François de La Rochefoucault
ger sa religion. Hais nonobstant tout ce qu'ils y emploièrent; elle demeura ferme^ et leur déclara par généreuses réparties qu'ils perdoient leur temps^ et qu'elle estoit aussi bien et mieux qu'eux asseurée de son salut en la profession de la religion qu'elle faisoit^ en laquelle comme estant la yraye^ elle estoit bien résolue de vivre et de mourir.
Le lundi xx"" de ce mois^ mourust à Paris en l'aage de XIX ans Madame delà Roque^ petite fille du Président de la Place, mariée au Sénéchal Douis, d'une flebvre quotidienne extrêmement chaude, de laquelle elle languist treize jours, pendant lesquels elle enfanta une infinité de beaux discours et mourut fort chrestiennement.
Le mardi xxi% Mons'. de la Rochechandieu fut reçeu Conseiller en la Cour du Parlement et envoie en la quatriesme chambre des Enquestes, selon que portoit l'Edit accordé à ceux de la Religion.
Le lundi xxvu%.le roi partist en poste de Vemeuil, et s'en alla à Calais, où il fust suivi de la pluspart de ses mareschaux et capitaines. On fist courir divers bruits sur ce volage si prompt et inopiné, dont l'Archiduc mesme, qui assiégeoit Ostende fust en fort grand esmoi *.
Le Dimanche xxvi* Hadamoiselle Bureau, aagée de
45 ans, riche ainsi qu'on disoit de dix à douze mil li-
4 . Yoy. Mémoires de StUly, t. I, p. 362 ; Mémoires de Ph. Hu^ rauU, p. 642.
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vres de rente^ mourust à Paris en sa, maison des fauxbourgs St. Germain. EUe estoit veufve d'un Auditeur des Comptes^ n'avoit pœnt d'enfans^ se tuait cependant lé cœur et le corps pour en amasser^ ne sachant Théritier qui les devoit avoir (vraie malédiction de Dieu), faisoit d'un œuf à deux fois^ vendoit les fruits de son jardin^ et donnoit à boire aux passans, estalant à sa maison comme à la taverne^ tant elle estoit misérable.
En ce moiS; le Roy receust lettres de la Rochepot^ son ambassadeur en Espagne^ par lesquelles il lui donnoit avis d'ung effort et violence qui contre le droit des gens lui avoit esté fait à Valladolid le xxvu* du mois
Comme les chèses se passèrent en ce fait ici^ ung grand Seigneur Fescrivit i un homme de qualité de ceste ville qui me presta sa lettre^ de laquelle j'ai fait l'extrait qui s'ensuit \
, Nous avons nouvelles certaines et particulières de la Cour d'EspagEie^ d'ung que nous y avons desquelles je vou» ai bien voulu faire part^ pour ce que peolt estre vous n'en avés point de plusseures. Il m'escrivit qu'en la querelle des gens de Hons'. l'Ambassadeur le tvii* Juillet^ il y eust ung prestre et ung gantier tués et deux Espagnols blessés. On fit entendre au Roy d'Espagne
4. Yoy. P.-Cayet, Chron, sept., p. 462; Sully, Mémoireg, 1. 1, p. 362; Plk. Huraull, p. 642; Lettre$ mtMtVes, t. V, p. 447. 2. Voy. f. Dupuy, 440, f» 407.
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qu*il y en avait dh ou douze de morts. Telleiûetit qu'il commanda à TÂlcade de se saisir des François. Suivant quoi l'Alcade sur les trois heures du matin eschela la maison de TAmbassadeur^ et constitua prisonniers tous ceulx qu'il y trouva jusques au nombre de 22, prisl 150 escus qui appartenoient au cuisinier, et pour environ six ou sept cents escus de vaisselle d'argent de Mons'. l'Ambassadeur, entra en sa chambre et fouilla son cabinet. Enquis dudit Ambassadeur qui le faisoit si hardi, respondit que c'estoit le commandement de son maistre. A quoi il répliqua que sans le respect de son maistre il lui eust couppé la teste. Le fier Alcade lui respondit, qu'il Teust bientôt emmené avec les autres, si son maistre lui eust commandé. De quoi, TAmbassadeur justement offensé se transporta vers le Roy d'Espagne pour lui en demander justice qui ne lui fust ni accordée ni refusée.
On dit que cela s'est fait par le conseil du Duc cy devant Gouvei^ur du Roy, et à présent de son Estât. Le Nonce du Pape est enfin intervenu en ces brouilleries, et a tout appaisé. Car le v"* de ce mois il alla lui mesme à la prison quérir le nepveu de l'Ambassadeur, le mena au palais vers le Roy pour avoir sa grâce, laquelle luifutoctmiée moiennant xv cens escus pour les parties. Je m'oubliois de vous dire que lorsqu'on mist en liberté les François, le peuple crioit qu'il falloit tout tuer, et en furent en danger à ce qu'il m'en escrit. Le droit des gens est tousjours violé par ceste race Haranne, et si nous ne craignions pas tant l'Espagnol,
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nous le Talons assés. C'est un beau sujet pour en demander chaudement et vertement la raison. Mais j'ay bonne grâce d'interposer mon jugement es actions des Princes. Aussi n'y entray-je pas plus avant.
