CHAPITRE XXI. — JUILLET
leurs bonnes respectives. Le roi est descendu; il a tendrement embrassé ces pauvres petits et a dit au duc de Chartres qui l'accueillait sans émotion : cEst-œ que je ne suis pas dans tes bonnes grâces ? 1 et il l'a pris dans ses bras. J'ai vu ensuite descendre toute la famille, puis la princesse de Joinville sur laquelle mes yeux se sont fixés et que je n'ai plus quittée du regard, je crois, jusqu'à 9 heures du soir que je suis parti. Je la sais donc par cœur. Sa taille est ordinaire, et elle paraît plutôt petite à côté de la reine et du prince. Elle est bien faite et son maintien est plein d'élégance et de noblesse. Quand elle est descendue de voiture, se trouvant au milieu de tous ces enfants et de cette mêlée de monde, elle n'a paru ni étonnée ni étourdie. Sa physionomie était d'une gravité presque triste, mais particulièrement noble, et ayant un instant rencontré son regard, la première impression que j'ai éprouvée de ce contact, c'est qu'elle devait être ûère; il y avait, dans son œil, un peu de cette assurance princière qui peut être d'une Bragance, mais qui ne me semblait pas d'une jeune fille. Elle a très froidement embrassé ses neveux; et puis, le roi Ta prise par le bras et l'a conduite dans ses appartements. La visite a duré une grande demi-heure. Jusqu'à son retour, j'avais l'impression que je viens de dire; mais je n'avais pas assez vu pour qu'il fût temps encore de tracer un portrait; la figure m'avait plu par sa dignité élégante, je n'avais pas encore pu l'apprécier en détail. On se met à table. J'étais placé du côté qui faisait face à la princesse, entre Mme de Montesquiou et Boismilon, et nous regardions à mort tous les trois. Je vis alors au premier sourire de la prin-
cesse et au premier mouvement de cette belle physionomie, qu'elle était remarquablement gracieuse, agréable, et charmante dans toute la force du mot; des cheveux châtain clair, le front haut, découvert, les lignes de la tête admirables de pureté, le nez aquilin et impérial, toute cette partie du visage accusant une ressemblance incroyable avec la princesse Marie, ressemblance qui ne m'avait pas du tout frappé, quoiqu'on m'en eût beaucoup parlé, avant que Son Altesse n'eût ôté son chapeau; mais à ce moment, il était impossible de ne pas la trouver frappante jusqu'à émouvoir douloureusement ceux qui, comme moi, avaient connu la princesse si regrettable, dont le portrait vivant et rajeuni nous revient ainsi du Brésil. Et œtte ressemblance, elle ne se borne pas à la figure; c'est aussi un peu la même démarche, c'est absolument le même croisement de bras> c'est la même façon de les rejeter en arrière. Le profil surtout est frappant. Quand la princesse se tournait à table du côté de Mme d'Hulst, sa voisine, le roi profitait de cette circonstance pour la regarder avec une attention et un attendrissement visibles, et la reine m'a dit après dîner : «Avez-vous remarqué, monsieur Fleury, quelle ressemblance avec Marie !• et la pauvre mère en avait les larmes aux yeux
Le bas du visage est moins remarquable. Les dents sont belles, mais la bouche est plutôt grande; les épaules, je n'en connais rien; la robe était montante; la gorge, je n'en soupçonne rien; on dirait un enfant qui n'est pas formé, et le soleil du Brésil a évidemment manqué son effet sur elle. Malgré tout, il est impossible de ne pas trouver que cette jeune princesse est des plus charmantes,