‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 121 sur 271 · CHAPITRE XVIII. — AVRIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. — AVRIL

t II faut s'entr' aider,» a dit La Fontaine, et pour élever cet édifice qu'on appelle une nouvelle monarchie, il faut que chacun de nous apporte sa pierre, et contribue selon ses moyens, son âge, sa position, à accroître le fonds de considération et d'estime publique, qui est la seule base sur laquelle nous puissions établir notre dynastie Aumale a largement payé sa mise, il a compris que dans notre temps, sur les bancs de collège, comme dans les rangs de l'armée, comme partout enfin, il fallait toujours se faire pardonner d'être prince! Qu'il continue; que, loin de s'endormir sur ses lauriers, il sente qu'on attendra d'autant plus de lui, qu'il aura déjà réalisé plus d'espérance, et il suivra sa carrière comme il l'a commencée, et comme chacun de nous doit la faire, à la sueur de son front, et en ne regardant son acquis que comme un point de départ pour aller plus loin.

t Après vous avoir félicité, comme frère, du succès d' Aumale, j'éprouve, monsieur, comme fils du roi, le besoin de vous en remercier. A revoir biemtôt; d'ici là, veuillez croire à l'assurance de tous mes sentiments. »

« Bouffarick, 23 avril 1840, au soir,

t Je m'empresse de vous remercier, monsieur, des envois que vous m'avez faits et qui sont arrivés ici à bon port (1).

(1) Le duc d'Orléans commandait à cette date une division en Afrique dans le corps expéditionnaire du maréchal Valée, et le duc d' Aumale, alors chef de bataillon, faisait partie de son étatmajor. « Au mois de mars 1840, dit le duc d'Aumale dans le Centenaire du Journal des Débats, le duc d'Orléans partait pour l'Afrique; il proposa à Fleury de l'emmener, moins peut-être

Enfin nous partons demain; mais je soupçonne que le départ ne sera pas encore définitif : cependant je crois qu'il sera prudent de nous considérer comme partis et je vous autorise pleinement à prendre pour ma correspondance les dispositions dont nous sommes convenus à Alger.

« C'est à la hâte que je griffonne ce billet auquel je joins mes trop nombreuses lettres d'adieu, et je vous renouvelle, Monsieur, l'assurance de ma confiance et des sentiments que vous me connaissez pour vous.

cAumale se porte à merveille et réussit dans l'armée; malheureusement le nombre des pipes augmente en même temps que le cercle de ses idées militaires s'agrandit»

« Blidah, 28 avril 1840.

« Nous partons enfin demain, monsieur, par un temps magnifique, avec de bonnes troupes et la conscience libre et tranquille, mais nous aurons à lutter contre bien des inquiétudes sur tout ce qui nous est cher et que nous laissons derrière nous, contre d'assez grandes difficultés naturelles et peut-être contre les Arabes, quoique je ne suppose pas que leur effort principal se porte sur notre colonne. Dieu est grand et tout est écrit là-haut. Cette affaire-ci s'annonce bien, et comme il faut que je m'occupe

pour s'assurer le précieux concours de son talent que par une délicate attention pour ses sentiments : j'accompagnais mon frère ; c'était ma première campagne. Pendant l'expédition que marquèrent les glorieux épisodes de Mouzaïa et du bois des Oliviers, Fleury, resté à Alger, ouvrait, lisait, analysait, rédigeait les dépêches, les notes, les lettres; il avait toute la confiance de mon frère. 1

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