En ce mois^ Taxis^ Ambassadeur d'Espagne^ receust une lettre du Yiceroi de Naples^ que j'ay entre mes papiers^ par laquelle il lui mandoit que le Duc de Florence^ à l'instante poursuite du Roy d'Espagne^ son maistre^ lui avoit livré Don Sébastian^ prétendu Roy de Portugal^ lequel il avoit interrogé et confronté ^ et congneu que c'estoit un vrai imposteur Calabrois, bien que plusieurs disent que lui mesmes estoit un imposteur , qui faisoit dire tout ce qu'il vouloit à ses accusateurs pour estouffèr la vérité de ceste bistoire mémorable et extraordinaire. Les advis et lettres qui en ont esté escrites de Venise (que j'ay entre mes papiers) tesmoingnent le contraire \
En ce mesme mois^ on eust ici nouvelles de quelques menées tracées par les Jésuistes à Bordeaux^ dont le Mareschal d'Omano adverti^ assembla quelques-uns du Parlement et de la ville^ où ils furent blasmés d'avoir fait imprimer ung meschant petit livret, avec injonction expresse à eux de le supprimer et en retirer les copies, en attendant sur ce plus au long la volonté du Roy. Ce livre estoit dédié au Cardinal de Sourdis, et concemoit une Congrégation érigée en leur collège.
4. Yoy. P.-Gayet, Chrm. sept., p. 452, rhistoire curieasc de dom Sébastien.
dans lequel il se trouvoit des articles fort suspects^ entre les autres que nul ne se pourroit confesser à autre qu'à ung de ladite Congrégation (qu'ils avoient composée d'un Recteur^ d'un Président^ de dix Conseil^ 1ers et d'un Secrétaire] s'il n'estoit jugé nécessaire par ledit Recteur^ ou que ce fut pour le bien et ayantage de ladite Congrégation; et en un autre^ que nul ne pourroit aller hors du Roiaume sans prendre congé dudit Recteur^ et de toute la Congrégation^ s'il estoit possible ^ afin de prendre lettres patentes pour estre receu es autres Congrégations. Et estant dehors que l'on seroit tenu de mander des nouvelles de tout Testât des affaires.
Les Jésuistes pour leurs excuses disoient qu'ils l'a- Toient fait imprimer sur la copie imprimée à Thoulouse^ de l'auctorité du Cardinal de Joieuse^ en l'an 4598; sans aucun sinistre dessein^ rejettant le tout sur leur simplicité; et que l'article de la confession n'avoit esté fait que pour leurs petits escoliers^ dont ladite Congrégation estoit en partie composée.
Sur la fin de ce mois fust fait commandement par le Roy à tous les Gouverneurs des havres, d'arrester tous les navires, et mesme les Hespagnols qui s'y trouveroient, ce qui fist courir des bruicts de guerre contre l'Espagnol, semblables à ceux du feu Roy d'Espagne avant la paix, qu'on faisoit mourir à Paris et ressusciter tous les ans trois ou quatre fois. Sa Majesté ce pendant visitoit les maisons de plaisir de Paris, et s'y faisoit traicter par les propriétaires; entre les autres l'Abbé
de TiroD ie traicta en sa maison de Vanyes^ le Pi^sident Bragelonne en la sienne de Charonne^ et Madame de Loménie à St. Ouin^ où les Omelettes de Portugal et les Tourtes d'Ambre et de Muscq ne furent oubliées.
SEPTEMBRE
L.E Mercredi xii« de ce mois^ je fus Voir une fille qu'on monstroit en la rue de la Harpe^ près les gros tournois^ qui estoit assés belle^ aagée d*enyiron'cinq ans, née en Frize l'an i 596 , près Dembdenden , en ung village nommé Engberave, laquelle n'avoit point de bras, ains une jambe seulement, et au pied d'icelle que quatre doigts, dont elle prenoit son boire et son manger. ÂYoit l'ouïe fort bonne, parloit très bien et distinctement, Yoioit clairement, respondoit fort à propos pour son aage et paroissoit avoir ung très bel esprit. Cbose rare et admirable *.
Le Samedi xv^* de ce mois , le Roy arriva de Calais a Paris où il ne flst que disner chés Mons^ de Maienne, à
4 . Paul Gonlaut , dans son poème le Jardin et Cabinet poéttque (in-S, Poitiers, 4608), fait Féloge de cette fille qu'il vit en 1605. Elle parlait cinq langues et éuit belle en perfection. Yoy. Dreux Duradier, édit. f842; Niort, t. I, p. 4U, où les vers de Contant sont cités.
