‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 122 sur 271 · CHAPITRE XVIII. — MAI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. — MAI

encore de la préparer, je n'ai que le temps de vous renouveler, monsieur, l'expression de mes remerciements et l'assurance de ma confiance. »

(( Cherchell, 9 mai 1840.

«J'ai reçu à Chiffa, monsieur, votre lettre du 3 mai, et ici, à Cherchell, celle du 7 à deux heures; mais les lettres adressées à Bouffarick ne me sont pas parvenues. J'ai étér je vous l'avoue, cruellement agité des phrases peu explicites que contient votre lettre du 7 sur les dépêcnes télégraphiques relatives à la santé de la duchesse d'Orléans, et je pars le cœur plein d'inquiétude. Je suis cependant bien reconnaissant des soins que vous voulez bien vous donner pour me faire parvenir partout les nouvelles dont j'ai si besoin ! Notre affaire va très bien, mais on nous fait décidément la guerre sainte, et les populations se lèvent en masse contre nous. La première division a abattu le 4 à Mouzaïa une partie de la cavalerie du bey de Milianah, et depuis ce moment nous n'avons plus été inquiétés dans la plaine. C'est un résultat. Nous avons formé un bel établissement à Mouzaïa, préparé des ressources de toute espèce, et battu la plaine en tous sens, sans plus rencontrer la cavalerie ennemie, mais hier, en entrant dans la montagne pour venir ici chercher des vivres, de l'infanterie et évacuer nos blessés, malgré nos efforts pour tenir tranquilles des populations surprises de notre arrivée, les gens d'Abdel-Kader ont soulevé les habitants, et deux affaires chaudes ont eu lieu, mais brillantes pour nos troupes; le 17e léger, qui faisait l'arrière-garde, a été attaqué au passage difficile de l'Oued Nador, et a supérieurement

manœuvré pour faire beaucoup de mal aux Arabes, mais le colonel Bedeau a été blessé ainsi que trois officiers et une trentaine d'hommes ont été mis hors de combat Au passage de l'Oued el Hachem, l'avant-garde, formée par le 2a léger et le 23e, a eu à combattre un grand nombre de Kabyles. On s'est battu avec fureur; le 2a léger a été admirable; le colonel Changarriier et le commandant Levaillant ont emporté avec une vigueur extrême une position fortement défendue; les Kabyles, fort supérieurs en nombre, ont cherché à la reprendre, eL ont chargé le yatagan au poing. Le colonel Changarnier a fait coucher à plat ventre les hommes haletants, est resté seul à cheval. Quand les Kabyles ont été à vingt pas, la charge a sonné; les officiers se sont précipités le sabre à la main sur les Kabyles qui avançaient toujours; on s'est abordé à l'arme blanche; un officier a été tué à coups de yatagan; on a fait des prodiges de valeur; toutes les armes et les corps des Kabyles en déroute sont restés au pouvoir de nos soldats qui ont rapporté loin leurs morts et leurs blessés sur leurs épaules. Nous repartons demain pour Mouzaïa, de là nous passerons l'Atlas, où il y aura un rude coup de collier à donner, prendrons Médéah, y ferons établissement et reviendrons en France. Je vous prie d'écrire au préfet maritime de Toulon de ne plus envoyer par le paquebot du 17 que des dépêches télégraphiques et de me garder à Toulon lettres et journaux à moins d'ordres contraires.

«Je suis bien affligé quand je songe que si j'avais mieux calculé j'aurais pu avoir ici lettres et journaux et vous voir.

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