. Ils faisoient plusieurs autres choses effroiables, et incompréhensibles à ceux qui ne les ont veues.
En ce mesme mois, se faisoit voir, en la basse cour du Palais à Paris, un Italien nommé Hieronismo di Bologna, qui par quelques pierres, herbes et onguents de vertu singulière appaisoit les douleurs des dents^ de migraine et maux de teste, aiant en outre une certaine huiile qui guarissoit du jour au lendemain plusieurs playes, ainsi qu'il fist voir par expérience, premièrement sur sa personne, car s'estant donné ung coup d'espée dans le corps, et s'estant frotté de ceste huile, il se montra le lendemain aussi sain et entier qu'aupa* ravant le coup, sans qu'il eust cicatrice aucune ni apparence de blessure. Et pour asseurer qu'il n'y avoit
en cela ni magie ni charlatannerie^ il dit tout haut au peuple qui estoit en grande foule^ que s'il y avoit quel* qu'un parmi eux qui voulut endurer un coup d'espée semblable au sien qu'il le guariroit sur sa vie dès le lendemain et lui donneroit six escus. Un grand laquais Bourguignon désireus de gagner ce pris^ s'offrit Yolontairement à ceste peine. Cest Italien lui aiant fait dépouiller son pourpoint^ lui passa son espée au travers du cuir des costes^ et après l'avoir fait bien seingner^ le frotta de son huile^ et le lendemain le montra sur son théâtre au peuple^ sans qu'il y parust rien ; outre cela il arracha fort subtilement des dents à beaucoup^ sans grande douleur. Ce qui le mist en tel crédit^ qu'il y avoit très grande presse à qui auroit de ses pierres et huiles. Lesquelles il donnoit a assés vil prix^ veu le soulagement que chacun en recevoit et la vertu esprou» vée d'icelles. Le prix des pierres n'estoit que de six blancs pièce^ dix et quinze sols les boites et phioles de ses onguemens. Et ce néanmoins amassa une très grande quantité de demiers. 11 se brusloit avec des torches ardantes^ et en brusloit semblablement d'autres^ qu'il guarissoit dans deux ou trois jours, tout aiasi que si on y eust point touché. Il se lavoit les mains et la face de plomb fondu^ sans aucun danger ni dommage. Il allégeoit aussi la douleur des gouttes et de plusieurs autres maladies, au grand estounement des médecins et chirurgiens de Paris, qui ne pouvoient comprendre son secret, encore moins l'apprendre de lui. Enfin ils le firent chasser de la basse cour du Palais, et retirer en
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sa maison derrière Thostel de Bourgongne^ où grande cpiantité de malades de tous sexes^ aage^ condition et qualité Talloient trouver pour recevoir allégement des maux qui les tourmentoient. Messieurs de la Thuillerie et de Ploin^ tous deux de mes amis^ l'allërent voir par curiosité^ ot achetèrent pour 25 sols chacun de ses pierres^ onguens et huilles. Les propriétés en estoient remarquées en deux feuillets de papier qu'il donnoit imprimés. Beaucoup de médecins mesmes, chirurgiens et apothicaires en achetoient par personnes interposées.
Or encores qu'on lui eust fait deffenses de se plus monstrer en la basse cour du Palais, si est ce que par tolérance ou autrement il y revinst encores. Vray est que ce fust à l'endroit de la Chambre des comptes^ où il y accouroit autant de monde que devant.
En ce mois de Juing^ une femme près l'EschelIe du Temple à Paris^ accoucha à sept mois de sept enfans, dont le dernier qui estoit un fils, eust vie et fust baptisé, les autres six vinrent morts, n'estant bien formés, ains si mal qu'on en pouvoit discerner le sexe. On disoit qu'elle s'estoit blessée.
En ce mesme mois, le jour de la Feste Dieu qui estoit le XXI* iing certain homme françois estant passé devant le Sacrement de la procession St-Ândré sans se descouvrir aucunement, en aiant esté interpellé tout haut par Mons'. le curé, cuida causer une émotion sans la sage prévoiance de Messieurs les Présidens Séguier et de Thou qui assistoient à lad. procession avec Hons^. le Procureur général, qui firent le hola au curé et aux
autres qui se commençoient à remuer^ prians qu'on le laissas! aller^ et que si ce n'eust esté le respect du lieu qu'ils l'eussent envoie en lieu où il méritoit. Impudence à la yérité^ bien digne d*estre chastiée etréprimendée.
