CHAPITRE XIII. — FÉVRIER
de Paule, dans votre drame, ressemble à tous les missionnaires du monde, à la parole grave et sainte, aux maximes hyperboliques ; il n'y manque rien, ni la robe aux longs plis, ni la barbe blanche. Votre dauphin est un enfant ridicule à force de sensiblerie ; votre Marie déclame, votre Nemours ne sait que crier et pousser des élans vers le ciel avec des yeux enflammés de vengeance, mais de cette flamme de vengeance classique qui appartient à tout le monde, non de celle qui consume secrètement le cœur d'Hamlet. En un mot, vous parlez une langue admirable, mais dont le mérite est trop souvent de couvrir, à force de richesse, d'harmonie, de périphrases savantes, la pauvreté de vos conceptions, le vide des passions que vous mettez en scène, l'ignorance où vous êtes des secrets du cœur humain! Et avec tout cela, vous avez obtenu un beau succès! et malgré tout cela, vous le méritez! Non omnia possumus omîtes!
Mardi 14.
M. le duc d'Orléans nous racontait ce soir qu'il avait été grondé trois fois par Charles X; la première pour avoir assisté au procès du Journal des Débats, à l'occasion d'un fameux article qui se terminait par ces mots : Malheureuse France, malheureux roi! la seconde pour avoir fait une visite au général Drouot, à Nancy; la troisième pour avoir dit que les Habits rouges (les Suisses) lui crevaient les yeux. A ce propos, le roi Charles X lui fit de fort belles phrases sur la fidélité. — Le prince nous disait aussi que, le 15 juillet 1830, au moment de
son départ pour Joigny, le roi lui lit une profession de foi constitutionnelle : «Rien ne me fera sortir de la la Charte ; la Charte, la légalité, voilà ma devise ; avec elle nous sortirons d'embarras, Dieu aidant ! hors d'elle, il n'y a pour moi et les miens qu'abtme et perdition!* Et, le 25 juillet, les ordonnances contre la Charte étaient signées par le roi Charles X ! — Le 30 juillet, le duc d'Orléans revenant de Montrouge et retournant à son régiment rencontra la dauphine qui venait de Dijon et qui s'en retournait en toute hâte à Paris ; le prince s'arrêta ; il y eut entre elle et lui un colloque de quelques minutes ; la dauphine pleurait, elle dit au prince : «Vous n'avez pas vu une révolution comme moi, vous saurez ce que c'est! Allez, conservez-nous votre régiment entier et fidèle ! • Le prince promit que son régiment ne s'écarterait pas du chemin de l'honneur, et que c'était le seul engagement qu'il pouvait prendre (1). Ce fut la dernière fois qu'il vit la dauphine, comme aussi c'avait été la dernière fois qu'il avait vu Charles X, quand ce prinœ lui assura qu'il ne toucherait pas à la Charte! Promesses de part et d'autre ! Quant au duc d'Orléans, il tint les siennes.
Dimanche 5 juillet 1832 (2).
Départ pour Compiègne. Larmes de la princesse Louise depuis la veille; ses cadeaux à tout le monde; ses adieux à ses maîtres. Sa raison dans sa douleur; comme elle
(1) Le duc d'Orléans entra à Paris avec son régiment, le 1" août 1830, cocarde tricolore en tête.
(2) La suite de Tannée 1832 manque ou a été écrite sur un