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rhostel de Nerers, et de là s'en alla en poste coucher à Fontainebleau. Ce fut Sa Majesté mesme qui le premier dit ayec regret les nouYelles de la mort de Hons'. de Chastillon ^ tué d'un coup de canon qui lui avoit emporté la teste sur le rampart d'Ostande, ainsi qu'il estoit allé considérer quel chemin il feroit tenir à six mil hommes divisés en deux bandes^ avec lesquels il devoit aller emporter les tranchées de l'ennemi. Ce qu'il eust infailliblement exécuté selon toutes les apparences humaines^ sans ce coup de boulet.
Ce jeune Seingneur^ aagé de xviii ans seulement^ digne hérilier des vertus de ses ancestreset de leur valeur ^ mourust de ceste mort après avoir acquis (par le tesmoingnage du Roy mesme) la meilleure part de l'honneur et de la gloire^ à laquelle les vieux Capitaines aspirent tous les jours.
Le Jeudi xxvn*" de ce mois de Septembre ^ Festede St. Cosme^ la Roine accoucha à Fontainebleau d'un flls^ à XI heures du soir \ La Varanne en apporta les premières nouvelles à Paris, où l'ordre de la resjouissance
4 . Henri de Golîgny, comte de Coligny, fils de François de Goligny, seignear de Chastillon sur Coing, et de Marguerite d'Ailly, colonel général des gens de pied français en Hollande, amiral de Guienne, gouTemenr de Montpellier, capitaine de 50 hommes d'armes. Il fut tué le 40 septembre. Yoy. de Thou, 1 CXXVI, t. XIII, p. 617, et Lettres missives, t. V, p. 470.
\. Voy. Mémoires de Sully , t. I, p. 374; P.-Cayet, Chron, sept. y p. 165, et Archives curieuses de Cimber, t. XIV, p. 496 : Récit de la naissance des enfants de France, par Louise Bourdier.
ordonné par Mons'. le Chancelier^ fust gardé comme s'ensuit :
Le Vendredi xxviii% à deux heures après midi^ la grosse Cloche du Palais commença à carillonner. A deux heures et demie^ celle de Nostre Dame^ qui donna le signal de toutes les Eglises de Paris de faire le semblable. A trois heures ; le Te Deiim fust chanté en la grande Eglise^ où assistèrent les Cours souveraines en robbes rouges avec toutes les autres Compagnies^ et en mesme instant en fust fait autant par toutes les pa* roisseS; monastères et communautés de la ville. A l'issue de ces Te Deum fust allumé le feu de joie publiq en la place de Grève , où on tira le canon tant de la ville que de l'arsenal^ et le soir furent faits feux particuliers par tous les quartiers de la ville, où le canon, tant de ladite ville que de l'arsenal, fust de rechef tiré. Et le lendemain, Feste St. Michel, se flst procession générale solenmelle à laquelle assistèrent Messieurs de la Cour de Parlement, Messieurs de la Ville et autres Compagnies.
On donna pour nourisse à Mons'. le Dauphin une nommée Poncet, fille d'une bonne mère dévote ligueuse, nommée Hottoman, qu'on appelloit la Mère des Seize, et femme d'ung mari qui ne valoit guères, mais pour son regard d'elle fort honneste femme, et la bonne façon de laquelle revenoil fort à Leurs Majestés, principalement au Roy, qui non obstant le dire de son médecin, qui y en vouloit mettre une autre, voulust absolument qu'elle le fust. Pour médecin de Mons'. le Dauphin on
y mist Erouard *, à la faveur et recommandation de Hons'. de Bouillon. Et pour ce que ledit Erouard estoit de la Religion^ on disoit qu'on avait voulu marier Père Etemel et Agimus ensemble.
Ce jour xxvn"* du mois^ Hons'. de Ris^ Conseiller d'Est at de Sa Majesté^ mourust à Paris d'une mort subite et inopinée. Et pour ce que quelques jours auparavant il avoit mangé des prunes à son disner^ au logis de Mons'. le Chancelier^ où il disna avec Hons'. de Silleri^ de Messe et du Tremblay, qui tous trois s'en trouvèrent mal, et Hons'. le Chancelier aussi qui en fust plus malade que les autres, on disoit à Paris qu'il avoit esté empoisonné, pour ce qu'aussi tost qu'il en eust mangé il se commença à se trouver mal, et les autres aussi. Toutesfois il ne trouva preuve ni apparance suffisante pour le faire croire.
Ung moine m'apporta chés moi ung mémoire pour conférer sur un passage qui disoit estre dans le second Tome des OEuvres de Luther, au Tome ii. ad duos Par^ rochos de Anabaptismo, f> 267, par lequel on prétendoitque Luther avoit recongneu l'Eglise romaine pour la vraie Esglise. Mais avant que de sortir de mon estude justiflasmes le contraire par le passage du livre allégué K
4. Jean Héroard, né le «S juillet 4551, mort le 8 février 4628, médecin célèbre, auteur de plusieurs ouvrages et, entre autres, du journal manuscrit de la santé du Roi Louis XIll , de sa naissance à la fin de janvier 4 628. Ce curieux manuscrit est à la Bibliothèque impériale.