Depuis ce jour^ jusques au dernier de ce mois que le temps tourna à la chaleur^ il fist une saison de Toussaints^ si froide qu'il sembloitque l'hyyer fust de retour.
Tous les jours furent si ténébreus et pluvieux qu'on apperceust point le soleil^ et si froids qu'il falloit avoir recours au feu et aux vestemens d'hiver. Chose extraordinaire en la saison^ jusque là qu'il fallut mettre sur les lits autant de couvertures qu'on mettoit en hiver^ tant les nuits estoient froides.
Le dernier de ce mois^ un de mes amis que je fus voir^ me communiqua la lettre suivante qu'il venoit de recevoir du Ministre Goulart dactée de St-Gervais du xx!"* Juin.
« Monsieur, je viens de recevoir l'Histoire de Savoie escrite par la Popelinière, mais je n'ai eu encore loisir de la feuilleter. Ce ne peut estre rien qu'exquis partant de telle main. Je suis sur les annotations du Sénéque, et si j'avois du loisir on me mect en main de présent un Sénéque latin comme accompli à l'aide d'un million de diverses leçons de dix manuscripts. Je ne sçai encores ce que deviendra tout cela. C'est un trésor. El egenum me copia reddit. Je désire mourir chés la Théologie où j'ay de beaux desseins. Je voulois vous tirer en ce Palais des Muses célestes, mais nos aages et appréhensions différent. Toutesfois quand vous aurés mangé d'avan-
tage des fruicts du monde^ vous m'en dires des nou- Telles si j'y suis.
«On ne nous menace ici que des escrits de l'Apostat de Fresne, au pris desquels les Perrons, Spondes^ et autres estafQers de TAnte Christ sont moins estimés que rien^ c'est ce que Je désire voir, encore plus V Index Expurgatorius que Hons^. du Plessis a fait imprimer. Je n'ai rien digne de vous. Nous n'entendons que tambours sur ce passage d'Espagnols, au nombre de six à sept mil ramassés, allans au pas chercher malheur et mort au Pays-Bas. D'autre part, le Duc s'appreste pour nous venir molester; façon à lui accoustumée. Le Roy est nostre voisin à Gés, ainsi nous sommes aujourd'hui puissamment environnés de toutes parts. De moi, je demeure paisible à StrGervais, et suis sur le point de marier ma seconde fille, me laissant conduire à la divine Providence, et n'oubliant pas ce dire du Seingneur. Qu'à chaque jour suffit sa misère. Nous sommes en un temps où il faut : Firmare animum canstantibus exemplis. N'aiant appréhension que de la cheutc du Ciel. Vl impavidos feriant ruinœ.
« Nous attendons nouvelles du siège de Berck sur le Rhin, près de Wesel, et n'en avons encore rien de certain. Si les Estats en viennent à bout, le Cardinal Archiduc sera un Prestre pour tout potage.
« Nostre Seingneur veuille confondre ses ennemis et vous maintenir,
a Monsieur, en longue prospérité pour servir à sa gloire. De St-Gervais, ce 2i Juin. »
JUILLET
JLe Vendredi yi« de ce mois^ mourust à Paris Honsr. de Guineauville aagé de 63 ans^ ung de mes amis^ et le mesme jour^ ma cousine l'auditeuse Buier^ d'une ma^ ladie de poulmon en la fleur de son aage.
Le Samedi vu* de ce mois^ on célébra dans FÉglise St-Germain des Prés le service de la feue douairière Princesse de Condé S qui ne fust achevé que bien tard pour Tabsence de Honseingneur le Prince de Condé^ qu'on eust beaucoup de peine à y faire venir, et falust que Messieurs du Conseil en corps, comme représentant la personne du Roy, lui en allassent faire la requeste ; Mons'. de Montpensier ayant esté esconduit de lui, pour quelque mescontentement secret qui ne leur Toulust déclarer, sinon qu'on disoit, qu'il s'estoit senti offensé en la personne de Madame sa mère qui n'avoit esté priée, et de laquelle on avoit tenu quelques propos.
Mons'. d'Angers * fist l'oraison funèbre.
Le Mardi x* de ce mois, à quatre heures du malin, on fist aux Augustins sans aucune cérémonie le service
1 . Françoise d'Orléans, seconde femme de Louis I de Bouriwn, Prince de Condé, mariée par contrat du 8 novembre 4 565, morte à Paris le 40 juin 460t . Voy. la relation des cérémonies de ses obsèques, f. Dupuy, n« 440, fo 444.